Tunisie : « Le peuple peut se lever et sauver la démocratie »
Les Tunisiens sont confrontés aux violences des islamistes radicaux pour imposer leur propre loi. Le parti islamiste « modéré » au pouvoir laisse faire. Les libertés publiques et la démocratie chèrement acquises par la révolution sont en péril. Entretien avec deux militants de l'opposition de gauche tunisienne.
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Au nom de la barbe et du niqab, des étudiants et des professeurs sont agressés dans les universités. Dans la province de Nabeul, à Kelibia, c'est une conférence sur l'extrémisme religieux qui est interdite par la force... Chaque jour apporte sont lot de violations et d'atteintes répétées aux libertés fondamentales.
Emblématique de cette contre-révolution rampante, la condamnation du patron de Nessma TV au tribunal de première instance de Tunis, le 3 mai, « pour la diffusion au public d'un film troublant l'ordre public et portant atteinte aux bonnes mœurs », après que sa chaîne de télévision eut diffusée le film Persépolis, en 2011. L'oeuvre de la Franco-Iranienne Marjane Satrapi représente dieu sous forme humaine, alors que l'islam l'interdit...
Manifestation salafiste à Tunis.
Depuis l'élection de la Constituante le 23 octobre 2011 (ICI), le parti islamiste « modéré », Ennahdha (ICI), qui dirige le gouvernement de coalition, pèse de tout son poids sur la préparation de la nouvelle constitution tunisienne.
« Incompétent » et «inefficace » pour résoudre les problèmes sociaux et économiques qui minent la société tunisienne, selon ses détracteurs, Ennahdha s'attaque à « l'état civil », (le nom donné à la laïcité par les démocrates tunisiens) à travers son projet de constitution soumis à la charia et en conditionnant les libertés au respect de toutes les formes du sacré.
Rebondissement tactique face aux nombreuses protestations, Hamadi Jebali (ICI), leader d'Ennahdha et chef du gouvernement, a finalement du renoncer à la charia comme première source législative, tout en affirmant que « l'islam est la religion de l'État, avec tout ce que cela implique »...
Signe de l'atmosphère inquiétante qui règne actuellement en Tunisie, ils préfèrent s'exprimer avec des pseudonymes et en dire le moins possible sur eux-mêmes. De passage à Paris, Bechir, 46 ans, proche de la gauche radicale tunisienne (Watad, Mouvement des Patriotes Démocrates regroupant plusieurs partis d'extrême gauche) et Adel, 58 ans, proche du Parti Démocratique Progressiste (PDP, social-démocrate, seize sièges à la constituante) (ICI), analysent la situation chaotique de la Tunisie.
Hamadi Jebali, leader d' Ennahdha et chef du gouvernement, caricaturé en «6e Calife des musulmans» (A.Hanafi).
Ennahdah affiche un programme islamiste modéré s'inspirant de la Turquie et, en même temps, il semble incapable de réprimer les manifestations de violence des islamistes radicaux, les salafistes, qui se multiplient dans le pays.
ADEL. Ennahdah est devant un dilemme. D'un côté, il ne veut pas attaquer de front les salafistes parce qu'il a besoin d'eux comme électeurs, d'un autre côté il veut les instrumentaliser pour faire taire ses opposants. Avec ce message adressé aux Tunisiens : «Vous voyez qui sont les extrémistes, nous nous sommes les modérés ! »
En réalité, Ennahdah, tente de conjurer les risques de son implosion ; il va tenir son congrès en juillet et on peut s'attendre à un débat interne musclé entre les islamiste « durs», partisans des salafistes, et les islamistes « modérés ».
Pour mieux me faire comprendre, je voudrais citer Oum Zied (ICI), journaliste et défenseuse des droits de l'homme :
« Pourquoi le gouvernement Ennahdah se tait sur les violences salafistes en Tunisie ? Quatre hypothèses possibles :
1/ L'aile non officielle d'Ennahdah veut terroriser le peuple pour faire taire les voix dissidentes.
2/ Les salafistes sont des voix électorales et Ennahdah ne veut pas les perdre.
3/ Ennahdah laisse faire les salafistes pour que les gens disent : “Ennahdah c'est mieux !”
4/ Les trois premières réunies ! »
Manifestation à Tunis, en mars, pour la défense des libertés (Fethi Belaïd/AFP).
Comment réagit la population à ce double jeu d'Ennahdah ?
