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Lettre ouverte à Paul Veyne sur l'incendie de Rome par ceux qui auraient été "les Chrétiens"

 

 

 

 http://www.lelivrelibre.net/le_paradigme_historico_theologique/menu.html

 

Cette lettre ouverte à Paul Veyne, que j'annonçais depuis pas mal de temps constitue ma réponse aux 10 sur les 12 émissions d'Arte qui ont été diffusées jusqu'à présent (les deux dernières étant programmées pour le samedi 20 décembre).

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Je prie de m'excuser de l'avoir faite longue. Encore y a-t-il énormément de choses à dire, mais nous allons voir ce qu'il convient de faire pour la suite.

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La longueur est de 10 pages, format A4. Je la mettrai dans quelques heures en format pdf sur mon site, où il sera possible de la télécharger et la tirer sur imprimante personnelle, ce qui en facilitera la lecture.

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Je suis, évidemment, disponible pour ceux qui souhaiteraient dialoguer sur ce sujet.

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jean-paul yves le goff

http://www.lelivrelibre.net

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OU

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http://www.lelivrelibre.net/le_paradigme_historico_theologique/menu.html

 

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LETTRE OUVERTE A PAUL VEYNE SUR L'INCENDIE DE ROME PAR CEUX QUI AURAIENT ETE "LES CHRETIENS".

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Monsieur le Professeur,

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Fort du courage que je puise dans l’article 11 de notre Déclaration des Droits de l’Homme qui caractérise la liberté d’opinion comme l’un des biens les plus précieux  de l’Homme, à condition d’avoir la liberté de la communiquer, le modeste et obscur amateur d’histoire de l’antiquité que je suis s’autorise à s’adresser à l’éminent et prestigieux spécialiste que vous êtes. L’occasion m’en est fournie, en particulier, par les propos que vous avez tenu le 3 décembre 2008 sur la chaine de télévision Arte au sujet de l’incendie de Rome par ceux qui auraient été les chrétiens. Mais l’ensemble de mes remarques pourraient s’étendre à l’ensemble de vos prestations dans le cadre de cette série d’émissions, intitulée Apocalypse, due aux producteurs Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, proposée aux téléspectateurs du 3 au 20 décembre 2008 et même à votre ouvrage paru en 2007, intitulé « Quand notre monde est devenu chrétien : 312-394 », qui m’avait déjà donné l’envie de vous écrire.

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            L’idée générale que je veux défendre est que la présentation qui est couramment faite des origines du christianisme à l’heure actuelle en France est gravement fautive par rapport aux exigences de la méthodologie historique et que vous participez à la diffusion d’une connaissance biaisée avec toute l’autorité qui est la vôtre et celle de l’Institution que vous représentez.

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            Si j’étais aujourd’hui étudiant dans une unité de recherche que vous dirigeriez, je me demande, monsieur le professeur, dans quelle mesure j’aurais la liberté de vous exposer en quoi je considère la présentation qui est couramment faite des origines du christianisme comme particulièrement faussée, ou pour s’en tenir à un très court exemple, pourquoi j’ai l’intime conviction qu’il n’y avait pas de Chrétiens à Rome en l’an 64 de notre ère, et que, par conséquent, Néron n’a pas pu leur imputer l’incendie de la Ville, auquel il aurait lui-même procédé.

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            Comme il ne s’agit, en l’occurrence que d’un exemple, mais aux conséquences extrêmement importantes, vous me permettrez de l’insérer dans des considérations plus générales, seraient-elles un peu longues. Et d’abord, votre dernier livre : « Quand notre monde est devenu chrétien : 312-394 ». Comment, en le lisant, ne pas avoir en tête votre premier paru en 1971, qui s’intitulait « Comment on écrit l’histoire » qui vous avait valu la notoriété immédiate et, entre autres distinctions, celle d’être salué par un autre éminent esprit, Michel de Certeau, comme l’homme qui contribuait à « décoloniser l’histoire ». Loin de moi l’idée de contester les mérites de ce fameux ouvrage. Mais au vu de ce que vous avez écrit par la suite, et notamment ce dernier livre sur les racines chrétiennes de l’Europe, force est de constater que si vous fûtes, en d’autres temps, celui qui contribua à décoloniser l’histoire,  vous n’êtes certainement pas celui sur qui il faut compter pour « dé-théologiser » l’histoire des origines du christianisme, qui en aurait cependant besoin.

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            Vous avez pu être amené, déjà,  à penser, monsieur le Professeur, qu’une intention idéologique pouvait en ce moment guider ma plume. Vous auriez, en ce cas, tout-à-fait raison. Oui, les critiques que je vais me permettre de vous faire, sont inspirées par une idéologie, une idéologie qui ne refuse pas de s’assumer, l’idéologie laïque, l’idéologie républicaine selon laquelle il est légitime de s’opposer à une idéologie adverse, serait-elle dissimulée, mais suffisamment forte encore pour imposer insidieusement des règles et des normes dont  l’idéal scientifique de l’histoire aurait dû, depuis longtemps, avoir triomphé.

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            Prenons, par exemple, les deux dates qui entourent le titre de votre ouvrage : 312 et 394. Le choix qui vous les a dictées relève, naturellement, de votre liberté. Je ne vais pas venir dire qu’il y aurait un mot d’inexact dans toutes les pages où ces deux dates sont expliquées ( c’est-à-dire, tout le livre)  : 312, la bataille du Pont Milvius que gagne Constantin contre son rival Maxence, ce qui, selon vous, déclenche le processus d’accession du christianisme au statut de religion d’Etat, processus qui sera achevé, toujours selon vous,  lorsque surviendra, en 394,la bataille de la Rivière Froide, par laquelle Théodose triomphera d’Arbogast. Qui oserait dire que cela n’est pas vrai ?  Mais lequel de vos lecteurs saura, à moins d’être déjà bien au courant, par d’autres lectures de l’histoire du IVème siècle, que vous auriez pu tout aussi bien, et peut-être dû plutôt, choisir d’autres dates et d’autres événements, ce qui n’aurait pas manqué de déboucher sur d’autres conclusions et de donner, plus généralement, une toute autre tonalité à votre livre. Par exemple, plutôt que 312, vous auriez pu choisir 325 et la convocation par Constantin du Concile de Nicée, parler du rôle qu’il y joue, des conclusions qu’il en tire qui contribueront à former le Credo des chrétiens. Vous auriez pu, pour clore le livre, choisir le 28 février  380 et l’Edit de Thessalonique qui est l’Acte de naissance des « Catholiques Chrétiens », ou  quelque semaines plus tôt  la formation chrétienne  accélérée de  Théodose (décembre 379-janvier 380), et finalement son baptême par l’évêque nicéen Acholius qui valut  sans doute au christianisme que nous connaissons d’être nicéen plutôt qu’arien. Souvent, l’histoire tient à peu de choses. Ce qui était, d’ailleurs, votre conclusion, mais présentée très différemment . A tel point, qu’en refermant votre livre, je m’étais dit : on aurait pu le sous-titrer : « Comment Paul Veyne écrit l’histoire ».

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            Mais, en vous entendant, le 3 décembre, dans le cadre des émissions d’Arte, parler de l’incendie de Rome telle que relatée par Tacite et tous les propos de vos éminents collègues qui allaient dans un sens identique, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander : comment les historiens lisent-ils les documents sources de l’histoire ?

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            Voulant sans doute mettre un peu d’humour  dans un sujet qui, de fait, ne se caractérise pas par sa légèreté, vous êtes venu dire que les villes brûlaient assez facilement dans l’antiquité, qu’il y avait eu plusieurs incendies de Rome, etc, etc. Vous avez aussi confirmé au passage qu’avec cette mention de Tacite nous possédions la preuve d’une présence précoce du christianisme à Rome. J’ai lu, comme vous, les annales de Tacite et le passage en question, au chapitre XLIV de ses annales ainsi que ce que , traditionnellement,  on considère comme une confirmation, c’est-à-dire la Vie des Césars de Suétone (XXVI, 2). Je sais que la théorie de la persécution des Chrétiens par Néron, suite au reproche qu’il leur aurait fait d’avoir incendié Rome n’est pas à proprement nouvelle puisque l’écrivain ecclésiastique Tertullien la reprend à son compte quand il s’adresse aux « gouverneurs des provinces » dans sa fameuse « Apologétique » (V, 3), écrite vers la fin du IIème siècle.

