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Stop à toutes les violences !
Finissons avec les rapports de force des affrontements front contre front, et cherchons plutôt le pivot autour duquel s'axent les moments des forces qui nous animent, chacun, chacune.
Premier exemple : frères abandonnés puis méprisésEn 1989, la loi d'orientation pour l'enseignement, dite Jospin, érigeait en principes premiers la liberté et l'égalité, sans mentionner la fraternité. De fait, la liberté s'est peu à peu confirmée en libéralisme ; quant à l'égalité invoquée, elle n'est restée qu'incantation et vœu pieu, jamais confortée par les faits ni les chiffres. C'est dans ces mêmes années que se sont crispées les positions autour des signes religieux, et que les règlements des établissements scolaires avaient fort à faire pour préserver le principe sacré de la république contre le non prosélyte. En même temps que nous laissions entrer les marques commerciales dans nos établissements, jusque dans nos outils de travail ou nos vêtements, nous refusions les appels contre la peine de mort aux États-unis ou en d'autres lieux, Chine, Iran, Afghanistan, etc., au nom de la neutralité laïciste. En même temps que le rectorat cassait, à la rentrée 2003, un conseil de discipline pour le port d'un bandana, le même rectorat, entravait au même moment une conciliation (amiable, donc) entre les enseignants et les familles autour des deux sœurs Lévy au lycée Wallon d'Aubervilliers. Cette décision administrative, poussée par le ministère était forte du lobby pourtant minoritaire des chefs d'établissements ultra-réactionnaires, et déclenchait ainsi par pure provocation un vif débat dans le pays par medias interposés, ce qui permettait de proposer très rapidement (en janvier 2004) une loi qui, en réalité, était en préparation depuis près d'un an, et qui cherchait à stigmatiser la population musulmane.
Lire à ce sujet Françoise Lorcerie : La politisation du voile : L’affaire en France, en Europe et dans le monde arabe, Paris, l’Harmattan, 2005. Chercheuse CNRS à l’IREMAM (institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman, enseignante à l’IEP (institut d’études politiques) d’Aix-en-Provence, Françoise Lorcerie est l'auteure de l’École et le défi ethnique : éducation et intégration, ESF, 2003. De manière patiemment objective, nuancée et très documentée, Françoise Lorcerie présente les manipulations par les plus hauts responsables de l'État de la politisation de l'affaire du voile... notamment en 2003-2004.
Septembre 2001 marquait ainsi les esprits d'une manière particulièrement sombre et permettait de justifier le buchisme en France même. Nos gouvernants agissent comme dans les dictatures se sentant menacées, prétendant nos institutions en danger à toute occasion, et attaquant tout ce qui, de près ou de loin, pourrait rappeler le "terrorisme", jusqu'aux inculpations de 2009 de militants de Tarnac au nom d'une supposée sécurité de l'État et des citoyens.
Couples !... Le “couple”, c'est le nom donné à un mouvement physique. C'est une mécanique dynamique autour de laquelle tournent les énergies qui produisent de la transmission. Là où les masses sortent de leur inertie par la pression, l'accouplement vient remplacer le rapport de forces, jusqu'alors binaire, par une dialectique sinon moins stérile, du moins mieux féconde, car transférable par mutation interne... Par transformation.
Impossible alors de ne pas penser aux magnifiques intuitions des Métamorphoses d'Ovide.
Stop aux violences faites aux femmes© Ministère des solidarités nationales
Je réclame pour les enfants le droit de choisir et je demande aux adultes de débattre des choix sans faire pression sur les enfants : pas de menace d'exclusion, ni de la maison ni de l'école pour l'enfant qui croit bon de porter un signe : l'enfant peut toujours prendre et varier de modèle à propos des positions pour ou contre que prennent les adultes, sans qu'il puisse avoir jamais rien à craindre pour sa propre scolarité ni pour sa place dans la vie familiale. Je demande cette protection garantie par tous les adultes du pays au nom de l'intérêt supérieur de l'enfant.