ADEL. C'est une arme à double tranchant : les salafistes font beaucoup de tort à Ennadha, les gens ne sont pas idiots et ils veulent que le parti au pouvoir clarifie sa position en sortant de son flou artistique.
Cette duplicité d'Ennahdah est-elle seulement tactique où est-ce qu'elle n'exprime pas aussi ses ambiguités profondes par rapport aux acquis démocratiques de la révolution ?
ADEL. Il y a une crainte réelle, exprimée en particulier par les intellectuels tunisiens, que Ennahdah tourne progressivement casaque et remette en cause les libertés et la démocratie. Ces partisans n'ont pas montré jusqu'ici qu'ils étaient des vrais démocrates : Ils ont été capables d'agir afin que la loi électorale pour l'élection de l'assemblée constituante leur soit favorable, et il y a un vrai risque pour qu'ils traficotent encore les élections, qu'ils achètent des voix.
Le danger est que, progressivement, Ennahdah parvienne à tout contrôler. Par exemple, aujourd'hui il écarte les cadres des ministères et des administrations pour placer ses hommes. Il remet aussi en cause la séparation entre le législatif et l'exécutif, comme lorsque, récemment, le ministre de la justice décide unilatéralement d'écarter 81 magistrats, au prétexte qu'ils sont corrompus... Mais il n'a pas à faire justice lui-même !
BECHIR. Franchement, à bien connaître les islamistes, y compris les plus « modérés », je pense que leur « inconscient politique » les pousse à aller vers une sorte de totalitarisme. C'est que l'idée de la diversité est incompatible avec une vision du monde selon laquelle une seule idée s'imposera tôt ou tard.
Ils sont très incohérents quand ils parlent de démocratie. Par exemple, quand le président d'Ennahdah, Rached Ghannouchi (ICI), dit qu'il ne veut pas interdire le vin afin de respecter la diversité, mais qu'il va pratiquer des prix prohibitifs pour dissuader les gens d'en boire ! Ou encore quand il justifie la polygamie par le fait que beaucoup de femmes tunisiennes sont célibataires !...
Face à ce « totalitarisme rampant » que vous dénoncez, on a l'impression que les forces démocratiques tunisiennes sont impuissantes...
ADEL. Le problème est effectivement que l'opposition est très divisée. Pas parce que ses composantes ont des visions économique et politiques très différentes, mais essentiellement pour des questions de leadership.
Les leaders des partis d'opposition sont tous conscients de la nécessité de préparer une alternance, de la nécessité d'un gouvernement démocratique et de sauvegarder les libertés acquises par la révolution, mais chacun dit : « Moi je suis prêt à m'unir avec d'autres forces, mais seulement si je suis le chef ! » Et l'opposition n'a pas non plus de chef charismatique. Au final, il n'y a pas de front commun des partisans sincères de la démocratie pour les prochaines échéances électorales.
Comment expliquez-vous cette suprématie des islamistes dans un pays comme la Tunisie qui s'était jusqu'ici démarqué du reste du Maghreb sur la place de la religion dans la société ?
BECHIR. Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir à la genèse de la révolution. De Bourguiba à Ben Ali, la Tunisie n'a jamais été un havre de paix, bien au contraire. Au cours de toute ces années, il y a toujours eu des tensions, des révoltes, des foyers de contestation incarnés principalement par la confédération syndicale tunisienne, l'UGTT (ICI), l'université, un bastion de la gauche radicale, et aussi des corps sociaux, comme les avocats, les enseignants... Malgré une répression féroce, ils ont toujours résistés.
Quand Ben Ali est tombé, ces militants de la gauche résistante n'étaient pas prêts pour s'adresser au peuple. Ils ont cru que leur légitimité historique allait leur permettre de récolter naturellement les fruits de leur action passée, et en plus ils se tiraient dans les pattes !
Les islamistes de leur côté, malgré la répression, étaient bien organisés dans les mosquées. Ils ont su tirer les marrons du feu quand les partis de gauche ont réclamé, par honnêteté mais aussi avec une certaine naïveté politique, l'élection d'une constituante, centrant ainsi le débat sur le terrain institutionnel.
Les islamistes, eux, ont réussi à focaliser le débat autour de leurs promesses démagogiques sur le travail, le chômage... n'hésitant pas aussi à acheter des voix. Enfin, ils ont su jouer sur la « fibre nationale-religieuse » en se présentant comme des « arabo-musulmans » pour mieux stigmatiser leurs adversaires, décrits comme le « parti de la France », celui des « mécréants sans foi ni loi ».
