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Medialogie : lepost.fr en sursis
À la suite de la diffusion d'un communiqué de la « rédaction » (ou ce qu'il en reste) du site Le Post (lepost.fr), le second depuis l'arrivée des nouveaux actionnaires du Monde et du Monde interactif, on peut s'inquiéter de la survie de ce site qui se voulait d'information participative.
Le Post a été lancé à la fin de l'été 2007 et dès septembre, avec quelques autres futurs fidèles, dont Tian (un pseudo), j'ai embrayé, publiant d'abord de réelles contributions, puis, de guerre lasse, des « accroches » renvoyant vers les mêmes sujets sur Come4News.
Je ne sais au juste quand a été lancé Come4News, mais un article de David Come, daté du numéro de décembre 2006 d'Internautes magazine, en faisait déjà état. Issuepedia indique : « En avril 2007, un groupe d’investisseurs français, ayant à sa tête le journaliste Fabien Bardoux, rachète le site Technoblog ». Mettons donc fin avril 2007.
Faible antériorité donc pour Come4News, lequel contrairement au Post, n'aura jamais droit à une page de Wikipedia (trois tentatives, trois... suppressions de page). On ne prête qu'aux riches. Cela étant, les concepts sont voisins : presse d'information citoyenne pour l'un, presse participative pour Le Post. Les deux titres ne sont pas comparables puisque d'un côté, les contributrices et participants rédigeant des « papiers » sont faiblement rétribués, qu'il n'est d'autre hiérarchie de l'information si ce n'est aléatoire (toutes les contributions passent en page d'accueil, selon un système de rotation) pour C4N, et qu'une rédaction professionnelle, au Post, choisit de mettre en valeur, en « une », ses propres papiers et ceux d'invités permanents (dont Guy Birenbaum, par exemple, un temps), et de quelques rares « posteuses » ou « posteurs ».
C'est là l'une des différences essentielles. Dans un cas, la rédaction intervient fortement (sur Le Post), dans l'autre, les fondateurs (pas tous journalistes) se font fort discrets et ne mettent qu'exceptionnellement davantage en valeur (bandeau éventuel de page d'accueil surmontant les autres) les contributions des très rares journalistes « bénévoles », qui ne sont pas plus privilégiés que d'autres « amateurs ». Côté rémunération, sur Come4News, tout le monde est à la même enseigne : un euro par papier publié (de plus de quinze lignes, pour éviter des abus, même si quartorze bonnes lignes valent mieux que seize mal foutues et de valeur informative proche de zéro). Pas de régie publicitaire pour C4N, un possible couplage entre le site du Monde et celui du Post en regard.
Que croyez-vous qu'il adviendra ? Serait-ce Le Post qui crèvera ? La question est posée puisque, depuis une date incertaine, la direction du Post (l'actionnariat) donne un semestre à la rédaction posteuse pour « faire ses preuves ». J'ai connu cela avec un autre Dreyfus, venu de Rotschild au Crédit mutuel puis à L'Alsace, et le regretté Jean-Marie Hæffelé qui annonça aux futur·e·s « employé·e·s de rédaction » (c'est à ce titre que je donnais le BAT, au mettage de L'Alsace, de la une d'un quotidien comportant plusieurs éditions), qu'ils seraient journalistes du Pays de Franche-Comté ou au chômage au bout d'une année. On connaît la suite. Goguillot, de L'Est républicain, ne nous donnait pas plus d'un an et espérait récupérer une partie du lectorat ainsi créé. La relance des éditions belfortaines de L'Alsace sous un nouveau titre reste l'un des rares succès de la PQR. La rédaction d'alors n'avait pas démérité. Je ne pense pas davantage que la rédaction (ou plutôt les rédactions successives) du Post aient jamais démérité. Celle du Pays de Franche-Comté ne se voyait pas trop compter ses outrances, on se doute que celle du Post était et reste beaucoup plus contrainte.
Le Post ne s'est sans doute pas détérioré (comptablement, il aurait plutôt même progressé) du fait de sa rédaction mais plutôt, je le pressens, de celui des directives de « gourons » de la presse en ligne, pas tous journalistes, et sans doute, même, loin de là.
Rappelons au passage que Mediapart et Le Post ont désormais un actionnaire commun, crois-je du moins savoir.
