
Thématiques du blog
Qu'est-ce que le diaffoiranto ?
Le "diaffoiranto" est une langue nouvelle et de création volontariste qui vise à un
Le "diaffoiranto" est une langue nouvelle et de création volontariste qui vise à un usage universel. C'est l'exact contraire de la "novlangue" de Georges Orwel, dans "1984". Celle-ci consistait à supprimer le maximum de mots, donc d'arriver à une langue hyper-simplifiée, afin que les ressources langagières excessives n'entraînent pas l'expression infinie de nuances, elles-mêmes génératrices de divisions. Dans le "diaffoiranto", c'est le contraire : on multiplie les mots et les expressions, on en crée à l'infini de nouveaux et de nouvelles, on cultive la nuance et le flou jusqu'à ce que la compréhension (et donc l'unité) ne soient plus possibles...
Le diaffoiranto se pratique beaucoup ce week-end, du côté des universités d'été. Il est d'un usage assez courant chez un certains nombre de "médiamis"...
.
Je ne suis pas prophète mais je crois que le diaffoiranto foirera et contribuera au retour de la novlangue : c'est, en dernière analyse, le plan de Sarko : un président (sarkozy) , un site internet (l'Elysée), un fournisseur d'accès (l'UMP), un programme (les réformes de 2007).
.
En d'autres termes, je pense que Orwell s'est uniquement trompé sur la date.
.
jean-paul yves le goff


Tous les commentaires
Il paraît que "La haine de la démocratie" est un bon livre. Une magnifique défense de la démocratie. Le moyen de parvenir à son "achèvement", tant attendu (à Médiapart, par exemple). En finir avec les oligarques. C'est ce qu'on m'a dit. Très bien ! Le "hic", c'est que je n'y comprends rien. C'est écrit en diaffoiranto, que je pratique pas. Est-ce qu'une âme charitable voudrait bien me traduire le paragraphe ci-dessous, afin que je me fasse une idée ? (J'aurais d'autres demandes, éventuellement). . Merci . jpylg "Les grandes proclamations républicaines du retour à la politique dans les années 1990 ont, pour l'essentiel, servi à soutenir les décisions des gouvernements, là même où elles signaient l'effacement du politique devant les exigences de l'illimitation mondiale du Capital, et à stigmatiser comme arriération «populiste» tout combat politique contre cet effacement. Restait alors à mettre, avec ingénuité ou cynisme, l'illimitation de la richesse au compte de l'appétit dévorant des individus démocratiques, et à faire de cette démocratie dévorante la grande catastrophe par laquelle l'humanité se détruit elle-même." Jacques Rancière - la haine de la démocratie - page 78 --
En bon français: Chirac nous a mis la vaseline ce qui a permit par la suite à Sarkozy de nous enculer sous l'œil complice du PS...
Si c'est vraiment ça, SylvN, je me demande si Rancière ne va pas commencer à m'intéresser? . Mais en même temps, je vais me demander si, dans certains cas, le diaffoiranto ne se justifie pas ? . J'étais déjà troublé l'autre jour. Cette fois, ça (sans accent) me déstabilise. . Merci, en tous cas, à ton âme charitable. . jpylg
J'ai le sens de l'image, hein? Mais pourtant du propre au figuré, j'avais changé le côté exposé... Bon, reformulons en français "correct". La démocratie n'existe pas (plus?) puisque c'est le capital qui dirige et nos offres en matière de politiques ne sont plus qu'un non-choix entre la peste et le choléra. Choisir et décider c'est bien joli mais quand le choix est biaisé... on se fait b****r, na.
J'ai le sens de l'image . Oui. . Du mot aussi. . J'm
La haine de la démocratie est un bon livre. Bon vous parlez plus de style que de concepts dans votre critique. C'est vrai c'est peut être un peu indigeste mais Rancière analyse parfaitement comment on brandit la démocratie pour mieux la mettre sous le boisseau. Un phénomène assez récent. Généralement quand je ne comprends pas quelque chose qui me semble mal écrit je lis Kant. Après les autres deviennent plus clairs. Et Kant malgré qu'il écrive comme un pied ne dit pas que des conneries.
