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May

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TORRETON, JAURES & LA TELEVISION

A propos de la « crise de la représentation* » dont j’entends de plus en plus parler en cet été médiatico-Pétainiste, et bien que ce soit pour moi une vieille connaissance, j’aimerais vous raconter une petite histoire édifiante sur la télévision, la politique et le monde du spectacle. Pour me situer rapidement, j’ai été pendant 25 ans décorateur, éclairagiste et technicien dans le spectacle et le cinéma. Après avoir pris une part fort active dans le mouvement dit « des intermittents » de l’été 2003 (porte-parole d’une coordination, jusqu’à l’Assemblée Nationale), j’ai changé de métier pour devenir cadre subalterne dans une entreprise qui s’occupe de transports publics alternatifs à l’automobile, puis j'ai fondé une petite société de R&D. Après une forte tentation de voter Non au referendum sur la Constitution Européenne, j’avais finalement décidé de voter blanc. Il y a quelques années, je suis tombé sur la promotion télévisuelle d’un téléfilm sur Jaurès, mettant en vedette M. Philippe Torreton, et faisant une large part à ses envolées sur son engagement politique, au journal de 20 heures. Il se trouve que j’habite près de Carmaux, dans le Tarn, où ce genre de fiction se doit de s’ancrer comme à l’incontournable « patrie politique » de Jaurès, ou du moins de ses débuts. Quelques semaines avant le tournage, (il y a deux ans, environ) en grande partie à effectuer sur place, je reçois, avec un camarade également expérimenté dans le métier (nous ne sommes pas nombreux dans le nord du Tarn rural) un avis de l’ANPE-Spectacle de Toulouse, nous invitant à contacter la production qui cherche du personnel sur place, techniciens et figurants essentiellement. Nous répondons : justement, mon collègue a déjà travaillé avec le chef déco, on ne sait jamais. Il se trouve que nous sommes tous deux disponibles. Bien entendu, pas de réponse. Ce n’est guère une surprise, jusque là. Là où cela devient amusant, c’est que quelque jours après avoir renoncé à une simple réponse téléphonique de la production (on n’est pas plus poli, mais ça devient une habitude…) nous commençons à recevoir des appels de collègues parisiens, dûment embauchés pour le tournage, qui nous demandent timidement si nous ne pourrions pas les héberger sur place, pour la raison fort simple que la production leur refuse tout défraiement : à eux de se loger et de se nourrir sur leur salaire, qui n’a pas l’air mirifique. On entend distinctement l’argument massue : c’est ça ou on tourne dans les pays de l’Est, en Lituanie par exemple…comme cette pauvre famille Trintignant pour le tournage de "Colette". (Je suis catégorique : c’est vrai que ça mérite des claques, mais au sens figuré, et PAS SI FORT.) J’avais pris cela avec une certaine philosophie. Quoi que je me souvienne d’un précédent significatif : une dizaine d’années auparavant, un spectacle grand public de plein-air, du type « son & lumière », fut mis en scène sur le même thème avec l’appui du nouveau député- maire du canton voisin, Paul Quilès. Bernard Pierre Donnadieu, qui tenait le rôle-titre, fut occasionnellement mon hôte pendant les répétitions, et m’expliqua le conflit du moment : après plusieurs mois de travail, une équipe locale, essentiellement engagée sous le régime de « stagiaires » et de bénévoles, à force de poignet, mena à bien l’essentiel du spectacle. La production voulut engager, une semaine avant la première, une équipe parisienne bien –sinon grassement- payée, alors que le travail était pratiquement fini. B.-P. Donnadieu s’y opposa farouchement, mettant en balance sa participation au spectacle, car ses cachets de cinéma lui permettaient de payer le dédit : il en faisait une question de principe, et exigea de jouer avec l’équipe avec laquelle il travaillait depuis le début, sous peine d’annulation. La production dut céder, et Paul Quilès donna son aval.(à contre-cœur, m’a-t-il-dit, mais il le fit) Rien de tout cela n’étonnera les professionnels. Mais ceux qui ont vu et entendu le jeune Monsieur Torreton exhaler, presque la main sur le cœur, ses professions de foi sociales et son engagement de star pour la Constipation le l’Oignon Européen, se demanderont peut-être pourquoi il fait mine d’ignorer les conditions de production de ses propres fictions, ou pourquoi, après tout, il les ignore peut-être réellement…En appeler aux Mânes de Jean Jaurès, ce n’est pas rien. Comme on fait son lit, on se couche. Il est vrai qu’à ma connaissance, on n’a jamais photographié Bernard Pierre Donnadieu se bronzant pélagiquement aux côtés de Claire Chazal. Elle, quoiqu’active collaboratrice des Préparateurs de Cerveaux Disponibles, je ne peux humainement lui en vouloir : le soir du début de la Guerre du Golfe, devant des millions de téléspectateurs, elle m’a nommément qualifié de « d’homme des Lumières » : Elle aura sans doute lu son prompteur sans réfléchir .Sans rancune. Plutôt, sans aigreur, comme, je l’espère, le ton de ma lettre en témoigne. Toute aide pour tirer la morale de cette historiette sera considérée comme bienvenue.

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