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            Je sais aussi qu’il y a des erreurs qui ont la vie dure ; spécialement quand on ne fait rien pour les éliminer ou quand on fait tout pour les entretenir. Je prétends que dans d’autres documents et pas n’importe lesquels puisque je pense au Nouveau Testament nous avons la preuve, quasi-irréfutable, qu’il n’y avait pas de chrétiens à Rome en 64, ou en tous cas en nombre tellement infime qu’il était impossible qu’ils représentassent la moindre gêne pour Néron et même qu’il était très peu vraisemblable qu’il en ait entendu parler. En revanche que Tacite, qui écrivait plus de 60 plus tard, ait entendu parler des « chrétiens » (si, du moins on peut traduire ainsi le latin « christiani »), c’est tout-à-fait possible et que, lui, les connaissant, il ait estimé que Néron les connaissait, c’est vraisemblable.

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            Mais les raisons de penser que les chrétiens étaient inconnus à Rome sont autrement puissantes. Evidemment, le fait a  des conséquences d’une extrême importance. On comprend parfaitement que les théologiens qui se piquent de fonder leur théologie dans l’histoire éprouvent la plus grande résistance à seulement envisager le fait d’une absence de chrétiens. Mais il ne me semble pas acceptable que les historiens non engagés confessionnellement leur prête main-forte dans ce combat d’arrière-garde de l’obscurantisme.

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            Conséquences extrêmement importantes, car admettre que le Nouveau Testament lui-même nous montre que les chrétiens n’étaient pas présents à Rome en 64 qu’en général la lecture de ce texte est mal faite, sans parler d’autres tels que l’Apologétique de Tertullien et encore combien d’autres. Incidemment, il ne faut pas oublier que  la supposée présence dans la capitale romaine à cette époque non seulement de chrétiens, mais de Pierre et Paul en personnes, est un élément jugé déterminant dans le très complexe problème de la datation des Evangiles. Je n’entrerai pas dans ces considérations, précisément, en raison de la complexité, mais qu’il soit dit, pour mémoire, qu’il s’agit là d’un des éléments qui permettent (comme d’habitude en négligeant beaucoup d’autres) de dater la rédaction des évangiles de la seconde moitié du 1er siècle.

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            Nous assistons aujourd’hui à une extraordinaire dérive du discours historico-théologique sur les origines du christianisme, je dirai même une perversion.  Alors même qu’une série d’émission comme celle de Mordillat et Prieur prétend faire toute sa place à l’esprit critique, voire conclure sur des positions défavorables à la théologie, c’est précisément l’esprit critique qui est étouffé et les bases les plus fragiles de la construction historico-théologique qui en sortent renforcées.

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            Les producteurs mettent en contact un groupe compact de théologiens auquel vient prêter son aide un petit nombre d’historiens, sans que l’on puisse distinguer les uns des autres avec pour résultat que le public va être amené à penser que les théologiens ont une démarche scientifique puisque celle des historiens ne diverge pas essentiellement. En quelque sorte, il s’agit que le discours des historiens laïcise le discours des théologiens, alors que c’est le discours des théologiens qui christianise celui des historiens. Comment ne pas croire que ceux-ci soient consentants ? Mais aussi comment imaginer qu’il puisse en être autrement ? Si les historiens entreprenaient de dévoiler tout ce que les positions de la théologie ont d’intenable en histoire, il s’ensuivrait une redoutable polémique, pour ne pas dire une véritable croisade contre les derniers bastions de l’obscurantisme. En attendant ces bastions résistent et servent de base de départ à des conquérants d’un nouveau genre animé par l’idéal d’une nouvelle évangélisation que Jean-Paul II naguère appelait de ses vœux.

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            Eh bien soit ! que le IIIème millénaire soit le cadre d’une nouvelle évangélisation, à la seule condition que soient connues les conditions réelles dans lesquelles furent faites la première. Ce n’est pas ce chemin-là qu’Arte a pris, sous la houlette de Mordillat et Prieur, entre le 3 et le 20 décembre 2008.

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            Non seulement, la technique utilisée dans ces émissions est faite pour donner l’impression que les théologiens de telle ou telle obédience sont d’accord avec les historiens non engagés confessionnellement et salariés par une institution laïque, mais elle donne l’impression, par l’addition des différents monologues, que les théologiens sont d’accord entre eux. En effet, l’intervention de l’un succédant à celle de l’autre, la conforte et la complète. On ne serait pas long à se rendre compte, s’ils dialoguaient, qu’ils ne sont d’accord sur rien. Comme d’ailleurs, de toute l’histoire du christianisme, les théologiens ne l’ont été. Ils ne sont d’accord que sur un seul point, mais ce point est décisif : respecter les tabous sur lesquels  leurs discours  respectifs se fondent

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            Comme disait, en d’autres temps, Voltaire :

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Nos prêtres ne sont pas ce qu’un vain peuple pense.

Notre crédulité fait toute leur science.

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            Nos théologiens, quant à eux, sont plus à l’aise pour exprimer leur foi, au demeurant respectable, quand elle ne prend pas pour base une histoire faussée qu’ils continuent à fausser pour les besoins de leur cause, ils sont plus à l’aise, donc, quand les producteurs de l’émission prennent le parti de cacher qui est prêtre, qui est pasteur, qui est rabbin et qui est professeur d’une université laïque de la République française.

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            Sachant que l’un des intervenants, tel que Daniel Marguerat, en arrive maintenant à dire – sans jamais rencontrer la moindre contradiction – que Jésus de Nazareth est le personnage de l’antiquité sur lequel nous sommes le plus documentés, sachant que, très régulièrement, il est présenté comme un « expert mondial », il pourrait être pertinent de signaler que cette sommité internationale est aussi, non seulement professeur de théologie à la Faculté protestante de Lausanne, mais pasteur de l’Eglise évangélique luthérienne réformée, qui ne figure pas parmi les tendances les plus progressistes du protestantisme, c’est le moins qu’on puisse dire.

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            Revenons à la présence des Chrétiens à Rome, l’une des intervenantes, Mme Paula Fredrisen, de la Boston University, signalait qu’à ce sujet nous disposions de deux sources, l’une chrétienne, constituée par les Actes des Apôtres, l’autre profane, constituée par les textes de Tacite et de Suétone. Il était implicitement évident que les sources chrétiennes, au moins sur ce point étaient vraies, puisque les sources profanes le confirmaient.  Exactement comme, d’un point de vue plus global, le point de vue des théologiens serait vrai, puisque le point de vue des historiens le confirmerait.

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            L’ennui, pour cette thèse, si on la regarde de près, c’est que si, effectivement, la présence des chrétiens à Rome est bien affirmée par les textes de Tacite et de Suétone, très étrangement, c’est justement la source chrétienne, en l’occurrence, le dernier chapitre des Actes des Apôtres qui obligent à considérer qu’il n’en est absolument rien.

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            Monsieur le Professeur, je ne voudrais donner à mon épitre la longueur de celles de Paul. Je n’ai pas son génie, et je ne cherche nullement à mettre en circulation une croyance nouvelle. Je voudrais simplement  rendre au rationalisme ses droits à examiner les textes religieux et c’est déjà une mission passablement difficile, à laquelle je crains de ne pas suffire.

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            J’aurais donc voulu vous lire de larges extraits de la fin des Actes des Apôtres, tout ce qui va du moment où Paul est mis en procès, à Jérusalem, jusqu’au moment où il arrive à Rome et où les Actes se terminent.  Ce serait trop long. Heureusement, le texte est d’un accès facile et chacun pourra s’y reporter. Je me contenterai donc de quelques références.

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            D’abord signaler le fait que, devant ses accusateurs, Paul se présente, non pas comme un chrétien, non pas comme le fondateur d’une religion nouvelle, mais comme un pharisien, solidement ancré dans la tradition : «Frères,  Je suis pharisien, fils de pharisien », dit-il au verset 6 du chapitre 23  des Actes, s’adressant aux membres du Sanhédrin, c’est-à-dire à la  plus haute autorité juive. Il ne dit pas : « J’étais », mais « je suis. » Je sais bien que l’un des historiens spécialistes en France des origines du christianisme, et non des moindres, par son statut – malheureusement absent de cette série d’émissions – prétend que le christianisme primitif s’est  développé à l’intérieur du judaïsme, mais il ne peut défendre ce paradoxe (avec deux ou trois autres) tels que prétendre que l’on peut remonter de la tradition à l’histoire) qu’en mobilisant toutes les ressources de la dialectique, dont il croit être un champion. Il n’est pas difficile de déstabiliser sa stratégie en recourant à ces mêmes sources qu’il prétend défendre.