Deuxième exemple : frères négligés puis oubliésJ'entends, je lis beaucoup (trop) de refus d'entendre les autres. Moi qui suis laïque et non-croyant, je suis heurté de voir et d'entendre des propos (ou des actes) très virulents, et particulièrement odieux, inacceptables, contre les musulmans assimilés aux pires extrêmismes. Je demande aux laïques convaincus de la portée politique et philosophique de la laïcité d'accepter tout ce qui est opinion, religieuse ou cultuelle tant qu'il n'y a pas stigmatisation des autres ou mépris. Quand on peut dire sans risque d'être inquiété que les Juifs se considèrent membres d'un peuple élu de Dieu, on peut tout de même entendre (et dire également, pourquoi pas ?) que les Islamistes sont les descendants de la tribu d'Ismaël, la plus pauvre du peuple hébreux et de la terre de Judée, en Palestine, où vivaient les Philistins (les Palestiniens)... Il n'y a pas lieu de faire deux poids deux mesures dans nos enseignements historiques et littéraires, ou même artistiques, avec les relations que chacun voudra bien faire sur notre actualité (ce n'est pas confortable, mais l'ouverture aux autres, par ses incertitudes mêmes est la grandeur de la laïcité, sinon, quoi ?...). Et ce n'est pas faire injure à la laïcité de convenir que chaque population aura eu pu se construire une identité dans le passé selon une mythologie sans doute erronée sur certains plans ou à certains égards, mais justes et valides à d'autres points de vue, et que les mythes, qu'ils soient fondateurs ou historiques, peuvent expliquer les faits culturels et cultuels en partie, mais non en intégralité, sauf à devenir nous-mêmes des intégristes du fait religieux.
Troisième exemple : frères d’expériences à partagerPersonne n'est au-dessus de lois, et, donc, de la justice. Quand quelqu'un a payé sa peine par le jugement des tribunaux, nul citoyen ne peut en rajouter. Que Bertrand Cantat ait eu pu commettre une violence qui a conduit à la mort d'une femme qui ne répondait pas à ses attentes, et qu'il ait été condamné pour ça, c'est une chose, mais sa personne ne se réduit tout de même pas à ce seul acte dont il a eu à rendre compte devant les justices des pays concernés, et qui, bien que non pardonnable en soi, ne peut être un préjudice sur d'autres aspects de son existence. Rien ne peut l'empêcher aujourd'hui de reprendre des activités artistiques pour lesquelles son talent ne peut légitimement être remis en cause. Au nom de quoi ceux qui n'ont pas à vivre ou à coucher avec lui appelleraient-ils donc à boycotter les artistes qui ont choisi de travailler avec lui ?... D'ailleurs, je ne considère pas Wajdi Mouawad particulièrement courageux (ni même provocateur, comme j'ai eu pu lire ailleurs) d'avoir choisi de conserver ses liens avec l'artiste : il ne fait qu'utiliser son droit. Ce n'est pas un privilège, tout de même, que de travailler avec qui on veut, et ce n'est pas un crime contre les femmes non plus. C'est une décision d'artiste. Nul ne peut lui contester ce droit. Nul ne peut en rajouter à la loi ni à la justice. La liberté de création se respecte autant que celle de circuler, de travailler ou de s'alimenter. Un point c'est tout. La tolérance et le respect sont là.
Tolérer, c'est accepter ce que je serai tenté de refuser.
Respecter, c'est m'interdire ce que je serai tenté d'imposer.
En d'autres termes,
Tolérer, c'est dire OUI là où on pense NON a priori.
Respecter, c'est se dire NON là où l'on préfèrerait OUI a priori.
On me dira donneur de leçons ?.. C'est, surtout, que je vois bien, hélas, la nécessité de rappeler certaines évidences trop souvent oubliées.
