Thématiques du blog
Cauchemars sociaux
La réalité sociale et économique tourne au cauchemar sans que nos élites semblent considérer l'urgence de réponses concrètes et sans qu'elles s'abstiennent de discourir sur la reprise et la sortie d'une crise aux effets dévastateurs.
Ce qui restait de tissu industriel est frappé de plein fouet par une concurrence qui s'exacerbe dans des domaines où la France excellait et à partir desquels s'est construit pendant trente ans une sphère productive publique pourvoyeuse de richesses pour la collectivité et depuis lors privatisée avec des fortunes très diverses.
Ce qui constitue un élément essentiel de l'architecture collective française, sa fonction publique, est aujourd'hui menacée de disparition ; les missions d'intérêt général étant confiées à des entreprises de service privée ou à des agences dont les financements ne sont pas garanties par l'État.
Le cœur de l'administration est attaqué du seul fait d'une volonté, celle d'un chef de l'État qui semble scier allègrement le tronc de l'arbre sur lequel il est assis au nom d'une idéologie de la responsabilité individuelle et du principe d'équité.
Quel avenir se dessine pour des millions de français qui sont partis pour être demain les brésiliens d'aujourd'hui ? Que faut-il dire à nos enfants pour leur donner espoir ? Que peut-on leur promettre qui puisse leur épargner une vie d'actif placée sous le signe de la soumission, de la précarité et de la frustration ? Jusque quand doit-on accepter ce qui semble se dessiner comme une véritable descente aux enfers collective, une paupérisation étendue au salarié moyennement rémunéré, la généralisation d'une économie de survie à destination de ceux qui ne sont plus en capacité d'équilibrer leur situation financière avec un seul contrat de travail à temps plein ?
Comment faire comprendre aux enfants que la diversité est synonyme de richesse lorsque celle-ci se cantonne aux établissements scolaires et aux quartiers les plus en difficulté ?
Comment partager avec eux l'idéal européen lorsque ce qui était l'horizon d'une génération semble se transformer en chimère règlementaire ?
Comment partager au quotidien un besoin viscéral de changement politique et idéologique lorsque l'information la plus accessible semble avoir pour unique fonction de préparer les esprits à un pouvoir entièrement dévoué à une idéologie de la surveillance et de la sécurité, à une morale du respect et du devoir associée à une pensée prisonnière de la peur de l'autre, de la peur de tout ?
S'il est un cauchemar, le voici résumé, un cauchemar éveillé, une sourde pensée mêlée d'affect qui oppresse la conscience et l'oblige à l'exercice d'un discours privé du pouvoir d'agir.
Nous sommes instrumentalisés, infantilisés, à la fois objet et sujet privé de sa faculté de grandir, d'exprimer une volonté et une pensée affranchie de modèles de soumission et d'obéissance, sommé d'adhérer aux valeurs qui bientôt lui seront probablement imposées directement ou indirectement à travers les effets d'un conformisme généralisé.
Jusque quand et jusqu'où allons nous collectivement accepter de vivre jour après jour le même cauchemar, celui du citoyen qui aspire à une liberté laissée à la jouissance de ceux qui ont des moyens économiques et sociaux et qui vit sa condition sur le modèle du « prisonnier »?


Tous les commentaires
Très beau texte.
Vous posez des questions, comme je me les pose. Merci à vous.
Ne pas cesser, jamais, mais agir, agir, tout en sachant qu'il n'y a sans doute pas d'action juste dans l'absolu, ni d'action définitive. La mélancolie ou le désespoir sont des venins à moins qu'ils ne soient le socle de la création (certains artistes en sont la preuve). Je ne vois que cette double posture pour vivifier le mouvement nécessaire : questionner / agir.
Oui.
Après avoir soulevé tant d'enthousiasme dans les années 80, le modèle économique libéral basé sur un capitalisme tout puissant tend vers sa cote de popularité la plus basse.
Je vous rejoins : L'absence d'espace pour l'expression d'autres idées correctrices ou nouvelles mène à cet état que vous qualifiez de mélancolique. Comment expliquer ce peu d'espace ?
