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Les dividendes de la folie institutionnelle
La folie est le propre de l'homme, seul, en groupe ou en société. Il n'existe pas de folie institutionnelle, c'est entendu puisqu'il n'y a de folie qu'individuelle.
Je n'ignore pas ici l'existence de nombreuses réflexions empruntées à une clinique du groupe et de l'institution où il est aussi question de psychopathologie.
Je ne parviens pas pour ma part à isoler ce qui serait une institution marquée par une quelconque forme de folie.
Je rencontre par contre des folies individuelles qui interagissent et conduisent à créer les conditions de dysfonctionnements majeurs, de troubles majeurs de l'institution.
Celle-ci devient alors le théâtre d'un jeu dont les règles échappent à tous y compris à ceux qui s'affrontent ou introduisent un décalage avec la réalité extérieure.
C'est cet écart irréductible qui crée les conditions d'une jouissance anonyme, partagée par ceux qui ne sont en vérité aucunement des protagonistes, tout juste les artisans de ce qui est considéré comme une forme de folie institutionnelle.
Si la perversité est une forme atténuée de folie ; ce que je pense puisqu'elle repose sur un fonctionnement psychique partiellement clivé de la réalité et coupé de toute prise en compte d'une quelconque discontinuité psychique ; alors j'en viens à faire l'hypothèse que le pervers et le fou font en définitive un excellent ménage et se retrouvent dans des stratégies de division. L'un clive et l'autre isole. L'un projète sa vision morcelée et conflictuelle de la réalité jusqu'à provoquer des phénomènes d'adhésion au cadre ainsi défini (la réalité vient à dépasser la représentation) tandis que l'autre s'arrange pour y coincer ses futures victimes fragilisée par l'absence de repères communs, de langage commun, de représentations communes.
Le pervers se méfie avant tout des solidarités, des liens d'association capables de créer à son encontre de véritables stratégies de sortie de l'emprise qu'il passe son temps à entretenir à travers des discours ambivalents où la soumission est présentée comme le seul moyen d'apaisement des tensions.
Son allié, représentant d'une folie ordinaire, atténuée, presque invisible, travaille dans le même temps à maintenir les clivages, en se posant lui-même comme celui qui donne l'exemple que la séparation est la meilleure des stratégies pour survivre, que le groupe et le travail en lien est un moyen inadapté de réponse à des besoins réputés s'inscrire dans une relation individuelle.
Mon titre évoque ce qui serait une forme de plus-value.
Certains parlent de jouissance. Je pense pour ma part à ce qui serait plutôt une forme de renforcement, de consolidation qui préserve du risque permanent de décompensation.
L'institution devient pour l'une et l'autre de ces figures de la folie ordinaire un véritable conteneur dont les limites semblent absorber les projections et les préserver des conséquences de toute prise de conscience extérieure de la dimension psychopathologique de leurs conduites.
Seuls certains acteurs à l'intérieur de l'institution sont en capacité d'en percevoir les différents aspects à travers des conséquences concrètes dont ils ne peuvent pas dénoncer les causes.
L'alliance des folies plus ou moins ordinaires contribue à brouiller la conscience et la faculté de penser de ceux dont elle ne révèle que les failles ou les limites.