Personne n'est le gardien d'aucun temple, ni de celui de la laïcité, ni de celui du féminisme.
Et c'est parce que je me sens laïque et féministe que je refuse ces formes d'amalgames et de stigmatisations que je constate chez ceux dont les idées appartiennent à mes préférences.
En guise de conclusion : Frères d’ailleurs à (re)trouverL'expérience prouve que le entre-soi sécrète l'endogamie, car, comme le quant-à-soi, il crispe les positions, comme le hors-de-soi, il brutalise l'environnement. Pas d'autres réponses viables possibles, donc, pour vivre, pour vivre ensemble, que les réponses liées à l'exogamie : ce sont des réponses multiformes, que celles du entre-nous, du quant-à-nous, du de-toi-à-moi.
Enfin, je réclame en conséquence que personne ne se présente comme une victime (nous avons dans le camp de gauche des crimes comme Cronstadt ou les procès staliniens ou le mur de Berlin, comme il y a les bûchers de l'Inquisition ou les Conquistadors ou la condamnation de l'IVG ou la stigmatisation des homosexuels ou du SIDA chez les Catholiques, et comme il y a la lapidation de la femme adultère chez les Ayahtollahs, ou le mur de Jérusalem, les Check Point et les représailles militaires contre les territoires palestiniens avec Israël, etc.). Je demande que l'adversaire ne soit pas culpabilisé : c'est le rôle qu'il a choisi d'adopter au nom de principes et de valeurs qui méritent de lui être rappelés pour les lui voir mettre en pratique : le droit de s'exprimer, l'accès aux ressources naturelles, l'égalité de traitement entre tous, le refus des violences, ce sont des terrains qui relèvent des consensus universels. C'est sur eux qu'il faut peser. Et les débats en démocratie s'en porteront mieux.
L’étranger erre en terres habitées : soi, nous, les autres, c’est toujours un nouveau monde à fréquenter.
Jean-Jacques M'µ

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Berlusconi renversé par le choeur des esclaves de Nabucco de Giuseppe Verdi, le 12 mars 2011 à l’Opéra de Rome…
Pour comprendre la portée de cet épisode lyrique dans la conscience italienne humiliée comme jamais par son actuel gouvernement (comme la France l’est d’ailleurs chez elle), il faut se souvenir que l’immense succès du Nabucco en 1842 (peu de temps avant le Printemps des peuples de 1848) évoquait l’épisode biblique de l’esclavage des juifs à Babylone, avec notamment le fameux choeur de la troisième partie, “Va, pensiero”, des hébreux, auxquels s’identifiait la population italienne de Milan, alors sous l’occupation autrichienne dans le cadre de la “Sainte-Alliance”.
—– Original Message —–
Silvio Berlusconi renversé par Giuseppe Verdi Le 12 mars dernier, Silvio Berlusconi a dû faire face à la réalité. L’Italie fêtait le 150ème anniversaire de sa création et à cette occasion fut donnée, à l’opéra de Rome, une représentation de l’opéra le plus symbolique de cette unification : Nabucco de Giuseppe Verdi, dirigé par Riccardo Muti.
Nabucco de Verdi est une œuvre autant musicale que politique : elle évoque l’épisode de l’esclavage des juifs à Babylone, et le fameux chant « Va pensiero » est celui du Chœur des esclaves opprimés. En Italie, ce chant est le symbole de la quête de liberté du peuple, qui dans les années 1840 - époque où l’opéra fut écrit - était opprimé par l’empire des Habsbourg, et qui se battit jusqu’à la création de l’Italie unifiée.
Avant la représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est monté sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture du gouvernement. Et ce, alors qu’Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi.
Cette intervention politique, dans un moment culturel des plus symboliques pour l’Italie, allait produire un effet inattendu, d’autant plus que Sylvio Berlusconi en personne assistait à la représentation…
Repris par le Times, Riccardo Muti, le chef d’orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution : « Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l’opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va Pensiero allait démarrer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et perdue ! ».
