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Copyright Volume ! n° 6 (1/2), « Géographie, musique et postcolonialisme »

 

Dossier dirigé par Yves Raibaud, maître de conférences en géographie à l’université de Bordeaux 3

Septembre 2008, 20 €, numéro double, 292 pages, ISBN : 978-2-913169-25-8


Voici le sommaire du dernier numéro de cette formidable revue de sciences sociales consacrée aux musiques populaires, avec les résumés de chacun des articles.

 

Pour la commander, ou en acheter des articles spécifiques, allez sur le site de l'IRMA.

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Pour un aperçu un peu plus détaillé, vous trouverez par ailleurs une version courte de mon article sur Albert Ayler et la signification du free jazz en France dans les éditions "Minorités en tous genres" et "Du jazz en général", ici.

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Dossier "Géographie, Musique et Postcolonialisme" :

 

Yves RAIBAUD, Présentation – Les musiques du monde à l’épreuve des études postcoloniales


Émilie DA LAGE, Politiques de l’authenticité


Deux sorties de disques récentes, Congotronnics2 chez Cramed et la compilation Authenticité The Syliphone Years chez Stern, remettent à l’actualité les politiques musicales volontaristes des États africains après la décolonisation. Ces deux disques-compilations reviennent sur les inventions musicales engendrées par les politiques d’encouragement à la création et à la modernisation des traditions musicales au Congo et en Guinée afin de créer des musiques « authentiquement » congolaises ou guinéennes pour accompagner et performer un sentiment national émergent. Ces sorties sont importantes car elles font sauter aux oreilles des auditeurs attentifs les décalages entre l’authenticité musicale de ces pays produite en Europe et aux États-Unis par les collections de disques de musique traditionnelle pendant la même période. Ce décalage nous invite à prendre en compte l’importance des médiations dans la production de l’authenticité musicale et à nous questionner sur ce que nous disent du monde les circulations musicales contemporaines. Ces sorties s’inscrivent en effet dans une tendance lourde du marché des musiques africaines de découverte (plus que de redécouverte) des musiques urbaines des années 1960-1970. Que signifie cette attention récente à cette période musicale, parfois présentée comme un âge d’or de la musique africaine ? Les envisager sous l’angle postcolonial pose un problème : celui du risque de continuisme historique qui ne verrait dans les pratiques éditoriales aujourd’hui que la redite de pratiques anciennes. L’objectif de cet article est au contraire de saisir à travers une approche diachronique, les nuances et les déplacements à l’œuvre dans les mécanismes de production de l’authenticité musicale et de montrer comment ceux-ci impliquent des formes d’autorité singulières et contextuées.

 

Anthony GOREAU-PONCEAUD, Bhangrâ et imaginaire de diaspora

 

Le bhangrâ, musique originellement pratiquée au Pendjab, a largement évolué ces trente dernières années pour devenir une expression musicale hybride et fusionnelle. Cette évolution révèle un travail de reformulation des identités locales par le biais de branchements culturels transnationaux. Le bhangrâ illustre le travail de l’imagination dans la construction de nouvelles identités et de nouveaux territoires. Intimement lié à la diaspora indienne, du fait de son hybridité, il devient peu à peu le moyen privilégié d’un rassemblement communautaire.

 

Mylenn ZOBDA-ZEBINA, Dancehall aux Antilles, rap en France hexagonale ou la quête d’un idéal républicain de citoyenneté

 

Par leur rapide circulation d’un point à l’autre de la planète, les marchandises (culturelles, techniques…) mettent en jeu des phénomènes d’adoption, de reproduction, d’adaptation de pratiques sociales, d’idées et de représentations socioculturelles qui rendent possible la mise en relation de populations jusqu’alors distantes culturellement et/ou géographiquement. Les musiques dancehall et rap sont l’exemple de ces marchandises qui circulent à une grande échelle, d’un bout à l’autre de la planète. L’analyse des textes de ces deux musiques urbaines dans deux lieux qui symbolisent la relation Métropole/périphérie : la France et les Antilles françaises permet d’offrir un éclairage nouveau sur l’interprétation des phénomènes de contact issus de la globalisation des échanges.

 

Laurent BERU, Le rap français, un produit musical postcolonial ?

 

Expression artistique, la musique rap, que ce soit en Amérique du Nord ou en Europe de l’Ouest, est porteuse d’un discours politique représentant et diffusé par les populations des quartiers populaires. Aujourd’hui, le rap est très certainement l’élément culturel qui est le plus convoqué pour symboliser médiatiquement les cités de banlieues populaires françaises. Évoquer le rap, c’est articuler espaces urbains pauvres, minorités ethniques reléguées et discours politiques engagés. L’engagement véhiculé par de très nombreux rappeurs conduit à la dénonciation d’un racisme institutionnel, hérité tant de la période de la traite négrière que de l’époque de la soumission coloniale. Art post-ségrégation aux États-Unis, le rap est un art postcolonial en France.