Comment faire pour que cette contre-révolution menée par les islamistes ne finisse pas par l'emporter ?
ADEL. À mon avis, quatre acteurs majeurs peuvent se conjuguer pour retourner la situation :
1/ l'UGTT qui est capable de jouer à la fois son rôle syndical et politique.
2/ La société civile qui reste très dynamique, à travers ses associations notamment..
3/ Les femmes, qui sont 50% de la population, et qui sont les plus menacées par une remise en cause de leurs droits.
4/ Les partis politiques qui doivent s'organiser face au péril, il y a des tentatives pour qu'ils s'unissent en disons deux ou trois blocs et pas une vingtaine comme aujourd'hui.
Enfin, il y a un cinquième éléments de poids : l'attitude de l'Europe et de la France. Il faut savoir qu'Ennahdah bénéficie du soutien des pays du Golfe et des États-Unis. Ces derniers veulent donner sa chance à une démocratie islamique modérée comme en Turquie et font le pari de contenir ainsi le terrorisme. Enfin, ils apportent leur soutien à un parti acquis à l'ultralibéralisme...
L'Europe et la France devraient comprendre qu'une implantation durable des États-unis au Maghreb ne peut se faire qu'à leur détriment. Elles ont donc tout intérêt à aider le peuple tunisien à contrer l'islamisme en conditionnant leur aide à la consolidation des libertés et de la démocratie.
Rassemblement des enseignants en grève, le 30 mai, à Tunis (Photo UGTT).
La Tunisie compte 800 000 chômeurs (pour une population de 10,6 millions d'habitants, il y a 300 000 chômeurs de plus depuis la chute de Ben Ali,) et les inégalités régionales et sociales sont toujours là. La question sociale est brûlante et les grèves sont toujours aussi nombreuses (500 grèves depuis la chute de Ben Ali)...
ADEL. Aujourd'hui, le gouvernement Ennahdah ne fait rien de concret pour améliorer la situation sociale et réduire le chômage. Même sur une question aussi simple et peu coûteuse à régler comme celle des martyrs de la révolution, les promesses d'indemnisation ne sont pas tenues, la seule réponse c'est la matraque lorsqu'ils manifestent.
BECHIR. Le problème est que le discours d'Ennahdah qui veut faire passer les démocrates pour des « mécréants » passe auprès du « petit peuple ». D'un autre côté, le mécontentement social est tel que le peuple peut se lever à nouveau contre Ennahdah et sauver la démocratie.
Les femmes tunisiennes sont les plus directement menacées par les islamistes.


Le commentaire le plus recommandé
Oui, tout à fait de votre avis ; cela fait penser aussi aux rapports entre le FN et les groupuscules extrémistes de droite. Pour l'heure, sommés par le FN de se faire oublier mais ils sont bien là en tant que de besoin...
Les rapports entre les islamistes « modérés » et les salafistes font aussi penser à ce que l'Europe a connu avant guerre. Que ce soient les fascistes de Mussolini ou encore les nazis : voie légale et parlementaire articulée avec les violences de leurs milices, chemises noires et chemises brunes...
Même démagogie aussi : les fascistes comme les nazis se disaient nationalistes et « socialistes ». Ils brandissaient sans vergogne leur « programme social ». Ce qui leur a servi à tromper des travailleurs et mettre en difficulté les organisations de gauche, comme tente de le faire le FN qui est passé alertement de l'ultralibéralisme de Jean-Marie Le Pen à son contraire, dans les mots, avec Marine Le Pen. On connaît la suite : les travailleurs et leurs organisations ont été écrasés sans merci par les fascistes et les nazis après leur arrivée au pouvoir, en même temps que le patronat et les classes dominantes étaient confortés, au-delà de leurs rêves les plus fous, dans leurs privilèges.
L'ironie de l'histoire fait que les islamistes, « modérés » ou « durs », en Tunisie et ailleurs, utilisent les mêmes méthodes, ont la même tactique de prise du pouvoir que les partis totalitaires... de cet occident qu'ils haïssent.
Tous les commentaires
C'est le moment de vous cracher la vérité... toute nue... la vérité incroyable mais vraie. La vérité vraie à laquelle on ne peut pas ne pas croire et qui n'a pas besoin qu'on y croit pour être vraie.
