Sun.
27
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Télépulsion

http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/controverses/index.php?emission_id=155060164

« Les controverses du progrès » du 26 février 2010 ont été le théâtre d’une défense sans fard de la télévision, promue au rang de lien culturel, garant de ce fameux « vivre ensemble », promesse plus que réalité.

La télévision serait le vecteur d’une culture commune, un outil indispensable au service d’une mémoire collective. C’est cette mémoire collective qui permettrait au « vivre ensemble » de prendre sens à travers le partage de repères communs issus de l’expérience télévisuelle de plusieurs générations.

La télévision nourrit au quotidien les discussions les plus communes. Elle constitue déjà le support d’échanges informels dont il est difficile de s’exonérer au risque de n’avoir rien à dire ni à entendre et de se retrouver seul, marginal dans un monde où l’audio-visuel donne à parler plus qu’à penser.

Les mots prononcés sont le plus souvent la contrepartie d’une réalité entrevue.Chacun devient le porte-parole, le relais fidèle d’une pensée dont il considère qu’elle a valeur de vérité quant au regard qu’il convient de jeter sur la réalité, quant aux propos qu’il est convenu de tenir pour rendre compte d’une opinion conditionnée plus qu’élaborée.

La défense de la « télé-réalité » par une productrice attachée à l’expression des « vrais gens » est un moment intéressant de ces échanges entre personnalités politiques et médiatiques téléphages. Les téléspectateurs disposentd’un choix dont ils usent à leur gré. Leur intérêt pour la téléréalité n’est en rien contestable, tout juste critiquable comme semble l’être devenue la télévision comme outil d’instrumentalisation des esprits et des corps.

La télévision tout comme l’internet est un moyen puissant de mobilisation des pulsions. Pulsion à voir tout d’abord avec cet attrait si commun pour le morbide et la violence, pour tout ce qui met en scène la mort de l’autre. Pulsion à agir ensuite, expression d’une émotion qui ne peut pas rester en suspend et qui doit trouver à travers le corps ou l’intention un support pour une actionimmédiate ou différée.

C’est cet aspect « télépulsionnel » qui me semble le plus dangereux dans cet instrument de communication dont la seule interaction se trouve différée dans le temps et dans l’espace.

Cet écart entre le temps de la réception et le temps de la réponse est source de déformations,de distorsions. L’information est modifiée, altérée ou exagérée. Il n’est qu’à écouter les commentaires qu’échangent les téléspectateurs sur leurs lieux de convivialité et la façon dont cette information vient alimenter leurs représentations. C’est l’impression qu’ils n’ont pas « regardé » la même chose qui domine, que ce qu’ils en ont vu, entendu et compris diffère considérablement d’une personne à l’autre, que cet outil semble décidément avoir pour fonction de troubler les consciences plus qu’à servir l’intelligence,

Tous les commentaires

Très intéressantes réflexions, JF Coffin :

-Apparemment, la télévision (comme les videos-Internet ) serait plurielle, laissant à chaque téléspectateur la posibilité de se construirece qu'il a vu : Les télespectateurs donnent, en échangeant sur les émissions, " l’impression qu’ils n’ont pas « regardé » la même chose qui domine, que ce qu’ils en ont vu, entendu et compris diffère considérablement d’une personne à l’autre"

-Mais d'un autre côté, ce que les spectateurs regardent surtout, c'est de la video pulsionnelle, du « télépulsionnel" :"La télévision tout comme l’internet est un moyen puissant de mobilisation des pulsions."

"cet attrait si commun pour le morbide et la violence, pour tout ce qui met en scène la mort de l’autre."

"Pulsion à agir ensuite, expression d’une émotion qui ne peut pas rester en suspend et qui doit trouver à travers le corps ou l’intention un support pour une action immédiate ou différée."

Et le pulsionnel est bien plus manipulable que les créativités individuelles...

 

Sur un autre fil (de Cogilp), nous nous demandions à quelques uns pourquoi nous avions l'impression d'une montée de la violence dans les échanges interpersonnels.

La piste de la disparition des rituels a été évoquée.

 

Peut-être, paradoxalement, cette montée de l'agressivité interindividuelle est-elle le produit d'une confusion qui procède elle-même de l'effacement des limites entre individus. Les rituels avaient pour fonction de mettre de l'ordre dans les relations interindividuelles sur la base de la reconnaissance commune d'appartenances et de droits qui leurs étaient attachés. Peut-être l'acharnement des libéraux à détruire le "statut" de la fonction publique ou encore à introduire de façon paradoxale des quotas à l'entrée des "grandes écoles" procède t-il d'un processus de déritualisation et désymbolisation dont la fonction consiste à sortir l'individu de son statut pour le faire entrer dans le grand corps national ?

Un grand corps unifié par la consommation ?

Le libéralisme vise-t-il , avec ses dérégulations, son abolition des distances et des transitions, à un changement de civilisation ?

Je ne sais pas s'il existe un projet...plutôt la conséquence d'une certaine organisation des rapports humains qui sépare les êtres pour mieux les confronter à un besoin dont la contrepartie passe par la consommation. J'en viens même à consommer de l'autre, à me enter à lui pour en épuiser les ressources. J'en viens même à "profiter", à extraire d'une relation faussée tout ce qui peut consolider ma propre position, mon propre rapport à l'image que je donne de moi-même. En épuisant l'autre, je nourrit mon image, ma représentation sociale. Le faux self est devenu un vrai mode d'expression d'une identité dont la fragilité, la précarité oblige à trouver dans l'appartenance à la collectivité une sorte d'étayage dérisoire.

Newsletter
Je m'identifie