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Le lobbying : une fausse menace
Le lobbying est encore perçu comme une véritable menace à la démocratie, comme une activité propre à des groupes sans scrupules prêts à mettre l’essence de la démocratie en danger pour arriver à leurs fins. Mais est-ce vraiment, aujourd’hui, une version 2.0 de la maxime de Machiavel « la fin justifie les moyens » ?
Pour bien comprendre ce qu’est le « lobbying » il faut peut-être commencer par en regarder la définition : d’après le « Que sais-je ? », les lobbies font « des interventions destinées à influencer directement ou indirectement l'élaboration, l'application ou l'interprétation de mesures législatives, normes, règlements et plus généralement, toute intervention ou décision des pouvoirs publics ». Facile, de là, d'en déduire toute sorte de phantasme et de théorie du complot liés à la méfiance générale qu’ont les populations vis-à-vis des médias.
Car oui, il ne passe pas un jour sans que l’on entende parler de « censure », de « fausse information » et autres termes qui font peur. Mais le lobbying ne se résume sans doute pas à ce que la population croit ; elle est même loin de la vérité.
A bien y regarder, d’ailleurs, cette méfiance envers les lobbies est purement française. Une exception qui ne facilite pas la tâche des cabinets français spécialisés dans la communication stratégique qui se heurtent à une image plus que déplaisante, voire diffamatoire. On les accuse facilement, et à tort, d’être une menace. Pourtant, hors de nos frontières, les lobbies sont loin d‘être mal vus.
Le lobbying n’est pas une activité cachée, illégale, qui serait plus proche du trafic d’influence et de la corruption que de la stratégie de communication. Le lobbying a des règles strictes qui sont acceptées par le parlement européen où une demande d’accréditation peut être déposée par les groupes d’intérêts qui doivent, de ce fait, suivre le code de conduite du Parlement Européen. Plus de 1800 groupes sont aujourd’hui accrédités. Aux Etats-Unis, ce sont plus de 20.000 lobbyistes qui sont inscrits auprès du Congrès sans que cela ne soit assimilé à une quelconque pratique obscure ou à une quelconque forme de menace de la démocratie.
Mais alors, pourquoi en France nous avons cette vision particulièrement noire de cette activité ? un début de réponse nous parvient de Thierry Libaert qui a publié un ouvrage visant, justement, à dédiaboliser le lobbying et à lui rendre sa part de vérité. Ce spécialiste de la Science de l’Information et de la Communication nous donne une réponse qui met en avant un amalgame.
« L’image de la pratique est directement corrélée à l’image des entreprises. L’image du lobbying est la traduction même de la défiance que l’opinion publique a globalement vis-à-vis des entreprises en matière d’information. Toutes les enquêtes le montrent : le public a peu confiance dans les entreprises et le lobbying apparait comme l’expression d’une forme d’opacité qui entretient cette distance » répond-il au cabinet Vae Solis Corporate, spécialisé dans le conseil en stratégie d’information et en gestion de la réputation.
Il semblerait donc que le lobbying en soi ne soit pas remis en question si ce n’est car il serait le véhicule d’une fausse information que les entreprises voudraient faire passer auprès du public. Le lobbying serait donc simplement là pour faire ce que l’entreprise ne peut pas faire sous son propre nom. Une idée que M. Libaert veut combattre :
« Il faut démontrer et expliquer que le lobbying c’est servir des intérêts certes, mais qui ne peuvent pas être des intérêts strictement "catégoriels" ; il faut savoir les dépasser pour embrasser des combats plus larges. Un lobbying qui sert des intérêts strictement privés va dans le mur, ne peut pas être efficace. »
Comment faire pour que le lobbying trouve sa place de confiance auprès des français ? Sans aucun doute en le dotant de règles parlementaires qui permettraient aux français de voir que ce ne sont pas des intérêts personnels qui sont en jeu. Car le lobbying a aussi sa part d’utilité au sein de la démocratie sans quoi il ne serait pas autant apprécié dans les pays anglo-saxons. Aux Etats-Unis, les règles d’encadrement de cette activité datent de 1945 tandis que le Canada en a adoptées en 2005.
Malgré l’opinion généralement négative que les lobbies ont auprès de la population, le gouvernement français n’a pas pour autant cautionné cette vision. LE Service Central de Prévention de la Corruption, rattaché au cabinet du premier Ministre, a dès 1993 fait une distinction claire dans son rapport annuel :
« Il faut se garder d'imaginer le « lobbyiste » sous les traits caricaturaux du dispensateur de pots-de-vin, confiné au rôle de maillon d'une chaîne de prébendes [...]. Le lobbying - « le vrai » - se distingue à la fois de sa caricature et des pratiques douteuses. Les déviances marginales ne sauraient entacher l'ensemble d'une profession. Mais, de même que le monde des affaires veille de lui-même à ce que l'escroquerie soit sanctionnée, de même faut-il se donner les moyens de déceler le trafic d'influence. ».
Les professionnels du lobbying doivent, pour que tout cet imaginaire collectif soit réduit à néant et qu’ils puissent enfin être appréciés à leur juste valeur, commencer à prendre la parole. Une opération « transparence » permettrait de dissiper les doutes qui pèsent sur leur profession. Le public pense généralement que les lobbyistes travaillent « dans l’ombre » ; une sortie « au grand jour » est probablement nécessaire pour conquérir la confiance du plus grand nombre.


Tous les commentaires
Question : les déclarations de syndicats puissants sont-ils du lobbying? Le avertissements de personnages influents ou de leurs représentants, donnés en coulisse à tel ou tel responsable politique, sont-ols du lobbying? Certainement pas, eu regard des définitions officielles...
Les relattions sociales ont toutes des aspects, des moments de rapport de forces. Depuis le bambin qui s'essaie à braver sa mère, ou à jouer de son père contre sa mère, jusqu'à un Mr Mitttal qui joue de son poids économique pour faire prévaloir ses intérêts, ou à un Etat puissant qui mène sa géopolitique, tout est "lobbying", à mon sens. Parce que, s'il ne s'agisszait que d'informations, il suffirait de les publier...Mais ici, menaces, ruses, mensonges, corruption ont inévitablement leur place. Comme me disait, il y a bien cinquante années, une méridionale :"Eh! Si on triche pas, on gagne pas..."
"Les professionnels du lobbying doivent, pour que tout cet imaginaire collectif soit réduit à néant et qu’ils puissent enfin être appréciés à leur juste valeur, commencer à prendre la parole." Rien que cette phrase vaut son pesant de cacahuètes.
Médiapart serait-il infiltré par un lobbyiste des Lobbys?
Plutôt que de perdre du temps à décortiquer, un peu de lecture pour se faire une idée. Inutile de faire un dessin.
http://www.monde-diplomatique.fr/2010/06/RUFFIN/19200
http://aitec.reseau-ipam.org/spip.php?article1071
http://lexpansion.lexpress.fr/economie/les-lobbys-qui-tiennent-la-france_292132.html
"Aux Etats-Unis, ce sont plus de 20.000 lobbyistes qui sont inscrits auprès du Congrès sans que cela ne soit assimilé à une quelconque pratique obscure ou à une quelconque forme de menace de la démocratie."
Bien sûr, bien sûr... Voir à 15minutes cette vidéo disponible pendant 7 jours sur Arte+7
http://videos.arte.tv/fr/videos/740-park-avenue--7081948.html