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            C’est ainsi qu’au « mouvement de Jésus » , ou au « mouvement des disciples de Jésus » deux expressions qu’à la suite d’un certain nombre d’historiens anglo-saxons il affectionne d’utiliser, - et que l’on ne trouve absolument dans aucun texte de l’antiquité, on peut – et même on doit -  préférer l’expression de « secte des Nazoréens » qui se trouve un peu partout et pour commencer, cette occurrence qui s’applique à Paul : « Nous avons découvert que cet homme était une peste, qu’il provoquait des émeutes parmi tous les Juifs du monde et que c’était un chef de file de la secte des Nazoréens ». (Actes, 24, 5). Le qualificatif, de « Nazoréen » bien entendu, s’applique en tout premier lieu et à maintes reprises à Jésus et Pierre, dans les Actes ne craint pas de l’employer, quand illuminé par l’Esprit à la Pentecôte, il s’adresse à la foule en ces termes : « Israélites, écoutez mes paroles (…) Jésus le Nazoréen (…) Dieu l’a ressuscité ». (Actes, 2, 22)

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            Transportons-nous à Rome,  environ une trentaine d’années plus tard, à l’époque qui nous intéresse, disons entre 60 et 64. Je rappelle que, s’il existait des Chrétiens à Rome, ce serait du fait de l’action de Pierre, selon une tradition dont je signale qu’elle n’apparaît dans les textes que fort tard, en tous cas nullement dans les Actes des Apôtres où Pierre semble complètement oublié à partir du milieu du chapitre 12, après une évasion merveilleuse d’une prison et sur ces mots.  « Qu’est-ce que Pierre avait bien pu devenir ? » (Actes, 12, 18) C’est en effet ce que l’on se demande, ou plus exactement ce que tous les théologiens, comme un seul homme, nous invitent très fortement à surtout ne pas se demander.

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            En tous cas, il ne semble pas être à Rome quand Paul, finalement, y parvient. En tant que citoyen romain, prisonnier à Jérusalem, puis à Césarée, Paul a demandé à être transféré à Rome pour comparaitre devant l’Empereur. Sa captivité à Césarée a duré deux ans. Puisqu’il est un grand spécialiste de la correspondance, il a eu largement le temps de prévenir Pierre qu’il allait arriver. Pierre ne se déplacera pas.  Ce ne sont pas les détails qui manquent sur le voyage de Paul et ses escales : Malte, Syracuse, Reggio, Pouzzoles. Nous savons même que le navire qui le transportait avait pour enseigne les Dioscures. Nous connaissons son port d’attache : Alexandrie. C’est dire que les détails ne sont pas épargnés.  Ce qui veut dire que si, à l’arrivée, la présence de Pierre n’est pas mentionnée, c’est qu’il ne fait pas partie du comité d’accueil. Mais le comité d’accueil  existe. (Actes, 28, 14-16). L’arrivée se fait en différentes phases : trois jours après s’être installé, Paul invite les notables juifs à se réunir au domicile qu’il s’est trouvé. (Actes, 28, 17). Les notables, cela signifie, de quelque manière, les chefs de la communauté juive de Rome, en tous cas des gens qui ne peuvent pas ne pas être informés de la vie de leur coreligionnaires juifs de Rome. Paul, apparemment, entreprend de les gagner à sa cause, cela peut toujours servir, puisqu’il est en procès : il n’a jamais rien fait de mal, il a été, en Judée, victime de mauvais bruits. Il est, en réalité, « porteur de l’espérance d’Israël ». (Actes, 28, 20). Les notables juifs ne semblent pas passionnés par son cas personnel, en tous cas, ils n’ont aucun préjugé contre lui (Actes, 28, 21). Autre chose, les intéresse beaucoup plus, c’est la secte que Paul représente, dont ils ont vaguement entendu parler : « Nous demandons à t’entendre exposer toi-même ce que tu penses, car pour ta sectes, nous savons bien qu’elle rencontre partout de l’opposition ». (Actes, 28, 22)

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            La secte à propos de laquelle les notables Juifs demandent à Paul de les informer, ce n’est pas la secte des chrétiens. Ce n’est pas  le « mouvement de Jésus » ou le « mouvement des disciples de Jésus », c’est, évidemment, la secte des Nazoréens, dont Paul est un chef de file.

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            Cette secte des Nazoréens est, sans doute assez nombreuse, dans l’ensemble de la Diaspora, pour qu’à Rome on sache qu’elle « rencontre partout de l’opposition ». Mais elle n’est pas assez nombreuse à Rome même pour que les notables juifs s’informent sur ses tenants et ses aboutissants auprès de des responsables eux-mêmes de ladite secte. Il faut qu’il en arrive un de Palestine pour qu’ils aient la chance de pouvoir se renseigner. En outre, la secte en question, quelles que soient les ressources dialectiques et rhétoriques qu’on puisse être capable de mettre en œuvre, n’est ni un « mouvement de Jésus », ni une secte de « chrétiens ».

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            Rien n’est plus difficile à prouver que l’absence de quelque chose. Il peut y avoir des chrétiens à Rome, entre 60 et 64, puisque selon la tradition, l’épisode prend place dans ce ordre chronologique. Pierre séjourne-t-il peut-être discrètement dans une lointaine banlieue, puisque la tradition affirme qu’il s’y trouve et qu’il sera, - ainsi que Paul qui, quant à lui,s’ y trouve effectivement (logeant dans une maison où il reçoit) -parmi les victimes de la persécution déclenchée après le 16 juillet 64 , par Néron  en représailles de l’incendie qu’il aurait lui-même allumé. Cela ferait donc, si l’on veut souscrire à la démarche théologique, au moins deux chrétiens. Il n’est pas du tout impossible qu’il y en ait quelques autres dans l’entourage immédiat de ces deux-là. Ce qui me semble impossible à l’historien d’admettre c’est que, si les notables juifs sont dans une telle ignorance, l’empereur Néron aurait pu être aussi bien informé et surtout s’être senti gêné par le nombre de ces adeptes, s’être senti menacé par le côté subversif de la nouvelle doctrine, au point de décider de les éliminer.

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            Ce qui est, en revanche, vraisemblable, c’est que Néron ait été gêné par les Juifs, qu’il les ait accusés de l’incendie et qu’il les ait persécutés en 64, comme son prédécesseur, Claude, avait expulsé les Juifs de Rome quinze ans plus tôt, en 49, selon ce que nous dit Suétone, qui suppose que la cause serait l’agitation dans la communauté juive soulevée par un certain « Chrestos » (Vie de Claude,  25, 4). Qu’il y ait eu, parmi les Juifs expulsés de Rome en 49, un certain nombre – non pas de « chrétiens »  mais – de « messianistes » ; c’est tout-à-fait vraisemblable.

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            Mais il n’y a pas non plus, à proprement parler, une « secte messianiste » à Rome, ni où que ce soit dans la diaspora, car les sources les mentionneraient. Il y a, certes, des sectes, plutôt nombreuses, bouleversées par le messianisme ; mais c’est tout autre chose : Les sources font référence à une dynamique messianiste, à une idéologie messianiste, à des rumeurs diverses et variées concernant le Messie, incarné selon les auteurs en tel ou tel personnage. Mais ,de secte messianiste, point. La série d’émissions de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur a focalisé sa publicité sur le thème de la « secte juive », très minoritaire qui finalement va s’emparer de l’Empire et ainsi forger le destin de l’Europe. Mais il n’y a pas plus de secte juive que de secte messianiste. En revanche, il y a dans le judaïsme , judaïsme palestinien réservé aux seuls juifs et judaïsme de la diaspora ouvert aux païens, appelés « prosélytes », un certain nombre de sectes dont la plupart vont, effectivement,  être affectées, voire bouleversées par ce que l’on pourrait appeler la querelle du « messianisme ». Il est courant de mentionner les sectes que signale l’historien juif Flavius-Josèphe : les Sadducéens, les Pharisiens, les Esséniens, les Zélotes . Mais il y en a bien d’autres que l’on ne mentionne pas. Deux auteurs du IIème siècle, Hégésippe et Justin, en citent toute une série qui donne, avec celles de Josèphe, presque l’impression d’un  pullulement , sans qu’on sache presque rien d’elles : les Génistes, les Galiléens, les Helléniens, les Baptistes, les Samaritains, les Masbothéens. Les Nazoréens n’apparaissent que chez des auteurs du IVème siècle : Epiphane (Panarion 29, 9) et Jérôme (Lettre à Augustin n° 112). Les Nazoréens d’Epiphane et de Jérôme leur sont contemporains, mais comme ils sont également mentionnés dans les quatre évangiles – et de quelle façon ! – force est de penser qu’ils ont une existence assez ancienne. Ce n’est pas gênant pour l’historien, mais c’est très gênant pour le théologien – et c’est pourquoi l’on n’en parle pas – que de prendre acte du fait que Jésus était membre d’une secte qu’il n’avait même pas fondée.

