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Narcissisme vs réalité

Des questions tout d'abord, de celles qui hantent celui ou celle qui désespère de sortir du malentendu et de l'incompréhension, des préjugés et des représentations stéréotypées qui le renvoient à son incapacité à répondre le plus fidèlement possible aux attentes de celui qui exerce avec plus ou moins d'intelligence son pouvoir de décision quant à la mise en œuvre d'un possible contrat de travail.

A ces questions, une réflexion concernant la posture dominante qui caractérise le rapport à l'autre de celui qui a le pouvoir de choisir selon des critères qui tiennent plus à ses représentations et à une posture toute narcissique qu'à la prise en compte d'une réalité dont nous savons qu'elle ne peut tenir dans la pensée d'un seul homme ni répondre à toutes ses attentes.

Comment franchir la barrière de la subjectivité, comment s'affranchir de l'altérité pour amener à la compréhension, à la prise en compte d'une différence qui ne constituerait pas une menace ? Comment se défaire du regard qui s'exerce sur une altérité qui dérange, sur un parcours de vie singulier qui échappe à la comparaison, qui heurte la référence à ce qui est considéré comme normal ou habituel ?

La psychanalyse a pu mettre en évidence, révéler à travers ses manifestations, l'existence de ce qu'elle a appelé l'inconscient, élément du psychisme dont elle a théorisé le fonctionnement à travers une métapsychologie.

Psychologie qui transcende la seule manifestation formelle de la pensée, métalangage qui rend compte d'une complexité qui tend aujourd'hui à déranger une conception réductrice de l'homme sommé d'inscrire ses actions, ses paroles, son apparence et sa pensée à l'intérieur de cadres normalisés et stéréotypés.

Comment introduire un échange lorsqu'il n'est question que de réponses à des attentes marquées par une expérience personnelle surestimée et par la référence à un cadre normatif dont la légitimité semble aller d'elle même ?

La rencontre avec l'autre ne s'inscrit pas dans une quelconque dualité. Nous sommes tous porteur d'une altérité qui agit sur la façon dont nous entrons en relation. Celle-ci s'inscrit dans un au-delà de l'espace normalisé du lien formel et est source de malentendus et de quiproquo, d'actes manqués mais aussi de révélations.

L'injonction adressée au candidat de coller le plus étroitement à une représentation qui subsume sa subjectivité est en soi l'expression d'une aliénation à laquelle il s'agit de consentir pour obtenir (peut-être) la place qui vous permet de continuer d'exister.

Cette posture autorise celui qui s'inscrit dans ce rapport comme source de jugement et de décision à échapper à la nécessaire prise en compte de sa propre altérité.

Cette toute puissance narcissique renvoie le candidat qui lui fait face à ses irréductibles contradictions, à des failles qu'il ne peut avoir l'illusion de résorber sans sortir de lui-même.

Plus que d'adopter un rôle, de porter un masque, ce qui est demandé au candidat c'est de se défaire de sa subjectivité pour entrer dans le monde idéal des narcissiques où l'autre ne peut être que le reflet de ma pensée.

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C'est vrai qu'il n'est pas demandé au candidat d'adopter un rôle ou de porter un masque. pourtant, pour sa survie psychique et même pour sa survie professionnelle, c'est ce que je lui conseillerais de faire. Quand l'autre, recruteur, instrumentalise la relation dans le sens de ses présupposés et essaie d'enfermer le postulant dans un cadre fermé, il convient de manier la communication avec distance : ne pas s'identifier à l'image que le recruteur (et plus tard l'employeur) lui renvoie de lui-même, conserver sa subjectivité, mais la garder pour soi, ne pas croire qu'il s'agit d'être franc, ou alors l'être de façon tactique et uniquement si cela peut servir. Il ne s'agit pas de relation mais de communication. Bref, savoir qu'il s'agit d'un jeu ou (presque ) tous les coups sont permis et que toutes les fois où l'on accepte en son for intérieur de donner à l'autre la place d'un juge, on risque le payer ensuite au prix fort. Mais je suis d'accord pour dire que ces situations sont souvent périlleuses sur le plan psychologique. C'est pourquoi il est intéressant d'en comprendre à l'avance les ressorts.

Le fait est que lorsque vous êtes face à une personne qui dispose du pouvoir de vous accorder une place à partir de laquelle il vous est possible de subvenir à vos besoins et à ceux de vos proches, il est impossible de lui ôter cette illusion et par là même son propre masque au risque de majorer les probabilités d'échec de la démarche. la démarche que vous préconisez s'impose à tout esprit un tant soit peu conscient des enjeux et lucide quant aux effets immédiats et différés d'une relation déséqulibrée du fait de la différence de position occupée par celui qui demande parmi d'autres et celui qui consent à lui laisser une chance. Les nouvelles formes de communication sont marquées par la perversité et l'arrogance, par une certaine forme d'illusion devenue réalité, pouvoir qui s'affirme à partir du simple jeu du marché. On peut être salaud avec les salauds, on peut jouer au plus malin ou au plus fin. On le peut à la rigueur dans une relation de parité si l'on partage la condition du pervers narcissique, on ne le peut pas lorsque l'on est d'emblée "objet" du fait de sa situation ou de sa condition.Il faut avoir vécu ces situations pour les comprendre mais il faut bien admettre qu'elles renseignent sur la réalité de nos relations, sur l'état de médiocrité des liens qui viennent à nous opposer et nous séparer plutôt qu'à nous unir. Cordialement

Bien sûr qu'il est plus aisé d'analyser ce qui se passe dans ces situations si l'on n'est pas en besoin de trouver rapidement du travail. Cependant, je rebondis sur votre dernière phrase : pour moi, dans ces situations (entretien d'embauche) il ne s'agit pas, sauf exception, de lien. Ou alors d'un lien qui inclut l'attaque contre le lien. La communication est calculée, travaillée. Le positionnement par rapport au postulant n'a pas grand-chose à voir avec une rencontre : il s'agit d'utiliser des techniques pour amener l'autre où l'on veut, c'est-à-dire qu'il s'agit de manipulation. Je pense effectivement qu'il n'est pas souhaitable de démasquer ouvertement le stratagème, mais qu'il est important de ne pas être dupe de la place où l'on est mis. Dans ces conditions, le jeu que l'on joue n'est pas une aliénation. Cela en devient une si l'on se croit obligé de correspondre à l'image que l'on veut donner. La communication est biaisée par le recruteur (tentative délibérée de déstabilisation, séduction pour amener à accepter des conditions de travail que l'on refuserait "à froid"...), il n'y a donc pas nécessité de rester dans le registre d'une authentique relation. Cependant, il est des cas (j'en connais) où des recruteurs plus avisés que les autres n'appliquent pas ces méthodes, et jouent franc-jeu. Il faut pouvoir s'en rendre compte et tenter alors la vraie relation : cela peut déboucher sur une réelle embauche beaucoup plus épanouissante que tous ces jeux de dupes qui créent de la souffrance.

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