Elle est vraie même si Personne n'y croit. Vraie même si on ne valide pas.
C'est le moment de vous cracher la vérité... toute la vérité... mais rien que la vérité.... sans excès et sans défaut. Ni déduite, ni déductible. Ni réduite, ni réductible. Elle ne sera jamais compatible, ni avec l'erreur, ni avec la fausseté. La vérité vraie n'est pas extensible.
C'est le moment de vous cracher la vérité.... celle qui défit l'ombre et fait la lumière... celle qui oppose la veille au sommeil, qui nous ouvre les yeux et les oreilles sur une petite clairière où le silence fait du bruit et le soleil rafraichit.
Car je vous le dis en vérité, il n'y a pas d'autre vérité que celle qu'Athènes nous a dévoilé... la vérité, c'est le contraire de l'oubli... quand ça revient et ça se souvient... de l'autre.
Belle et étrange définition : la vérité, c'est le souvenir de l'autre... ne pas oublier qu'on passe notre temps à oublier l'autre... l'autre sans lequel il n'y a pas de vérité qui tienne ou qui revienne... se souvenir de l'autre... souviens-toi ! Souviens-toi ! Souviens-toi !
C'est le refrain qui doit fleurir tous les matins du monde et que chacun doit se l'entendre dire pour ne pas mourir débile ou sénile.
Je m'en souviens... je m'n souviens... je m'en souviens... de celui qui a fait de ce souvenir l'horizon de tout avenir...
Le Che... je ne vois pas d'autre figure mythique ou symbolique pour illustrer une mémoire vivante : la mémoire de l'avenir...
Pour se souvenir de notre avenir, il faut revenir au Che... parce qu'il nous a appris qu'il n'y a pas d'autre avenir que l'avenir de l'autre... l'autre à venir.... le lointain... le plus lointain... qui s'approche... se rapproche... et devient mon prochain.
Rapprochez vous... pour que je me rapproche de vous et célébrons ce rapprochement en créant un nouveau masque pour manifester contre l'oubli et l'amnésie...
Je propose de lui donner la figure du Che et de l'appeler : Persona Che ... le masque du Che ... pour réveiller toutes les consciences endormies et repartir ensemble et e nouveau à l'assaut d la terre et du ciel.
Persona Che. Reprenez cet avatar et faites circulez... respirer et prospérer.... Persona Che... nous voici !
http://www.lejournaldepersonne.com/2012/06/persona-che/
Oui,il faut se souvenir pour pouvoir dire avec Cheikh Imam que "Le passé est en nous,nous faisons le présent, et l'avenir se sont les gens tous les gens",Vers tiré de "La chanson pour le Viet Nam"
En Tunisie, comme en Égypte, les forces politiques pour un Islam radical tentent de s'imposer et d'avancer partout leurs pions, quitte à sauter parfois du noir au blanc, dans une nuance indéfinie, qui n'a pour but que l'arrivée au pouvoir et l'instauration d'un "nouvel ordre". Avec des buts pas toujours très clairs, qui risquent de nuire à ces démocraties balbutiantes, pour servir des intérêts économiques et financiers - sous couvert de théologie, retour à la morale, etc.. - qui n'ont cure de telle ou telle couleur religieuse, culturelle, ethnique. Effectivement les saoudiens et les étasuniens doivent y regarder de très près...
Pour aborder ce sujet sous un angle plus artistique, voici deux liens sur le blog lapartmanquante. Le premier article s'intéresse à une exposition vivifiante qui a eu lieu à l'Institut du Monde Arabe, à Paris, il y a 3 mois, Dégagement... Tunisie un an après :
http://lapartmanquante.wordpress.com/2012/05/10/degagements-tunisie-un-an-apres/
Le deuxième suit un artiste bien connu de la scène street art parisienne, Zoo Project, parti récemment rendre un hommage aux martyrs de la révolution à Tunis avec des installations en pleine ville.
http://lapartmanquante.wordpress.com/2012/05/14/zoo-project-une-nouvelle-mythologie-urbaine/
Les acteurs de ces démocraties fragiles, le peuple, les militants de la libre expression ont apparemment du mal à trouver leurs marques et à transformer l'impulsion révolutionnaire en mouvement politique cohérent et uni surtout ; mais les soutiens extérieurs, comme celle d'une partie de la diaspora installée et qui invente de nouvelles formes artistiques dans des métropoles comme Londres, Paris, les beurs et beurettes très sensibles à l'évolution de leurs pays d'origine, sont bien là ! Ils s'impliquent, accordons-leur un coup de projecteur qu'ils méritent amplement !