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            Monsieur le Professeur, j’aurais aimé vous dire encore beaucoup de choses.

            J’aurais aimé vous parler de la datation des évangiles. La datation des évangiles dits canoniques ; la datation respective des évangiles dits apocryphes.

            J’aurais aimé vous parler de la littérature apocalyptique juive et de la place de l’Apocalypse dite de Jean dans celle-ci.

            J’aurais aimé vous parler de la littérature dite chrétienne primitive.

            J’aurais aimé vous parler de l’historicité de Jésus de Nazareth et de l’historicité du Nazareth de Jésus.

            J’aurais aimé vous parler du Testimonium Flavianum et surtout du fait que de récents travaux universitaires français démontreraient son historicité et, par conséquent, l’historicité de Jésus.

            J’aurais aimé vous parler de la différence entre le Christ de la foi et le Jésus de la réalité, et chercher avec vous si Jésus avait pu donner naissance au Christ ou si le Christ avait pu donner naissance à Jésus.

            J’aurais voulu réfléchir avec vous à ce qu’implique le fait de parler continuellement des auteurs Matthieu, Marc,  Luc et Jean et de leur oeuvre, comme peut-être les historiens du futur  parleront des œuvres du Paul Veyne, Maurice Goguel, Prosper Alfaric ou Paul-Louis Couchoud.

            J’aurais aimé qu’une fois ou l’autre, dans les douze émissions, il fut prononcé le mot de pseudépigraphie et qu’une fois ou l’autre le fait fût acté que ces quatre évangiles sont des textes écrits on ne sait par qui, on ne sait quand, on ne sait où et on ne sait même pas en quelle langue.

            J’aurais aimé que nous parlions de l’énigme qui fait qu’il faille attendre l’an 180 pour qu’un premier auteur chrétien (Irénée) cite les noms des quatre évangiles, mais à peu près rien de leur contenu factuel et qu’il faille attendre aussi tard que le IIIème siècle pour qu’un autre auteur (Origène) montre le premier qu’il a en main les textes évangéliques à peu près semblables à ceux que nous connaissons.

            J’aurais aimé, au lieu de vous entendre faire de l’humour sur l’incendie de Rome, vous entendre parler de la confrontation que vous connaissez bien, sous la gouverne des Romains, du judaïsme, de l’hellénisme et de l’orientalisme.

            J’aurais aimé que vous nous parliez de la fonction religieuse des philosophies dans l’antiquité et de la fonction philosophique des religions, également du moyen platonisme et du néo-platonisme, du stoïcisme dans le christianisme, de la nouvelle sophistique et de l’éclectisme illustré par Cicéron. Souvent, je me suis demandé si le plus grand des crimes du christianisme ne fut pas, plutôt que l’Inquisition ou les Croisades, d’avoir détourné le cours de la pensée au profit d’un courant de pensée.

            J’aurais aimé qu’il soit question de ce qu’il est convenu d’appeler le « prosélytisme juif » tel qu’on le connaît deux siècles avant Jésus-Christ et tel qu’il existe encore, en faiblissant, un siècle ou deux après Jésus-Christ.

            J’aurais aimé que vous nous disiez comment s’articulaient les notions d’apocalypse, d’eschatologie et de messianisme.

            Etc.

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            Tous les gravissimes problèmes qui se cachent derrière ces questions et que vous connaissez bien ne se disent pas parce qu’ils sont l’objet d’autant de tabous. C’est par la pratique systématique du tabou, ou du non-dit, que se maintient en place le paradigme historico-théologique qui, hélas, sert de base à la foi honnête et sincère de tant de croyants. Le paradigme historico-théologique est un colosse aux pieds d’argile. La déconstruction du christianisme sera douloureuse, mais elle est nécessaire pour que survive  ce que le christianisme a de meilleur, c’est-à-dire : ses croyants qui sont les véritables fondateurs d’une fondation qui n’en finit jamais de se fonder et de se refondre. Quand les théologiens veulent faire partir l’histoire du christianisme de Jésus de Nazareth, ils la font – hélas ! – finir avec Benoit XVI. Quand ils voudront enfin la faire partir du Christ, en reconnaissant, bien sûr, que le Christ précède de beaucoup Jésus, ils la feront finir avec la Bonne Nouvelle, qui est le Salut.

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            Je m’en voudrais, monsieur le Professeur de terminer ma lettre sur des considérations de théologie, puisque vous êtes historien. Je pense que le paradigme historico-théologique est un scandale pour l’histoire, étant donné l’époque où l’on est et tous les efforts qui furent faits dans le passé pour dégager la religion de la fausse science ; une mauvaise chose, d’autre part,  pour la religion elle-même. Je n’ai pas à dire à l’Eglise de France comment elle doit enseigner l’histoire des origines du christianisme dans ses propres universités et ses propres facultés. Mais, en tant que citoyen, je crois que j’ai le droit de dire qu’un certain nombre de livres d’histoire des origines du christianisme, signés de professeurs d’universités de la république française laïque, pêchent par une sorte d’inféodation à la théologie, livres qui, en outre, servent de base à la grande majorité des manuels scolaires où l’on présente l’histoire des religions, notamment à destination de la classe de sixième. Depuis les hautes sphères de l’enseignement et de la recherche jusqu’aux humbles degrés de l’éducation des enfants, l’histoire n’a pas à faire allégeance aux injonctions  de « L’instruction sur la vérité historique des évangiles », publiée le 21 avril 1964 par la Commission Biblique Pontificale. Tout particulièrement quand on réalise quelle conception l’Eglise se fait de l’histoire en lisant l’article  639 du catéchisme de 1992 :  « Le mystère de la résurrection du Christ est un événement réel qui a eu des manifestations historiquement constatées comme l’atteste le Nouveau Testament ».

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Dans un simple article, à la fois, est déclarée historique la Résurrection et historique aussi le Nouveau Testament.  Quelques articles plus loin, un nouveau pas est franchi, un véritable bond épistémologique, devrais-je dire. C’est l’article 653 : « La vérité de la divinité de Jésus est  confirmée par sa résurrection ». Etant donné que la Résurrection est prouvée historiquement, il en résulte que la vérité de la divinité de Jésus est une vérité historique ? Qu’est-ce qui peut arrêter les historiens-théologiens quand ils viennent encore dire, comme dans l’article 1210, que les sept sacrements, dont  l’extrême-onction, l’ordre et le mariage, ont été institués par le Christ ?

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Certes, nous n’avons pas entendu cela ; mais nous n’avons pas entendu non plus dénoncer cette conception aberrante de l’histoire qui fait sentir ses effet, je le répète, jusque dans nos manuels scolaires. Nous avons entendu de savantes analyses de la « conversion » de Constantin et de doctes réflexions sur la sincérité et la profondeur de sa foi ; mais rien à propos de celle de Théodose ni du stage de rattrapage qui le fait devenir chrétien.

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Bien entendu, une émission entière sur les 12 a été consacrée à renforcer la thèse selon laquelle c’est avec Constantin que le christianisme devient religion d’Etat, même si un intervenant a glissé dans sa moustache que le christianisme était seulement devenu religion privilégiée. Un autre a reconnu, (comme le loup des Animaux malades de la peste qui avoue, entre deux quintes de toux, qu’il a parfois «aussi avalé le berger ») que « dans certains cas les hérétiques sont passibles de mort ». Dans certains cas ? A vrai dire, ces cas étaient beaucoup plus fréquents qu’il n’est compatible avec une religion d’amour. Tel autre intervenant consent bien à dire que c’est avec Théodose que le christianisme devient religion d’Etat – mais il oublie de dire que par la même décision, c’est-à-dire l’Edit de Thessanolique du 28 février 380 – l’orthodoxie est fixée et, cela,  par un chrétien de fraîche date qui est empereur depuis guère plus longtemps.

