Thématiques du blog
Histoire de sacrifice
C'est un peu comme si la souffrance à laquelle nous consentons serait plus facile à vivre, moins insupportable, voire même une véritable source de fierté, cœur d'une nouvelle identité partagée, ferment d'une nouvelle reconnaissance mutuelle, d'un« vivre ensemble » reposant sur la jouissance commune du vide qu'une minorité nous impose pour sauvegarder son pouvoir menacé par la libération de l'accès au savoir et à l'information.
« Les citoyens doivent se sacrifier ».... phrase entendue volontiers provocatrice de la part d'un journaliste inquiet de l'absence de réaction des victimes expiatoires d'une crise dont certains d'entre eux ne verront pas la fin.
Lecynisme des gouvernants ne génère pour le moment aucune colère qui remettrait en question les circonstances sociales à l'origine de la« crise » : concentration des pouvoirs financiers et économiques entre les mains d'une minorité, réduction des pouvoirspolitiques à la seule « gouvernance », conforme aux attentes changeantes du fameux « marché ».
Les règles qui viennent définir la mise en jeu de nos existences nous échappent complètement. Nous les comprenons sans pouvoir agir sur elles, sans pouvoir nous faire entendre. Nous sommes invités à faire le deuil des avancées sociales qui ont marqué les dernières décennies du XXème siècle.
Les instances démocratiques n'exercent plus désormais que des pouvoirs mineurs. A travers elles, nous n'avons plus voix à un quelconque chapitre.
De surcroît, nous n'impressionnons plus un pouvoir politique bien décidé à aller au bout de sa démarche de réduction des espaces sociaux ouverts à la délibération.
Les réductions annoncées de tous les budgets publics annoncent des temps difficiles pour un tissu associatif dont les ressources dépendent étroitement des volontés administratives locales.
La tendance est à la rigueur.
Il n'est pas question de réduire directement la consommation des ménages en les amputant d'une partie de leurs ressources ou en allégeant la charge de leurs contributions directes ou indirectes.
Il est simplement fait état d'une volonté de diminuer la place de l'État employeur sur le marché de l'emploi à un moment où le secteur industriel ne s'est jamais aussi mal porté et que ce qui était présenté comme l'ultime solution contre le chômage, les emplois de service à la personne font l'objet aujourd'hui de coupes claires dans des financements qui restent pour l'instant majoritairement publics.
Nos emplois à 1000 € ne font plus recettes faute de ressources.
Dans le secteur de l'aide à la personne, les opérateurs privés à but lucratif sont prêts à se positionner sur un marché alimenté par des allocations et des prestations sociales.
Manière comme une autre de transformer l'argent de la solidarité en profit privé.
L'époque n'est pas à la révolte, tout juste à la manifestation d'une souffrance sociale qui n'est encore pas assez insupportable pour un nombre suffisant de personnes.
Nos représentants, ceux qui les servent, ceux qui les payent et les achètent, ne semblent pas inquiets.
Les mesures d'austérité annoncées sont sans effets majeurs sur lesgrands équilibres sociaux.
Les écarts sociaux ont certes toujours existé dans un pays égalitaire dans l'esprit et très injuste dans les faits, distribuant les rôles suivant les grandes lignes de fracture économiques d'une société très tolérante à la pauvreté et à la misère.
Il ne fait pas bon, plus que jamais être en bas de l'échelle.
La réalité donne raison nos représentants : la soumission semble l'avoir emporté et au-delà de ce qui prend l'allure d'une course à l'abîme sur fond d'oubli de soi, quelque chose de l'ordre de la jouissance semble poindre.
Les peuples demandent de la rigueur (élections au Royaume-Unis, auxPays-Bas, en Allemagne,...), demandent des privations, convoquent le manque pour mieux s'en nourrir dans une sorte d'épiphanie morbide qui annonce bien des drames collectifs.


Tous les commentaires
"Nous sommes invités à faire le deuil des avancées sociales qui ont marqué les dernières décennies du XXème siècle."
Et nous sommes invités à penser que nous ne pouvons rien faire, que nous ne devons rien faire, car nous ne méritons pas ces avancées qui n'étaient que du luxe, que nousou nos parents avons été égoïstes en en "profitant" avant, bref que c'est bien fait.
La culpabilité nous tiendrait-elle ?
C'est là une question en effet.... c'est un peu comme si nous reconnaissions que ces avancées étaient des avantages et que comme tout avantage, il était possible de les annuler. C'est bien à une annulation que l'on assiste plus qu'à un effacement : ce que vous viviez comme un plus, n'est plus...Le plaisir matérialiste et la liberté sont des plus. Il est toujours possible de les annuler. Il n'est dès-lors pas question de manque ni de privation. Il est simplement question de ne pas disposer d'avantages réservés à une minorité qui se les attribue du simple fait de leur priorité d'accès et de la rareté des biens en question. Nous voici en plein collectivisme. Il convient probablement d'aller un peu plus loin dans nos raisonnements. Je trouve en effet très inquiétant que cette situation ne soit pas vécue comme une amputation, un retranchement... On sent bien que la question de la retraite ne fait plus débat dans la société. Elle n'est discutée que par les leaders politiques et syndicaux qui y trouvent matière à se positionner sur un continuum des droits acquis qui se réduit de part en part. Tant qu'il reste un bout de droit, "profitons en" semble dire cette majorité silencieuse à laquelle les sondeurs prêtent vie (les gens)...
Ce qui m'interroge grandement : le rapport des gens à la minorité plus ou moins silencieuse qui s'attribue les biens rares sans culpabilité - ou si celle-ci apparait, en sachant, en trouvant comment faire avec.
Autre problème, cette minorité réapparait, se reconstitue (éventuellement avec d'autres gens), après toute révolution structurelle.
Est-ce déjà un problème que nous avons dans les interactions de face à face ? Face à celui qui n'est pas gêné (lui) de s'approprier des parts plus grosses. Il arrive et dit : Je mérite davantage. Parce que (blablabla). Et comment se fait-il que nous l'écoutions, qu'il soit écouté ?
Je me suis interrogé sur cette histoire de culpabilité : d'une certaine manière, ce qui a été donné peut être repris... Tout cela est très "biblique"... La rencontre entre la mystique chrétienne et le capitalisme autoritaire produit un fatalisme... La notion de mérite... bon, je ne regarde plus la télévision depuis des années, je me coupe de toutes les sources d'information "grand public" mais comme vous, j'écoute et j'observe, j'entends ce que certains ont théorisé à propos de cet effacement du sujet freudien derrière la figure du narcissique prêt à tout pour jouir de ce qui lui est dû ("je le vaux bien")... Comment peut-on dès lors s'étonner que la minorité dont il est question ici ne souffre d'aucune véritable contestation. La "personnalité de base" contemporaine est toute occupée "à profiter de la moindre occasion pour"... Je n'entends autour de moi que des plaintes : "le temps passe vite", "ça fait DEJA...", Expression d'un malaise existentiel sur fond d'absence à soi-même. Prétendre persévéer à être expose à des attaques qui viennent de toute part... Ceux qui associent à cette insistance des moyens matériels enviables ne souffrent d'aucune de ces attaques... La majorité minoritaire (dans son rapport aux pouvoirs, dans sa capacité à agr sur la réalité) veille paradoxalement au maintien de ces équilibres sociaux et économiques pour conserver un horizon inaccessible et se contenter de ce que ceux qui vivent au-delà de cet horizon consentent à lui donner de subsides...