Est-ce la peur du retour des "ismes" du passé qui engendre une partie de cette crispation, alors que l'autre partie reviendrait à la préservation des intérêts capitalistiques ?
Tout compte fait, à quel projet de société rêvons-nous ?
Le compromis de 1945 s'était construit autour du rejet du fascisme et de la volonté de freiner le communisme au prix de la guerre.
Où en sommes-nous aujourd'hui ?
Pourquoi ne songe-t-on pas davantage à calmer les ardeurs de l'isme restant qu'est le capitalisme ?
Peut-être parce qu'il est le moins pire disent certains ?
Peut-être aussi parce qu'il s'appuie sur les ressorts les plus puissants de la psychologie humaine ?
Songeons à cette valeur absolue et universelle qui consiste à gagner de plus en plus d'argent dans le but ultime de nourrir son égo, son plaisir à posséder, à s'amuser, à jouir du pouvoir sur autrui, le tout s'apparentant finalement à celui d'être un dieu sur terre !
Est-ce que les idéologies de la contrainte comme le fascisme ou le communisme pouvaient se targuer de carresser davantage l'Homme dans le sens du poil ? Certainement pas.
Alors que voulons-nous ?
Nous savons que le libéralisme économique caresse l'homme dans le sens du poil.... il est plus simple en effet, c'est une évidence de flatter ce qui contribue à prolonger et renforcer une illusion toute infantile de toute puissance, d'illimitation qui n'a en fait rien de narcissique puisque l'autre doit exister pour pouvoir être l'objet de ma pensée et de ma volonté. Le plaisir de disposer d'autrui, d'occuper la place de l'autre pour mieux en réduire la faculté d'agir et de penser à sa guise, cette foi sans limite en une volonté toute puissante est grosse d'afftontements et de conflits.
Mais la question était "comment déconstruire le capitalisme et par quoi le remplacer ?"
Suffira-t-il d'attendre qu'un contingeant suffisemment important de citoyens se retrouvent dans la mouise pour qu'une prise de conscience collective émerge ou qu'un conflit éclate ?
J'en doute de plus en plus : Enchaînement par le crédit, syndrôme de stockholm, culpabilisation infantilisante, répression, barrière médiatique...voila ce qui nous tient.
A moins que ces deux crises, l'une économique et l'autre environnementale, nous emmènent vers le point de non retour au delà duquel il n'y aura plus rien à perdre....
Comment déconstruire le capitalisme ? Vaste sujet en vérité... Probablement faudrait-il s'interroger tout d'abord sur les causes de sa construction : il est plus facile et plus agréable de gagner de l'argent sans travailler, sans "perdre sa vie à la gagner" encore faut-il pour cela disposer d'un capital social susceptible de donner un sens au temps qui passe. Le pouvoir politique, la politique n'a jamais véritablement été investie par des "détenteurs de capitaux" ou alors par l'intermédiaire d'élus représentants de leurs intérêts comme l'est notre président. La construction du capitalisme a eu lieu dans des sociétés oligarchiques plus que démocratiques. L'essor de la participation de tous au pouvoir de quelques uns n'a en rien contribué à fragiliser le capitalisme. On pourrait même dire qu'il a concouru à le consolider. Nous sommes probablement à la fin d'un cycle historique au cours duquel la " voix du peuple" a pris une importance croissante. Il n'est qu'à voir le déluge de sondages, de questions qui lui sont adressées régulièrement dans le simple but de vérifier qu'il ne présente aucun danger pour un pouvoir qui gagne en intensité ce qu'il perd en popularité. Le capitalisme n'est pas mort, même pas malade au demeurant. La critique même de la contribution à la vie d'une entreprise à travers un capital paraît aujourd'hui dérisoire si on le compare aux effets de la financiarisation de l'économie. C'est la quantité d'argent disponible dans les circuits financiers qui permet aux entreprises de vivre et d'investir. c'est le produit d'investissements à court terme ou de placements risqués à haut rendement qui sont censés permettre aux entreprises capitalistes de continuer à fonctionner et à produire une quelconque richesse. Cette règle s'applique depuis quelques années aux Etats qui doivent leur pérennité à la confiance d'investisseurs dont le seul but consiste à réaliser des dividendes. Plus que le capitalisme, ce sont les excès du système de financement de l'économie qui nous ont amené au bord de la banqueroute. Plus que de capitalisme, la question centrale me semble consister en la nécessité de remettre le sens de la vie en débat, de la vie individuelle et collective. S'il est un capital qui se trouve de plus en plus dévalorisé, c'est bien le capital humain en ce qu'il peut contribuer à produire d'autres richesses que des biens matériels, d'autres enjeux que des rivalités de pouvoir. Mais nous savons aussi que l'homme dispose de la double faculté de se transcender à travers une certaine forme d'oubli de soi au profit de la communauté et de subvertir cette disposition en plaçant son seul intérêt au centre d'une vie qu'il conviendrait de valoriser matériellement pour lui apporter un sens reconnu.
