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Medialogie et presstologie sauvageonne

La pressologie, parfois dénigrée sous le sobriquet de prestologie, est une branche de la médialogie trop méconnue. D’ailleurs, voici quelques instants, hors de mon imagination, elle n’existait pas encore. Elle a la médialogie ce que la chirurgie de campagne guerrière est à la médecine, ce qu’un croque à la cafèt’ est au souper des présidents d’universités. Hâtive et brouillonne, et même sauvageonne, la pressologie se transmet oralement près de la machine à café. Sa pertinence est douteuse. Mise en lumière avec le cas de Michèle Alliot-Marie (MAM) et le Tabarkagate.
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Tandis que l’analyste des médias, le médialogue ou médiologue s’arme de tout un dispositif statisque, le pressologue que je suis (formé pourtant à l’analyse des médias britanniques à la meilleure école) va employer l’empirisme pifométrique, au débotté, en mode vite et mal torché.

Prenons le cas de MAM et du Tabarkagate que le pressologue assimile un peu trop presto au Woerthgate, au Caprigate, au Karachigate, au risque de se faire coincer un doigt par le battant du portail. Pour sonder le cas d’Alliot-Marie, le pressologue va se pencher sur approche micro-médialogique, par exemple, en allant voir ce que pourrait en dire Le Courrier français (presse catholique d’information locale des Landes et d’ailleurs), Le Journal du Pays basque, La Dépêche du midi, voire Cultzine (si ce fanzine subsiste encore), avant de s’intéresser à l’éditorial du Dauphiné (encore libéré, ce que n’est plus son homologue parisien), de L’Union (celui de Bruno Testa intitulé « MAM ment », fine allusion aux enfants cachés qu’elle n’a pas eu avec Patrick Ollier), et à ceux des ténors et des Premiers Paris des gazettes nationales. Il en ressort quelques brèves de comptoirs qui vous seront épargnées. On s’en doutait, alors que MAM tient la tête de page d’accueil de Mediapart, MAM, pour Le Courrier français, est éclipsée en une par les Imaginaires de Saint-Médard-en-Jalles. Eh bien, pour le médialogue, ce n’est rien, pour le pressologue, c’est un indice : le rapatriement sanitaire, en ambulance, de MAM à Saint-Jean-de-Luz pour prendre ses fonctions à la tête du comité du quartier d’Itxaka n’est pas vraiment à l’ordre du jour. Come4News, qui l’annonçait en Cojetage, a encore pris ses désirs pour des réalités. Pour Le Journal du Pays Basque, la question est abordée par le subtil biais d’une enquête : « Que font nos oiseaux migrateurs ? ». Un peu comme L’Union, Le Journal glisse un sous-entendu sur les couples reproducteurs, mais point de retour de MAM au menu. La Dépêche relègue MAM entre la nette victoire du TFC sur Monaco et la découverte de la statue de Paul Sabatier dans un terrain vague de Carcassonne (à proximité des serres municipales). La Dépêche n’en estime pas moins que « l’étau s’est resserré » autour d’elle mais s’y intéresse moins qu’au troisième enfant de Charlotte Gainsbourg. Le médialogue n’en tire guère de conclusion, le pressologue est trop prompt à considérer que la presse locale ne tire même plus sur une éclopée.