La démocratie exige intelligence et probité . Elle reste impossible dans ce monde où la parole de dieu comme la médiocrité de l'homme interdisent cette expérience . Dommage .
Bien d'accord PLEM
La parole des dieux est très, très utile à ceux qui la portent!
La faiblesse de la démocratie, c'est qu'elle donne le pouvoir à des troupeaux qui choisissent le jour des élections ceux qui vont les tondre!
Quatre acteurs majeurs peuvent se conjuguer pour retourner la situation :
1/ l'UGTT qui est capable de jouer à la fois son rôle syndical et politique.
2/ La société civile qui reste très dynamique, à travers ses associations notamment..
3/ Les femmes, qui sont 50% de la population, et qui sont les plus menacées par une remise en cause de leurs droits.
4/ Les partis politiques qui doivent s'organiser face au péril, il y a des tentatives pour qu'ils s'unissent en disons deux ou trois blocs et pas une vingtaine comme aujourd'hui.
Enfin, il y a un cinquième éléments de poids : l'attitude de l'Europe et de la France. Il faut savoir qu'Ennahdah bénéficie du soutien des pays du Golfe et des États-Unis. Ces derniers veulent donner sa chance à une démocratie islamique modérée comme en Turquie et font le pari de contenir ainsi le terrorisme. Enfin, ils apportent leur soutien à un parti acquis à l'ultralibéralisme...
C'est bizarre comme ce rapport entre Ennahdah et les salafistes fait penser à celui entre l'UMP et le FN.
Oui, tout à fait de votre avis ; cela fait penser aussi aux rapports entre le FN et les groupuscules extrémistes de droite. Pour l'heure, sommés par le FN de se faire oublier mais ils sont bien là en tant que de besoin...
Les rapports entre les islamistes « modérés » et les salafistes font aussi penser à ce que l'Europe a connu avant guerre. Que ce soient les fascistes de Mussolini ou encore les nazis : voie légale et parlementaire articulée avec les violences de leurs milices, chemises noires et chemises brunes...
Même démagogie aussi : les fascistes comme les nazis se disaient nationalistes et « socialistes ». Ils brandissaient sans vergogne leur « programme social ». Ce qui leur a servi à tromper des travailleurs et mettre en difficulté les organisations de gauche, comme tente de le faire le FN qui est passé alertement de l'ultralibéralisme de Jean-Marie Le Pen à son contraire, dans les mots, avec Marine Le Pen. On connaît la suite : les travailleurs et leurs organisations ont été écrasés sans merci par les fascistes et les nazis après leur arrivée au pouvoir, en même temps que le patronat et les classes dominantes étaient confortés, au-delà de leurs rêves les plus fous, dans leurs privilèges.
L'ironie de l'histoire fait que les islamistes, « modérés » ou « durs », en Tunisie et ailleurs, utilisent les mêmes méthodes, ont la même tactique de prise du pouvoir que les partis totalitaires... de cet occident qu'ils haïssent.
Absolument d'accord avec cette analyse Jean Pierre Anselme!
L'opération séduction de Marine Le Pen est révélatrice d'une stratégie de pouvoir, alors que son père se contentait d'être un chef de bande et de collecter les fonds.
A MrJean-Pierre Anselme Je ne pense pas qu'il y a à comparer entre ceux qui dictent des lois faites par des hommes y compris par des extrémistes de droites ou d'ex-tortionnaires et des lois divines.Si la première peut être combattu sans que des croyants qui forment la majorité des peuples dont la seule culture ou disant la culture dominante se confond avec la religion est dans le possible alors que la moindre critique de la loi religieuse vous met en porte à faut avec la majorité des "croyants",la majorité du peuple qui approuvera les coupeurs de main quand ce n'est pas celle de la tête.Le politique et le religieux appartiennent à deux mondes diamétralement opposés et toute la stratégie du grand capital est de faire croire qu'il n'y a que des nuances.Pour illustrer, Hitler a été défait en moins d'une décennie,combien faut ilde temps et de sacrifices pour détronner les dirigeants qui s'adossent sur le religieux(les constitutions qui font de l'islam religion de l'Etat) ou les royaumes à l'instar de l'Arabie Séoudite qui a comme constitution le coran.Le pouvoir des islamistes ne peut-être qualifié de totalitaire,c'est un pouvoir divin qui ne peut-êter comparé,non pas à une république mais à un ROYAUME.
