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Tchernobyl, l’absinthe, en Ukraine, ou le petit musée de la catastrophe

La Diagonale de Tchernobyl est un projet esthétique (d’abord politique, bien entendu) inspiré par les écrits de Paul Virilio qui propose d’accumuler des objets, pièces les plus authentiques possibles issues de Tchernobyl, pour les présenter théâtralement au cours d’une visite guidée. Ici, par une femme à la peau translucide et aux yeux transparents.

Véronique BoutrouxVéronique Boutroux© Compagnie Brut de béton, 2007

Sa fragile silhouette soulignée d’un impeccable chemisier blanc cru, elle traverse les rangs des quelques spectateurs un peu cois, interdits au milieu d’objets épars – icône avec arbre au supplice décharné au centre, pierre de graphite destinée au sarcophage du réacteur, cartes de la région sinistrée coloriées au crayon , bougie plantée sur tartine de pain, bol de lait non filtré et dans un état plutôt avancé, photos d’une population qui survit dans les décombres... – et, les yeux dans les yeux, elle s’adresse posément à chacun, d’une voix douce et grave venue d’une humanité pas si lointaine que nous ne soupçonnions pas, ou que nous préférions ignorer sans doute, et qui vient se rappeler à nous à travers elle.

Elle prévient d’emblée : pas de photo, pas d’enregistrement, en signe de respect à ceux qui restent là-bas, encore vivants ou déjà morts, pendant que nous apprenons ici, les conditions concrètes de leurs existences.

Nous entendons le mensonge des États, le déni des populations : ainsi le maire de ce village à proximité ; il a envoyé ses enfants ailleurs, au loin ; il répète avec une inlassable langue de bois qu’ici on meurt comme partout de n’importe quoi sauf de la radioactivité ; et il reste là, avec ses administrés, à commémorer en leur compagnie le désastre de ce dimanche 26 avril 1986 où il avait fallu évacuer des milliers d’individus et leurs animaux domestiques ou d’élevage... Il y avait mille vaches dans un seul kholkoze en 1986 ; 25 ans plus tard, il en reste un peu moins de cent. Un seul cheval reste de ce kholkoze, que garde Serguei, désormais seul lui-même à 40 ans et qui demande si c’est mieux, vivre ailleurs. La campagne est paisible ; c’est vrai, la lumière y est d’une blancheur neigeuse. On pourrait même enrichir les sols et ça coûterait seulement quelques unités en monnaie locale, seulement, voilà ! c’est encore trop cher au grè des autorités nationales. Il faudrait filtrer le lait pour éviter les irradiations, mais il n’y a plus de filtres, le stock n’est pas réassorti et les mères servent donc le lait non filtré à leurs enfants. Les enfants courent après un ballon, comme tous les enfants du monde... et s’essouflent aussi plus vite qu’aucun autre.

Un samedi soir près de TchernobylUn samedi soir près de Tchernobyl© Véronique Boutroux

Il y a des bals. Des mariages. Un millier de morts pour un peu moins de cent naissances. Quelques irréductibles ont refusé de quitter les lieux, enterrent leurs proches, soignent leurs tombes, entretiennent leurs souvenirs et attendent en silence...25 ans plus tôt, dans ces jours de catastrophe mondiale, un million de jeunes hommes de la région pris dans leur période de service militaire obligatoire s’étaient « portés volontaires » (sic) pour refroidir le réacteur en fusion : à la pelle ou à la main, ils lançaient des pierres de graphite dans la centrale nucléaire. Un million de liquidateurs. Ceux qui se sont approchés trop près ou trop longtemps, trop souvent, sont morts plus vite que les autres. Les autres ensuite. Les survivants reçoivent une médaille et l’équivalent de 40 euros par mois, parfois refusés car il faut avoir pu prouver sa présence lors de l’événement. Les compagnes qui restent à leurs côtés épongent des os saillants, qui ont percé de par l’intérieur du corps la maigre peau qui les enveloppe encore, agonisant sur leurs chaises roulantes : les médecins ne connaissent pas ces maladies. La médecine ne reconnaît pas une maladie capable de faire perdre 8 % d’une population en 20 ans (il y a 1 200 morst pour 300 naissances). Ce ne sont pas des maladies, ce sont des effets. Inconnus. Non reconnus par l’OMS. Non indemnisés.