Oui c'est vrai. Pareil pour certains livres de Cassirer. Mais ce que notre hôte ne comprend pas, c'est que quand ce débat a eu lieu au milieu des années 90 (sokal et brecmont et bouveresse entre autre) ils n'ont pas attaqué que le style. Ils ont essayé de comprendre les concepts, voyant que chez plusieurs auteurs contemporains il y avait beaucoup de non sens, produits notemment par des analogies scientifiques mal maîtrisés, ce n'est qu'alors qu' ils ont critiqué le style des dits auteurs.
. " Rancière analyse parfaitement comment on brandit la démocratie pour mieux la mettre sous le boisseau. "
.
Ce n'est pas à proprement parler à Rancière que j'en veux; je ne dis pas que sa pensée est vide. Je dis qu'il existe un phénomène de dégénérescence du langage qui a favorisé l'expression de la pensée vide; ce que j'appelle le diaffoiranto; j'ai dit qu'il est utilisé par ceux qui n'ont rien à dire (créant l'illusion par cette incompréhensibilité de la langue utilisée ) et - trois fois hélas - également par ceux qui ont quelque chose à dire; éventuellement sans doute par des personnes dont la pensée a même de la valeur, mais qui malheureusement cèdent à la mode.
.
Rancière est peut-être dans ce cas-là. Je n'en sais rien et je n'ai pas tellement envie de le savoir car quand j'ouvre ses bouquins à chaque page le style me rebute. J'ai fait l'exercice de lire nombre de ses pages le crayon à la main, soulignant,encadrant des mots, tirant des fléches d'un mot à un autre.Dans le meilleur des cas, pour ce qui est de ma capacité à lire, je n'en arrive jamais qu'à des hypothèses: c'est peut-être ceci ou cela qu'il veut dire; je n'en suis jamais sûr.
.
On peut me dire que je ne sais pas lire; je prétends le contraire: je sais lire le français ordinaire; je sais reconnaître les différents niveaux de langue, je sais distinguer l'expression d'une pensée dense d'une pensée délayée. Or, je perds totalement cette capacité de comprendre quand l'auteur écrit en diaffoiranto. S'il y a des experts pour qui le diaffoiranto est clair, tant mieux pour eux. Je n'en suis pas.
.
Un mot sur Kant. Kant me gêne aussi; mais je ne me donnerai pas le ridicule de dire que Kant n'a aucune idée. Je ne dirai pas non plus qu'il utilise l'équivalent allemand du diaffoiranto. Mais kant, effectivement, est le premier à introduire un degré de technicité extrêmement élevé dans la littérature philosophique. Etait-ce indispensable ? Je ne sais. En partie, probablement. Je pense qu'il est tout de même allé loin et qu'il aurait pu dire pratiquement l'essentiel de ce qu'il a dit avec beaucoup moins de pages, beaucoup moins de mots, beaucoup moins de néologismes. Avant lui, nos philosophes des Lumières voulaient "rendre la philosophie populaire". Après lui, il faut y renoncer: la philo devient, définitivement, une affaire de spécialistes.
.
Quant à dire en moins de mots ce qu'il a dit, c'est justement ce que font ses vulgarisateurs : aucun étudiant en philo du niveau de la licence n'est capable de lire Kant (à fortiori en terminale); et pourtant ils peuvent faire de très bonnes dissertations sur Kant; tout simplement parce qu'on le leur a expliqué. Je pense que Kant aurait pu être plus simple, sans être moins original ou moins profond.
.
