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La résistance au changement
Il y a des changements obligatoires,contraints par le contexte, produit d'un mouvement, modification de l'environnement matériel ou humain, temporel ou topologique face auxquels nous ne pouvons absolument rien.
Les circonstances actuelles sont un écho et aussi probablement annonciatrices de ces changements auxquels nous sommes tenus de consentir pour au moins conserver l'illusion de maîtrise qui autorise la projection dans un plus tard.
Disons qu'il nous est possible de considérer que l'acceptation du changement « a priori »permet d'envisager notre propre permanence, notre propre présence dans l'après-coup d'un événement ou d'un processus dont nous nous efforçons de comprendre le sens.
Il est alors temps de nous dire qu'après, nous serons toujours là et que nous aurons conservé l'essentiel de nos repères intérieurs, que nous ne serons pas dépossédés de notre libre arbitre (fût-il sérieusement diminué) par une volonté supérieure.
C'est là une vue un peu idéale d'une réalité humaine qui ne consent pas à ce qui vient modifier les équilibres antérieurs fussent-ils associés à des souffrances, à des peines que l'on perçoit de l'extérieur comme insupportables.
Il convient d'éviter toute projection d'une attitude étrangère à celui dont nous considérons avec tristesse ou colère la situation.
Il faut bien se rendre à l'évidence que tout changement imposé est vécu comme une intrusion, le viol d'un libre arbitre qui se trouve bien souvent convoqué eût-il été jusque là bien peu utilisé. Il est des droits oubliés que l'on défend lorsqu'ils sont menacés (voire déjà liquidés).
Autre constat : pourquoi la résistance au changement est-elle d'autant plus forte que le groupe qu'elle concerne est plus restreint ?
Probablement y a t-il chez bon nombrede personnes, une disposition à rechercher ces situations où un tiers est amené à imposer une décision, un point de vue. En général, ce tiers s'impose par rapport à ce qui est une relation d'opposition entre deux personnes ou deux groupes de personnes qui partagent des mêmes intérêts.
Officiellement, ce tiers tranche. En réalité, il est le témoin de l'incapacité de nombreux groupes humains restreints à résister à ce qui apparaît dans la pratique comme un invariant.
Les groupes sont à un moment ou à un autre, inconciliables, pris par une tendance à l'opposition qui repose le plus souvent sur des préjugés eux-mêmes résistants àtoutes les preuves, à toutes les démonstrations.
La place du tiers est pour tout dire intenable. Celui qui occupe la place du « décepteur »est en situation délicate puisqu'il est amené à ne pas pleinement satisfaire des attentes qui évoluent avec le temps.
Il lui faut en tout état de cause,renoncer à coller à un désir en perpétuel mouvement, pris dans des contradictions qui contribuent à le désorienter pour mieux affaiblir sa faculté de vivre en dehors de ces situations conflictuelles.
Ces réflexions procèdent d'une expérience passée et actuelle des groupes humains dont je suis amené à considérer l'incapacité à exister indépendamment de l'autre. A vrai dire, les groupes se constituent pour se mesurer aux autres groupes.
Il n'est pas question ici de« synergie », de « complémentarités », de« collaboration » mais d'une opposition intransigeante dont la fécondité consiste à attribuer des intentions hostiles à ceux dont l'altérité constitue une menace, ce sur la foi bien souvent de ces petites différences qui font par ailleurs les grandes guerres (Israël vs arabes, français vs allemands, serbes vs bosniaques,hutus vs tutsis...).


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"ce sur la foi bien souvent de ces petites différences qui font par ailleurs les grandes guerres (Israël vs arabes, français vs allemands, serbes vs bosniaques,hutus vs tutsis...)."
Israël vs arabes:
soit vous opposez des pays, soit vous opposez des éthnies. Et non un pays vs éthnie.
J'aurais pu effectivement opposer juifs et arabes ou palestiniens et juifs israëliens.... mais Israël est un peuple avant d'être un pays..."Eretz Yisrael"...
Cela m'étonne de vous. Israël est un pays (controversé certes) quelle que soit l'origine de l'appellation. Sachez qu'il y a des arabes israéliens.
Merci de penser que je ne le savais pas...
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Puisque l'opinion est controversée, nous pouvons comme dans d'autres lieux sombrer dans le conformisme absolu, loin de toute polémique, loin de tout échange, considérer effectivement que ce qu'il y a de plus important (j'écris sans avoir cette prétention) dans ce billet consiste en cette distinction entre juifs et arabes, produite pour illustrer une réflexion un petit peu plus large. J'avoue que le monde tel que je le vis (je ne dois pas être le seul dans ce cas là) me sidère (au sens commun du terme) : tout est bon pour s'affronter. L'époque pourrait être l'aube d'une ère nouvelle où une relative conciliation entre les peuples, ethnies, cultures éloignerait pour un temps le spectre de la catastrophe (shoah des uns, nakba des autres... encore un point commun, le proche orient est une terre de répétition mortifère). Mais l'esprit humain (nous avons l'heur de l'expérimenter jour après jour) est très fécond lorsqu'il s'agit de dénier à l'autre le droit de disposer d'une liberté de penser aujourd'hui entravée, demain si rien n'y fait, résolument empêchée.
@jfcoffin
Merci pour votre ouverture constructive.
L'être humain est capable du pire mais aussi et surtout du meilleur. Il retrouvera sa bonté innée (à laquelle je crois) dès lors qu'il ne suit pas aveuglément ses dirigeants plus inscrits dans une logique de dominant-dominé. J'espère que cela aboutira un jour à une vraie gouvernance mondiale, non monopolisée par aucune des civilisations majeures actuelles.