Mais ce n'est pas le parallèle essentiel qu'il faut établir entre Le Post, Mediapart et d'autres titres, de « presse » (possédant un numéro de commission paritaire) ou non, tel, par exemple, AgoraVox ou Come4News. Il existe quelques similitudes et disparités à pointer. Mediapart, tout comme Rue89, ne dédaigne pas le « format long ». Come4News, comme AgoraVox, laissent toute liberté (ou presque, pour AgoraVox, dont la sélection en amont est drastique) du format, du nombre de feuillets. Le Post a essayé de « formater » ses bénévoles. De leur faire appliquer les recettes enseignées dans les écoles de journalisme encore fortement imprégnées des seules traditions et des seuls préceptes de la presse écrite, mal transposés. David Siegel, typographe devenu l'un des gourous du Ouaibe (de l'Internet graphique alors naissant avec le consortium World Wide Web), dans un entretien publié par Création numérique, m'indiquait quelques préceptes de base qui restent valables. Il semble que ses émules du Post n'avaient guère de culture de l'Internet (du Ouaibe, peut-être), mais une panoplie de recettes « tombant sous le sens » et éculées avant même d'avoir été testées.
Je ne sais ce que les rédactions successives du Post ont pu subir. J'aimerais leur dire, comme Ardisson à propos de L'Écho des savanes : « brûlez vos vaisseaux ! ». Ici, en ce sens : oubliez, transgressez. Allez-y à fond. On ne peut vous demander de faire vos preuves en un semestre sans vous laisser carte blanche. Ce que, peu ou prou, Jean-Marie Hæffelé avait fait avec des stagiaires dont certaines et certaiins ne sortaient pas vraiment des écoles de journalisme. Certes, nous n'étions pas tous inexpérimentés (simplement, après une bonne dizaine d'années de presse sans détenir la carte de presse, pour mon compte, je navais jamais travaillé en quotidien). Certes, nous avions une équipe de journalistes (pas tous issus d'écoles, loin de là...) encartés pour nous encadrer. Mais eux aussi ont osé. Parce qu'ils le pouvaient.
Sur Come4News, comme sur AgoraVox, mais de manière beaucoup plus légère, la modération s'effectue en amont, a priori. sur Le Post, la validation n'existe pas, une modération sous-traitée a posteriori est confiée à je ne sais quel automate qui en a découragé plus d'une et plus d'un de perdre son temps sur Le Post. La maîtrise du droit de la presse (diffamation, diffusion de fausse nouvelle, droit de réplique, droit de réponse, injures publiques) du sous-traitant est encore plus nulle que celle des amateurs de Come4News ou d'AgoraVox. Enfin, d'expérience, la mienne et celles d'autres, c'est le sentiment devenu général.
AgoraVox et Come4News ne sont pas des sites autogérés, mais la relation entre les Internautes se module plus ou moins d'elle-même. Les modes de convivialité ne sont pas identiques. Mais au moins, la discussion se fait entre soi. Pas de soi à un robot, puis face à un sous-traitant. Les rares discussions épistolaires (par courriel) que j'ai pu avoir avec la rédaction du Post étaient convenues. Pourtant, nous étions censés parler le même langage, avoir les mêmes références. Vous n'imaginez pas, ou plus, ce que des Internautes peuvent nourrir de prévention à l'encontre des journalistes. Le hiatus entre les modérés (« censurés » à tort parfois, souvent à raison) du Post et sa rédaction en ont dissuadé plus d'une, maints autres, de préserver la fiction d'un site participatif.
Bien sûr, ce n'est qu'un aspect très partiel des raisons qui font que la rédaction ne pourra espérer qu'un chiche soutien des Internautes (même s'il semble fort : voyez, sur Le Post, le nombre d'interventions à ce propos). De plus, on en vient à se demander si ce soutien ne serait pas contreproductif (pour la sauvegarde des emplois de celles et ceux qui ont osé publiquement s'exprimer).
La véritable question est la suivante : que veulent au juste Niel, Bergé et Pigasse ? Une toute autre formule ? Dans ce cas, qu'ils l'expriment. Dire à une rédaction de faire ses preuves, c'est concevable. Lui promettre des moyens qui tardent toujours à venir, cela peut être vivable (un temps...). Ne pas lui donner les plus coudées franches avant l'échéance, c'est plus qu'une erreur d'appréciation. Ou alors, il faut détailler clairement ses objectifs et ambitions et ouvrir la clause de conscience (bon, pour les stagiaires, les pigistes, cela leur fera une belle jambe).
Le Post, en dépit de ses défauts (survalorisation du spectaculaire, du convenu et du rigolo, pour résumer, mise en sommeil de la convivialité et du participatif), reste une semi-réussite dont les succès l'emportent sur les échecs. « Rédactionnellement » tout au plus ? Peut-être que le retour sur investissement n'est pas si minable, comme semble le penser la rédaction. Après un peu plus de deux ans, les résultats ne sont sans doute pas catastrophiques, à moins que la gestion ait été plombée par des erreurs flagrantes. Que, pour le moment, Come4News n'a pas commises en évoluant très doucettement avec une saine prudence. On a parfois besoin de s'inspirer de beaucoup plus petit que soi.