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Une émission entière, la 10ème sur les 12 va être consacrée  à Saint Augustin.  Vous savez fort bien, monsieur le Professeur, que l’évêque d’Hippone n’a absolument pas joué le moindre rôle dans l’établissement du christianisme. Oui, au fil des conciles des siècles suivants, et par les références de plus en plus régulières à son œuvre (et par voie de conséquence à Saint Paul) Augustin a joué un rôle essentiel dans la constitution de la théologie et la vie interne de l’Eglise, mais il ne pèse d’aucun poids dans la suite des événements politiques qui  forgeront la puissance de l’Eglise. Dans cette 10ème émission, nous avons quitté le mixte historico-théologique dans lequel nous étions depuis le début pour 50 minutes de théologie pure et dure. Sans que les téléspectateurs aient le moindre soupçon du changement de genre, pour la simple raison que les genres se trouvent dès l’origine complètement mélangés.

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            « Quand placer l’an zéro du christianisme ?» Telle fut la question qui clôtura cette 10ème émission. Et la voix-off prolongea son interrogation : au moment de la naissance de Jésus de Nazareth ?ou bien quand Théodose « obligea » l’Empire à adopter la religion chrétienne ? J’ai tout de même apprécié le verbe « obliger », tant je suis las d’entendre que, sous Théodose le christianisme devint la religion officielle de l’Empire. Il aurait pu devenir la religion officielle, comme on le répète aujourd’hui dans le paradigme historico-théologique sans être pour autant une religion obligatoire, et surtout sans être la seule admise à exister (exception faite du judaïsme toléré, sans doute, précisément pour sa proximité avec le christianisme).

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            Je crois qu’il ne serait pas inutile de dire, en bonne méthodologie historique, que la naissance de Jésus est une hypothèse, uniquement dépendante de la valeur historique que l’on veut attacher aux quatre évangiles dits canoniques, tandis que l’Edit de Thessalonique est un document historique dont on ne peut raisonnablement mettre en doute l’authenticité. De plus, même si la thèse de l’existence historique de Jésus  est adoptée, il reste à prouver qu’il est, effectivement, le fondateur du christianisme. Certains historiens, même dans les milieux proches de la théologie, le contestent. D’autres en sont certains (les mêmes qui sont certains qu’il a fondé les sept sacrements). D’autre part, si l’on veut se faire une opinion sur la possibilité que l’Edit de Thessalonique soit l’Acte de naissance du christianisme, la première chose et avant tout, et surtout avant de plaquer dessus des commentaires, c’est de le lire, ainsi qu’un certain nombre d’articles qui le suivent dans le Code Théodosien. A ce moment-là, il faut s’apprêter à faire face à une réalité extrêmement dure à concevoir si l’on est, en ce début du IIIème millénaire, sincèrement chrétien : c’est que le christianisme s’est mis en place dans des conditions qui sont particulièrement difficiles à concilier avec la foi en ce Dieu bon qui est à la fois Père, Fils et Esprit.

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Ce qui apparaît aux yeux du croyant atterré – et beaucoup ont perdu la foi sur ce constat – c’est que le quatrième siècle est le siècle de la naissance du christianisme. Il n’y a pas que Constantin, Théodose et Augustin dans ce siècle. Il y a surtout une formidable et insoutenable transformation. La religion qui était, au début du IVème siècle interdite et persécutée est à la fin du siècle non pas officielle mais obligatoire et surtout, elle persécute. Pour expliquer ce changement, il faut d’autres propos que ceux qui ont été tenus dans l’émission Apocalypse d’Arte sur Constantin, Théodose et Augustin.

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Le jour où l’on voudra bien reconnaître que le christianisme naît à la fin du IVème siècle, il faudra opérer une révision dans le vocabulaire couramment utilisé par l’histoire. On parlera des messianistes de Rome, accusés d’avoir incendié la ville et persécutés par Néron. De même que la fameuse phrase d’Actes, chapitre  11, verset 26 : « Et c’est à Antioche que, pour la première fois, le nom de « chrétiens » fut donné aux disciples » devra se lire « Et c’est à Antioche que, pour la première fois, le nom de « messianistes » fut donné aux disciples.

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Comment appellera-t-on, alors, le « mouvement de Jésus » que certains historiens continueront à voir à l’œuvre, aux 1er, 2ème et 3ème siècle, si Jésus n’a pas fondé le Christianisme ? Messianiste peut convenir pour le premier siècle, mais plus difficielement pour la suite, la situation se complique : il n’est plus seulement question de Messie ou de fin du monde, mais de bien d’autres choses. J’ai trouvé une réponse possible dans le Jésus de Maurice Goguel, référence incontournable en la matière : «  Tout ce qui concerne la vie de Jésus, son ministère, son enseignement, son acte et le groupe de disciples qui s’est constitué, appartient non à l’histoire du christianisme  mais à sa préhistoire ».

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On peut donc répondre complètement à la question posée par l’Apocalypse d’Arte : l’an zéro du christianisme, c’est effectivement l’Edit de Thessalonique. En tous cas, en histoire. La naissance de Jésus (fût-ce à Bethléem ? fût-ce à Nazareth ?, du moins si elle eut lieu), c’est l’an zéro du pré-christianisme.

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Jean-Paul Yves Le Goff

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Auteur de : L’enseignement laïque des origines du christianisme – dé-théologiser l’histoire. ( à paraître).

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http://www.lelivrelibre.net

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Tous les commentaires

Jérôme Prieur Comme j'ai hâte que vous puissiez voir les deux derniers épisodes de "L'Apocalypse" * qui se seront diffusés demain samedi sur Arte : ils devraient répondre à quelques unes de vos questions sur le IVème siècle ! Ou en ranimer d'autres... Pour ne pas vous faire une réponse interminable, je me permettrai concernant beaucoup de points que vous soulevez concernant les "chrétiens" au 1er siècle ("messianiste" serait en effet bien préférable) de vous signaler un des épisodes de notre série précédente "L'Origine du christianisme" (notamment sur la dénomination primitive "nazoréen") et, pardonnez-moi, nos trois livres qui, justement, abordent plus longuement les questions historiques que vous posez et qui ne peuvent pas toutes être traitées en 50' de film. Tout particulièrement le problème de l'incendie de Rome et de l'incrimination des "chrétiens" par Néron selon le récit qu'en donne Tacite, problème qui est aussi textuel, est développé dans notre dernier "Jésus sans Jésus". Mis à part le soupçon que l'on peut porter sur le texte lui-même, la question de la reconnaissance des "chrétiens" par la police romaine était, je vous le rappelle, bien soulevée dans le deuxième épisode de "L'Apocalypse" par Eric Junod (Lausanne). Tout l'art du montage est de ne pas tout dire à chaque fois, et de laisser la place aux contradictions, aux sous-entendus, aux hypothèses, au doute. Paul Veyne, que nous admirons et vénérons grandement, est un remarquable semeur de doutes. Libre à chacun de ne pas partager ses points de vue et ses illuminations, mais son mérite (immense) est d'en avoir (contrairement à beaucoup d'autres qui n'ont que du "savoir"). Sa pensée nous aide à construire la nôtre. Quant à la distinction que vous faites entre "théologiens" et "historiens laïcs", nous l'avons entendu récemment dans la bouche d'un universitaire qui se disait haut et fort "historien laïc" pour dissimuler sa lecture théologienne... Ce qui rend méfiant. A charge plutôt pour nous, spectateurs ou lecteurs, de discerner ce qui dans le discours est ou non théologique, s'agissant de la reconstitution de l'histoire d'une religion dont les enjeux ne sont pas seulement de l'ordre de la compréhension du Passé C'est là toute la complexité de l'histoire, et même ce qui la rend si passionnante. Jérôme Prieur * petite précision, nous ne sommes pas Gérard Mordillat et moi les "producteurs" de cette série comme vous dites (cette série a des producteurs qui sont Denis Freyd/Archipel 33 et Arte France). Nous en sommes, exactement, les auteurs et les réalisateurs.

Il est vrai, qu'a voir cette série d'émissions où la plupart des "historiens" sont des "théologiens" un doute nous submerge. Un type qui a la foi, quelle qu'elle soit, peut-il être crédible. Même Einstein ne voulait pas croire à la mécanique quantique sous prétexte que Dieu ne joue pas aux dés. Les savants n'ont pas réponse à tout mais les croyants sont définitivement hors course.