LL© Véronique Boutroux

Une jeune journaliste, élégante, splendide, un bouquet à la main, à la porte d’une maison. On devine toutes ses tentatives pour faire connaître et reconnaître le désastre, sa participation à la révolte orange, les boulots perdus, les boulots alimentaires, les difficultés familiales. Son espoir. Sa fille, en bonne santé. Mais parle-t-on de la santé quand on se rend près de gens entourés de plaies vives ?

Véronique Boutroux, la comédienne, est jeune et belle. C’est la parole, le texte qu’elle nous dit qui authentifie les pièces de ce musée. Quand je lui dis le scandale qu’est pour moi l’indifférence ; elle sourit tristement, sans commentaire. Plus tard, dans la conversation, elle lancera comme dans ces grandes inspirations qu’on prend pour respirer :

Je vais y retourner. Ça leur fait du bien qu’on revienne les voir.

Je sens peser sur moi la chape de plomb d’une humanité déchirée par on ne sait quoi qui ne devrait pas être là et s’impose malgré tout, malgré nous, et où le tragique le dispute au pathétique. Le cynisme de nos dirigeants est incommensurable.

Jean-Jacques M’µ

Petit musée de la Catastrophe, 30 minutes, à 18h30 jusqu'au 14 mai 2011 au Lavoir Moderne Parisien, 35 rue Léon 75018 Paris. Métro Château rouge.

Réservations : 01 42 52 09 14 – resa@rueleon.net

 

 

Pistes de lecture, films :
La supplication
De Svetlana Alexievitch, Éditions J.C. Lattès et J’ai lu, traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain ; Collection : Littérature générale, Document, ISBN : 2-290-34360-9, EAN : 9782290343609, 1ère édition Éditions 1998 chez Jean-Claude Lattès, Date de parution : 10.08.2004, J’ai lu 2004, 5,60 €, 249 p.
Les silences de Tchernobyl, l’avenir contaminé
Réalisateur : Guillaume Grandazzi, Frédérick Lemarchand
Livre broché, 19,00 €, 234 pages, date de parution : 27 avril 2004, réédition mai 2006, ISBN-10 : 2-7467-0491-9, ISBN-13 : 978-2-7467-0491-6
La diagonale de Tchernobyl, textes courts
“Monologue sur” Marie-Hélène Lafon ; “5 textes” Thierry Marc ; “Alourdir la peine” Jacques Serena ; “Le paradis existe” Vincent de Swarte ; “Blasphème, polyphonie des enfers” Patrick Da Silva ; “Je m’en souviens” Fabrice Combes ; “La porte” Jean-Pierre Spilmont ; Brut de béton production - décembre 2005 - 52 p - ISBN : 2-912895-10-3 - 10 €
Tchernobyl, confessions d’un reporter
Igor Kostine, coédition Corbis/France Inter, date de publication : mars 2006, 240 pages, 34,80 €
Le crime de Tchernobyl, le goulag nucléaire
Wladimir Tchertkoff Éditions Actes Sud, 717 pages, 25,00 €
Le sacrifice
Film documentaire, réalisation Wladimir Tchertkoff, durée 23 mn, version originale sous-titrée.
Controverses nucléaires
Film documentaire, réalisation Wladimir Tchertkoff, durée 51 mn, version française
Coffret regroupant les 2 films notamment disponible auprès du Réseau Sortir du nucléaire (boutique sur www.sortirdunucleaire.org)
Brut de béton : http://www.brut-de-beton.net/compagnie.phpLa Diagonale de Tchernobyl : http://diagonaletchernobyl.free.fr/actualites.htm  

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c’est la vie paisible ici
(ça peut pas être pire)
Chronique de Bruno Boussagol parue dans Cassandre, été 2006

Printemps à TchernobylPrintemps à Tchernobyl© Véronique Boutroux

Dire de la ville de Tchernobyl qu’elle est au bout du monde n’est pas une métaphore.

