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Les Rroms face au regard dans la ville

RromsRroms© Hapex, 2006

 

Questions sur un article de Nice-Matin traitant des Rroms (orthographié "Roms")*

 

Au rédacteur de l'article du 3 août 2011, veille de la célébration de l'abrogation des privilèges,

Au journaliste et aux adjoints interviewés, chargés du tourisme et de la sécurité publique à Nice,

 

Messieurs, Je voudrais comprendre.

Votre citation : « une politique d'accueil forte avec des logements sociaux, des lieux d'hébergement d'urgence, des soins gratuits, des vestiaires... Oui mais priorité aux gens d'ici... »

1. “La politique d'accueil forte” : est-ce compatible avec cette déclaration (anticonstitutionnelle, il faut le préciser) : « Priorité aux gens d'ici » qui suit immédiatement votre liste de services sur l'occupation du domaine public.

2. “logements sociaux, lieux d'hébergement d'urgence...” : saturés, inaccessibles, et exclusivement réservés aux détenteurs de pièces d'identité...

3. “soins gratuits et des vestiaires” : par des associations non communales, oui, mais pas par la ville de Nice.

 

Alors, que voulez-vous donc, au conseil municipal, élus locaux et presse, que voulez-vous proposer pour que des gens soient accueillis dignement, hébergés correctement, soignés convenablement ?... de sorte que l'on puisse assurer, pour tous et pour chacun des conditions de vie décente et un minimum de paix sociale, de convivialité, de respect mutuel ?..

 

J'attends très naïvement vos réponses.

Merci.

Jean-Jacques M’µ, touriste qui a assisté à ces scènes au jardin de Masséna.

 

Autre réaction, du MRAP, cette fois, au même article :

 

Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples, comité de NICE-GRASSE,

13 rue Amiral de Grasse, 06000 NICE. mrap.nice@laposte.net

 

Monsieur RINAUDO

Journaliste à NICE-MATIN

Objet : votre article du 03/08/2011.

Monsieur,

Votre article sur un campement "sauvage" de Rroms au Forum Jacques MÈDECIN appelle les remarques suivantes :

– Vous opérez un amalgame entre "gens du voyage" et Rroms. Les Gens du Voyage sont des citoyenNEs français, dotéEs d’un Livret de Circulation en guise de pièce d’identité qui leur permet d’accéder aux aires dédiées, là où elles existent (il en existe une à la sortie de NICE, sur la 202). Les Rroms sont le plus souvent des ressortissants roumains que la misère et la discrimination ont poussés sur les routes de l’Europe, où ils bénéficient de la liberté de circulation. Ils n’ont pas accès aux aires d’accueil et n’ont pas les moyens d’accéder à un hébergement hôtelier (nos palaces étant surbookés en cette saison).

 

– À la lecture de votre article, il n’apparaît pas clairement qu’il s’agisse d’êtres humains. Peut-être avez-vous des enfants ? Il faudrait vraiment que vous soyiez dans une détresse extrême pour leur infliger de telles conditions de survie : absence de scolarisation, nuits à la "belle étoile", nourriture extraite des poubelles, hygiène tributaire de l’arrosage public, etc.

Depuis 1948, "Tous les êtres humains naissent libres et égauxen droits et en DIGNITE." Pour les droits, n’en parlons pas: le 115, qui doit assurer un accueil INCONDITIONNEL, ne répond plus aux demandes (voir le très humain article de votre collègue Laure BRUYAS dans l’édition NM du 01/08). Pour la dignité, elle devrait s’imposer aux médias...

 

– Vous n’abordez ce problème que par les nuisances engendrées sans vous interroger sur les causes et les responsabilités, ce qui n’est pas très professionnel pour un journaliste qui aspire sûrement à traiter d’autres sujets que les faits divers. Depuis le "Discours de Grenoble", les campements d’infortune de Rroms sont systématiquement détruits et leurs habitants pourchassés sans qu’aucune avancée politique dans leur prise encharge, au niveau européen, n’ait avancé. Le "problème" ne fait donc qu’être déplacé et même aggravé puisque les éventuelles prises en charge médicales sont interrompues, ce qui entraîne, entre autres, un risque sanitaire.