@ bourbaky Quand vous dites que les croyants sont définitivement hors course, vous vous fondez sur quelle religion pour dire ça.

. @ Jérôme Prieur, . D'abord merci de votre réponse et de son accent de sérénité : vous auriez eu le droit de vous sentir attaqué. J'avoue qu'une telle intention ne me serait pas totalement étrangère (en tout bien tout honneur), parce que mon intention est de réhabiliter la polémique dans ces milieux où l'histoire et la théologie se rencontrent, et où elle a été une fois pour toutes labellisée comme le mal absolu. . Or, selon moi, il y a des polémiques légitimes. Il y a des débats qui sont, par nature, polémiques, comme les débats judiciaires et bien évidemment aussi, les débats religieux. En la matière, on ne peut éviter la polémique qu'en évitant de dire; or ne pas dire est fort préjudiciable à la recherche de la vérité et oblige à croire. . Je me suis permis, ici et là, de porter des jugements négatifs sur votre entreprise ( Je saurais, désormais, qu'avec Mordillat vous êtes auteurs-réalisateurs). J'ai bien conscience de l'énorme travail que vous avez fourni et des talents multiples que vous avez déployés. Cependant, devant l'enjeu, je ne peux pas négocier l'expression de certains choix fondamentaux qui sont les miens. Il m'arrivera, probablement dans l'avenir, de faire encore allusion à votre trilogie qui est en passe de faire date, voire de devenir une référence importante. . Par rapport à cela, je serai encore amené à considérer et à dire qu'elle fait le jeu du parti que je considère comme mon parti adverse, c'est-à-dire, l'histoire théologisée. J'ai bien entendu, à plusieurs reprises, des éléments critiques non négligeables, dans la bouche des intervenants eux-mêmes et dans les commentaires de votre crû. Ils me semblent totalement insuffisants et totalement neutralisés. On ne sort pas un instant de ce que j'appelle le paradigme historico-théologique. Ce paradigme, au mépris de la neutralité historique, est fait pour donner à croire. . Paradoxalement, pour l'attaquer, je vais être obligé de donner à ne pas croire, alors que je suis croyant. En somme, j'appelle de mes voeux, une "contre-histoire" (comme dit Onfray, à propos de la philosophie), dont je vais bientôt, mettre sur pied quelques éléments. En fait, c'est en fonction de ce vieux projet que je juge votre entreprise : vous ne faites pas une contre-histoire, et à mon avis il le faudrait. . Mais c'est fort heureux que les avis soient différents. Je peux vous dire que je ne me suis pas ennuyé une minute tout au long de cette série et que je ne m'ennuierai pas davantage samedi prochain. Je serai étonné que les deux derniers épisodes me fassent beaucoup changer d'avis. Ou alors vous nous prépareriez un vrai coup de théâtre, si j'ose dire... j'imagine que déjà, ça se saurait. La seule chose qui me satisferait serait que vous apparaissiez sur l'écran à la dernière minute, avec Gérard Mordillat, pour dire quelque chose, du genre : chers téléspectateurs, voici le point d'orgue de la série : depuis douze fois cinquante minutes, il faut que vous sachiez que tout ce petit monde bidonne. Il bidonne avec les meilleures intentions du monde, mais il bidonne. . jean-paul yves le goff

Merci d'évoquer irrésistiblement Fellini ! Mais je penserais plutôt à quelques séquences de "Fellini Roma". Ou à "La Voie lactée" de Bunuel. Ou encore à Charles Perrot, qui fut professeur à l'Institut catholique de Paris (nous l'avions filmé dans "Corpus christi"). Dans "Jésus et l'histoire" (1993) (son maître-livre à lire entre les lignes du fameux paradigme théologico-historique, sauf que cette fois on y sent les précautions et la distance que n'ont pas les positivistes, non religieux ou religieux, obsédés par la recherche du petit fait vrai), il écrivait ceci, qui nous enchante : "En exégèse, toutes les méthodes ou presque ont leur intérêt, à condition d'être maniées avec humour." Rassurez-vous : à la fin de la fin du dernier épisode, il n'y a pas d'apparition surprise du tandem Mordillat-Prieur, pas d'apocalypse, pas de coup de théâtre, pas de deus ex machina ! Mais pour autant vous ne serez pas déçu, je l'espère. Jérôme Prieur

Je vous ai lu, Jean Paul Yves, et ne le regrette pas. Les réponses de J. Prieur, aussi, ont tout leur intérêt. Mais moi qui n'ai aucune connaissance particulière dans ce domaine, à votre lecture, je fais la remarque suivante : * les idées religieuses chrétiennes, à partir du moment où elles ont constitué l'ossature d'une création d'institution (pouvoir / église), sont devenues des enjeux de pouvoir, d'influence. De ce fait, elles perdent, comme toute idéologie (=conçue comme un allant de soi), leur mobilité; leur capacité dialectique. On gagne en pouvoir solidifié ce qu'on perd en liberté du dialogue des idées. Un exemple attire mon attention et me fait poser une question (naïve sans doute): cette histoire de l'incendie de Rome sous Néron - n'est-ce pas fondamental de considérer que c'est la vengeance de Néron contre une minorité chrétienne, afin de placer Rome comme le lieu "historique" d'un évènement fondateur, et de faire de ce lieu, la définitive "capitale" des chrétiens (catholiques) ? Est-ce un des enjeux ? Je n'ai aucune compétence mais je trouve ce dialogue ouvert par votre papier tout à fait intéressant. Bien à vous Marielle B.

. Merci Marielle de recentrer le sujet. Après tout, la question n'est pas vraiment de savoir si gérard mordillat et jérôme prieur ont fait ou non un bon travail. . La question est, plutôt de savoir, si oui ou non, on peut considérer qu'il y eut des chrétiens à Rome en 64, quoique dise Tacite, qui dit "oui" (si du moins on traduit "christiani" par chrétiens. Y a-t-il des raisons de croire que les messianistes qui se seraient trouvés à Rome en 64 auraient pu être autre chose que des chrétiens ? . Je passe sur les conséquences possibles pour la datation des évangiles. . Ne voit-on pas les conséquences d'une telle hypothèse; cela voudrait dire qu'à la question, déjà très controversée, qui est : comment les chrétiens se séparèrent-t-ils des juifs? il faudrait en substituer une autre qui serait : comment les chrétiens se séparèrent-ils (ou se dégagèrent-ils) des messianistes ? C'est, dès lors, une nouvelle histoire qui doit s'écrire. . Peut-on imaginer qu'une autre histoire ait légitimement la possibilité de voir le jour ? . Je n'en ai pas l'impression. . Apparemment, on ne veut pas voir non plus, ce qu'impliquerait le fait que Jésus de Nazareth fut membre d'une secte qu'il n'aurait pas créée. J'ai du mal, pour mon compte, à ne pas conclure que les textes nous le disent clairement, si on veut se dégager l'esprit de l'emprise théologique. . Je trouve aussi remarquable que, par rapport à l'Edit de Thessalonique, dont j'attends de voir si les deux dernières émissions d'Arte, le 20 décembre, le publieront intégralement, que cet Edit ne fasse pas voir que c'est Théodose, chrétien de frâiche date, qui définit le dogme de la Trinité qu'un an et demi après, de mai à juillet 381, le second concile oeucuménique, dit de Constantinople, allait, suivant l'histoire théologisée, énoncer au monde ? . jpylg

@ Jean Paul Yves Comment se fait-il que l'empereur Théodose n'a pas fait massacrer ou réduire en esclavage les membres du concile de Constantinople qui ont osé contredire son récent Edit de Thessalonique sur la définition de la Trinité ? Est-ce par tolérance ou par faiblesse ? Si c'est le cas, cela ne ressemble pas tellement à la mentalité des empereurs romains de l'époque.

. Voir ma réponse dans l'autre fil : "Apocalypse : quand placer l'an zéro du christianisme ? Exactement au 28 février 380" . jpylg

Pensée de Simone Weil, la philosophe : "le nettoyage philosophique de la religion catholique n'a jamais été fait. Pour le faire, il faudrait être à la fois dedans et dehors".

Il y a un problème de traçabilité. Tout cela est à rendre un lion végétarien.