Tchernobyl est au bout de notre monde, de ce monde que nous avons espéré, inventé et construit. 

Tchernobyl est au bout du meilleur des mondes. On ne pourra jamais faire mieux.

À Pripiat – ville modèle et nouvelle de 50 000 habitants située à 5 km de la Centrale – il y a un théâtre tellement contaminé que nous n’y avons finalement pas été autorisé à jouer. Il y a aussi un cinéma : le cinéma Prométhée ! Une piscine olympique, des crèches, des hôtels... et un Luna Park qui devait être inauguré le 1er mai 1986.Cette cité radieuse – accomplissement de tous les savoirs – fut évacuée de la totalité de ses habitants le 27 avril 1986 au lendemain de l’incendie du réacteur n°4 de la Centrale de Tchernobyl. À ce jour cette ville reste absolument invivable pour des milliers d’années. De même que des milliers de km2 alentours en Ukraine, en Biélorussie et en Russie.
Des centaines de villes et de villages furent également évacués de leurs habitants et animaux domestiques.
Personne à l’est comme à l’ouest du monde ne put croire qu’une utopie se consumait et que ses cendres allaient contaminer “le vivant”.
Pourtant, une armée des ombres allait être levée dans toute l’Union Soviétique pour sauver son âme.

Un million de jeunes hommes extraits de la routine pour vivre une expérience exceptionnelle furent nommés “liquidateurs” de la plus impensable catastrophe technologique de l’histoire de l’humanité. Héros presque anonymes d’une machine de guerre dont les dirigeants refusaient la responsabilité et les robots le programme.
Alors qu’ils creusaient des galeries sous le réacteur, qu’ils couraient sur les toits transportant le graphite brûlant, qu’ils nettoyaient les routes, les maisons, les kolkhozes, qu’ils traquaient et tuaient les animaux domestiques et sauvages, qu’ils construisaient le sarcophage, des centaines de milliers d’enfants, de vieillards et d’adultes étaient “déplacés” d’un bout à l’autre des Républiques soviétiques.

Tenue du liquidateur  Tchernobyl, avril 1986Tenue du liquidateur Tchernobyl, avril 1986© Archives
Et presque personne pour écrire cela et presque personne pour raconter cela, cette impensée de l’aventure humaine.

“Tu étais poussière et tu retourneras à la poussière radioactive”.

Quel théâtre faire de cela ?

Quelle peinture ?

Quelle danse, quelle littérature, quelle chanson ?

Depuis huit ans, je vais à Minsk, à Gomel, à Kiev, à l’orée des zones contaminées de Biélorussie et d’Ukraine, exceptionnellement dedans. Je suis les traces que Svetlana Alexievitch a inscrites dans sa “Supplication”.Ce paysage, ce plat pays me hante*.

Lieu de l’attente éternelle que rien ne peut plus se passer. Ce pays que Samuel Beckett a inventé pour attendre Godot. La vie y est paisible, ça ne peut pas être pire.

À quelques un(e)s, nous nous sommes approchés du sarcophage le 25 avril dernier pour rendre un hommage public à ceux qui y avaient sacrifié leur vie depuis 20 ans.Jusqu’au dernier moment, nous attendions l’autorisation administrative d’entrer dans la “zone interdite”. À 15h, nous étions devant le poste frontière de la zone. À 16h, on est venu nous chercher. On nous a accordé quatre heures devant le sarcophage. Quelques journalistes nous attendaient.
À voix nues, en écho aux sons d’une harpe, d’un harmonium, d’une scie musicale, de deux flûtes et d’un carillon, nous avons chanté et proféré les dires de la “prière de Tchernobyl”. Cette prière à 100 voix rédigée par Svetlana Alexievitch, désormais matrice de l’écriture contemporaine enchâssée dans le réel de notre futur.

Était-ce un acte artistique ?En tous cas, pas un acte rituel : nous n’irons plus jamais à Tchernobyl.

