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Résistance au changement, suite
Étranger au secteur médico-social et à sa culture, cela fait maintenant dix ans que j'y mets à l'épreuve ma volonté de penser et d'agir.
Je le fais dans le respect d'une déontologie qui me paraît avec le temps en complet décalage avec la réalité telle que je suis amené à la vivre et telle que d'autres l'éprouvent.
Je suis arrivé avec une rigueur qui passe mal, avec l'idée que rien en sert d'exiger s'il on ne se donne pas les moyens de traduire cette volonté par des actes qui engagent et exposent.
Cette posture est vécue comme de la provocation pour les uns et de la candeur pour les autres.
Lorsque l'idée reste intentionnelle, elle est soutenue par les premiers, évoquée par les seconds capables d'y trouver un exemple de ce qu'il faudrait faire pour aller dans le bon sens.
Lorsque l'idée prend forme et qu'elle se traduit par des actes concrets, la levée de bouclier n'est jamais très longue à s'exprimer d'un côté comme de l'autre.
La réprobation prend une forme conflictuelle ou celle d'un conseil, celui d'une personne avisée qui sait comment les groupes humains fonctionnent, parole d'anthropologues de circonstance sans autre fondement que la peur du conflit et la crainte du changement aux conséquences incontrôlées.
L'exercice d'une pensée critique qui pointe les incohérences semble incompatible avec un système qui semble s'en nourrir ainsi que de ses contradictions. Cette posture expose à des risques élevés de marginalisation et d'exclusion.
La seule rigueur convoquée par le secteur consiste en l'introduction de règles de gestion et de références au corpus de plus en plus consistant des recommandations de bonnes pratiques professionnelles.
La cohésion n'est plus invoquée là où il est désormais question de cohérence à travers des processus. De la nécessité de fonder une activité commune à partir d'un groupe humain solidaire nous sommes passés à la considération du fait organisationnel comme déterminant essentiel de la réponse à apporter.
Tout est fait pour que les actions, les écrits et idéalement les pensées convergent vers un modèle de présentation unique et univoque.
Cette présentation est elle-même soumise à une évaluation.
La volonté du législateur relayée par les consultants et les responsables du secteur semble consister en une réduction de la complexité et de l'imprévisible qui accompagne tout démarche empirique.
Chacun est en effet tenu de s'engager dans une démarche qui implique son adhésion. Certains parviennent encore à surseoir à cet engagement sans s'exposer aux conséquences d'actes de désobéissances qui ne sont pas encore caractérisés comme tels, mais pour combien de temps ?
Celui qui résiste se trouve pris entre les feux d'une base qui renâcle à s'engager dans la cohésion, se réservant la possibilité de moduler ses réponses à l'exigence de cohérence en fonction de facteurs qui échappent à l'analyse et défient la bonne foi et ceux d'une tête qui s'appuie sur l'expertise et l'autorité auxquels elle doit son existence, sa légitimité et son pouvoir, pour exiger une formalisation complète de toutes les actions réalisées dans l'établissement ou le service.


Tous les commentaires
le thème que vous développez "m'interpelle", j'y perçois des échos de ce que j'ai pu constater par moi-même dans mon univers professionnel / l'évolution depuis une dizaine d'années des directives transmises par les cadres de direction, qu'il nous faut appliquer, car ces consignes sont autant de parapluies que nous ouvrons, pour notre "couverture légale", que de conditions pour percevoir plus de moyens ( par la grille "AGIR" ) pour notre établissement ( Maison de retraite médicalisée). L'informatisation, l'évaluation, le fait de consigner les moindres choses prennent énormément de temps en fait, et cela se décompte en minutes passées auprès du patient, ce qu'à intervalles réguliers nous déplorons.
" De la nécessité de fonder une activité commune à partir d'un groupe humain solidaire nous sommes passés à la considération du fait organisationnel comme déterminant essentiel de la réponse à apporter.
cependant j'ai peur de n'avoir pas saisi tout ce que vous dites et de ne raisonner qu'à travers mon petit univers d'infirmière.