. A propos de la phrase de Simone Weil, si vous aviez la référence précise, cher miradou, cela m'arrangerait beaucoup. . jpylg

@ jpylg Pensée de Simone Weil. Rapportée par Jean Guitton dans son "Journal", oeuvres complètes, chez Desclée de Brouwer, page 216, (édition du 5 mars 1985).

@ Melchior C'est parce qu'on sait que jpylg est un philosophe et que ça pouvait l'intéresser. La preuve, c'est qu'il a réagi. De quoi ouvrir d'autres chantiers pour ne pas se retrouver au chômage pendant la retraite. Ça valait bien un petit détour, certes dommageable pour la traçabilité, mais sans conséquence pour la santé. Car le travail, même intellectuel, c'est la santé.

. Venant d'un autre espace, un correspondant m'a adressé quelques remarques à propos de ma lettre à Paul Veyne. Je publie ci-dessous ma réponse, sans son message initial, pour ne pas faire trop long. . jean-paul yves le goff ....................... ...................... Cher Chr........., . Merci de ta réponse. . Tout dépend de ce que tu appelles le "fond". Bien sûr, si le fond est de l'ordre de quelque vérité métaphysique ultime, ma lettre à Paul Veyne n'a strictement aucun intérêt... . Cette lettre suppose qu'on s'intéresse aux origines du christianisme sous l'angle de ce que nous permet de savoir, avec plus ou moins de précision, l'histoire. J'ai cru comprendre que c'était le cas de Paul Veyne et de quelques autres, qui l'ont également reçue. Je me suis peut-être trompé. Peut-être suis-je seul à m'y intéresser ? En tous cas, cette lettre ne peut avoir, a priori, le moindre intérêt pour ceux qui, très légitimement, ne s'y intéressent pas. . Merci aussi pour le compliment relatif à la forme. Mais je n'ai pas écrit cela pour faire un exercice de style. Alors, est-ce pour pourfendre l'ordre établi ? C'est possible ! Mais, à ce compte, chaque bouffée d'oxygène que j'aspire et de CO2 que je rejette ont sans doute pour but de modifier l'ordre établi. . Soyons sérieux: je pose dans ma lettre des questions de méthodologie historique. Les autres personnes à qui je l'ai également envoyée personnellement sont des spécialistes, donc, a priori, des gens concernés. Je suis frappé de ce que la réaction presque unanime, au stade actuel est, soit le silence, soit le détournement (auquel ta propre réponse s'apparente)... . Je ne dis pas que les perspectives que tu ouvres n'ont pas d'intérêt; mais elles n'ont aucun rapport avec les miennes. J'en suis donc à réfléchir, maintenant, à la fonction du silence, ou à la fonction du détournement. . A toutes fins utiles, je résume les questions que cette lettre pose : . 1)L'histoire, et tout particulièrement l'histoire des religions, et encore plus spécialement, l'histoire des origines du christianisme, est-elle, oui ou non, frappée de "tabou" ? . 2) Le tabou, ou le non-dit, est-il acceptable dans une démarche scientifique ? . 3) Le consensus (fut-il majoritaire, fut-il général) est-il acceptable dans une démarche scientifique ? . 4) Les historiens tenant des propos (ou écrivant des livres) sur l'histoire d'une religion ne devraient-ils pas faire savoir comment ils se situent personnellement sur le plan religieux ? . 5) Les historiens, d'une manière générale, lisent-ils correctement les documents-sources? Les reproduisent-ils de manière exacte et dans des proportions suffisantes dans leurs restitutions synthétiques ? . 6) Par rapport à la présence de chrétiens à Rome en 64, il nous est dit (consensus à l'appui) que la présence des chrétiens dans la ville, est attestée par deux types de sources, l'une profane, l'autre chrétienne, les deux se renforçant, pour aboutir à une quasi-certitude. a) Par rapport aux sources profanes, quand je dis que les textes de Tacite et de Suétone ne sont pas probants, est-ce acceptable, oui ou non ? b) Par rapport aux sources chrétiennes, quend je dis que le dernier chapitre des Actes des Apôtres montrent que le nombre de Chrétiens présents à Rome en 64 ne peut qu'être très faible, dans le meilleur des cas, et totalement insuffisant pour inquiéter Néron, est-ce acceptable, oui ou non ? . 7) Dans la longue série d'allusions que je fais à Paul Veyne, dans la fin de la lettre, n'y aurait-il pas, par hasard, des questions importantes par rapport à la compréhension des origines du christianisme? je dirai même dont la non-prise en compte systématique induit nécessairement une histoire fausse? Oui ou non ? . 8)A titre d'exemple, au lieu de postuler l'existence d'une secte juive qui serait à l'origine de tout, ne devrait-on pas s'intéresser davantage à ce que l'on peut savoir du pullulement des sectes apocalyptiques et messianistes, en Palestine, dans toute la Diaspora, Rome y compris, et tout spécialement à l'une en particulier, celle dite des nazoréens, dont nous connaissons au moins, nominalement, deux adeptes, un certain Paul et un certain Jésus ? . A suivre. . jpylg

. Mon propos d'inculte n'a pas pour objet de minimier tes travaux. Tout ceci est passionnant historiquement et intellectuellement, et même peut-être utile aux intellectuels. Et le lire m'intéresse bcp. Mais fondamentalement le pb est que je ne comprends pas ce qu'il y a à démontrer ou à réfuter et quel intérêt cela présente pour la Foi ? Christophe . Cher Christophe, . La question n'est pas non plus celle de la valeur de mes travaux ou la pertinence de mes initiatives personnelles. La question est beaucoup plus importante, elle est de se demander combien de temps encore durera l'affabulation de l'historiographie chrétienne. Le christianisme du IIIème millénaire, s'il doit encore exister, aura-t-il pour fondement la fausse histoire que l'Eglise catholique a imposée durant les deux premiers ? On peut comprendre comment, par le passé, elle y est parvenue quand on sait que jusqu'à la fin du XIXème siècle, elle était structurellement associée au pouvoir dans toute la civilisation occidentale. Mais au XXème siècle, pouvoir spirituel et pouvoir temporel sont, théoriquement, séparés. D'où l'Eglise Catholique Romaine tire-t-elle donc son influence, non seulement dans des débats politiques et sociétaux comme l'interruption de grossesse ou l'euthanasie, mais, en outre, dans des domaines qui sont ceux de la science, la science de l'histoire en l'occurrence? Par quels moyens parvient-elle à occulter des vérités qui sont du premier degré et qui découlent de la simple lecture de documents fondateurs, toute érudition mise de côté ? . C'est cela, en dernière analyse, le sens de ma lettre ouverte à Paul Veyne; mais ce n'est pas par hasard si je l'ai adressée à cette haute autorité labellisée par le Collège de France où, a priori, il n'y a pas lieu de penser que l'on aille chercher ses directives à l'Académie Pontificale de Rome. Or, justement, ce dont j'ai fini par me persuader, c'est que l'un des moyens privilégiés pour l'Eglise d'infléchir dans le sens qui lui convient, c'est-à-dire sa vérité dogmatique et théologique, le discours historique sur les origines du christianisme, c'est d'investir les milieux de la recherche en sciences des religions. Une fois qu'elle a placé dans un certain nombre de lieux stratégiques ses théologiens qui sont aussi, éventuellement, des savants, le conformisme et le corporatisme font le reste. . Je n'insisterai pas sur l'importance politique d'une exigence de vérité de la part des sociétés à l'égard des religions, des églises, des cultes, des communautés. L'Europe se construit sur une base à laquelle la laïcité pourrait disconvenir, tandis qu'une religion se réclamant aussi de la Révélation véridique, la Révélation Unique, mais différente de la Révélation chrétienne, je parle de l'Islam, prend chaque jour plus d'importance dans la vie sociale des pays occidentaux. . Je suis persuadé que non seulement les exigences de l'esprit, mais les exigences de la vie en société, veulent qu'en matière de religions, ce ne soit pas la religion qui ait le dernier mot, mais la raison, non pas la foi, mais la science. La paix de demain me semble être à ce prix. . Revenons donc à Rome et aux années 60-64. Pour permettre à l'Eglise Catholique Romaine de continuer à faire croire à la vérité d'une histoire entièrement construite par ses soins, il faut qu'il y ait beaucoup de chrétiens dans la capitale de l'Empire. C'est ce qui expliquera que, quatre siècles plus tard, le christianisme se fera religion d'Etat. Quand je dis qu'il n'y a pas de chrétiens à Rome, à cette époque, ce n'est pas une vérité anecdotique que je conteste; c'est un fait fondateur majeur dont je mets en péril l'existence et, par cette contestation, c'est la légitimité du discours historiographique de l'Eglise qui est en cause. . Figure-toi que je n'ai pas tout dit avec cette simple anecdote, mais il faut bien commencer par quelque chose. Je parlerai aussi dans peu de temps, j'espère, de celui qu'on appelle Clément de Rome qui aurait été le troisième successeur de Pierre, autrement dit le quatrième pape et dont nous possédons une lettre qui aurait été écrite à la toute fin du 1er siècle. Je montrerai que dans cette lettre, il ne s'adresse pas à des chrétiens, mais à des juifs. . Si, comme je l'ai proposé à la fin de ma lettre à Paul Veyne, on considère qu' à la fin du 1er siècle il n'existe , de chrétiens nulle part, pas plus à Rome qu'ailleurs, mais plutôt qu'il s'agit de pré-chrétiens, alors , oui ! On peut considérer que Clément de Rome s'adresse à des pré-chrétiens. Mais on admirera, au passage que ce Clément de Rome, ne semble absolument rien connaître de Jésus de Nazareth. Pour le 3ème successeur de Pierre, ce n'est pas mal. . De telles considérations sur ce qui se passe, ou plus exactement, sur ce qui ne se passe pas à Rome, entraînent des réactions en chaîne. Mais alors, se passe-t-il quelque chose ailleurs et où ? . Eh bien, justement, il ne se passe rien à Rome, pas plus au premier, qu'au deuxième, qu'au troisème siècle, mais il se passe énormément de choses à Alexandrie. . Evidemment, ces "choses" qui sont fondatrices, ne concernent pas les "chrétiens", mais toujours les "pré-chrétiens". Mais cela change considérablement la perspective de l'histoire des origines du christianisme. Le tout, si le christianisme n'existe pas au premier siècle étant de savoir, . jpylg