 

Rachid MENDJELI et Yves RAIBAUD, Politique de la ville et construction de nouvelles images ethniques. Peut-on parler de postcolonialisme ?

 

Dans le cadre de la politique de la ville en France, des événements culturels (cultures urbaines, musiques du monde) sont organisés pour des jeunes de banlieue identifiés de façon implicite comme les nouvelles classes dangereuses. Il est démontré dans les arguments qui prouvent l’utilité de ces actions la nécessité de « recréer du lien social » et de « désenclaver les quartiers d’exil » par la promotion de cultures à forte connotation ethnique pour des jeunes « issus de l’immigration » mais nés en France et de culture française. Quelle est la logique de ces politiques publiques et à quelles valeurs se réfèrent-elles si l’on considère que les populations implicitement visées sont issues des anciennes colonies françaises ? Pour répondre à ces questions, nous présenterons trois exemples : les actions menées par un opérateur spécialisé dans les musiques du monde, l’exemple d’un atelier de musique caribéenne mené dans un quartier, l’exemple des « arbres à palabres », forums de discussions organisés en parallèle des concerts. L’hypothèse que ces manifestations illustrent un processus ségrégatif et qu’elles participent à la construction d’une identité ethnique apparaît peu à peu. L’identité ethnique n’est plus une transition épisodique appelée à disparaître mais devient un statut, une caractéristique héritée qui doit être en permanence re-médiatisée.

 

Nadia BELALIMAT, La guitare des ishumar. Émergence, circulation et évolutions, des zahuten de l’exil à la scène mondiale

 

L’article propose une analyse des mobilités contemporaines des Touaregs en suivant l’émergence de la guitare devenue le mode d’expression culturelle et politique privilégié de la jeunesse. Il évoque les conditions particulières de l’émergence de cette musique au sein de la communauté des Kel Adar (Mali), à partir des années 1970, dans un contexte de

La cantoria est une tradition vivace, en permanente adaptation, propre au Nordeste du Brésil : des cantadores (chanteurs populaires) improvisent leurs couplets lors de sessions réunissant des passionnés de poésie. Le répertoire de ces chansonniers se renouvelle constamment, du fait de l’improvisation, se conformant désormais aux thématiques de l’urbanisation et de la modernité. D’origine rurale, la cantoria est d’une étonnante actualité pour exprimer la condition des Nordestins d’aujourd’hui, pour la plupart migrants soumis à d’importantes mutations sociospatiales.

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Eric BOUTOUYRIE, Goa aux portes des métropoles : communautés transnationales et musique techno

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Il s’agit dans cette contribution de montrer et de comprendre comment Goa fut le lieu d’une double invention au milieu des année 1980 : celle d’un courant musical de la mouvance techno (la « Psychedelic Trance » ou « Goatrance ») et celle de manifestations spatiales inédites (les « parties trance ») reproduites de nos jours aux quatre coins du globe. Dans un contexte postcolonial caractérisé, entre autres, par un métissage des sonorités, l’émergence d’une culture mondiale et un repli identitaire et communautariste, on verra se dessiner des communautés transnationales s’organisant sur fond d’« indianité » et de musique.


Tribune

 

Philippe TAGG, Lettre ouverte sur les musiques « noires », « afro-américaines » et « européennes ».

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Alexandre LAUMONIER, Publier par gros temps. Kargo, un itinéraire éditoriale des musiques populaires à la philosophie contemporaine, Entretien réalisé par Gérôme Guibert et Emmanuel Parent
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Hors dossier

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Jedediah SKLOWER, Rebel with the wrong cause. Albert Ayler et la signification du free jazz en France (1959-1971)

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Une version courte de cet article est disponible dans les éditions "Minorités en tous genres" et "Du jazz en général", ici.

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Un stéréotype coriace imprègne les imaginaires du monde du jazz en France : pendant la période « free », le militantisme politique aurait éclipsé l’esthétique. Cette identification partielle d’une musique pourtant bigarrée fut le produit d’une « collaboration polémique » entre partisans et détracteurs de ce phénomène. L’exemple des interprétations de l’œuvre du saxophoniste Albert Ayler illustre parfaitement les enjeux de cette nouvelle « bataille du jazz ». L’ancienne génération voyait en lui un nihiliste infantile, dont la médiocrité était absoute par l’idéologie. La critique structuraliste de gauche en fit un avatar du prolétaire révolutionnaire, dont la musique, en « déconstruisant » les conventions du jazz antérieur, devenait subversion des valeurs bourgeoises. En localisant ainsi exclusivement l’origine du « free jazz » du côté des rapports de force entre classes et cultures antagonistes, elle détermina les significations qui devaient en découler nécessairement, sans égards pour les intentions explicites des musiciens ou d’autres possibilités d’appropriation. Faire la critique de telles normes, c’est restituer la multiplicité du signe musical et des pratiques d’écoute possibles.

