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La confiance: une valeur dépassée ?
Je reconnais que les circonstances inspirent mes écrits... Mais la question du rôle et de la place des consultants dans le recrutement m'interroge. Leur nombre est important (105 sur lyon !) et ils semblent répondre à l'attente d'employeurs qui viennent à travers eux donner la tonalité de relations salariales réduites au seul contrat de travail.
Ces personnages plus ou moins arrogants (au sens où ils s'arrogent le droit de trier le bon grain voire le meilleur grain de l'ivraie au nom d'un client qui délègue sa faculté de définir avec le candidat un espace de confiance) revendiquent une objectivité qui procèderait de l'absence de tout préjugé concernant leurs clients (l'employeur mais aussi les candidats qui du fait de leur seule présence justifient la rémunération du prestataire).
Ce sont des tiers inutiles qui représentent la voix (voie) de la raison et de l'intelligence à distance des aléas de la relation directe intersubjective.
Je propose plus loin un extrait d'une intervention de Michela Marzano qui après avoir évoqué la confusion des espaces privé et public aborde la question de la confiance et déplore la perte de confiance en l'autre qui contribue à isoler l'individu dans une posture adversative...
Un des paradoxes de ces situations de recrutement consiste en effet en l'absence de confiance a priori : ni confiance en soi de la part de l'employeur qui délègue sa faculté de juger à un tiers qui s'inscrit au cœur d'une approche à la fois simplificatrice, stéréotypée et par là même médiocre de l'individu ; ni confiance en l'autre dont il s'agit de contourner les défenses pour en évaluer la véritable personnalité.
Le candidat est un mystificateur qu'il convient de démasquer. Moins que les aptitudes professionnelles qui ne peuvent pas être appréhendées à travers le discours, ce sont les éléments de personnalité qui font l'objet d'une investigation saturée de préjugés, de lieux communs et de projection personnelle...
Très curieusement, à cette absence de confiance peut succéder assez rapidement un engouement irrationnel pour tel ou tel candidat qui a su toucher la corde sensible autrement dit les représentations inconscientes du sélectionneur ou établir avec lui un lien de séduction qui désamorce toutes les préventions. Le candidat vient alors traduire en parole et en acte de langage les attentes intimes du sélectionneur dont le point de vue se trouve valorisé.
Dans ces relations, il s'agit moins de valoriser sa propre subjectivité que de s'appuyer sur le narcissisme de celui qui vous invite à entrer dans un rapport de séduction pour mieux vous forcer au dévoilement des aspects les moins manifestes de votre personnalité.
"Vous avez une minute… »
« Une minute… alors je peux juste nommer un concept-clé qui est le concept de confiance… D’ailleurs on l’a dit, c’était aussi une crise de confiance, il faut que la confiance puisse revenir, mais pour que la confiance puisse revenir il faut bien se rendre compte que le concept de confiance a été lui-même réduit en miettes pendant vingt ans avec l’idéologie selon laquelle la seule confiance valable était la confiance en soi… D’ailleurs dans les manuels de management, on proposait la confiance comme la compétence qui monte, la confiance étant la confiance en soi car ceux qui faisaient confiance aux autres étaient plutôt des esprits faibles… Or aujourd’hui, pour pouvoir sortir de cette situation d’impasse, il faut justement pouvoir à nouveau faire confiance à l’autre, ce qui signifie d’une part, sortir de cette logique « esprit fort, esprit faible » et d’autre part, sortir de la question du contrôle car on ne peut pas faire confiance si on veut tout contrôler, la confiance par nécessité, par structure, demande de lâcher-prise et demande le fait d’attendre un retour même si le retour qui peut venir n’est pas assuré… Donc pour pouvoir effectivement sortir de cette crise, il faut déconstruire la culture idéologique qui a amené en fait à cette impasse, à cette crise, redécouvrir d’autres concepts, ceux qui font lien, lien social, plutôt que rester dans une guerre de tous contre tous…"
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/dossiers/2008/regards-crise/doc/32-Marzano.pdf


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La confiance est vitale. Elle est bien plus qu'une valeur: elle est au monde (du travail, affectif, la société etc) aussi nécessaire et incontournable que l'oxygène.
Le fait même d'avoir à se poser la question de la confiance en tant que "valeur", prouve qu'on l'a déjà mise à mal ou tuée. Alors cette nouvelle société de la guerre de tous contre tous, c'est simple: c'est tout simplement du suicide.