"J'insiste : la Raison, la Vérité historique ont-elles une quelconque importance en ce domaine qui est une affaire individuelle et d'un autre ordre ? De l'ordre du spirituel " christophe . Cher Christophe, . Si nous faisions de la philo, je te dirais qu'il faut d'abord distinguer soigneusement la Raison de la Raison et la Raison de la Vérité historique . Mais abrégeons. . Admettons que tu n'entendes qu'une chose sous les termes de Raison ET Vérité historique et que le sens se ramène à "Vérité historique". . Mon point de vue est que, précisément, la Vérité historique n'a rien à voir avec l'ordre du spirituel (pour reprendre ton expression) . Et que, donc, quand "j'attaque" l'histoire des origines du christianisme, je n'attaque en rien la foi des chrétiens. . Malheureusement, il se trouve que l'Institution Eglise a voulu fonder sa doctrine, son "Credo" sur une supposée Vérité historique, l'idée étant que la foi serait d'autant plus solide qu'elle serait fondée en raison, et le chemin de la raison étant, en l'occurrence, la vérité historique. . Pourquoi pas ? . Mais dans ce cas, si l'histoire est convoquée, les données présentées comme historiques, doivent être examinées d'un point de vue strictement historique, indépendamment des conséquences qu'un tel examen pourrait avoir sur la formulation de la doctrine et par conséquent sur le contenu de la foi des fidèles. . C'est justement là où le bât blesse. L'institution Eglise veut plier les exigences de l'histoire aux exigences de la foi. Pour cela l'instrument privilégié est le non-dit et le tabou et toutes sortes de distorsions dont les historiens, en pratique, n'auraient pas le droit de parler. . Enfin ce que je dis c'est que l'on peut admettre que de telles méthodes soient en application dans les établissements d'enseignement catholiques, mais pas dans les universités et les écoles de la république laïque. . Ce point de vue est encore développé sur Médiapart dans un autre sujet de discussion qui a pour titre "Religion: l'ignorance serait-elle la condition sine qua non de la foi ? " que tu peux consulter librement et sur lequel tu pourrais intervenir si un jour tu décidais de t'abonner. . (L'URL est : "http://www.mediapart.fr/club/blog/jeanpaulyveslegoff/170109/religion-l-ignorance-serait-elle-la-condition-sine-qua-non-de-la" ) . D'ailleurs, je te fais parvenir l'invitation à lire. . jpylg

Lun 19 janvier 2009 15:28 . De : Christophe : . J'insiste : n'est-ce pas la Parole la plus importante ? -------------------------------------------------------------------- . Lun 19 janvier 2009 17:39 . De jpylg : . Pour pouvoir répondre, il faudrait que je sache ce que tu entends par "la Parole" ? . -------------------------------------------------------------------- Mar 20 janvier 2009 7:25 . De : Christophe : . Les évangiles... . ---------------------------------------------------------------- ------------------------------------------------------------------ . Christophe, . Dans les personnes qui lisent ou sont susceptibles de lire mes propos sur la dé-théologisation de l'histoire des origines du christianisme, je distingue quatre catégories principales : . - Ceux que cela intéresse - Ceux que cela gêne. - Ceux que cela indiffère - Ceux dont je ne connais pas la position. . Il y a, dans ces catégories principales, comme toujours, des sous-catégories. Dans la dernière catégorie, une sous-catégorie est probablement celle de ceux qui sont à la fois en partie intéressés, en partie gênés, en partie indifférents. En tous cas, je ne sais si tu entres dans cette sous-catégorie, mais a priori je te mets dans cette quatrième, celle de ceux dont je ne connais pas la position. . Je la connais d'autant moins que tu as tendance à être plutôt laconique, ce qui est ton droit. . Concernant, les Evangiles, à comprendre comme "La Parole", il y aurait sans doute bien des choses à dire. Tout particulièrement si l'on adopte le point de vue spirituel; je te rappelle, au cas où cela aurait pu encore t'échapper que je me place au point de vue historique. Exclusivement au point de vue historique, si ce n'est que, le christianisme ayant choisi il y a un millénaire et demi de placer au fondement de sa doctrine une histoire traffiquée, si l'on déconstruit le trafficotage, on donne l'impression d'attaquer la foi des gens. Ce n'est pas mon problème. C'est le problème des théologiens chrétiens. Ce n'est pas parce qu'ils ont traffiqué l'histoire que la vérité historique est à jamais interdite. . Donc sur les évangiles en tant que source de vie spirituelle, penses en ce que tu veux. Personnellement, j'en pense beaucoup de bien. Et j'en pense qu'ils ont produit beaucoup de bien et peuvent encore produire beaucoup de bien. Sur le plan historique, je pense qu'ils ne sont pas fiables. Ce n'est pas dans les évangiles que l'on trouve les conditions historiques de l'établissement du christianisme. Or les conditions historiques de l'établissement du christianisme m'intéressent. . De ce point de vue, j'ai déjà dit des choses, et je vais en dire d'autre prochainement, dans un article intitulé : "Les textes fondateurs: datation et statuts". . Je ne répèterai pas ou n'annoncerai pas individuellement à chaque interlocuteur ou ce que j'ai déjà dit ou ce que je vais dire en détail prochainement. Je suis tout-à-fait disposé à répondre à des questions précises portant sur ce que j'ai déjà dit; mais certainement pas à des questions générales qui font comme si je n'avais encore rien dit. . Sur les Evangiles, j'ai déjà dit des choses et je vais en dire d'autres. Sur les Actes des Apôtres et notamment son dernier chapitre, j'ai dit des choses. Sur la nécessité de dé-théologiser l'histoire, j'ai dit des choses. Sur le fait qu'il me paraisse inadmissible que la République laïque prête main forte à l'Eglise Catholique pour protéger et diffuser son histoire des origines, totalement construite pour les besoins de sa théologie, j'ai déjà dit des choses. . Mes articles sont généralement l'objet d'une grande erreur d'interprétation. La plupart des lecteurs partent du principe que je veux absolument convaincre. Il n'en est rien. Je veux simplement avoir la liberté d'exprimer mes convictions, ce qui est extrêmement différent. Et, quand je le fais, je rencontre quatre catégories (voir plus haut). . En tous cas, pour ce qui est des Evangiles, Christophe, tu trouveras peut-être, et plus ou moins partiellement, ce que tu cherches, dont je ne sais pas ce que c'est, en allant à cette adresse : . http://www.lelivrelibre.net/le_paradigme_historico_theologique/menu.html . jpylg

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