Pour conclure sur le diaffoiranto, il ne faut pas confondre le diaffoiranto et le langage technique. Dès l'instant où une discipline nouvelle apparaît ou bien quand une discipline nouvelle se complexifie, il est normal qu'une nouvelle terminologie se crée. Ce qui se passe en philosophie, en sociologie, en psychologie, en psychanalyse, en informatique, évidemment.
.
Le diaffoiranto relève d'une autre logique : c'est une déviance.
.
jpylg
Désolée, je ne comprends pas moi non plus le diaffoiranto, sans doute une langue ancienne ?
. Pas tellement... . Elle apparaît dans le monde des sciences humaines à la fin des années 50. Elle se répand très vite, à partir des années 60, en particulier dans le milieu universitaire. Progressivement, elle gagne le monde de l'édition (années 70). Elle pénètre le monde médiatique et le monde politique, (années 80) mais en se combinant, pour que le plus grand nombre ait l'impression de comprendre, avec le français basic (c'est-à-dire le français comportant cinq mille mots, barbarismes y compris). Le mélange de diaffoiranto et de français basic s'appelle le "diaffoiranto foireux", à bien distinguer du "diaffoiranto pur et dur" des origines. (*) . Le diaffoiranto pur et dur continue à se bien porter et est devenu aujourd'hui pratiquement la langue exclusive dans les sciences humaines universitaires, au point qu'un étudiant-chercheur qui rédigerait en français verrait ses chances de succès gravement compromises. . jpylg (*) On appelle "diaffoirantiste" un adepte-pratiquant du diaffoiranto et "diaffoirantisme" toutes les doctrines et théories utilisant le diaffoiranto pour se répandre.
.
. Merci beaucoup, Armel, pour ces références et ces liens. Je connaissais Diafoirus, précurseur, bien évidemment, du diaffoiranto. Mais je ne connaissais pas cette "dimension locutoire" qui établit le lien entre le locuteur et "l'allocutaire". (Pourquoi pas le "bénéficiaire" de l'allocution, comme les Rmistes sont bénéficiaires de leurs allocations?) . Cela dit, puisque sur d'autres fils, on me pousse dans mes retranchements,je signale qu'il ne m'échappe pas complètement que le XXème siècle a vu apparaître de nouvelles disciplines et que ces nouvelles disciplines exigeaient un langage technique fait de beaucoup de néologismes. Ici, c'est la linguistique qui est en cause qui ne pouvait pas se développer sans créer ses termes, comme la psychanalyse, etc... . L'affaire n'est donc pas simple. Ce à quoi je me prends, c'est le jargon faussement savant qui a pour but réel de cacher ce que l'on pense ou, éventuellement, de cacher que l'on ne pense pas, parce qu'on ne sait pas ou ne veut pas penser. . jpylg
J'avais lu trop vite : . Ce n'est pas de la "dimension locutoire" dont parle le lien ci-dessus, mais de "l'énonciation illocutoire". . Par conséquent, je dénonce dans le recours systématique de Rancière à l'allusion, l'illusion énonciationnelle de l'allocutaire endiaffoiré. jpylg
. "Toujours est-il que l'idéalité adolescente est nécessairement exigeante et en crise, d'autant plus que l'intrication pulsion/idéalité et elle-même lourde d'une menace de désintrication. La croyance adolescente côtoie inexorablement le nihilisme adolescent. Pourquoi ? Rappelons que l'adolescence s'est échappée de l'enfance au moment où le sujet s'est persuadé qu'il y a un autre idéal pour lui: partenaire, époux, épouse, idéal professionnel-politique-idéologique-religieux et cette idéalité s'est déjà installée dans l'inconscient; l'inconscient adolescent est structuré comme cette idéalité. Il ne peut pas ne pas y avoir de l'autre absolument satisfaisant: telle est la foi, la passion de l'inconscient adolescent. Ce fanatisme ne résiste évidemment ni à l'épreuve de la réalité ni à l'assaut pulsionnel, qui fragilisent ladite croyance quand ils ne l'inversent pas en son contraire. Puisque ça existe (pour l'inconscient), mais "il"ou "elle" me déçoivent (dans la réalité), je ne peux que "leur" en vouloir et me venger: le vandalisme s'ensuit (...) (...) Cette croyance fanatique dans l'existence du partenaire absolu et de la satisfaction absolue contrecarre la circulation des représentations entre les divers registres psychiques qui caractérisent ce que j'ai appelé la "structure ouverte" de l'adolescent, due à l'assouplissement du surmoi sous la poussée des désirs; et elle stabilise le sujet (...) L'amalgame pulsion/idéalité se défait sous la poussée pulsionnelle accrue, et cette désintrication favorise les potentialités délirantes." Julia Kristeva Cet incroyable besoin de croire pages 46 et 47 Editions Bayard 2007 . Les guillemets et les italiques sont dans le texte (jpylg)