Alors que le Chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà : « Bis ! » Le public commençait à crier « Vive l’Italie ! » et « Vive Verdi ! » Des gens du poulailler (places tout en haut de l’opéra) commencèrent à jeter des papiers remplis de messages patriotiques – certains demandant « Muti, sénateur à vie ».
Bien qu’il l’eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésita à accorder le « bis » pour le Va pensiero. Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais pas faire simplement jouer un bis. Il fallait qu’il y ait une intention particulière. », raconte-t-il.
Mais le public avait déjà réveillé son sentiment patriotique. Dans un geste théâtral, le chef d’orchestre s’est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M. Berlusconi, et voilà ce qui s’est produit :
[Après que les appels pour un “bis” du “Va Pensiero” se soient tus, on entend dans le public : “Longue vie à l’Italie !”]
>
> Le chef d’orchestre Riccardo Muti : Oui, je suis d’accord avec ça, “Longue vie à l’Italie” mais…
>
> [applaudissements]
>
> Muti : Je n’ai plus 30 ans et j’ai vécu ma vie, mais en tant qu’Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j’ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j’acquiesce à votre demande de bis pour le “Va Pensiero” à nouveau. Ce n’est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait “O mon pays, beau et perdu”, j’ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l’histoire de l’Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment “belle et perdue”.
>
> [Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène]
>
> Muti : Depuis que règne par ici un “climat italien”, moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant… nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théatre de la capitale, et avec un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble.
C’est alors qu’il invita le public à chanter avec le Chœur des esclaves. « J’ai vu des groupes de gens se lever. Tout l’opéra de Rome s’est levé. Et le Chœur s’est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l’opéra. »
« Ce soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l’attention des politiciens.
Sur Google tapez :
> Berlusconi muti et cliquez sur « recherche »
>
> Ou bien cliquez sur ce lien :
Silvio Berlusconi renversé par Giuseppe Verdi - AgoraVox le média…
http://mobile.agoravox.fr/actualites/europe/article/silvio-berlusconi-renverse-par-91522
>
> et vous allez retrouver le texte ci-dessus…..Mais en bonus vous aurez le droit à la vidéo d’excellente qualité ( 7′’ 23 ‘’) du fameux bis, et de la déclaration du chef MUTI !
> C’est sublime.
La France peut résorber la très grande pauvreté"
Par Claire Chartier et Corinne Lhaïk, publié le 14/04/2011 à 07:00
Fançois Soulage, président du Secours catholique.
LEXPRESS/Gérard Uféras
François Soulage, président national du Secours catholique, surprend. A 64 ans, il est devenu le patron d'une oeuvre caritative qu'il dirige comme une entreprise... de l'économie sociale. Entretien.
De gauche, tendance réaliste. Chrétien, option terrain. Le président national du Secours catholique surprend. Pas de discours larmoyant sur les pauvres, pas de dramatisation à outrance, pas de sébile tendue aux puissants. Il veut juste les placer face à leurs responsabilités. Parce que cette misère qu'il côtoie au quotidien, il sait que l'on pourrait la dominer. Le militant de toujours connaît les politiques, l'économie, les rouages administratifs et leurs grippages Jean Castex, le nouveau secrétaire général adjoint de l'Elysée, vient ainsi de le consulter sur les minima sociaux. Enfant de Nanterre, où il est très actif, proche de Michel Rocard, promoteur et acteur de l'économie sociale, François Soulage a entamé une nouvelle vie, en 2008, devenant à 64 ans le patron d'une oeuvre caritative qu'il dirige comme une entreprise... de l'économie sociale.
Y a-t-il plus de pauvres aujourd'hui qu'hier?