Le médialogue ne va pas fouiller dans les toilettes du Panthéon-Assas dont MAM fut une alumna. Le pressologue, lui, se pose une question incongrue. Fut-elle ou non la petite amie cachée d’Edgar Faure qui lui aurait présenté Michel Alliot ? Qu’en avait pensé Bernard Stasi ? Faute de moyens, le pressologue n’ira pas lever un verre pyrex de champagne dépourvu de toute vignette-congé du côté d’Épernay, mais son correspondant local tentera de poivrer le nez de l’ex-maire de la localité. Un autre ira consulter les anciens chauffeurs d’Alice Saunier-Séité (le modèle ministériel de Roselyne Bachelot). Les radio-trottoirs, à Ciboure, Bizarritz et Itxaka feront remonter de quoi alimenter les chroniques de L’Immonde (.net) qui titre, lui, « Sarkozy, en hongrois, signifie littéralement “dans la boue” ». Les propos des chefs de file du Pire (Parti de l’immonde racaille économique), du PrOuT (de votre serviteur, le Parti de rien-revenu de tout), du Pft (Parti faire un tour) seront recueillis avant les avis de Ségolène Royal ou de Martine Aubry. Faute de moyens, le pressologue n’a n’y envoyé spécial ni correspondant permanent auprès de DSK, contrairement au médialogue qui, en un pareil cas, n’en fait pas plus de cas que cela. Les deux s’en dispenseront. Le médialogue ne fouillera même pas les données de Medialog (nº 1 de l’informatique hôtelière indépendante) pour retrouver les factures de MAM à Tabarka ou Tozeur, le pressologue emploie des hackers bénévoles et va pomper le bon de réservation Amedeus ou Galiléo dans les entrailles des unités centrales de Tunisair. Histoire de faire un rapprochement avec l’escapade à Capri d’Éric Besson en compagnie d’une jeune et accorte Tunisienne, Yasmine Tordjman, que Bakchich s’est un peu isolément acharné à élucider. Fille de Samy Tordjman et Samira Turki, de Marsa Cube (un Neuilly tunisien), Yasmine est-elle vraiment une anti-Ben Ali aussi virulente qu’un Aziz Miled ? Ne l’a-t-elle pas rencontré à Capri pour hâter la chute du clan Ben Ali ? En compagnie peut-être de Dorra Bouzid, sacrée « première journaliste tunisienne » par Jeune Afrique, distinguée par Frédéric Mitterrand de la médaille des Arts et des Lettres, farouche opposante de Leila Ben Ali et si proche de l’Association tunisienne des femmes démocrates ? Le médialogue est circonspect, le pressologue mélange tout et admettons-le, parfois à tort et à travers (tout comme d’autres, Dorra Bouzid a dû composer avec le régime de Ben Ali).

Le médialogue fait grand cas des analyses de L’Express qui tendent à laisser entendre que Ségolène Royal mélange un peu tout en évoquant le Woerthgate, l’histoire du Médiator des labos Servier, et les mensonges ou contradictions de MAM. Le pressologue, lui, se dit, oui, il doit y avoir comme un rapport subtil, et il se demande s’il ne serait pas bon de revoir à la lumière du récent toutes les déclarations de MAM à propos de l’affaire Clearstream II (l’histoire des listings attribués au seul Imad Lahoud). Le pressologue s’interroge : pourquoi donc le sénateur UMP Alain Fouché, proche de Raffarin, a-t-il tiré sur l’ambulance MAM ? Aurait-elle laissé un mauvais souvenir à Raffarin ou lui aurait-elle fait un coup tordu ? Quels dossiers conserve-t-elle sur les uns et les autres ? Médialogue et pressologue sont en tout cas d’accord : MAM a utilisé la méthode Woerth (entonner le grand air de la calomnie au sujet de son voyage en compagnie de son petit-prince, Roméo Ollier, et ses parents, faire vaguement machine arrière, ce que n’avait pas fait Besson à propos de son voyage de noces à Capri, puis se dire, tel un Jean-Marie Le Pen, victime de la presse et des médias).

On ne confondra pas plus le médialogue avec un journaliste d’investigation en chambre qu’on prendra le pressologue pour un chercheur universitaire à la petite semaine, car une semaine, même petite, c’est long pour lui. Le médialogue s’intéresse plutôt aux articles du Figaro, le pressologue saute l’essentiel pour s’intéresser aux commentaires des blogueurs du Fig’, et cherche à déterminer si l’expression « Tabarkagate » pourrait avoir un avenir. La perception des Internautes évolue au fil des heures et des jours, en France comme en Tunisie, où l’on commence à trouver le gouvernement de transition bien tendre avec MAM. Tiens donc, pourquoi ? Oui pourquoi cette photo d’un représentant du gouvernement tunisien en compagnie de MAM ?