 

– La solution, pour les pays riches (dont la France fait partie, ne l’oublions pas !), pour faire face aux conséquences humaines de leur politique de pillage et d’exploitation, consiste à s’entourer de grillages – virtuels avec les accords de SCHENGEN – et bien réels avec Frontex et nos polices aux quotas d’expulsions progressifs. Les morts sur les barbelés de CEUTA et MELLILA, les noyés au large de LAMPEDUSA et de MAYOTTE peuvent enfin reposer en paix : ils n’occupent plus la "une". Les grands principes proclamés "libre circulation des personnes et des idées", "droit de vivre en famille" et blablabla, les Conventions internationales (CI Droit des Enfants) sont bafoués, nos libertés régressent, mais qu’ILS n’atteignent même pas les miettes du gâteau demeure l’essentiel...

 

– Proposer l’installation de grilles autour du forum relève de cette politique à courte vue qui privera plus encore la population de jouir des espaces verts. Pour empêcher les SDF de s’installer pour la nuit, des personnes hospitalières scellent des galets ou des jardinières. Pour les jardins Albert 1, vous pourriez suggérer des "asperges de ROMMEL", elles ont fait merveille pour retarder le retour à la démocratie.

 

– NICE se glorifie de sa place de grand aéroport international, NICEaspire à accueillir des événements internationaux (G 8, G 20, etc.), NICE étale son luxe dans les médias sans frontières : comment s’étonner que des êtres humains, qui ont un même droit au bonheur, s’y précipitent ? NICE n’est pas nice pour tous !

 

Espérant que ce courrier vous amènera à un traitement plus humain de l’actualité, je vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

 

Christian MASSON

 

 

* NOTES :

Dans toutes les langues, il y a des mots empruntés. Le mot « Rrom » en est un, tant en français qu’en anglais et bien d’autres. Il vient du rromani, c’est-à-dire la langue du peuple rrom. En rromani, il prend deux « r » et se distingue donc du « r » simple, qui existe aussi. En phonologie, on appelle cela une opposition. Par exemple« rani » veut dire « dame », alors que « rrani » veut dire« branche ». Depuis les débuts de la littérature rrom dans l’Union soviétique des années 1920, ce son particulier était transcrit en double « r », transcription reprise dans l’alphabet du rromani adopté en 1990 par l’Union rromani internationale.

L’apparition du mot en français, mais aussi dans d’autres langues, est très récente. Jadis, et encore aujourd’hui d’ailleurs, on parle de « tsigane », de « romanichel », de « bohémien » etc. Parce que ces mots portent souvent à confusion, il est préférable et de plus en plus préféré d’utiliser le mot « rrom », qui est emprunté donc au rromani, et cela de fraîche date. Ainsi, comme pour tous les emprunts récents, on utilise l’orthographe de la langue d’origine et on décline selon les règles de la langue d’arrivée : un rrom, deux rroms. (SAIMIR MILE)

Termes administratifs :

Nomades est apparu en France en 1912 (Loi du 16 juillet 1912) pour instaurer une politique de surveillance généralisée des nomades.

Gens du voyage est venu se substituer en France aux termes de Nomades ou de Tsiganes. Son apparition date d’une circulaire du ministère de l'Intérieur de 1978. Il réfère aux personnes dont l'habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles. Il concerne donc aussi des groupes qui ont adopté un mode de vie itinérant : les forains qui ne sont pas tous Roms, les Yeniches, voyageurs d'origine germanique…

Les Rroms migrants en France ne sont pas intégrés sous cette dénomination.
 

Tous les commentaires

Comment nommer les Tsiganes ?