En chiffres absolus, non, mais la situation de ceux qui sont en très grande difficulté se dégrade. Même si le taux de pauvreté globale s'est stabilisé, après avoir diminué de 15% à 13,2% en cinq ans. De plus, les situations sont très variables selon, par exemple, que les gens ont un emploi, même mal rémunéré, ou pas d'emploi du tout. Aussi tous les dispositifs qui se limitent au versement de prestations accroissent-ils le risque d'exclusion durable. Je suis réservé vis-à-vis des politiques d'assistance, non parce que l'on donnerait beaucoup d'argent à des personnes qui ne feraient rien, mais parce que les laisser s'installer durablement dans ce type de situation, c'est l'aggraver.
Quelles nouvelles catégories de pauvres voyez-vous apparaître?
Il y en a trois. D'abord, les moins de 25 ans, qui, pour la plupart, n'ont pas droit au RSA [revenu de solidarité active]. Ils vivent le plus souvent d'intérim. Ces cas, fréquents en région parisienne, où ces jeunes ont quitté leur famille ou la font vivre avec leur seul salaire, sont plus rares en province, car la désocialisation y est moindre. Ensuite, les familles monoparentales, avec le plus souvent des femmes à leur tête. Moins de 10% d'entre elles ont un emploi stable. Enfin, les hommes de plus de 50 ans, victimes d'un plan social. On les rencontre plutôt en province. Ils nous disent: "Ne me racontez pas d'histoires, c'est fini, je ne retrouverai rien." Quelquefois, ils se proposent comme bénévoles parce que tout à coup, à 52 ou 53 ans, ils n'ont plus rien à faire. A 35 ans, on peut encore apprendre à manier une machine à commande numérique. Pour les plus de 50 ans, un clavier est un monstre.
Quel est le rôle de la crise dans cette aggravation?
Biographie
21 octobre 1943 Naissance à Nanterre.
1981-1983 Cabinet de Michel Rocard, ministre du Plan. 1983-1989 Directeur général de l'Institut de développement de l'économie sociale.
1989-1991 Délégué interministériel à l'économie sociale.
1999-2007 Président de l'Union nationale des associations de tourisme et de plein air.
Février 2008 Président national du Secours catholique.
L'augmentation régulière du chômage depuis trente-cinq ans s'est fortement accélérée, mais 70% de la population ont été épargnés. La crise a été moins ressentie en France que dans d'autres pays. Pourquoi? Parce que nous bénéficions d'un vrai socle social. La crise n'a pas empêché les enfants d'aller à l'école ni les gens de se soigner parce que ces services sont fondamentalement publics. A l'hôpital ou aux urgences, on ne vous demande pas votre carte bancaire. Le logement, en général, va moins mal qu'on ne le dit. Le Dalo [droit au logement opposable] fonctionne bien en province. Et les HLM n'expulsent pas ceux qui ne peuvent plus payer leur loyer. Notre modèle est donc clairement d'inspiration sociale-démocrate. Il a un coût et, pour cette raison, la France affiche un niveau de prélèvements obligatoires élevé, de l'ordre de 42%. Mais si l'on transférait ces activités au privé, tous ceux dont les revenus sont insuffisants n'accéderaient plus à l'éducation ou à la santé. Cela dit, pour redistribuer, il faut produire, et c'est un sacré enjeu pour lequel notre pays paraît mal armé.
Pourtant, les gens ont l'impression que ce socle social se fissure...
Ils ont cette impression parce que, par exemple, les urgences dans les hôpitaux sont débordées. Et elles le sont car le médecin libéral ne vient plus à domicile. Même chose pour l'école. On dit que le niveau s'est déglingué. Cela n'est vrai qu'à certains endroits, ghettoïsés faute de mixité sociale.
Pourquoi le RSA ne marche-t-il pas?