Un autre point de vue (très proche et cohérent, j'espère) :
¤ Le Post se meurt, vive Come4News !


Tous les commentaires
C'est très volontairement que j'ai utilisé, pour le visuel, le logo, certes un peu ringard, de Come4News. Le nouveau (l'actuel) n'est pas vraiment une réussite.
Celui du Post est davantage basique. Si seulement les directions avaient su s'en tenir davantage au basique, sans chercher à se faire mousser dans des réunions ou des dîners en ville !
défauts du Post : survalorisation du spectaculaire, du convenu et du rigolo...
oui, c'est un défaut. Car le rigolo, c'est amusant, mais ça ne crée pas de lien fort avec le lectorat : il manque un projet rédactionnel, ou un point de vue idéologique...
Ah, mais ça aussi, ça a été théorisé (là: le journalisme LOL). Des personnes que je connais ont même déjà envisagé d'organiser au printemps des Assises du journalisme LOL (j'en ai déjà trop dit).
Plus sérieusement: il y a eu une nette inflexion de la ligne éditoriale vers la politique et l'actualité chaude (avec moins de petits chats qui disent "I can haz a cheezburger?") avec le remplacement de Benoît Raphaël (cofondateur du site) par Philippe Mathon (ex-responsable du site du Point).
Malgré tout, cela reste un site participatif où la communauté détermine largement le contenu en contribuant ou non sur les sujets d'actualité. Chacun peut s'y livrer à de profondes démonstrations ou y publier de savantes analyses, si le public ne le fait pas remonter régulièrement (il peut toujours y avoir des coups de pouce volontaristes de la rédaction), ce type de contenu périclitera.
Le Post et Mediapart ont au moins un actionnaire commun, mais dans le cas du groupe Le Monde, Xavier Niel est effectivement propriétaire (avec ses associés du Monde libre, il détient la majorité) alors que dans le cas de Mediapart il n'est que l'un des 80 et quelques souscripteurs de la société des amis préisdée par Michel Broué et Muriel Mesguich (ce sont eux qui sont présent aux réunions d'actionnaires).
Au passage, ce deuxième cas est plutôt la règle: il ne dispose que de participations minoritaires dans les sites dans lesquels il investit (Mediapart, Bakchich, récemment Causeur et prochainement Atlantico surnommé "le Mediapart de droite", bien que les descriptions fassent plutôt penser à Slate.fr).
Les actionnaires ont dit un moment que l'objectif était de fermer ou de vendre un site qui ressemblait si peu au reste du groupe et qui coûtait de l'argent (le résultat est de - 1 million d'euros en décembre 2010, "non budgété" précise le budget, alors que l'ensemble du pôle interactif rapporte 3,9 millions d'euros avec une rentabilité de 20%).
Ils ont donné trois mois à Philippe Jannet, patron du Monde interactif, pour faire la preuve qu'il était possible de passer à une "croissance positive" et équilibrer à terme les comptes du Post, ce qui est toujours le discours du président du directoire du Monde, Louis Dreyfus, qui annonce un point comptable tous les trimestres (le premier fin mars) et les décisions qui vont avec.
Les salariés du Monde interactif (en réalité, je n'ai eu qu'un responsable de la société des personnels) font une autre interprétation de ces "échéances déterminées": "l'absence d'investissements et les refus de contrats font craindre une vente ou une fermeture du site à brève échéance".
C'est en effet le refus, annoncé le 16 février, de titulariser un journaliste en CDD employé régulièrement depuis avril 2008 et arrivé au terme de ses dix-huit mois consécutifs (qui va donc quitter l'entreprise sans autre forme de procès), qui a déclenché l'alarme: "D’un effectif moyen de 11 personnes par jour en novembre, quand le trio Bergé-Niel-Pigasse a pris le contrôle du groupe, la rédaction a fondu à 7 personnes en moyenne les bons jours. Le planning de mars laisse même entrevoir des journées à 4 personnes. Et aucune embauche n’est prévue", prévient le communiqué.
Ils notent aussi que ce n'est pas une question de coût puisque ce type d'emploi est largement aidé par le SPEL: "Le refus de titularisation n'a pas été justifié par des contraintes budgétaires mais par l'absence de visibilité au delà du mois du juin", me précise-t-on.