Valeurs portées par le nouveau logo du CNRS (une patate bleue portant l'inscription "CNRS" et "dépasser les frontières") : ... "La forme, imparfaite, évoque la matière mise à disposition des chercheurs par notre planète, son environnement et ses ressources. Une matière malléable et souple, prête à se livrer aux savoirs et expertises de la recherche scientifique comme la motte de terre glaise destinée à être travaillée par les mains habiles du sculpteur. Le choix des caractères en bas de casse pour l’acronyme CNRS permet de démythifier l’organisme. L’institution démontre ainsi sa volonté de se rendre plus accessible. Enfin, l’accident visuel que représente la signature, dépasser les frontières, intégrée dans un sens de lecture différent de celui, naturel, de l’acronyme, démontre la capacité de l’organisation à se détacher des usages courants et sa capacité à aller vers des champs inexplorés propres à l’exercice de ses missions de recherche."
. Pourquoi, au titre de la participation, ne leur proposez-vous pas, à la place de "dépasser les frontières", déformater les formats ou déstructurer les structures ? (ou potentialiser le réel, ou fluidifier le solide, que sais-je ?) . jpylg
.
Cet après-midi , vers 16h30, un certain "§§§" a cru bon de devoir effacer deux messages placés sur ce fil antérieurement, fil qui n'avait pas bougé depuis octobre 2008. . Je n'ai pas souvenance d'échanges de propos avec " §§§". . Ce que je sais, c'est que je n'ai jamais effacé aucun de mes messages, dont beaucoup, il me semblent ont été critiqués, surtout ces temps derniers. . Je ne change pas un mot de ce que j'ai dit à quiconque, ni au sujet de quiconque depuis avril 2008 jusqu'aux derniers développements de l'affaire "Langue de bois, etc", précédée de l'affaire du billet supprimé dite aussi les salauds de Médiapart. . jpylg
. Selon une surplombante, intervenant le 31/03/09 au quatrième top de 11h14, dans un fil que je laisse à chacun le plaisir de rechercher, le diaffoiranto n'est rien d'autre que, je cite : . " l'usage détourné de certains mots très parlants " . Oui. C'est exact. On peut le dire ainsi. En français. . En diaffoiranto, c'est de la sémiotique dérivée dans une extension créative. . jpylg
Depuis que la démocratie fut ré-inventée, j’éprouve un grand regain d’intérêt pour le diaffoiranto, car je crois que sans cette langue miraculeuse, le miracle en question n’aurait jamais eu lieu : Ci-dessous, un exemple de choix, de diaffoiranto, tendance « hard ». . Jean-paul yves le goff Démocrate utopiste Républicain réaliste Militant anarcho-monarchiste . « Les figures émergentes de la légitimité que nous avons décrites participent d’un vaste mouvement de décentrement des démocraties. (…) Le d éveloppement sur la longue durée de mécanismes de démocratie directe avait lui aussi participé de ce mouvement de concentration, présupposant que la pleine réalisation de l’idéal démocratique passait d’abord par la radicalisation de son expression sur un registre unique. La dynamique contemporaine emprunte une autre voie : celle de la déclinaison de ses fondements. Une logique de dissémination, de diffraction et de démultiplication se substitue au mouvement précédent de concentration. La généralité, l’égalité et la représentation prennent dorénavant des formes qui se diversifient et se superposent pour s’accomplir. La quête de la généralité par simple agrégation des opinions ou des volontés s’est de la sorte élargie , comme on l’a vu, à des modalités