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Origines du christianisme: nouvelle lettre à un ami

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Un ami est en train d'écrire un ouvrage critique sur la religion en général, le christianisme en particulier. Il m'a envoyé un plan assez détaillé en me faisant l'honneur de me demander mon avis, ce que j'ai fait.

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Je pense que ma réponse contient quelques éléments susceptibles d'intéresser un certain nombre d'autres personnes réfléchissant, elles aussi, sur ces questions.

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" Cher Xxxxxx

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C'est une réflexion, bien sûr, profonde que tu entreprends sur le christianisme, et notamment, son rôle social.

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D'après ton plan, je ne pourrais qu'être d'accord avec presque tout ce tu t'apprêtes à dire, à l'exception d'une chose, mais qui est essentielle, ce sont les présupposés.

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Ces présupposés sont que Jésus (et l'Evangile) fondent le christianisme, quand bien même Jésus ne songerait à rien de tel, et ne voudrait que réformer le judaïsme, comme tu le penses. Tu penses donc aussi que, d'une manière ou d'une autre, le christianisme serait né de l'impulsion donnée par la personne et l'enseignement de Jésus. C'est très exactement cela que je nomme "le paradigme historico-théologique" et que j'attaque, comme tu sais.

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Peu importe, selon moins que ces épisodes aient eu lieu ou aient été totalement (peu probable) ou partiellement (beaucoup plus probable)inventés, le christianisme ne naît pas comme cela et n'a pas UN fondateur. C'est une fondation collective très longue et, comme tu le dis, tumultueuse; (il faut même parler de sa violence); cette fondation résulte principalement de la rencontre du judaïsme et de l'hellénisme, dans le cadre des besoins en religion de l'Empire romain s'étendant; plus précisément, de la rencontre du judaïsme archaïque en déliquescence et de l'échec de la philosophie grecque classique (Multiplicité des écoles et perte de crédibilité, voir St Augustin).

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Ce parfait mythe d'un christianisme originel pur semble absolument indéracinable; sans doute parce qu'il est partagé à la fois par les partisans et par les adversaires du christianisme. Cela, depuis toujours. Même Voltaire croit à l'âge d'or du christianisme; tous les grands anticléricaux du XIXème siècle sont dans ce cas, comme Victor Hugo, Edgar Quinet, Pierre Larousse, etc.

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C'est aussi ce que j'appelle le "système de protection" des catholiques les plus critiques à l'égard de leur religion; je pense, par exemple au théologien Hans Küng qui dans l'un de ses bouquins ("le Christianisme, ce qu'il est et ce qu'il est devenu dans l'histoire") nourrit la théorie d'un christianisme, éternel, surhumain, sans défaut qui souffrirait de son incarnation. C'est exactement à cette théorie que, avec mes dérisoires moyens, j'essaie de m'opposer.

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Je pense le faire, à tort ou à raison, dans l'intérêt même de la religion (de toute religion) car je pense, comme toi, comme Hans Küng, comme Hugo, Quinet, Larousse et tant d'autres que le christianisme en particulier et la religion en général sont des bonnes choses et qu'il y a tout intérêt à faire face à la réalité historique.

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Le paradoxe - mais c'est aussi ce qui rend ta démarche encore plus intéressante - est que tu veuilles défendre la religion en te disant athée.

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Mais je tombe encore en désaccord avec toi quand tu veux réduire la religion à une illusion qui, selon ton point de vue, se justifierait parce qu'elle serait bénéfique, voire nécessaire. Ici, c'est à la philosophie, me semble-t-il, de prendre le relais de l'histoire. Aucune philosophie n'est jamais parvenue à établir ni que Dieu existe, ni que Dieu n'existe pas. De même, il est impossible de dire si le sentiment religieux - qui serait une caractéristique de l'homme - relève d'une illusion fondamentale ou d'une intuition fondamentale.

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Ce qui est assez clair, depuis Kant, c'est la limite qui sépare la connaissance de la croyance; mais Kant a, en outre, démontré que dans le champ de la croyance, la raison garde tous ses droits, dès lors qu'elle ne cherche à établir que des hypothèses et renonce à obtenir des certitudes (les hypothèses suffisant à tirer des avantages pratiques). Il en a conclu que l'homme avait intérêt - c'est un peu la démarche, avec de substantielles différences du pari de Pascal - à croire, non pas, comme Pascal, pour le salut éternel, mais pour mieux fonder la morale et donc la vie en société. C'est un peu la conclusion vers laquelle il semblerait que tu t'orientes et si je ne me trompe pas, je l'approuverais totalement. Mais cela ne fonde pas, pour autant, la théorie de l'illusion (qui est la position de Freud).

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Kant n'a pas voulu (ou pas eu le temps) de jeter son dévolu sur les phénomènes du mysticisme, ce qui aurait pu changer complètement sa réflexion sur la religion. (D'autres l'ont fait: Schleiermacher, Rudolf Otto, par exemple).

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Pas tous, mais beaucoup de mystiques sont des réalistes, souvent des hommes d'action. Le témoignage qu'ils apportent sur l'existence d'une transcendance ne doit donc pas, à mon avis, être réduit à l'illusion. Bien au contraire. C'est, pour une bonne part, en raison du témoignage des mystiques que je suis croyant.

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J'attends, en tous cas, avec hâte, le résultat final de tes cogitations.

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Bien à toi."

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jpylg

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