Un royaume dont les prisons ressemblent à s'y méprendre à celles des pouvoirs totalitaires.
@Saad Eddine Kouidri
C'est aussi la grande question que réintroduit la Tunisie: la démocratie et la religion peuvent-elles faire bon ménage? Nous savons bien que non. En France, quoique nous ayons apporté une réponse avec Emile Combes en 1905, la question revient régulièrement sur le tapis parce que les groupes religieux ne cessent d'arguer de leur différence et ne manquent pas d'influer. On se rappellera par exemple la très choquante formule de Sarkozy selon lequel "l'instituteur ne remplacera jamais le curé de campagne"!
Par contre, au sujet de Hitler, il n'est pas arrivé, je crois, avec un programme complètement laïc: "Gott mit uns" (Dieu avec nous) était encore la devise militaire sous le IIIe Reich, non?
Entre invoquer dieu et parler en son nom,je pense qu'il y a un monde.
Je ne sais pas! L'homme a inventé Dieu ("au commencement était le verbe", non?) pour combler ses doutes, donc pour moi "l'invoquer" ou "parler en son nom" ça revient à peu près au même.
NB. (sur ce que MLP disait en mars à propos de la menace "islamiste" en Algérie cette fois)
A Mr Christian Creseveur"L'homme a inventé Dieu" cette affirmation, vous pouvez la proférer dans une dictature,devant un dictateur,devant une armée d'une dictature mais jamais dans une théocratie ou ne serait ce que devant un seul islamiste sans courir le plus grave des châtiments.Affirmer n'importe quelle conviction qui met en doute l'existence de Dieu est pour l'islamiste un outrage.
J'en ai bien conscience. Mais nous discutons en France, aujourd'hui. Au demeurant cela était aussi un outrage en France il n'y a pas si longtemps. Mais je ne crains pas l'apostasie.
Vous ne craignez pas l'apostasie en France mais est-ce que vous diriez la même chose si vous êtiez en Arabie Séoudite quand le risque est de mettre sa tête sous le sabre.Quand on discute,le lieu importe peu,je suis de ceux qui affirment que la vérité est universelle.
Schopenhauer a dit " les religions sont comme les vers luisants, c'est dans la totale obscurité qu'elles luisent le plus"
C'est la faim, l'ignorance, le chomâge et l'absence de diversité culturelle (l'islam est la seule "culture" auquelle les pauvres en Tunisie ont accès) qui représentent à mes yeux, la "totale obscurité."
Jules Ferry l'avait compris qui rendit l'école publique, laîque et gratuite avec obligation "d'instruction" pour les filles pour consolider une république que des monarchistes revanchards espèraient reconquérir avec l'aide de la soumission à Dieu.
La laîcité ou la religion sont des enjeux de "classes" désormais. Les BAC - 5 sont innombrables et les BAC + 5 en ont peur, comme ici. Les Bac + 5 ont lutté pour sortir de la dictature, mais c'est la révolte des bacs tout courts, et des bacs -5 qui a renversé Ben Ali. le rapport de force, le nombre.
Une personne avait dit : "j'ai voté Ennardha parce que ce sont les seuls qui sont venus nous parler dans le quartier. " .
Schopenhauer a dit " les religions sont comme les vers luisants, c'est dans la totale obscurité qu'elles luisent le plus"
C'est la faim, l'ignorance, le chomâge et l'absence de diversité culturelle (l'islam est la seule "culture" auquelle les pauvres en Tunisie ont accès) qui représentent à mes yeux, la "totale obscurité."
Jules Ferry l'avait compris qui rendit l'école publique, laîque et gratuite avec obligation "d'instruction" pour les filles pour consolider une république que des monarchistes revanchards espèraient reconquérir avec l'aide de la soumission à Dieu.
La laîcité ou la religion sont des enjeux de "classes" désormais. Les BAC - 5 sont innombrables et les BAC + 5 en ont peur, comme ici. Les Bac + 5 ont lutté pour sortir de la dictature, mais c'est la révolte des bacs tout courts, et des bacs -5 qui a renversé Ben Ali. le rapport de force, le nombre.
Une personne avait dit : "j'ai voté Ennardha parce que ce sont les seuls qui sont venus nous parler dans le quartier. " .