Les salariés organisent donc un sit-in devant l'immeuble du Monde,boulevard Blanqui, lundi 21 février à midi. Ils entendent obtenir la titularisation de 7 salariés du Monde.fr et du Post.fr et un accord garantissant le maintien de l'emploi dans l'ensemble des services.
Bravo Jeff et merci Vincent pour le commmentaire.
dommage que le groupe le monde remplace ce "machin" par autres choses, rien que le nom de remplacement en dit l'on sur la profondeur journalistique "demandée", et sur la cible choisie. . anciens lecteur du "monde" en ligne, les liens "racoleur du "post" me faisait littérallement "v****" et indigne d'une certaine idée de ce que le monde pouvait-être. une sorte de caniveau au pied d'un grand journal. . le monde a perdu son aura a se vouloir "populaire", c'est dans son élistisme qu'il trouvait sa force, dans sa très grande exigeance, et son coté "mont olympe" innaccéssible au commun des mortels. "la rareté" voilà sur quoi vivait le monde, et que l'on retrouve heureusement toujours dans le monde diplomatique... . se vouloir trop populaire, c'est aussi abaisser le niveau, et c'est là tout un choix editorial. l'on fait pas dans l'excélence a se vouloir trop près des désirs communs. de plus se faisant l'on ne saurait réellement servir d'information a ne donner que ce que son publique attends. . l'idéal de l'information est dans la volonté d'informer pas dans la volonté de ne donner ou de ne présenter l'infos que pour la vendre. (helas toutefois il faut bien vivre).
Il y a eu un long débat sur l'idée (l'idéal?) de "journal des élites" pour Le Monde dans les commentaires de cet article.
ne pas confondre l'élitisme(de haut niveau de pertinence), et les élites(plèbe sur-élevée)... un peu d'ailleurs comme intelligence et intellectualisme, le second souvant ne fait que briller dans les salons ;o)
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donc plutôt pour une slow information, bien digéré, bien comprise et riche de sens, au risque d'être un peu ardue, plutôt que de ce complaire à la fast-news, pleine de photo de choc, de couleur acidulé pour "accrocher" le lecteur et plus proche de la "réaction" epidermique, stomacale, que d'une bisque de cerveau riche et bien assaisonée.
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j'aime bien médiapart pour cela, pas trop de clinquant et du sens, makgré l'impératif d'un quotidiens en ligne...
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c'est plus a "lepost" que j'en veux qu'au monde, qui sommes toutes fait ce qu'il peu avec la dette que lui a laissé Minc... un bon président(premier ministre) tenterais au moins de liberer ce journal (et d'autres) d'importance politique, de ces dettes trop élevé, et cela au vu et su de leur importance dans l'expréssion publique, et dans la formation politique du citoyen...
Dans une lettre envoyée aux salariés du Monde, du Monde interactif, du Monde publicité et du Monde imprimerie, le nouveau directoire (Louis Dreyfus et Erik Izraelewicz) écrivait que "dès aujourd’hui 14 février, la Direction des Ressources Humaines du Groupe a ouvert formellement un cycle de discussions avec les représentants du personnel à partir d’un état des lieux précis des précaires au sein de la rédaction du Monde. Cette démarche va rapidement être élargie au Monde.fr".
On comprend mieux que la nouvelle, connue deux jours plus tard, qu'un CDD, permanent depuis près de trois ans et à qui une titularisation aurait été promise prendrait plutôt le chemin de Pôle emploi, a été ressentie comme une provocation.
D'autant plus que dans la même lettre, le directoire annonçait "à terme la fusion des deux rédactions", Le Monde et Le Monde interactif; ces derniers craignant que les économies d'échelle réalisée à cette occasion se fassent à leur détriment, avec quelques raisons, puisque selon les représentants du personnel, la moitié de l'effectif du Monde interactif travaille en contrat précaire.
J'en remets une couche :
http://www.come4news.com/lepost-fr-greve-bien-suivie-par-les-posteurs-historiques-583105
et je vais sans doute y revenir ici-même (blogue-notes Mediapart) si cela le mérite (à mon sens, oui, a priori : si des participant·e·s de longue date ne trouvent pas de réponses à leurs interrogations, elles et ils se sentiront frustré·e·s ; si personne n'est irremplaçable, cela laissera quand même des traces).
Nouvelle rencontre ce mardi entre intersyndicale et direction mais je n ai pas de nouveaux renseignements pour le moment.
Une liste partielle de blogueurs grevistes avait circule, mais elle a ete retiree. Les blogueurs invites, sur cette liste, etaient pratiquement aussi nombreux que les autres.
Je donne le résultat là