Merci pour cette belle analyse que je rejoins complètement.
La question qui vient maintenant est de savoir à quel niveau le domptage du capitalisme doit opérer ?
Au niveau individuel, il reviendrait à chacun de travailler sur soi pour dominer ses "pulsions capitalistes" et ses frustrations. Mais on sent bien que cette méthode atteindra rapidement son maximum d'influence si elle n'est pas relayée au niveau collectif et donc politique et surtout médiatique.
Et là, les choses se compliquent rapidement ! Comment convaincre sans rendre obligatoire ? Comment éduquer sans contraindre ? Comment orienter sans manipuler ?
La majorité oscille entre les 2 extrèmes, selon qu'elle souhaite obtenir un résultat plus ou moins rapide et en fonction des messages plus ou moins alarmistes véhiculés par des médias eux aussi soumis à des lois capitalistes !
Alors comment réussir à progresser collectivement et en nombre suffisant pour franchir le cap d'évolution qui nous permettra de transcender le capitalisme ??????
Oui très beau texte, superbe billet qui dit très bien et avec sobriété ce qu'il faut dire.
A votre question finale nous savons bien quelle est la réponse : jusqu'au bout.
C'est à dire jusqu'à la guerre... donc civile.
Les nantis et profiteurs de tous poils n'ont jamais rechigné devant le moindre cadavre. Ils ne le feront pas plus demain qu'hier.
Déjà les mécaniques infernales se mettent en place qui ajouteront de la haine à la révolte, les promesses imbéciles des uns viennent s'empiler lamentablement sur les sabotages des autres pour un coktail explosif et criminel.
Le compte à rebours est déjà lancé.
Alors ?
Il reste me semble-t-il a lutter prioritairement contre ça :
"Nous sommes instrumentalisés, infantilisés, à la fois objet et sujet privé de sa faculté de grandir, d'exprimer une volonté et une pensée affranchie de modèles de soumission et d'obéissance ..."
Ouh , ouh, très chères personnes qui vous occupaient de sélectionner les textes des blogs pour la 1ère page du club, ça me plairaît bien que celui -ci y soit . Est-ce possible ? A moins que cela était fait et que je ne m'en sois pas aperçue , ce qui est possible. merci.
Texte émouvant de vérité et constat pleinement partagé.Pour ma part, j'ai mes solutions : Je fais connaître mes opinions et les défends avec conviction à chaque fois que je le peux, j'ai jeté ma télé, je promeus une presse de qualité comme Médiapart et surtout, oui SURTOUT je vote ailleurs que PS UMP ou Modem, qui sont des partis installés aux réseaux de collusion d'intérêts (par leur financement) avec les milieux économiques et qui spolient la masse écrasante des Français. Nos "Elites" nous ont abandonnés : Changeons-en ! ne serait-ce que pour foutre un sérieux coup de pied dans la fourmilière des privilégiés qui nous gouvernent ... par notre propre erreur ! Quand à ce que je vote ... voir mon pseudo !
Ouhlala, mais vous vous laissez égarer par des considérations complexes et peu prioritaires. Il faut revenir à l'urgence, à la véritable menace : la burqa.
Toutes ces questions de chômage, de pauvreté, de fracture sociale... on en parle depuis 20 ans et on n'a jamais trouvé la solution. Cela ne fait pas non plus de beaux débats télévisés.