Tiens, quand le médialogue visite l’espace presse du ministère des Affaires étrangères, il ne s’étonne pas trop de voir la page d’accueil des instantanés photographiques mettre encore en valeur, ce 7 février 2011, un certain Bernard Kouchner. Derrière la façade, il a trouvé l’image d’Ahmed Abderraouf Ounaies (homologue tunisien actuel de MAM), c’est l’essentiel, datée du 4 février. Une MAM tout sourire semble presque se départir de sa réserve. C’est embrassons-nous, Folleville ! Le pressologue va chercher les déclarations du nouveau ministre tunisien se comportant devant MAM tel un très jeune fan de Dorothée : ce n’est pas du Goya, c’est d’un peintre pompier, ce n’est pas du Ferré, c’est du Déroulède, se dit le pressologue. Lequel est un sémiologue au petit pied, du dimanche, comme les peintres.

Voila pourquoi il ne faut pas mélanger médialogues et pressologues, torchons et serviettes, journalistes et journalistes, chroniqueuses et blogueurs. J’y repensais en voyant, sur la page d’accueil de Médiapart, rubrique Club, mon billet sur Denis Robert supplanté – c’est bien normal, une actu chasse l’autre – par un docte débat de la Communautés des lecteurs et de la Social Media Week. Cela ne portera pas sur « La Curation, avenir du ouaibe », avec des penseurs tels Benoît Raphaël, cofondateur du Post (.fr), et des « planeurs stratégiques » (euh, planneur), sous l’égide de Jean-Paul Huchon. Un cocktail suivra. Cela rappelle l’Atelier télématique de Paribas, les babillards, &c. Je serais, comme on dit, « hors de Paris » pour la rencontre de la Communauté des lecteurs. Je m’arrangerai pour venir aux prochaines rencontres si jamais Denis Robert, revenu en grâce, venait à être invité.

Ne citant pas Mediapart ou qui que ce soit, Denis Robert nous commente (sans doute à l’intention de Philippe Val ou d’Élizabeth Levy, car il a lu mon dernier billet sur Mediapart et l’a trouvé de son goût) : « Combien de fois ai-je entendu les avocats de la firme ou des journalistes malveillants se moquer de « mes erreurs », m’appeler le « falsificateur » ou le « conspirationniste ». Tout cela a joué. Comme ont dû jouer les articles fielleux écrits par des procureurs à moustaches, des éditorialistes à deux balles, des concierges du net. Je sais, je ne devrais pas. Mais bon. Je pense aussi à certains politiques qui m’avaient épaulé et qui soudainement ont baissé les yeux. ». On trouvera (pas ce soir) le début et la suite de cette Note pour mes amis à diffuser largement sur Come4News. Y compris sa dernière phrase, qui contredit mon billet : « je ne me suis jamais senti seul ou angoissé pendant ces années. ». J’avais pourtant souvenir que je l’avais surtout soutenu sur le tard et présumé hâtivement qu’il avait dû se sentir parfois bien seul. En tout cas, à présent que la Cour de cassation a rendu trois arrêts en sa faveur, je peux l’écrire : Denis, toute la pressologie internationale est derrière toi à partir de cet instant (je dépose les statuts du Collège de pressologie prochainement). Au fait, t’aurais rien sur MAM dans tes archives ???

Post-Scriptum : Toujours à la bourre, le pressologue écrit au fil de ses élucubrations et ne se relit pas... Merci d'excuser les coquilles et les lapsus de saisie…

Tous les commentaires

08/02/2011, 00:42 | Par jtombeur

Là, je reviens du truc un peu rigolo de la Social Network Week, ou Social Media Week, à la mairie du IVe de Paris.
J'ai juste posé une question : « On n'est pas en train de se chatouiller, là ? » (sur la démocratie participative et d'autres trucs d'une forte élévation de pensée sur les réseaux sociaux). Pas eu de réponse très claire, sauf d'un prof de la Sorbonne (j'ai plus mes notes, j'ai son nom quelque part, j'y reviendrai), médialogue, comme quoi dès le 18e siècle, la presse alternative, &c.

Lui, il s'inquiète de la prise par Orange d'un pouvoir décisionnaire dans DailyMotion. Il n'a pas tout à fait tort.

08/02/2011, 00:41 | Par jtombeur

Pour qui voudrait consulter la lettre ouverte de Denis Robert à ses potos, c'est ci-dessous :

http://www.come4news.com/denis-robert,-suite-a-diffuser-largement-567881

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