négative, réflexive et immergée. On peut donc bien en ce sens parler d’une complexification des démocraties, contrastant avec la tendance précédente à la simplification. Mais ce n’est pas seulement sur ce point que se marque une rupture. C’est aussi le principe directeur de l’idéal démocratique qui a, dans les faits, simultanément changé de nature. Le projet démocratique a historiquement été assimilé à un idéal d’identification entre gouvernés et gouvernants. Tout s’est en conséquence noué autour du problème de la qualité du lien représentatif. Si nombre de théoriciens libéraux ou conservateurs ont opposé à cette ambition la perspective plus restrictive d’un pouvoir de type capacitaire légitimé par les urnes, c’est bien dans ces termes d’une identification que les citoyens ont continûment appréhendé ce que recouvrait le terme de démocratie représentative. L’histoire du désenchantement démocratique a trouvé là son fait générateur. Si l’identification à un candidat est un des ressorts naturels du choix électoral , c’est en effet la distance qui caractérise fonctionnellement la situation relative des gouvernés et des gouvernants. Faute de reconnaître cette distinction, la présupposition de la permanence d’un régime de l’identification engendre nécessairement une frustration. D’où le caractère structurel de la déception des citoyens. Elle résulte mécaniquement du changement de référentiel impliqué par le passage du moment électoral à l’action gouvernementale ». (…) . Pierre Rosanvallon . La légitimité démocratique .page 347-348
C'est un truc que l'on apprenait en Fac de Droit, et sans doute encore maintenant. Le prof veut six pages sur le sujet, et ça ne m'intéresse absolument pas? Pas grave :je vais te lui entartiner un truc tellement compliqué que cela va l'ennuyer, et que donc, il ne lira pas vraiment, mais ça pose n'est-ce pas. Autrement dit, c'est parler pour ne rien dire de grave (pas faire bouger le monde... Il dort tranquillement.) Ca s'appelle aussi la rhétorique. Trés pratiqué par de diaphanes foireux en temps pré-érectoraux . (Décidément, on pense qu'à biaiser, sur ce fil). Le triste de la chose, c'est que cela se vend : il faut bien emplir les rayons de sa bibliothéque, n'est-ce pas. Et puis ça pose : ils sont invités à la télé. C'est pas des cons, donc. (L 'inénarrable Yves Calvi, quand il prend l'air intelligent pour couper la parole à quelqu'un qui dit enfin quelque chose de sensé)
. Le diaffoiranto martyrise la langue française et bafoue l'intelligence. . La pensée qui s'exprime dans de tels termes est une pensée malade. . La maladie ne doit pas passer pour l'état normal. . Ceci ne doit pas se faire avec la complicité du Collège de France. . Il faut résister. . jpylg
. Comme tous les phénomènes de langage, le diaffoiranto est un phénomène complexe. . J'ai dit déjà qu'il y avait un diaffoiranto "hard" et un diaffoiranto "soft". . Il y a aussi des expressions diaffoirantistes qui se glissent dans le langage ordinaire. . Mais je voudrais surtout rectifier une grave inexactitude que j'ai placée dans la définition même du "diaffoiranto" dont je disais qu'il serait le moyen idéal, le langage idéal pour cacher le vide de la pensée. C'est souvent vrai, mais pas toujours. . Le diaffoiranto est également utilisé pour exprimer la pensée floue; la pensée qui a un contenu mais que, pour telle ou telle raison, le locuteur ou l'auteur souhaite exprimer de manière indirecte. . C'est ce diaffoiranto-là que pratique, par exemple, dans l'exemple qui figure ci-dessus, Pierre Rosanvallon. . jean-paul yves le goff
"Le poumon, vous dis-je! Le poumon!" (Momo, alias Molière) ("Le malade imaginaire") Diaffoirius, l'enfoiré, est payé pour masquer les choses. Son style, c'est l'enfumage des enfoirés. (Rappeler ici, ce qu'est un enfoiré : quelqu'un qui a fait sous lui, et ne sait s'en débarrasser. Mort de trouille, quoi.) On en trouve, chez les gens de plume et dans la république des lettres, quantité à chaque époque de l'Histoire : ils ont du succés en leur temps : normal, ils étaient payé pour avoir du succés.