Était-ce un acte rédempteur ?
En tous cas, pas mystique bien que nous ayons lu les phrases de l’Apocalypse qui nomme absinthe (c’est le sens du mot Tchernobyl en ukrainien) la vision de Jean d’un astre de feu qui pollue fleuves et sources.
Jouer pour les morts est-ce jouer ?Est-ce un acte théâtral ?
Nous en revendiquons le dépouillement dans toutes les acceptions du terme : aucun public, mais quelques témoins ; pas d’aire de jeu, mais une surface de protection constituée d’une bâche en plastique laissée après notre départ comme déchet radioactif ; pas de décor, mais une masse sonore accrochant le regard (le sarcophage n’est pas un décor) ; des acteurs(trices) au sens strict...

Puis nous avons rejoint les vivants. Ceux du coin. Durant trois semaines nous avons vécu et fait notre travail à Volodarka, un village faiblement contaminé en cesium 137, mais enclavé dans La zone.Paradoxalement un temps de joies simples, de rencontres denses, de fêtes diurnes et nocturnes, de cérémonies, de représentations.

Retour en France.Un courrier de l’Institut des villes m’attend.
C’est un livre.
Un cadeau venu du passé.
En exergue une phrase énigmatique de Edmond Hervé “ce livre n’est pas seulement pluriel, il est collectif.”

Titre : NOUVEAUX TERRITOIRES DE L’ART.

Je me projette dans un moment et un lieu qu’il me fut difficile d’oublier : Marseille-février 2002 à la dite friche Belle de mai.
Un temps d’euphorie collective de la part des organisateurs cachant les contradictions et l’impression de délire (au sens psychanalytique) émanant des discours et contributions individuels.

À l’exception notoire d’Aminata Drama Traoré**, chacun des 80 orateurs était pris par la rhétorique de son propre savoir. Vertige de l’admiration de Je quand il n’est pas un Autre.

La lecture des actes de ce colloque confirme le diagnostic : chacun construit son propre territoire pour mieux se protéger du monde. Et l’appropriation des friches industrielles comme “nouveaux territoires de l’art” n’est qu’un leurre pour mieux éloigner le service public du champ de l’art et de la culture.

Au fait quelqu’un serait-il intéressé par la friche de Tchernobyl ?

* Lire Les Silences de Tchernobyl, éditions Autrement pages 237 à 243

** Lire Nouveaux territoires de l’art - sujet objet, éditions pages 138 à 140

contact Direction générale et mise en scène : Bruno Boussagol
Conception plastique : Pierre della Giustina
Coordination musicale : Thérèse Bosc
Technique : Michel Grossard et Joachim Bosc
Médiation culturelle : Nathalie Robin
Coordination : Mathilde Gay
La diagonale de Tchernobyl - Brut de béton production - 25, rue Carnot -
B.P. 9 - 63160 BILLOM
Tél : 04 73 68 46 15 - Fax : 04 73 73 34 85
Siège social : 25 rue Montlosier - 63000 Clermont-Ferrand

compagnie at brut-de-beton.net
www.brut-de-beton.net
http://diagonaletchernobyl.free.fr
Webmaster : Yannis Frier - Tarmakada, collectif de créateurs multimédia
tarmakada at free.fr
www.tarmakada.com

liens

Brut de béton : www.brut-de-beton.net
Grand Chahut Collectif : www.grandchahut.com
Sortir du nucléaire : www.sortirdunucleaire.org
Crilan : www.crilan.org
Citoyens du monde : citmonde.free.fr
Puy-de-Dôme Nature Environnement : perso.wanadoo.fr/pddne
Confédération paysanne :
www.confederationpaysanne.fr
Dissident média : www.dissident-media.org/infonucleaire
Stop EPR : www.stop-epr.org
DRAC Auvergne : www.culture.fr/Groups/auvergne/home
Les enfants de Tchernobyl : www.lesenfantsdetchernobyl.fr
Projet d’éoliennes parrainées par des enfants : www.vents-houyet.be
Troisième Rive :
www.troisiemerive.com
Hors Champ : www.horschamp.org




Il y a moyen d’agir contre l’indifférence (c’est fou le nombre de gens payés à nous dire qu’ils n’ont pas les compétences pour prendre en charge une partie des souffrances provoquées par les systèmes qui les emploient) :