« Lorsque nous nommons ce peuple « tsigane », nous reproduisons une comparaison qui lui fut appliquée au Moyen-Âge lors de son entrée dans l'empire bysantin. Il fut nommé tsigane, du grec atsiganoi, qui désignait une secte manichéenne, c'est-à-dire provenant de perse. Mais tous les Perses qui circulaient n'étaient pas de la même extraction, et c'est ainsi qu'une identification erronée devint le terme le plus courant au monde pour désigner ce peuple.

Lui-même se nomme Rom, qui veut dire « Homme », en sa propre langue, au sens viril, et, par extension, « époux ».

Tous les groupes tsiganes du monde emploient le mot rom entre eux pour s'autodésigner. Leur instance mondiale, l'Union Romani Internationale, réunie en congrès fondateur à Londres, en 1971, décréta digne l'appellation de « Rom » et lui adjoignit un hymne et un drapeau pour fonder sa marche vers l'autodétermination, ainsi qu'une journée annuelle de manifestation de sa fierté ethnique, le 8 avril, en souvenir de l'ouverture du congrès. Ce que le philosophe Jean-Pierre Liégeois nomma « La révolution bohémienne » dans un livre qui fit date. (1)

Rom, donc, que l'école actuelle de l'Inalco (Institut national des langues orientales, à Paris) écrit avec deux “r”, et qu'on écrit plus sobrement avec un seul “r” hors de cette école. »

 

Claire Auzias : Roms, Tsiganes, voyageurs : l'éternité et après ? éditions Indigène, 1, impasse Jules Guesde 34080 Montpellier, mars 2010.

 

(1) Jean-Pierre Liégeois : Roms et Tsiganes, La Découverte, collection Repères, Sociologie, 2009.

Bonjour Jean-Jacques,

Encore un témoignage accablant sur les conditions d'accueil des rroms quand ils ne sont pas déplacés au bulldozer par un centre Leclerc !

http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-therese-ferrisi/260311/leclerc-pousse-dehors-les-roms-au-bulldozer

Bravo pour votre acharnement !

J'avais lu, en effet. Merci.

Continuons le combat !...

Jean-Jacques M’µ

Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l'homme, dans son 3ième rapport 2010 décrit son inquiètude quant au respect des droits de l'homme par les Etats au niveau local et national et notamment ceux prévus par la Convention européenne, je cite : "Roms, apatrides, pas de droits"

https://wcd.coe.int/wcd/ViewDoc.jsp?id=1701077

· Il est indispensable de faire plus largement connaître l’histoire des Roms. Le dossier pédagogique produit par le Conseil de l’Europe en collaboration avec l’université de Graz est de grande qualité et devrait être traduit et davantage diffusé. Il convient d’entreprendre avec sérieux un processus de reconnaissance officielle des violations commises dans le passé. Il faudrait aussi que l’histoire nationale et européenne des Roms soit enseignée dans le cadre des programmes scolaires.

 

· Les structures nationales des droits de l’homme telles que les médiateurs et les organes chargés des questions d’égalité devraient être dotées de ressources suffisantes et encouragées à porter une plus grande attention à la discrimination cachée à l’encontre des communautés roms. Des enquêtes ont montré que beaucoup de Roms ignorent qu’ils ont la possibilité de porter plainte.

 

· Les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme dans les affaires de discrimination à l’encontre de Roms (ségrégation scolaire ou violence anti-Roms, par exemple) devraient être intégralement exécutés. Cette jurisprudence devrait aussi être diffusée plus activement.

 

· La police a également un rôle important à jouer en ce qui concerne les Roms. Deux points semblent particulièrement essentiels : il faut, d’une part, essayer de recruter un plus grand nombre de Roms dans les forces de police (comme s’y efforce la Roumanie) et, d’autre part, s’employer à transmettre, dans le cadre de la formation des policiers, des informations objectives sur la situation et les droits de cette minorité.