Je crois que nous sommes nombreux à partager cette vision du monde que certains considèrent comme naïve... mais je redoute les effets de contagion, la capacité d'entrainement de l'illusion partagée d'une puissance sans limite de la pensée, qui peut tout aussi bien provoquer des révolutions que des guerres. Gare aux mythes, gare aux idéologies. ils et elles proposent une vision réductrice de la complexité humaine au service des cyniques.
Les leaders qui ont changé le monde ne croyaient pas (pour la plupart) à leur propre vision. Pensée certes mais volonté.
Le changement est venu par accident en quelque sorte, par un de ces effets liés au contexte... C'est possible en effet si l'on se réfère à l'actualité. Nous avons un président américain dont tous (sauf les étasuniens) attendaient qu'il change le monde. S'il y contribue, ce sera malgré lui et contre les attentes de son propre peuple. Pour ce qui nous concerne, nous avons un chef de l'état qui veut produire du changement et dont les actes n'ont pour seul effet que d'introduire un peu plus de confusion dans une société française qui n'avait pas besoin de ça pour aller mal...
En tant qu'acteur dans le monde économique, j'ai assisté à cette vague du "tout change sauf le chagement". Mais en fin de compte, les puissants dictent toujours les mêmes ordres de soumission aux faibles. On leur donne l'impression que les choses changent ou peuvent changer mais seules les modalités des ordres changent.
Le changement est un processus collectif : initiateurs et acteurs. Sinon point de changement.
Seule la forme change, effectivement... c'est le sens de mon dernier billet, un mouvement d'humeur dans un contexte où, le libre choix professionnel devient un véritable luxe. Ce qui est intéressant dans tout ça, c'est que ceux qui sont mandatés pour occuper un rôle de médiateur entre les salariés et les employeurs ne regimbent en rien à subir la volonté dont vous parliez. J'ai même fait l'expérience d'une situation où, finalement, il était normal de se soumettre, normal de se taire. Ce conformisme est à mon sens, ce qu'il y a de plus terrible. Il est destructeur, destructurateur, source de tensions intimes qui peuvent mener à l'effacement du moi, réel ou symbolique. Le sentiment de ne pas être soutenu par ses pairs (les autres qui partagent une même identification, qui contribuent à rendre supportables certaines situations) face à l'arbitraire renvoie le sujet à une demande dont il va interroger l'opportunité sinon la légitimité. Ne plus se sentir légitime à, ne plus se sentir en droit de désirer autre chose que ce qu'une autorité ou ses pairs devenus des adversaires considèrent comme raisonnable et acceptable, peut mener aux solutions extrêmes. J'irai jusqu'à penser que les évènements de France télécom ont à voir avec les effets d'un certain positionnement syndical qui se situe le plus près possible du pouvoir sans se confondre avec lui pour conserver une légitimité fût-elle factice.
Je trouve ce billet et dialogues bien intéressants sur cette question tombée aux oubliettes : le changement et ses moyens.
"tout changement imposé est vécu comme une intrusion, le viol d'un libre arbitre qui se trouve bien souvent convoqué eût-il été jusque là bien peu utilisé." (JF Coffin)
Et tout projet de changement - en particulier révolutionnaire, devrait en tenir compte.
"Le changement est un processus collectif : initiateurs et acteurs. Sinon point de changement." (voiceless voice)
Les acteurs des changements ne sont pas tous sur un pied d'égalité. certains ont l'initiative. Certains suivent.
Imaginons le changement réalisé grâce à un tel processus collectif : Que se passera-t-il le jour où ceux qu'ils ont suivi pour un changement qu'ils estimaient légitime vont leur en proposer un autre qui le sera bien moins ? Oseront-ils s'opposer à ceux qu'ils ont choisi de suivre une première fois ?
Que se passe-t-il "après la révolution" ?
C'est souvent "la gueule de bois".... et le retour à l'ordre. faut-il pour autant bannir le changement de l'histoire (la grande et nos petites histoires) ? Si nous sommes dans le trou collectivement, n'est-ce pas en l'absence de perspective de changement, d'horizon, d'un autre avenir que celui que nous promettent les prévisionnistes et autres experts des évènements prévisibles ? Nous vivons dans un pays promis au déclin économique, au renforcement des inégalités sociales, à l'absence (organisée) de moyens de subsistances matériels et intellectuels. Je suis comme vous, j'écoute et j'entends ce qui se dit du monde.... pas très réjouissant tout ça si nous acceptons l'idée d'en rester là. Le dépassement du sort organisés commence par le dépassement de soi, quelque chose de l'ordre de l'exigence, épuisante exigence en vérité.... Curieusement, même si la notion de modèle se décline à travers des conduites et apparences issues des médias les plus démonstratifs, l'exemplarité reste une valeur.... Vous me direz, combien de personnes sont mortes pour la gloire, ce qui leur a fait une belle jambe en vérité. C'est vrai. Laissons la gloire de côté et écoutons nos consciences. Nous sommes tous pris entre deux réalités, la nôtre et celle des autres. Autant dire que nous ne faisons par la poids, seul face aux autres.... Bon, "faire le poids" renvoie à un rapport de force ou à tout le moins aux effets que nous pouvons produire à partir de notre seule volonté... Il est évident que nous ne sommes rien sans les autres mais encore faut-il trouver ensemble une motivation commune pour penser puis agir sur la réalité qu'une minorité nous impose pour avoir la paix, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes.
J'ai lu un texte de Paul Yonnet dans la revue "Le débat" de juin 2010... il apporte des éléments de réflexion intéressants concernant la question du changement social... je le mettrai (partiellement) en ligne prochainement.