 

Martin LUSSIER, La scène punk montréalaise : processus de différenciation et métissage en concert

 

Cet article est consacré à l’un des moments clés de la scène punk, le concert, et à ce qui se déroule à l’intérieur des murs des salles de spectacle la peuplant. Une attention toute particulière est portée à la façon dont les concerts installent le punk en tant que scène, avec ses lignes de fractures et ses forces métissantes. Le punk, installé en tant que scène, nous apparaît comme un lieu où se croisent à la fois des tendances à diviser des ensembles, à circonscrire certains mondes d’acteurs, et d’autres à rassembler des éléments en apparence hétérogènes sous une même bannière. La scène punk montréalaise y est vue comme la production de pratiques de toutes sortes, faisant de cette réalité installée une performance toujours en cours, un faire.

 

Benoît DELAUNE, Musiques contemporaines et musiciens pop-rock. Le cas Nurse With Wound

 

Cette étude s’appuie sur la production musicale du groupe Nurse With Wound, fondé à Londres en 1978 par Steven Stapleton et toujours actif aujourd’hui. Les disques de Nurse With Wound s’inscrivent dans un champ de réception paradoxal, oscillant entre musiques contemporaines et musiques rock. La musique de Nurse With Wound est bien une constante désacralisation, par le biais du paratexte ou de l’usage de la métalepse, de son propre univers musical, qui aboutit à la construction d’une posture inédite.

 

Julie VAQUIE-MANSION, L’analyse des silences dans les musiques populaires actuelles. L’exemple de la chanson Des Armes de Noir Désir

 

L’analyse musicologique des musiques actuelles nécessite une approche adaptée prenant en compte l’importance des paramètres technologiques et performanciels inhérents à ces musiques, car le texte premier ne réside pas dans la partition mais dans l’enregistrement. Associée à cette méthode d’analyse, cet article propose un angle d’approche basé sur l’analyse des silences en s’appuyant sur des références philosophiques et herméneutiques ; ainsi qu’une utilisation de la phénoménologie d’un point de vue méthodologique, sur l’objet de la chanson Des Armes du groupe Noir Désir (Des visages des figures, 2001). Après une présentation des enjeux méthodologiques soulevés par les musiques actuelles dans cet article — les paramètres pertinents d’analyse et le faire-silence musical —, nous présenterons le groupe Noir Désir et le corpus. L’analyse tentera de découvrir quels sont les moyens mis en œuvre par ce groupe pour mettre en musique, interpréter et révéler l’idée du poème en prose de Léo Ferré.


Note de recherche

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Hakim BEN SALAH, La pratique du metal, entre quête individualiste et recherche d’ancrage social

 

Cet article rend compte des résultats d’une recherche exploratoire ayant pour objectif de comprendre le sens que les musiciens de metal donnent à leur pratique. Les résultats vont révéler la présence marquée, d’une part, d’un besoin de visibilité sociale et d’autonomisation individuelle et, d’autre part, d’un fort désir d’ancrage social. Deux tendances qui paraissent à la fois significatives de l’évolution de nos modes de vie contemporains et dépendantes de l’image que ce style musical colporte au sein de nos sociétés.

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Compte rendu

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Raphaël NOWAK, « Où en est la sociologie de la musique ? », journée d’étude du 18 juin 2007 à l’université des Sciences et Technologies de Lille.

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Notes de lecture

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Jean-Marie SECA (éd.), Musiques populaires underground et représentations du politique, E.M.E., coll. « Proximités Sociologie », Fernelmont, 2007, par Joël GUIBERT
Elisabeth CESTOR, Les musiques particularistes. Chanter la langue d’oc en Provence à la fin du XXe siècle, Paris, L’Harmattan, 2005, par Magali MOLLE
Lewis PORTER, John Coltrane, sa vie, sa musique, Paris, Outre Mesure, 2007, par Emmanuel PARENT
Pierre SAURISSE, La mécanique de l’imprévisible, Art et hasard autour de 1960, Paris, L’Harmattan, 2007, par Bruno ELISABETH
Philippe LE GUERN, Simon FRITH (dir.), « Sociologies des musiques populaires », Réseaux, n° 25 (142-142), Hermes Science publications / Éditions Lavoisier, 2007, par Jean-François BRAUN

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