SGANARELLE: en faisant diverses plaisantes postures. Cabricias arci thuram, catalamus, singularitar, nominativo haec Musa, «la Muse», bonus, bona, bonum, Deuz sanctus, estne oratio latinas? Etiam, «oui», Quare, «pourquoi»? Quia substantivo et adjectivum concordat in generi, numerum, et casus.
GÉRONTE: Ah! que n'ai-je étudié?
JACQUELINE: L'habile homme que velà!
LUCAS: Oui, ça est si biau, que je n'y entends goutte.
SGANARELLE: Or ces vapeurs dont je vous parle venant à passer, du côté gauche, où est le foie, au côté droit, où est le cœur, il se trouve que le poumon, que nous appelons en latin armyan, ayant communication avec le cerveau, que nous nommons en grec nasmus, par le moyen de la veine cave, que nous appelons en hébreu cubile, rencontre en son chemin lesdites vapeurs, qui remplissent les ventricules de l'omoplate; et parce que lesdites vapeurs... comprenez bien ce raisonnement, je vous prie; et parce que lesdites vapeurs ont une certaine malignité... Écoutez bien ceci, je vous conjure.
GÉRONTE: Oui.
SGANARELLE: Ont une certaine malignité, qui est causé... Soyez attentif, s'il vous plaît.
GÉRONTE: Je le suis.
SGANARELLE: Qui est causé par l'âcreté des humeurs engendrées dans la concavité du diaphragme, il arrive que ces vapeurs... Ossanbabdus, nequer, potarinum, quipsa, milus. Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette.
.
A propos d'une initiative du PS tendant à récupérer le soutien de quelques intellos bidon, j'ai eu un échange bref avec Sylvain Bourmeau qui est enchanté du niveau du débat intellectuel en France aujourd'hui; selon lui,nos intellectuels n'ont jamais été aussi nombreux ni aussi bons.
.
Selon moi, ils n'ont jamais été aussi nombreux, effectivement, ni aussi foireux.
.
L'un des signes par lesquels on s'en rend compte, c'est leur recours au diaffoiranto, nouveau langage dont le but principal est masquer le vide de la pensée. Il s'agit par l'obscurité et la préciosité des formules de la faire passer pour profonde alors qu'elle est inexistante.
.
Ce n'est pas seulement une maladie du langage, c'est une maladie de la pensée, une maladie de la civilisation. Je renvoie tout lecteur intéressé au message ci-dessus en date du
12/05/09 à 21h04 que je concluais par "il faut résister".
.
Il y a plusieurs variétés de diaffoiranto, notamment le diaffoiranto hard et le diaffoiranto soft; il y a aussi une utilisation pernicieuse du diaffoiranto qui consiste à utiliser des expressions diaffoirantistes pour les glisser insidieusement dans du langage ordinaire.
.
J'en ai trouvé par hasard un excellent exemple sous la plume d'Edwy Plenel, dans l'un des fils sur l'affaire clearstream :
.
http://www.mediapart.fr/journal/france/200909/clearstream-comment-villepin-va-instruire-le-proces-de-sarkozy
.