Nous subissons une injonction au changement dans le sens d'une plus grande rigidité de nos fonctionnements. Il n'est pas question d'apporter aux équipes la possibilité de trouver seules les ressources nécessaires à ce qui serait une autre organisation du travail. Les contraintes sont devenues sévères. Dans votre secteur, les moyens sont contingentés à l'extrême tandis que les modaliltés d'intervention font l'objet d'une standardisation dont le seul objectif est économique. Faire des économies est devenu le dessein d'une société qui aborde l'avenir avec la crainte de ne pas pouvoir faire face à des mutations que l'on nous annonce par ailleurs particulièrement pénibles pour les pays de la vieille europe. Cette peur est elle-même induite par la déresponsabilisation qui accompagne depuis de nombreuses années la mise en oeuvre progressive de procédures de contrôle de plus en plus fines, de plus en plus contraignantes dans nos établissements médico-sociaux. De nombreux salariés désinvestissent un univers professionnel dans lequel ils ne disposent plus de la liberté de créer, d'innover, de concevoir ensemble des modalités d'intervention et des dispositifs relationnels adaptés à leurs attentes et à celles des personnes qui d'une certaine façon, sont amenées à vivre avec eux leur réalité professionnelle.
Le vécu professionnel et le quotidien des personnes accueillies sont en interaction. Du bien être des uns et des autres dépend leurs bien vivre respectifs.
Cette histoire de grille d'évaluation AGGIR et d'évaluation interne/externe, de certification, (http://www.lesmaisonsderetraite.fr/maisons-de-retraite/tableau-d-evaluation.htm) s'inscrivent dans une évolution qui inscrit les salariés de nos établissements dans des processus indépendants de leurs attentes, de leurs personnalité, de leurs désirs.
Au nom de ce qui serait une obligation de moyens, à savoir la mise en place de modalités de réponse strictement adaptées aux besoins des personnes avec lesquelles nous sommes amenés à vivre, on vient en réalité réduire la réalité humaine de nos établissements à quelques indicateurs, à quelques variables qui disposent d'une contrepartie dans des modes de gestion de plus en plus administrés.
Les hommes sont devenus les esclaves des moyens qu'ils se donnent pour vivre...
"exiger une formalisation complète de toutes les actions réalisées dans l'établissement ou le service".
Ou comment transformer les individus en quantités programmables et mesurables par ordinateur.
Je parle de tout ça en connaissance de cause... je prends exemple sur une administration qui depuis trois ans réduit tous ses moyens matériels d'abord, humains ensuite. Toutes ses missions disparaissent les unes après les autres, confiées au secteur privé le plus souvent, à la concurrence (libre et non faussée)... Les instruments de régulation administrative et de contrôle de légalité "neutres" (en grande partie) disparaissent. Les professionnels, ces fameux fonctionnaires qui, pour la plupart assuraient avec éthique et déontologie leurs missions sont devenus la matière grasse de l'état après en avoir été la matière grise. Les réductions d'effectifs atteignent une telle ampleur que désormais, tous les agents sont mutables sans restriction géographique.
Et comment (devinez donc) en est on arrivé là ? Je vous le donne en mille, la LOLF puis la RGPP ; une enveloppe budgétaire fermée (et contractible) puis une évaluation des agents, des processus et des moyens en bonne et due forme ; ont apporté le cadre et les éléments d'analyse indispensable à la finalisation d'une démarche qui vise ni plus ni moins qu'à faire disparaître une bonne moitié de l'emploi public.
Pour l'instant, dans l'ordre d'imprégnation politique, les fonctions publique d'état, hospitalière sont touchées avant que la plus sensible, la FP territoriale le soit à son tour mais de façon indirecte, à partir des conséquences de la réduction des dotations et compensations de l'état.
Alors quand j'entends certains dirigeants d'association, considérant probablement que leur entregent politique les préservera des diètes futures, écarter du revers de la main tout effet négatif de l'évaluation...