 

· Les plans d’action nationaux doivent être concrets et mettre l’accent sur l’importance des collectivités locales. Un effort de grande ampleur doit être entrepris pour améliorer les conditions de logement et les services essentiels (électricité, eau, assainissement). Le recrutement de médiateurs scolaires et sanitaires devrait être fortement encouragé. Les bonnes pratiques propres à favoriser l’emploi des Roms devraient être étudiées et transposées dans d’autres pays.

 

· La participation des Roms à la conception et à l’exécution des projets doit être assurée. L’Union européenne devrait rationnaliser les procédures administratives applicables aux demandes de projet afin de permettre à des groupes non gouvernementaux, y compris ceux qui représentent les Roms, de bénéficier de fonds européens.

 

· Il faut s’attaquer plus énergiquement aux problèmes de l’apatridie et de l’absence de documents d’identité. Des dizaines de milliers de Roms se trouvent encore dans cette situation, qui a des répercussions très préjudiciables sur leur vie quotidienne. Le HCR, qui accomplit un travail remarquable dans ce domaine, devrait être davantage soutenu.


· Les responsables politiques, les autres leaders d’opinion et les médias doivent se montrer plus prudents dans leur discours sur les Roms. Il ne fait pas de doute que les déclarations regrettables entendues en France à la fin de l’été ont eu un effet préjudiciable, particulièrement en Roumanie. On pourrait citer des exemples similaires dans d’autres pays. Espérons qu’une leçon a été tirée de l’expérience.

La France et le Kosovo signent des accords de réadmission  

Hasard de calendrier : Le Kosovo et la France ont signé, mercredi 02 décembre [2009], un accord sur la réadmission de personnes séjournant illégalement en France. Le même jour, le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe réaffirmait sa préoccupation concernant les retours forcés au Kosovo.

«Ce n’est tout simplement pas le moment de procéder à des retours en général et encore moins à des retours forcés», a déclaré le Commissaire aux droits de l’Homme, Thomas Hammarberg, à Strasbourg, mercredi 02 décembre.
Lors de sa visite au Kosovo , au moins de mars dernier, il avait constaté que «le Kosovo n’en a pas fini avec les conséquences du conflit armé. Il ne possède pas les infrastructures qui permettraient de réintégrer durablement les réfugiés. Cela concerne en premier lieu les Roms.»


Ces observations sont étayées par le HCR qui, en novembre dernier, a procédé à la mise à jour de ses lignes directrices sur «l’évaluation des besoins de protection internationale des personnes originaires du Kosovo». Il en ressort que la déclaration d’indépendance du 17 février 2008 «a exacerbé une situation politique déjà fragile, notamment en ce qui concerne les minorités en général et la minorité Serbe en particulier». Le HCR ajoute que les droits de l’Homme au Kosovo ne sont pas garantis. Ainsi «le droit à la sécurité, la liberté de mouvement, l’accès aux services sociaux, à l’emploi et aux documents d’identité, le droit à l’éducation, l’accès à la justice et le droit de propriété sont régulièrement affectés».


Pour ces raisons, le Commissaire Hammarberg considère que les Etats européens devraient adopter toutes les mesures nécessaires pour «empêcher tout retour forcé, notamment des Roms, tant que la situation sur place donne des raisons de penser que des menaces graves pèsent sur la vie et la sécurtié personnelle des personnes rapatriées».

ÉDITION : LES INVITÉS DE MEDIAPART

Culturellement raciste : lorsque Les Grandes Gueules devraient se taire

 

PAR LES INVITÉS DE MEDIAPART

Haidari Nassurdine, adjoint à la jeunesse et aux sports du premier secteur de Marseille, revient sur les propros«discriminatoires» et «racistes» tenus par Karim Zéribi, Claire O'petit et Gilbert Collard dans Les Grandes Gueules sur RMC, après l'expulsion des Roms de la Porte d'Aix.