Il est trop compliqué, il n'y a pas suffisamment de gens capables d'écouter les personnes en difficulté, qui ne s'y retrouvent pas dans les papiers ou les comptes à fournir, trop compliqués pour eux. Autre explication: une bonne partie des revenus est au noir, et les gens ne veulent pas se faire repérer. Ou alors, ils redoutent de perdre un petit boulot, non déclaré mais stable, pour un job officiel leur donnant accès au RSA, et à seulement 150 euros de plus par mois. D'autres se font discrets par peur de payer des impôts. Alors qu'ils en sont très loin!
Comment améliorer ces mécanismes de protection?
Actuellement, les minima sociaux ne tiennent pas vraiment compte de la situation réelle de chacun et sont même, dans certains cas, totalement insuffisants. Il faudrait s'inspirer de l'allocation personnalisée d'autonomie [APA], calculée en fonction de la localisation, du niveau de dépendance et de revenu. Il ne s'agit pas de créer de nouveaux droits, mais de les faire connaître aux intéressés et de simplifier leur gestion. Souvent les interlocuteurs varient quand on passe de la santé, à l'emploi ou à l'éducation. Notre pays est riche et doit dégager les moyens pour résorber la très grande pauvreté, qui ne concerne que 6 à 7 % de la population.
Vous pointez donc la trop forte centralisation de la machine étatique française?
Oui, et elle est accentuée par l'hyperprésidentialisation, caractéristique de ce quinquennat. Traditionnellement, quand une mesure concerne plusieurs ministères, leurs représentants se réunissent à Matignon, sous l'autorité d'un conseiller du Premier ministre, pour que soit prise une décision interministérielle. On l'appelle "un bleu", de la couleur du document. Il s'impose alors à toute l'administration. Aujourd'hui, tout remonte à l'Elysée, dont les conseillers tranchent. Souvent, on saute l'étape des réunions interministérielles. Du coup, certaines décisions ne sont pas prises, ou, si elles le sont, restent sans conséquences pratiques.
Un exemple concret?
L'hébergement d'urgence des personnes en grande difficulté. Il relève de plusieurs ministères et il n'y a pas de décisions interministérielles à Matignon.
Comment lutter contre la ségrégation dans les quartiers difficiles?
Les liens sociaux y sont très faibles, les familles souvent désunies, l'habitat a vieilli. Il faudrait relancer les zones franches, mais en les implantant à l'extérieur des quartiers, et non à l'intérieur, comme cela a été le cas, pour permettre aux habitants de sortir de leur cité. Il faudrait aussi mettre l'accent sur la rénovation urbaine, en relogeant des familles et en favorisant l'arrivée de populations nouvelles. C'est un travail cage d'escalier par cage d'escalier, à mener avec une assistante sociale, comme nous l'avons fait à Nanterre. Je me souviens de deux familles qui posaient des problèmes, dont l'une de sept enfants qui vivait dans un trois-pièces. Ces deux familles ont été relogées dans un pavillon en centre-ville, et on a eu la tranquillité dans l'escalier.
Ne faut-il pas agir aussi sur l'école?
Bien sûr, c'est même un point prioritaire. L'école est devenue un lieu de reproduction sociale dramatique. Pour introduire davantage de mixité, je n'ai pas d'autre réponse que le "busing" [des élèves sont acheminés en bus vers un établissement de bon niveau, hors de leur cité, mais souvent à proximité]. Si on ne change pas l'école, on aura beau rénover les logements, le problème restera entier.
50 % des personnes que nous recevons dans nos accueils de jour sont de confession musulmane
Devrait-on par ailleurs davantage tenir compte des différences culturelles?