Il existe en effet un partage entre les entreprises qui ne délèguent pas leurs recrutements et celles qui le ''confient à des sous traitants''. Les managers qui externalisent le recrutement reportent sur un tiers la responsabilité en cas d'échec et ainsi se dédouanent. Pour cette tranquilité, ils sont prêts à payer n'importe quel prix et à faire confiance à n'importe qui pourvu que l'histoire soit crédible. Les cabinets de recrutement l'ont bien compris depuis toujours et optimisent et leurs tarifs et leurs prestations en fonction des turpitudes de leurs donneurs d'ordres. C'est aussi simple que cela. Par conséquent, le job des prestataires extérieurs chargés du recrutement, c'est de fournir une illusion de sérieux qui donne le change et permette de bien rassurer le donneur d'ordre, de l'enfumer pour lui facturer un maximum. On appelle cela une prestation ''gonfle-bougre''. Dans cette perspective, tous les habillages, toutes les duperies, tous les charlatanismes sont permis pour vendre la prestation et aussi comme ils disent ''la viande''. D'ailleurs, l'organisation interne et les méthodes d'action des cabinets de recrutement sont adaptées à la recherche de profit maximal au détriment de la qualité de la prestation. Petites filles payées à coup de lance pierre pour trier les CV sur la base d'un brieffing ultra réducteur : un ou deux critères de choix et une foule de critères discriminants. La masse des candidatures justifie cette simplification. Consultants débutants tout juste sortis de l'école connaissant à peine les métiers pour lesquels ils recrutent Consultants seniors chargés d'assurer la relation client c'est à dire de vendre la soupe et d'optimiser la facturation. De là on comprend que toutes les dérives soient observables. Les responsables de premeir rang sont les entreprises et leurs managers qui pour s'exonnérer de responsabilité et gagner du temps, délèguent la fonction recrutement, créant ainsi ce marché de la tromperie. Il ne peut être question de confiance la dedans, mais d'un jeu de dupes où le prix de la tranquilité c'est la prestation bâclée. Voilà.
Merci arquius pour ces informations.... il est vrai que jusque ces dernières années, le secteur dans lequel j'exerce n'était pas touché par ces pratiques. Je suis toujours étonné de voir comment les employeurs tombent dans le panneau ! Enfin, cela me surprend à moitié lorsque je dois bien constater avec regret la pauvreté de leur raisonnement. Dans un même temps il est demandé à tous les salariés de s'impliquer personnellement dans le travail, de se convertir à un ensemble de valeurs et d'usages, d'apporter régulièrement la preuve de cet engagement. Cette injonction permet aux cabinets de recrutement de répondre aux attentes des employeurs, de leur apporter des candidats censés répondre à ces critères. A eux de trouver les instruments capable de rendre compte d'un degré élevé de probabilité d'apparition d'une réponse positive...
La confiance pour moi n'est pas un concept, mais s'éprouve naturellement, si l'on croit l'autre en face de soi, une personne vraie lorsqu'elle nous parle. La confiance est donc une empathie partagée. C'est ce qu'on appelle croire en l'autre. Mais je suis complètement d'accord, que cette confiance n'existe presque plus nulle part (en France, en tous cas, cette perte est absolument flagrante). Et c'est toute la question reposant sur la vérité de notre parole, en accord avec ce que nous pensons au fond. Je suis d'accord avec Axel J, la confiance est "vitale". Sans confiance (avec son thérapeute, par exemple), nulle estime de soi comme de l'autre, possible. Encore une fois, cela pose la question de la "réalité" ou de la "véracité" de la parole de celui qui nous parle.
