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Origines du christianisme : simone weil

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Dans le petit texte intitulé "Lettre à un religieux" écrit dix mois avant sa mort et que je signale aujourd'hui (9 juin 2009) dans le fil consacré à Simone Weil, la philosophe énumére 35 opinions dont elle craint qu'elles soient un "obstacle" entre elle et l'Eglise.

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Voir :

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http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/jeanpaulyveslegoff/010908/simone-weil

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La trente-cinquième et dernière concerne les origines du christianisme. Certes, elle n'est pas historienne; mais elle connaît suffisamment l'histoire de la philosophie aux débuts de l'ère chrétienne pour ne pas accorder crédit à la version des origines qui est fournie par le Nouveau Testament. Sinon, je vois mal comment elle pourrait écrire :

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"35° : La compréhension du christianisme nous est rendue presque impossible par le profond mystère qui recouvre l'histoire des premiers temps".

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Elle ajoute :

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"Ce mystère porte d'abord sur les rapports du christianisme, d'une part, avec Israël, d'autre part avec les traditions religieuses des "gentes""

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("Gentes" que le Nouveau Testament traduit par "Gentils"). Par rapport avec "Israël", il faut entendre l'Israël du temps du Christ, non pas l'histoire des Hébreux, Abraham, Isaac, Jacob, Moïse.  Donc : la situation politoco-religieuse en Israël et dans la Diaspora, du temps du Christ. Tout particulièrement le messianisme, mais pas seulement. Idem pour les Gentes, c'est-à-dire les païens : le choc des cultures, la rencontre des systèmes philosophiques et religieux d'une grande variété de peuples que l'Empire romain (qui naît au même moment) va tenter d'unifier.

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jpylg 

Tous les commentaires

Il m'apparait bien, à moi aussi (comme à toi, si j'ai bien compris) que Weil aborde la question religieuse du christianisme par le versant philosophique (et "politique"? "Ils prirent tout ce qu'ils avaient et le mirent en commun"). Quant au messianisme, il me semble, pour le peu que j'en sais, que le "judaïsme" est vacciné contre une croyance absolu que "le" "christ" ("chrestos", l' "oint" de l'onction divine) est Le Messie, par cette autre croyance (une sorte de dicton (c'est à dire un "dit-on", quelque chose qui se raconte dans les familles) que tout enfant qui nait pourrait être le messie (L' "envoyé" et celui qui réunit?)

. On ne peut pas faire de réponse simple sur la question, tout-à-fait fondamentale, du messianisme juif entre deux siècles avant et deux siècles après le Christ. . Il faut sortir de ce que j'appelle "le paradigme historico-théologique". Le judaïsme dans lequel le christianisme va puiser sa source est un judaïsme archaïque qui va disparaître totalement en 135, lorsqu'Hadrien rasera Jérusalem. La déconfiture avait déjà commencé en 70, lors qu'une première catastrophe, orchestrée par Titus. Israël disparaîtra, en tant qu'Etat, jusqu'en 1947. Mais Israël survivra dans la diaspora, sous la forme de deux religions nouvelles: le christianisme et le judaïsme rabbinique (lequel donnera le judaïsme moderne). Il n'y a pas plus de rapport entre le judaïsme rabbinique et le judaïsme archaïque qu'entre ce dernier et le christianisme. . Mais cela, le paradigme historico-théologique (aussi bien défendu par les chrétiens que par les juifs) le cache. Ce n'est pourtant pas la même chose que dans le même temps et le même espace naissent deux religions plutôt qu'une. . Et dans le même temps et dans le même espace, il y a aussi d'autres religions et d'autres philosophies. Le paradigme historico-théologique cache également que les relations entre religions et philosophies, dans l'antiquité, ne sont absolument pas celles que nous connaissons aujourd'hui. Il y a des philosophies qui sont des quasi-religions (pythagorisme et même platonisme) et des religions qui sont des quasi-philosophies : le christianisme, tout particulièrement. . Pour en revenir au messianisme, il faut également prendre en compte que cette question est extrêmement controversée chez les juifs depuis au moins deux siècles avant Jésus-Christ et que la question est vécue totalement différemment (ainsi que celle de l'ouverture de la religion aux "gentils") chez les Juifs de Palestine et chez les Juifs de la Diaspora. . Le messianisme, après l'apparition alléguée du Messie (le Christ), sera à nouveau la pomme de discorde entre les judéo-chrétiens et les pagano-chrétiens, d'une part, puis entre les chrétiens et les adeptes du nouveau judaïsme (celui qui se met en place sous la houlette des "rabbins", et qui n'existait pas du temps supposé de Jésus de Nazareth). La question sera celle de savoir si le Messie est venu ou s'il est à venir et ce en quoi consiste la réalité d'Israël, le "vrai " Israël, ("Eretz" Israël), un Israël spirituel, auquel tous les peuples potentiellement appartiennent, ou un Israël ethnique qui se fermera aux étrangers, tout en continuant à n'exister qu'au milieu d'étrangers. . jpylg

. "L'attente de la fin imminente du monde est essentielle au christianisme primitif et explique quantité d'anomalies. C'était sans doute la partie la plus populaire du message. (...) La rapide diffusion du christianisme est due à ce que tous ces malheureux souhaitaient tellement la fin du monde ! Et comme cela se comprend. Aucun des cultes, aucune des setes rivales n'avaient à offrir une garantie aussi palpable de la fin tout à fait imminente du monde que la vie, la mort, la résurrection du Christ". . pages 104 et 107 . Simone Weil . La connaissance surnaturelle

. Simone Weil n'est pas historienne, mais elle connaît au moins l'histoire de la philosophie dans le monde gréco-romain et a fort bien lu tous les "Pères" de l'Eglise des 1et au VIème siècle. . Elle a entièrement raison de dire - ce que ne fait pas le paradigme historico-théologique et ce que, même, il cache systématiquement, - que la fin du monde joue un rôle essentiel dans la diffusion du christianisme. . Cette conviction est très présente dans le Nouveau Testament, tout particulièrement chez Paul (mais aussi dans les Epitres de Pierre et de Jean, notamment,) et également dans la bouche de Jésus de Nazareth lui-même. Sans oublier l'Apocalypse. . Toutefois, Simone Weil devrait signaler que cette croyance n'est nullement spécifiquement chrétienne. Tous les peuples de l'antiquité aux alentours des origines de l'ère chrétienne sont persuadés que le monde est arrivé à son terme. C'est sur le calcul de l'échéance finale qu'il y a de grands désaccords. . Cette conviction est, naturellement, particulièrement présente dans le judaïsme : le messianisme juif ne se comprend pas sans l'eschatologie juive (eschatologie = science des fins dernières). C'est, probablement, l'une des raisons majeures pour lesquelles tant de païens se convertissent au judaïsme, depuis au moins deux siècles avant la naissance supposée de Jésus de Nazareth. C'est ce phénomène que le paradigme historico-théologique nomme le "prosélytisme juif". . Il n'y a aucune diffusion foudroyante du christianisme, contrairement à ce que croit sans doute Simone Weil. Il y a un détournement par le christianisme en formation de l'ancien "prosélytisme", qu'il faudrait appeler "conversionnisme" de la religion juive archaïque, tout particulièrement dans la diaspora où les contacts entre juifs et païens étaient particulièrement étroits ( ce qui ne veut pas dire qu'ils n'existaient pas en Palestine, où les païens étaient également très nombreux). . jpylg

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