Absolument! Je suis tout à fait favorable à l'approche multiculturaliste. La vie de tous les jours - son rythme, la manière dont on éduque les enfants, dont on aborde la santé, la culture - ne se bâtit pas sur un modèle unique. Au Secours catholique, nous accueillons les familles telles qu'elles sont, parce que, pour nous, accompagner les personnes, c'est aller avec elles là où elles veulent aller. C'est d'ailleurs abominablement compliqué: lorsque ces personnes vont dans le mur, il faut trouver le moyen de le leur faire comprendre par elles-mêmes! La diversité est un enjeu formidable dans la société française, qui est une société multiculturelle. Ce n'est pas une opinion, mais un constat. Société dans laquelle l'islamisme trouve de plus en plus sa place... Environ 15% de la population d'origine maghrébine est touchée par une islamisation de fond. C'est un pourcentage important, certes, mais moins élevé que certains pourraient le craindre. Dans certains quartiers, l'islamisme est un mode de domination. Comme l'Etat s'est largement retiré, que le Parti communiste a disparu, et que l'Eglise y est quasiment inexistante, les habitants d'origine musulmane se raccrochent aux islamistes parce qu'ils ont besoin de se sentir protégés.
En favorisant le multiculturalisme, ne risque-t-on pas d'encourager ces enclaves?
Non, il s'agit de deux réalités différentes. Dans le cas de l'islamisme, je ne suis pas du tout certain que les populations qui suivent cette voie adhèrent aux valeurs des prédicateurs. L'islamisation résulte d'un abandon du terrain par les pouvoirs publics. L'Etat doit réinvestir ces territoires, montrer que l'autorité publique s'occupe de leurs habitants. Au Secours catholique, 50 % des personnes que nous recevons dans nos accueils de jour sont de confession musulmane. Je peux vous dire qu'on ne voit pas beaucoup d'islamistes parmi eux! Ce sont surtout des femmes qui se battent pour leurs gamins, ou des jeunes sans boussole.
Vous venez de publier un livre sur l'immigration (1). Pour faire passer quel message?
Devant les préfectures de France, chaque matin, des immigrés font la queue pour obtenir des papiers. Notre devoir de chrétien est de tout faire pour que ces gens accèdent à des droits. Mais si, au bout de dix ans, ils n'ont rien obtenu alors que toutes les voies ont été explorées, notre responsabilité est de leur dire : "On ne peut plus vous aider, il vaudrait mieux rentrer chez vous plutôt que de continuer dans cette galère." Notre tâche n'est pas de les forcer à rentrer, mais de les soutenir dans cette démarche s'ils le veulent, et d'aider à leur accueil sur place.
Et que pensez-vous de l'immigration choisie?
Je suis contre! N'oublions pas ces mots de Michel Rocard, auprès duquel j'ai longtemps travaillé. "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais on doit y prendre notre juste part." Malheureusement, ce débat sur "notre juste part" n'a pas eu lieu, on a opté pour l'immigration choisie. Résultat: au Sud-Soudan, par exemple, il n'y a plus de médecins! Ils sont en Europe.
Vit-on une crise des valeurs?
Je ne parlerais pas d'une "crise", mais d'une moindre référence aux valeurs humaines et sociales, comme la solidarité ou la fraternité. Le "nous" tient de moins en moins de place par rapport au "je". Néanmoins, je suis frappé de l'écho grandissant rencontré par le thème de l'économie sociale et solidaire auprès des étudiants, notamment dans les écoles de commerce. La crise a permis de prendre conscience de l'importance des relations humaines car les gens qui s'en sortent bien sont ceux qui ont un réseau de connaissances et d'amis.
La religion catholique laisse aujourd'hui beaucoup de Français indifférents. Qu'en dit le chrétien?
Nous sommes sortis d'une époque où l'attachement à l'Eglise était plus culturel que véritablement spirituel. Mais l'indifférence a tendance à diminuer. Dès lors que les catholiques s'intéressent aux problèmes de la société, ils retrouvent des gens qui adhèrent à ces valeurs, sans être pour autant cathos. Sur l'immigration, je dialogue avec le Gisti [Groupement d'information et de soutien des immigrés] et la Ligue des droits de l'homme. Je peux vous dire que ce n'était pas comme ça il y a vingt ans!
(1) Immigration. Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire (éd. de l'Atelier). à lire aussi :