Le pouvoir des islamistes ne peut-être qualifié de totalitaire,c'est un pouvoir divin qui ne peut-êter comparé,non pas à une république mais à un ROYAUME.
Tout à fait d'accord avec vous Saad eddine Kouidri. Les Capets justifiaient ainsi leur régime monarchique, avec la bénédiction de la hiérarchie catholique corrompue. 1789 n'a pas réalisé ses promesses du jour au lendemain... Que de luttes, que de coups de guillotine, de coups d'état, etc... Les Bonaparte ont été des mafieux qui ont asservi les Français avec la complicité des banquiers. Un siècle après la chute du dernier roi, à la fin de la deuxième guerre mondiale, le Comte de Paris (descendant de Capet) croyait encore pouvoir rétablir la royauté!!!!
Merçi pour ce rappel
Oui! D'autant que si le national socialisme arrivait avec un programme "social", il venait dans le même temps pour anéantir les syndicats!
Et qu'en dis Monsieur Marzouki ?....
J'ai noté cette récente déclaration de Moncef Marzouki, président de la république tunisienne :
« Ce qui gouverne la Tunisie, c’est un gouvernement démocratique, issu démocratiquement des urnes et qui est formidablement attaché à la défense des droits de l’homme. »
Une représentation de 18% du corps électoral , à qui a été donné tous les Ministères régaliens, et dont la première préocupation est de s'attaquer à la Constitution l'une des plus équilibrée et enviée, et se rapprochant du modèle laïc turc, et aux droits des femmes et des enfants adoptés
Merci de cette précision importante qui remet à se juste place la victoire électorale du parti islamiste, lequel est très loin d'être politiquement et culturellement hégémonique dans la société tunisienne.
Islamisme modéré,c'est la foutaise disait un certain ministre français de l'intérieur,effectivement et pour une fois un ministre de l'intérieur avait totalement raison.Peut-on donner plusieurs qualificatifs,différents qualificatif à l'instrumentalisation de la religion ? Je pense que non.
Quand à Mr Ghuennouchi,je rappelle toujours à mes amis tunisiens qu'il était un des conseillés des plus influents du FIS en Algérie.Comment peut-on le qualifier de modéré lui qui n'a jamais dénoncé ne serais-ce que timidement ou pris ses distances avec les assassinats les plus sauvages perpétrés dans les années 90.L'utilisation de la religion dans la sphère politique ne peut menée qu'au désastre,et l'Algérie a payé tellement le prix fort que personnellement j'ai espéré que le Maghreb dans son ensemble en allait être prémuni.Ne dit-on pas qu'un homme averti en vaut deux..Apparemment l'avertissement n'a pas été entendue ou oublié et Le journal de personne dans son commentaire ci-dessus fait le lien inattendu et juste entre la vérité et la mémoire en affirmant que "la vérité, c'est le contraire de l'oubli"
Cher M. Anselme,
J'apprends par votre article que la charia aurait été appliquée ( main tranchée) en Tunisie!!
Avez-vous des informations supplémentaires sur cet évènement? Il serait par exemple très intéressant de connaître les réactions les réactions de Messieurs Ghannouchi et Marzouki...La justice a-t-elle été saisie de cette affaire?
Qui aurait pu imaginer que cela puisse se produire aujourd'hui en Tunisie?
De la même façon qu'une certaine gifle a déclenché une révolution, j'ai bien peur que la non-diffusion de cette information sur les médias occcidentaux, n'ouvre la voie à une forme de révolution-relais menée par les salfistes, qui entrainera le pays vers une barbarie religieuse que je croyais impossible en Tunisie.
A ma connaissance,il n'y a pas de différence entre une organisation islamiste quelle soit tunisienne,algérienne ...Ils ont un programme commun qui s'intitule l'application de la charia,et pour aller vite dans certaines régions ils coupent les têtes.Là ou l'islamisme est légalisée ou il est permis à un parti politique d'activer,le pire est toujours à craindre.