- en plus de SORTIR DU NUCLÉAIRE,

il y a aussi :

la CRIIRAD : http://www.criirad.org/
Commission de Recherche et d’Information indépendantes sur la Radioactivité

471 Avenue Victor Hugo
26000 VALENCE - FRANCE
Tél. +33 (0)4 75 41 82 50
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- le droit à l’information sur la radioactivité et le nucléaire
- le droit à la protection contre les dangers des rayonnements ionisants
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Un laboratoire agréé spécialisé dans les mesures de radioactivité :
- analyses ponctuelles, études d’impact, contre-expertises : laboratoire@criirad.org
- dépistage de radon et diagnostics des bâtiments affectés : radon@criirad.org
- vente de radiamètres (renseignements et formations) : radex@criirad.org
En savoir plus - Consulter les agréments détaillés
 

La pectine a des propriétés entérosorbantes, c’est-à-dire qu’elle peut adsorber certains métaux lourds et radionucléides lors de son passage dans le tube digestif. Cette propriété pourrait être liée à sa capacité à échanger des ions.

PectinePectine© Schéma moléculaire

La pectine est, selon des scientifiques biélorusses, capable d’aider l’organisme à ne pas absorber certains radionucléides, dont le césium 137 radioactif, et ceci, sans les effets secondaires des chélateurs chimiques, mais avec d’autres effets. Elle semble aussi pouvoir aider l’organisme à mieux ou plus rapidement se débarrasser du Césium qu’il contient.Son efficacité est discutée, mais la pectine est par exemple utilisée en complément alimentaire chez les enfants vivant dans les zones exposées aux retombées de Tchernobyl, qui sont victimes de pathologies liées à l’accumulation du césium ingéré avec la boisson ou la nourriture.  

Le Professeur Vassili Nesterenko[1] cite[2] une expérience ayant porté sur 64 enfants du district bélarus de Gomel, très contaminé par les retombées de Tchernobyl. Ces enfants ont passé un mois dans un sanatorium où ils n’ont consommé que de la nourriture non contaminée. Un groupe-témoin a pris de la pectine matin et soir ; l’autre, un placebo. Après un mois, les enfants du groupe pectine ont vu leur taux de césium 137 diminuer de 62,6 %. Dans l’autre groupe, le césium n’a baissé que de 13,9 %[3]. Le Pr Nesterenko a comparé les comprimés effervescents ukrainiens de pectine de pomme à des algues connues pour leur capacité de fixer le césium (spiruline), ainsi qu’à une préparation développée à Minsk, tirée des résidus séchés de pomme, obtenus après l’extraction du jus. Les experts du Centre de Recherche de la Commission Européenne à Ispra ont analysé cette préparation et noté qu’elle contient 15 à 16 % de pectine. Mélangée à de l’eau ou du lait, cette forme galénique est mieux acceptée et tolérée par les enfants et au moins aussi efficace que les tablettes effervescentes d’Ukraine, et beaucoup plus efficaces que la spiruline. 

Ces résultats ont justifié le développement par l'Institut BELRAD de cette poudre enrichie de vitamines et d’oligoéléments, sous le nom de Vitapect®. Vitapect® a été enregistré en Biélorussie et donné aux enfants de villages fortement contaminés, pour des cures de 3 à 4 semaines. Environ 200 000 enfants de Biélorussie ont reçu cette préparation, avec un contrôle radiamétrique du Cs137 incorporé, avant et après la cure. Nesterenko a aussi démontré que 3 à 4 cures de 4 semaines de pectine par an, distribué aux enfants dans les écoles de villages hautement contaminés, parvenaient à maintenir la charge en Csl37 au-dessous du seuil de 50 becquerels par kilo de poids (Bq/kg), seuil à partir duquel Bandajevsky observe des lésions irréversibles au niveau du cœur, de l’œil, du système immunitaire et endocrinien, ou d’autres organes[4].  