J'ai peur que demain il soit trop tard pour s'inquiéter des ravages du diaffoirantisme sur la pensée et qu'il est plus important de prendre conscience de cet immense danger que d'endormir l'opinion publique avec des fantasmes personnels sur le Prince Sarkozy.
.
.
La résonance que je convoque ? J'ai du mal à l'avaler. Il y aurait lieu d'analyser ce qui se dit et ne se dit pas par de tels procédés langagiers.
.
Mais c'est un peu comme l'affaire de l'Angolagate, je ne sais pas si vraiment cela intéresse...
.
jean-paul yves le goff
http://www.lelivrelibre.net
.
Je pensais que le diaffoiranto était d'apparition récente. Apparemment, je me suis trompé...
.
Les lignes ci-dessous sont de Schopenhauer (1788-1860): et extraites de :
parerga et paralipomena (ou petits écrits philosophiques) (1851).)
.
En l'occurrence, "Ils corrompent nos têtes" est paru chez Circé, en 1991
.
" "Pour dissimuler leur manque d'idées réelles, beaucoup s'abritent derrière un appareil imposant de longs mots composés, de phrases creuses embrouillées, de périodes à perte de vue, d'expressions nouvelles et inconnues, toutes choses dont le mélange donne un jargon d'aspect savant des plus difficiles à comprendre. Et avec tout cla, ils ne disent rien. On n'acquiert aucune idée, on n'accroît aucunement sa connaissance, et l'on doit se contenter de dire en soupirant : "J'entends bien le claquet du moulin, mais je ne vois pas la farine." (...) C'est qu'on lit et que l'on continue à lire sans rencontrer une seule pensée, car l'écrivain, qui lui-même n'avait pas une idée nette et précise, entasse mots sur mots, phrases sur phrases, et cependant ne dit rien, car il n'a rien à dire, ne sait rien, ne pense rien, et veut néanmoins parler; en conséquence, il choisit ses mots non selon qu'ils expriment d'une façon plus frappante ses idées et ses vues, mais selon qu'ils dissimulent plus habilement sa pauvreté sous ce rapport. Cependant, on imprime, on achète et on lit tout cela; et la chose dure déjà depuis un demi-siècle, sans que les lecteurs se soient aperçus que, suivant l'expression espagnole, papan viento, c'est-à-dire qu'ils n'avalent que du vent. (...)
(...) Encouragé par de tels exemples, presque chaque misérable barbouilleur a cherché depuis lors à écrire avec une obscurité prétentieuse, de façon à laisser croire qu'aucun mot n'était capable d'exprimer ses hautes ou profondes pensées.
Au lieu de s'efforcer par tous les moyens d'être clair pour son lecteur, il semble lui crier souvent d'un air narquois : "N'est-ce pas, tu ne peux deviner ce que je veux dire?" (...) Il nous semble bien superflu de redire ici- quoiqu'on ne saurait trop le répéter - que les bons écrivains, au contraire, s'efforcent toujours de faire penser à leurs lecteurs exactement ce qu'ils ont pensé eux-mêmes; celui qui a quelque chose de bon à communiquer, prendra grnd soin que cela ne se perde pas. Aussi la première condition d'un bon style est-elle qu'on ait réellement quelque chose à dire. Seule cette petite chose fait défaut à la plupart des écrivains actuels, et c'est pour cela que leurs livres sont si mauvais".
.
.
jpylg
Novlang ou Diaffoiranto ? les 2, mon Général !
Deux jeunes hommes "issus de l'immigration" nous en offrent aujourd'hui, 26 juin 2010, une jolie traduction.
Mohamed BRIDJI a insulté le Chef de l'Etat venu en visite-surprise dans le "neuf-cube". Il s'est fait rossé pour son champ lexical et punir de 35 h de TIGe. Interviewé, il a expliqué avoir voulu exprimer avec ses mots les maux "du quartier", dont l'un et pas des moindres, est de ne pas parler le protocole du PasToi Elyséen. Ce jeune "Black" s'appelle "Bridge"... c'est la cerise sur le TIGe.
