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Etat dépressif et déchéance narcissique
Cet article vient en écho à un texte du site Fracturemag.fr qui évoque le business de l'antidépresseur.
Il m'a semblé intéressant de revenir sur les conséquences de ce que j'appelle sans grande originalité la déchéance narcissique.
Cette chute ne concerne pas uniquement les personnes dites "état-limite" mais plus certainement tout un chacun étant entendu que le narcissisme constitue le socle de cette indispensable illusion qui soutient certaines de nos actions et nous permet d'avancer malgré les obstacles.
Comme le rappelle Yves Prigent dans "La cruauté ordinaire", le but du pervers consiste à atteindre cette part d'espoir et de confiance exagérée en nous même qui nous permet d'aller de l'avant et de prendre des risques dont réprimons la prise de conscience.
La réalité nous confronte à des mécanismes pervers qui procèdent de l'indifférence à la personne sommée de ne se considérer que comme un parmi d'autre, de concéder à l'abandon de toute illusion et à admettre son insignifiance, de considérer sa valeur du point de vue d'un regard extérieur qui compare, mesure et sélectionne suivant des critères qui prétendent à l'objectivité et procèdent de projets conçus à l'intérieur de processus de pensée volontairement déconnectés de la réalité humaine, processus qui visent à accéder à une prétendue hauteur de vue.
La dépression est ce qui reste à l'individu renvoyé à son insignifiance dans un monde marqué par l'indifférence et la peur de la souffrance d'autrui.
Il existe de réels symptômes dépressifs chez bon nombre de personnes confrontées à des situations de rupture à partir desquelles elles viennent à se rendre compte que finalement, elles ne comptent pas.
Elles vivaient sur l'illusion de compter, d'avoir une place, d'être estimable. Elles avaient goûté au nectar narcissique qui enivre et invite la raison et la lucidité à se mettre parfois en veille.
La dépression organisée, c'est effectivement celle des laboratoires et des prescripteurs ; c'est aussi celle d'une société qui n'a plus rien d'une communauté d'individu où la lutte des places et la violence quotidienne menace l'intégrité psychique d'une minorité de plus en plus importante.


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"La dépression organisée, c'est effectivement celle des laboratoires et des prescripteurs ; c'est aussi celle d'une société qui n'a plus rien d'une communauté d'individu où la lutte des places et la violence quotidienne menace l'intégrité psychique d'une minorité de plus en plus importante..." C'est aussi celle des entreprises qui se comportent parfois comme de véritables s machines à broyer et savent inventer mille supplices pour mettre en miettes certains salariés qui ont pourtant l'impression de leur avoir tout donné !
Le souci et j'avoue que c'est quelque chose qui me préoccupe, c'est bien que tout ça ressortit de jeux humains ordinaires où il n'est pas tant question de cruauté que d'une violence simplificatrice. Ceux là mêmes qui réduisent leurs collègues, leurs "subalternes", leurs salariés à quelques stéréotypes réducteurs sont bien souvent les mêmes qui évoquent leur intérêt pour la richesse issue de la diversité et de la différence. Pour pouvoir humilier quelqu'un, il convient tout d'abord de le sortir du cadre de référence commune, de lui dénier le droit de partager un même intérêt pour le travail réalisé en commun. Il est excommunié. Toute argumentation lui est déniée puisque procédant d'un point de vue qui n'a plus voix au chapitre, Le voilà responsable de son exclusion, le voilà enclin au remords et au rachat. Mais la peine est prononcée, irrévocable et indiscutable. Il n'est plus rien qu'une ombre. Il n'est même pas un souvenir, aussitôt effacé de la mémoire d'une communauté dont les membres redoutent le même sort. On le voit bien, la religion vient en arrière plan de ce que vous évoquiez de supplices et autres moyens mis en oeuvre pour vider l'être de ce qui lui permet de vivre fût-ce illusoire fût-ce dérisoire. Le supplice visait à extraire le mal du corps du possédé. La torture vise à l'aveu. L'humiliation n'a pour objet ni mal ni aveu mais vise simplement à l'effacement du sujet. Ce ne sont pas des entreprises qui se comportent parfois comme de véritables machines à broyer, ce sont des hommes et des femmes qui deviennent les promoteurs d'une aliénation dont ils ne perçoivent plus les ressorts.
Je pense que ce serait une erreur de ramener ça au seul terrain de l'entreprise, alors que la famille est un vivier beaucoup plus universel pour ces phénomènes.
Pas faux, beber ! La famille, comme machine à broyer (et à piétiner et repiétiner ensuite), elle se pose généralement là, elle aussi !
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"Ce ne sont pas des entreprises qui se comportent parfois comme de véritables machines à broyer, ce sont des hommes et des femmes qui deviennent les promoteurs d'une aliénation dont ils ne perçoivent plus les ressorts." (Jfcoffin). Oui, une entreprise a beau avoir une structure, des habitudes, des moyens de pression, en dernier ressort il lui faut être incarnée. Il lui faut des des hommes et des femmes qui acceptent de devenir ses instruments. Est-ce qu'ils peuvent être relevés de leur (part de ?) responsabilité individuelle ?
Le conditionnement est aussi fort que l'identification au rôle ou l'adhésion aux valeurs de l'entreprise (ou de la famille)... Mais je pense que l'on ne peut pas décharger ceux et celles qui instrumentalisent les autres, d'une part de responsabilité. Quels sont les facteurs internes susceptibles de minorer la responsabilité individuelle au-delà des facteurs externes comme le conditionnement, l'identification et l'adhésion.... auxquels nous pourrions ajouter la peur des conséquences d'une possible perte d'emploi dans un contexte où les médias évoquent régulièrement cette situation comme la première étape d'un parcours dont il est possible que l'on ne puisse pas revenir (socialement, économiquement, affectivement ou physiquement...) ? Existe-t-il une prédisposition psychique à l'instrumentalisation d'autrui qui viendrait réduire la part de responsabilité personnelle ? Probablement... Sommes nous tous égaux devant la conscience de nos actes ? Probablement pas. Sommes nous tous toujours prêt à nous amender, à modifier une posture qui nous préserve des effets indésirables de l'introspection ? Aucun d'entre nous probablement.... Mais voilà, faut-il invoquer ces facteurs pour trouver prétexte à ne pas répondre à des comportements dont nous sommes amenés à être les objets au sens inanimé du terme ? Il en va quand même de notre intégrité psychique, de notre identité et de notre capacité à conserver un indispensable amour propre....Pour ma part, je n'excuse pas et je ne pardonne pas même si par tempérament, je ne suis pas enclin à me venger. C'est une question personnelle que j'ai eu l'occasion d'aborder dans un autre billet : ne pas être salaud avec les salauds n'implique pas la lâcheté et la soumission. La riposte peut venir tardivement sous forme de dévoilement de celui ou celle qui renâcle malgré tout à prendre en compte son goût pour la mise à mort symbolique d'autrui.
" La dépression est ce qui reste à l'individu renvoyé à son insignifiance dans un monde marqué par l'indifférence et la peur de la souffrance d'autrui."
Cette phrase, dont on ne sait si elle se veut définition, constat ou simple opinion, pas plus que de qui elle émane, mériterait quelques explications, je pense...
Telle quelle, elle semble impliquer pas mal d'idées que personnellement j'aurais tendance à contester avec force.