L’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest a également en France trouvé que des enfants ayant reçu de la pectine lors de leur séjour en France ont vu leur contamination au césium 137 baisser de 31 % en moyenne contre seulement 15 % chez ceux qui n’en ont pas reçu hors la part naturellement présente dans l’alimentation. Toujours selon l’ACRO, la pectine augmente et accélère l’exportation du césium, mais moins rapidement que le disent ceux qui l’ont promu[5].  

Des ONG aident les familles à se fournir en « Vitapect », pour que leurs enfants puissent en faire des cures régulières (3 par an idéalement, selon les promoteurs de la pectine), tout en ayant conscience qu’une meilleure solution serait de reloger les familles dans des zones non contaminées.  

De ces informations, il n’est pas, non plus, tout à fait interdit de tirer la supposition que certaines ONG soient le bras actif d’intérêts occultes qui s’opposeraient, aussi bien pour le lobbie nucléaire, que pour pour celui des pharmacies indirectement liées à l’industrie nucléaire, ou, encore pour les institutions soucieuses de faire oublier les populations ainsi sacrifiées en véritables cobayes humains sur place. Resterait encore, dans ce cadre, à pouvoir/savoir identifier nominativement les forces en présence.

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  1. Directeur de l’institut indépendant de Radioprotection Belrad. Vassili Nesterenko (2 décembre 1934 - 25 août 2008) est un physicien, qui fut directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des sciences de Biélorussie. Il est connu pour avoir été parmi les premiers à avoir alerté l'opinion publique internationale sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl, sujet qui a occupé toute la fin de sa vie, de 1986 à 2008).
    Il s'est illustré par sa volonté de contribuer à informer les populations bélarusse et du monde de la réalité et de la hauteur des dangers (c'est lui qui a prévenu ses collègues polonais de la gravité de l'accident, ce qui a permis grâce à une distribution rapide de pastilles d'iode d'éviter en Pologne l'épidémie de cancer de la thyroïde que la Biélorussie a connue). Il a cherché à limiter les effets sanitaires de la catastrophe, et aussi à en limiter l'ampleur dès sa survenue ; il est intervenu comme liquidateur sur le site de la catastrophe pour larguer par hélicoptère - directement dans le réacteur en fusion - des containers d'azote liquide afin de le refroidir. Sur les quatre passagers de son hélicoptère, trois sont morts des suites de cette irradiation et contamination.
  2. Article de Libération, du 8 mai 2004 [archive].
  3. (en) V.B. Nesterenko et al, Reducing the 137Cs-load in the organism of « Chernobyl » children with apple-pectin, Swiss Med wkly, 134 (2004) p. 24.
  4. (en) Bandazhevsky Y.I. Chronic Csl37 incorporation in children’s organs, SMW 133: 488-490, 2004 www.SMW.ch / Bandajevsky Y.I. & Bandajevskaya G. revue de cardiologie française CARDINALE Tome XV, no 8 p. 40-43, octobre 2003.
  5. Page de l’ACRO consacrée à la pectine [archive] (décembre 2004).

 

*** J'ai reçu deux étés une petite fille de Biélorussie et ces séjours ont pu aider à renforcer ses défenses immunitaires... Ce temps a permis aussi des soins dentaires: incisive cassée, et une paire de lunettes plus que nécessaires...

Ce furent deux étés riches d'anecdotes parfois très drôles... Ils m'ont laissé de bien beaux souvenirs.

Merci JJMU pour ce billet et les infos et liens précieux qu'il apporte.

Il y a aussi ce livre :
Pripyat : vert comme l'enfer

de Cécilia Colombo, prologue de Jean-Louis Marteil
La Louve éd.
Paru le 19 septembre 2007 (Véronique avait dit qu'il était bien).
et celui-ci : La Centrale
de Filhol, Élisabeth
Un ouvrier sillonne la France, comme des milliers d'autres, pour intervenir sur les 58 réacteurs des 19 centrales nucléaires, lors d'opérations annuelles de maintenance. Sa situation professionnelle précaire est aggravée par le stress et par la menace constante qui plane à chaque mission en zone contrôlée.
Premier roman. Prix France Culture-Télérama 2010.