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La RATP affrète un tramway pour évacuer des Roms

01 SEPTEMBRE 2011 | PAR LA RÉDACTION DE MEDIAPART

Lire aussi

Mercredi 31 août, la régie des transports parisiens (RATP) a mis à la disposition de la police une rame de tramway pour l'évacuation d'un camp de Roms à Saint-Denis, rapporte France Bleue. Une centaine de personnes expulsées manu militari auraient été embarquées dans les wagons direction Noisy-le-Sec, et des enfants séparés de leurs parents selon Médecins du monde. Sud-RATP sur France Info a rappelé que«la gare de Bobigny a été le théâtre de déportations durant la Seconde Guerre» mondiale. La direction de la RATP a nié toute responsabilité, chargeant «un cadre local», qui pensait bien faire alors qu'aucune réquisition de la préfecture n'aurait été formellement déposée.

Pendant la guerre, quelque 6.500 Tsiganes ont été déportés dans une trentaine de camps. Exterminés par les nazis en Europe, l'internement des «nomades» français fut de la seule décision du régime de Vichy.

A écouter sur France-Info

Expulsion des Roms de Saint-Denis : les transports publics au service de la répression

01 Septembre 2011Par Ivan Villa


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Communiqué de Karima Delli (posté par Equipe parlementaire le 01/9/11)Mercredi 31 août, les forces de l’ordre ont évacué un camp de Roms d’une centaine de personne à Saint-Denis. Des enfants ont notamment été embarqués par les forces de l’ordre séparés de leurs parents, et transportés dans une rame de tramway mise spécialement à la disposition de la police par la RATP.

Pour Karima Delli, députée européenne Europe Ecologie les Verts, « Ce procédé est scandaleux, insupportable, depuis quand les transports publics sont tout simplement mis au service de la répression au détriment du respect des droits fondamentaux ! Les services de transports publics ne sont pas destinés à faciliter des opérations policières. »

Cette expulsion est la seule réponse politique apportée par l’Etat. Au lieu de chercher les moyens de loger ces familles dans des conditions décentes de vie, les autorités préfèrent se mobiliser pour les traquer et les envoyer toujours plus loin. C’est une véritable fuite en avant des responsabilités de l’Etat.

Pourtant, souligne Karima Delli, « l’Union européenne a dégagé des moyens pour financer des projets d’inclusion des communautés marginalisées, notamment les Roms. Mais la France n’utilise pas ou peu ces fonds en leur faveur. »

Karima Delli rappelle également que le Parlement européen a voté en février dernier une stratégie sur l’intégration des Roms. « Cette stratégie prévoit notamment de lutter contre les violations des droits fondamentaux des Roms, comme la discrimination, la ségrégation, les discours de haine, le profilage ethnique et les empreintes digitales illégales, ainsi que les expulsions. L’Etat français fait encore figure de mauvais élève en la matière puisqu’il favorise les expulsions plutôt que l’intégration de ces populations».

Rédigé par Cécile Pellerin, le mercredi 07 septembre 2011 à 13h07

Comme ce livre est beau… mais tellement triste ! Page après page, le chagrin et la douleur sont racontés avec beaucoup de poésie, d’intimité et de profondeur et vont droit au cœur, bouleversent le lecteur, submergé par une émotion vive, imprégné entièrement du texte et des personnages qui le composent, si expressifs et attachants jusqu’à créer une empathie réellement troublante.