Nicolas ANELKA aurait dit des gros mots virils et poilus dans les vestiaires, repris immédiatement en épitaphe par le journal l'Equipe :
Cy-gist, oui, gist, par défaite 0- 2 !
Le coach de l'équipe des Bleus ;Et ce qui cause notre ennui,Notre oseille avec lui.maus2.0
Le diaffoiranto se pratique plus du côté de Sciences Po et de nos facultés que dans les banlieues et les terrains de foot.
.
Mais peut-être que je n'ai pas compris ce que c'est... ?
.
jpylg
Il y a un diaffoiranto des stades et des banlieues. Comme pour le diaffoiranto universitaire, il s'agit de construire un langage qui permet de rester entre soi. C'est vieux comme l'argomuche des louchebem.
.
Le langage technique, ou bien le langage communautaire, a sa légitimité.
.
Mais le diaffoiranto, pour technique qu'il soit en partie, pour communautaire qu'il soit en partie, n'est réellement ni l'un ni l'autre.
.
Vous n'avez pas bien lu ma définition. Le diaffoiranto est un langage vide qui veut se faire passer pour plein. Contrairement à la novlangue qui restreint le vocabulaire le diaffoiranto pratique l'inflation.
.
jpylg
Mort aux conjonctions de subordination ! ;-))
.
Le 31 août, j'ai dit ce que c'était.
.
Le 26 juin 06, j'ai dit où il se pratiquait : sciences po, nos facultés.
.
Aujourd'hui, 19 septembre, très solennellement, je désigne un (parmi d'autres) coupable :
.
J'accuse Pierre Rosanvallon de le pratiquer.
.
jpylg
Plume think-tankiste de narcosie ?
Ouah ! On remonte à la fondation St Simon ...
,°)
Bonne idée de ressortir cet intéressant papier.
Lancer une bagarre générale genre pour ou contre Onfray me paraît plus zazar d'oeufs. Zanzan est parfois difficile à lire, mais seuls les gens sérieux s'y frottent, je gage que vous n'aurez pas le buzzhaha escompté.
(Je peux me tromper, le Club recélant des ressources inattendues en zizanie).
Bon courage, cher ami médiapartien et conclubiote, et bien cordialement à vous.
Melchior, bourrique pensive.
.
.
.
.
.
Pour Rancière, comme pour Badiou, faut se donner un peu de mal ! :-)
Mais c'est vrai qu'ils gagneraient à éviter les emboîtages de propositions subordonnées.
Essai de traduction
Jacques Rancière - la haine de la démocratie - page 78 --
On a fait semblant de revenir au politique quand les politiques soumis au puissances du fric continuaient le travail de sape. Tout en prétendant que plus on laissait les individus exercer leurs droits, plus ils avaient la possibilité de se gaver et d'épuiser les ressources communes.
C'est à dire pour faire très court : salauds de pauvres...
juste avant il dit : Le pouvoir social des compétences se combine avec les pouvoirs sociaux de la naissance et de la richesse au prix de susciter à nouveau le désordre démocratique= les élites collent le bintz.
et encore plus haut : Il y a toutes sortes d'arrangements institutionnels permettant aux Etats et aux gouvernements de présenter le visage que chacun souhaite voir=suffit pas d'entuber, faut fournir la vaseline.
.
J'accuse également JACQUES BOUVERESSE
.
jpylg
Quelles sont les charges ?
.
Je n'ai ni l'envie ni le temps de développer. Mais, si vous voulez en savoir plus, lisez "Peut-on ne pas croire ?" (La Découverte, 2006). Et si vous comprenez et que vous avez la bonté de me le traduire, vous me rendrez un très grand service.
.
jpylg