En réponse à votre question, cet extrait de l'article sur les violences salafistes en Tunisie de Monia Ghanmi pour Magharebia à Tunis :
« Quelques jours plus tôt, dans la même province, des extrémistes avaient tenté d'appliquer la charia à l'encontre d'un jeune homme en l'amputant de la main droite après l'avoir accusé de vol. Conséquence de cette agression, ce jeune homme a perdu trois doigts et est hospitalisé, a expliqué sa famille aux médias locaux. »
Une « tentative » presque « réussie » donc !... (je vais derechef le préciser dans l'article) Je n'ai pas d'info sur la façon dont le jeune homme agressé a réussi à échapper à ses tortionnaires. Je n'ai pas non plus réussi à savoir s'ils ont été arrêtés ou non. À mon avis, ils courrent encore, on peut légitimement le penser vu le laxisme du gouvernement et de la police à l'égard des exactions salafistes.
Lien vers l'article complêt de Monia Ghanmi et le site de Magharebia :
http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/features/2012/06/01/feature-02
j'ai été interrogé par un journaliste de Tunis-Hebdo, Khalil Abdelmoumen, sur mon papier "Solitude au Palais de Carthage". Voici le texte de notre entretien.
Nicolas Beau
Question. Vous avez expliqué que deux sources policières vous ont fait part de l'existence de camps d'entraînements pour les militants d'Ennahdha. Pouvez-vous nous dire quels types d'entraînements y sont exercés et dans quel but?
Je n'ai pas d'indication précise sur la forme prise par ces entrainements. Pour être plus précis, mes sources indiquaient que 10000 à 12000 jeunes étaient passés par de tels camps, certains pour des durées bréves évidemment. Pourquoi? Et bien, je pense que certains au sein de la mouvance islamiste n'écartent pas l'idée que des forces de l'ancien régime, notamment au sein de l'appareil sécuritaire (police et armée) ne songent, un jour, à arrèter le processus démocratique en cours et à placer un homme à eux à la tète de l'Etat. Face à une telle éventualté, certains responsables islamistes pensent qu'il leur faut se préparer à une épreuve de force. Après tout, dans les années 1985-1988, le Mouvement de la Tendance Islamqiue (MTI), ancètre de Nahda, comprenait, en son sein, un appareil militaire clandestin qui, face à la répression, avait effectivement préparé l'éventualité d'un coup de force pour le 8 Novembre 1988. Lequel a été devancé par la décision de Ben Ali de renverser,le 7 novembre, le président Bourguiba. Ces informations m'avaient été données lors de la préparation d emon livre "Notre ami Ben Ami", en 1999, par monsieur Karkar, un des dirigeants du MTI proche des Frères Musulmans, alors réfugié en France. Question.
*Quel rapprochement pouvez-vous faire entre vos récentes révélations et les déclarations faites par deux responsables du syndicat de police qui ont affirmé l'existence de camps d'entraînements terroristes ?
Les déclarations des dirigeants syndicalistes policiers confirment les indications que j'avais obtenues auprés de deux hauts cadres du ministère de l'Intérieur. Ils qualifient de "terroristes" les initiateurs de ces entrainements; mes informateurs parlaient, eux, de l'implication de "Nahda", sans plus de précision. Les frontières sont floues aujourd'hui entre des groupes salafistes ultra minoritaires et la fraction la plus extrémiste du mouvement Nahda, notamment à la base. Sans doute existe-t-il un regroupement, sur le terrain, entre les un et les autres quand par exemple, des milices peu identifiées interviennent dans la rue ou dans les facultés en faveur de certains codes vestimentaires. Ce sont les mêmes sans doute qui intervienennt pendant les manifestations, pour agresser les militants démocrates, comme le faisaient autrefois les hommes de main du RCD. Face à ces agisements, les manifestants ont vu clairement que certains policiers réagissaient contre ces interventions intempestives et d'autres laissaient faire.
*Le ministère de l'Intérieur a démenti toutes les informations le concernant parues dans votre article «Solitude à Carthage». Avez-vous un commentaire à faire ?
Comment le ministère de l'Intérieur tunisien peut faire autre chose que démentir? Et cela me parait déja un signe fort qu'il prenne la peine d'élaborer une réponse, alors que l'information, simplement parue sur facebook, pouvait être traitée par l'indifférence comme une vague rumeur. Ce qui est vrai, c'est que le ministère de l'Intérieur dirigé actuellement par un dirigeant éminent de Nahda ne peut pas engager un bras de fer contre la frange plus militante et extrémiste du mouvement islamiste. A moins qu'il n'en reçoive l'ordre d'en haut. Au sein du mouvement islamiste, terriblement secret, des courants s'opposent vigoureusement. Et le prochain congrès de Nahda, à cet égard, sera décisif. »