Certes, une histoire qui fait de la peine, peut brouiller votre regard déjà humide et faire naître de réels sanglots mais tellement resplendissante de grâce et de pureté qu’on ne peut s’empêcher de l’aimer, de frissonner, malgré tout, d’un bonheur rare et puissant. Une lecture envoûtante, exceptionnelle dont on ne sort pas indemne mais qui fortifie et rend meilleur, c’est certain. Si vous pleurez, faites-le sans honte, le texte est sublime et, au regard de l’actualité, nécessaire et précieux.
v-25413.jpgSur les bords du Danube, dans le camp slovaque de Supava, le vieux Miklus raconte son peuple. Sans fard, sans mentir, avec un ton un peu brutal, teinté de colère, de désillusion et d’amertume (les faits ne sont pas drôles), il décrit la communauté Rom dans toute son âme et crie sa désolation aussi. La boue, la poussière, le vent, la saleté, la misère, mais aussi la musique, la fraternité, l’amour jusque dans la folie : tout est poésie, beauté tragique, blessures profondes et peine à la fois.
Une histoire de douleurs, une odeur de mort, qui se racontent comme une délivrance pourtant, « une mélodie qui donnait le frisson dans la gorge, et nous la redemandions, parce que les larmes qu’elle nous arrachait, mais que nous retenions car nous étions des hommes, nous conduisaient au plus profond de nous-mêmes. En même temps, elle était un baume sur nos blessures qui, soudain mises à vif, ne faisaient plus qu’une », car le silence étouffe et condamne à jamais ; Miklus l’a bien compris.
Ce peuple, rejeté de toutes parts, sans patrie reconnue ou identité légitime : « Le Rom, il tient comme il peut, ballotté d’un courant d’air à un autre, le vent s’engouffre partout où il pointe son nez. Il n’est attendu nulle part, vous le savez bien, on le refile à son voisin ; à peine a-t-il posé sa famille qu’on le fait déguerpir, et on l’accuse de ne pas tenir en place », incarne la souffrance et le malheur perpétuels, le désespoir le plus sombre et la colère la plus vaine.
Un peuple privé du droit d’être heureux mais dont certains êtres étincellent pourtant de grâce, illuminent le campement, comme Dilino, l’enfant fragile et malmené, ou encore Chnepki à la voix somptueuse et Lubko, le gadjo, le faiseur de marionnettes et musicien envoûtant et puis, enfin Maruska. Mais tous, sont condamnés : « une farce que le bonheur, il n’est finalement jamais là où l’on est ».
A travers ces personnages, l’auteur dépeint avec un attachement profond (sans doute bien documenté) l’ensemble d’une communauté opprimée qu’aucune société ne parvient (encore aujourd’hui) à intégrer. Que ce soit la scolarisation « Déposer le romani à la grille, pas moins que ça, c’était le prix à payer pour franchir le seuil de la skola en question […] on vous sommait de le désapprendre », ou bien l’attribution de logements plus conformes :
« Les portes étaient des intruses dans nos vies, du silence et de la solitude qui nous empêchaient de respirer, et c’est justement de ça dont nous ne savions pas nous passer, la respiration de l’autre à proximité ».
L’échec est là, si évident et subrepticement alors, avec une grande sensibilité, l’auteur semble vouloir interpeller le lecteur mais sans jamais le malmener. Car ce texte n’a rien d’un plaidoyer en faveur des Roms ; il est plus que cela, mieux que cela : Un hommage vibrant, plein de poésie, aux êtres fragiles malmenés par la vie ; un précieux hymne à la tolérance. Un sacré beau livre !

L'APPORT DE LA CULTURE RROM AU PATRIMOINE ARTISTIQUE EUROPÉEN. LE MYTHE DE L'ORIENT ET DE L'ERRANCE 09 Avril 2011 Par MONIQUE RICCARDI-CUBITT

DEPUIS DES SIÈCLES LA CULTURE EUROPÉENNE EST IMPRÉGNÉE DE L'ESPRIT RROM DANS L' ART, LA MUSIQUE, LA LITTÉRATURE.

PRÉAMBULE. MYTHES, ORIGINES, HISTOIRE

Je suis les fils mais le temps ne me laisse pas le temps : "ils cassent le monde en petits morceaux, et ça me fait mal" (Boris Vian)

Après chaque lecture, il faut ramasser les rêves brisés et essayer de desserer le coeur !

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