moi, je n'ai confiance en personne. - au mieux je reconnais des qualités aux un ou aux autres, mais en dehors du cadre professionnel, je me méfie de tout le monde et parfois surtout de mes proches. - l'homme est peu digne de confiance. - «Quand j’ai été kidnappé, mes parents ont tout de suite agi : ils ont loué ma chambre.» [ Woody Allen ]
Effectivement, je vous ai écrit un message auquel vous n'avez pas répondu. Je me suis simplement dit que vous n'aviez pas entendu que je vous parlais vraiment comme à une personne réelle. La confiance ne peut venir que si l'on sait de façon certaine, que l'on est réellement "entendu", c'est-à-dire réellement considéré (et que ce n'est pas imaginaire). Il y a des tas de gens qui n'ont jamais été entendus par quiconque. Donc jamais accueillis, reconnus, aimés. Hélas. Bien cordialement à vous,
non mais vous rigolez, chère mithra vous m'avez concrêtement transmis les coordonnées du meilleur psychiatre de la capitale pour aller me faire soigner. - je sais même pas quoi répondre tellement cela me semble à côté ou franchement trés éloigné de ce à quoi je m'attend comme réponse ou comme échange. -
la confiance, ou comment s'apputer sur autrui en toute assurance. le problème reste bien qu'au contrat moral ou de papier, il est nécéssaire de l'assurer. avoir confiance dans l'autre nécéssite hélas que l'autre soi tenue par des lois, mais surtout par la possbilité de devoir répondre (responsabilité) de ne pas agit conformément a ce qui etait prévu, ou dû. . avoir confiance-en-soi, c'est prendre les moyens nécéssaires presque contre soi même de son absence de faillibilité, cela suppose la maitrise de soi ou des tenants et aboutissants de ses actions. . manquer de confiance en soi, c'est avoir été mis echec plusieurs foi, et ccomme chat échaudé dcraint l'eau froide... . ne pas avoir confiance en autrui est tout naturel a qui s'est deja frotté a l'âpre dureté des rapports humains, seule la responsabilisation de l'autre permet la confiance. nul n'ouvre sa porte à n'importe qui, a moins d'en savoir assez sur cette personne pour qu'en cas de problème cette personne puisse dument être "retrouvable" (c'est pourquoi la famille généralement est ressenti comme un lieu de confiance, car l'on est toujours de se retrouver un jours ou l'autre :o))) )
Quand on a plus confiance dans la confiance, dans une société où le mensonge est une vertu politique, alors bien sur on se sent pas très bien . Enfin tout le monde vous dira quand la confiance reviendra la crise économique s'arrêtera et le bonheur, comme avant, reviendra. Vous avez confiance vous dans ce genre de conneries??
Conneries en effet mais nous en sommes bien entourés et parfois même un peu imprégnés ! C'est comme l'odeur de la cigarette qui exhale du non-fumeur une fois sorti d'un environnement enfumé... La confiance statistique n'est pas la confiance en l'autre, c'est la considération d'un avenir collectif à partir duquel peut être appréhendée une réduction de l'incertitude individuelle. C'est un leurre statistique, une illusion qui rassure.
Billet bien intéressant. Mais s'agit-il seulement du fonctionnement de la profession des consultants ? "Très curieusement, à cette absence de confiance peut succéder assez rapidement un engouement irrationnel pour tel ou tel candidat qui a su toucher la corde sensible autrement dit les représentations inconscientes du sélectionneur ou établir avec lui un lien de séduction qui désamorce toutes les préventions. Le candidat vient alors traduire en parole et en acte de langage les attentes intimes du sélectionneur dont le point de vue se trouve valorisé." (Jfcoffin) Je sors d'expériences de jurys où j'ai vu ce type de fonctionnement de la part de professionnels ayant à juger de la "qualité" de futurs éventuels collègues.
Un même jury a pratiqué tour à tour : -la méfiance systématique envers une partie des candidats, - la louange systématique vis à vis d'autres.
Dans les deux cas, déstabilisation des personnes . Dans le dernier cas : pas de véritable retour sur le fond, sur les questions que l'étudiant avait voulu mettre en débat. Son impression : le jury a jugé la conformité de ses propres idées (de jury) : s'est jugé lui-même en positif ! Au lieu de juger du travail des étudiants au vu des attendus de l'épreuve.
Fantie B. J'ai participé moi aussi à quelques jurys... j'ai été amené à récupérer des candidats victimes des préjugés des autres membres de la commission (jury d'éducateur). j'ai été convié à mon corps défendant à des recrutements en tant que cadre pour assister aux effets de ce qui procède d'une relation de séduction : donner au jury ce qu'il attend pour le conforter dans ses attentes et obtenir de lui un rang de classement avantageux. D'un point de vue général, qu'il s'agisse d'un éducateur ou d'un directeur, l'apparence (discours sous toutes ses formes) est un élément déterminant du choix. L'expérience telle qu'elle apparaît dans un CV ou dans le discours que l'on tient n'est qu'un récit qui doit répondre à des conditions précises d'énonciation. J'ai entendu aujourd'hui une bien curieuse définition de la confiance qui consisterait à donner une seconde chance à celui qui n'a pas su d'emblée répondre aux attentes du jury. Ce n'est pas la première fois que la confiance est définie comme une forme d'aliénation, de reconnaissance de l'obligation de négation d'une position subjective, une forme de confusion qui dénie le droit à la subjectivité.