à Capucine,

Je ne suis pas loin de penser que votre démarche à recevoir ces enfants de Biélorussie est du même ordre que celle de l’équipe Brut de béton se rendant régulièrement à Tchernobyl pour venir nous proposer ce petit musée de la catastrophe, qui remue.

Là est sans doute la fameuse parole vraie de l'artiste parrêsiaste que cherchait Michel Foucault dans ses dernières conférences au Collège de France (il s'était éteint deux ans avant la catastrophe).

Mes enfants (fils et belle-fille d'origine ukrainienne) ont reçu naguère deux petites personnes adorables dont l'une portait un foulard bien serré... Et pour cause. Des fous-rires et des émerveillements pour un séjour entre parenthèses. Et les regards de connivence entre une mamie qui savait déjà, et la petite qui savait aussi... Où sont-elles aujourd'hui ? Merci pour ce rappel indispensable.

 

Voir aussi http://blogs.mediapart.fr/blog/ben-boukhtache/270411/tchernobyl-par-elena-filatova

Sur Twitter (Inconnu) :

museecata.jpgSpectacle conçu par Bruno Boussagol, photographies, écriture et jeu de Véronique Boutroux.

Après les premiers émois suscités par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, qui s’est produite en 1986 à la frontière de l’Ukraine et de la Biélorussie, l’événement s’est inscrit dans l’Histoire à la fois comme une fatalité et un événement exceptionnel qui n’arrivait qu’une fois et surtout aux autres, et surtout aux pays derrière le rideau de fer.

Compte tenu de la courte mémoire historique de l’homme du 21ème siècle, qui n’excède pas sa propre durée de vie, qui, 25 ans après, jusqu’au séisme japonais du 11 mars 2011 qui a entraîné l’accident nucléaire de Fukushima, s’en souciait encore ?

Une chape de plomb pèse notamment sur "l’après" mais comme les sarcophages de béton coulés par le consortium Vinci-Bouygues sur les réacteurs, pour tenter de les dissimuler au regard et de les enfouir dans la mémoire des générations sacrifiées, comportent des fissures, il existe toujours des hommes de bonne volonté qui n’ont pas renoncé.

Depuis 1995, la Compagnie Brut de Béton, fondée et dirigée par Bruno Boussagol, qui travaille sur "la part maudite que toute démocratie produit", a inscrit dans son champ d’intervention la thématique et la problématique liées à cet accident majeur en termes de vies humaines, les victimes immédiates de la catastroph, les victimes dites secondaires décédées des suites de maladie dues à l’irradiation et le million d’hommes, surnommés "les liquidateurs" payés 4€ par jour pour opérer les travaux de décontamination, et de catastrophe écologique.

L’expédition sur place de "la diagonale de Tchernobyl" et plusieurs spectacles ("Elena ou la mémoire du futur", "Tchernobyl now", "Le sacrifice", "Zone interdite") ont concrétisé cet engagement dont "Le petit musée de la catastrophe", créé en 2007, une représentation théâtrale conçu comme une "traversée documentaire et poétique" à partir d’une visite guidée dans la pièce-musée de Krasyatichi consacrée à la catastrophe.

Une femme douloureuse, chétive, la peau diaphane, les yeux d’eau pâle, parfois égaré et cependant intense quand elle capte votre regard, guide le spectateur-visiteur dans un petit musée dérisoire au regard des normes de la muséographie : quelques pauvres objets dérisoires et des photos en noir et blanc de mauvaise qualité, point d’esthétisme de photojournaliste.

Elle commente à sa manière, non pas celle d’un guide patenté portant le discours officiel, mais celle d’une femme qui a vécu dans le petit village de Pripiat, situé à quelques kilomètres de Tchernobyl, ville modèle conçue pour l’hébergement des employés de la centrale devenue ville fantôme, et qui vit encore à proximité dans le village de Krasyatichi dans un monde de désolation abandonné de tous, même des autorités locales, un monde pétrifié dans lequel errent encore quelques figures humaines, mais où le ciel est bleu, où chantent encore les oiseaux et dans lequel les enfants dessinent leur village surmonté d’un arc-en-ciel. Car dit-elle "ici nous vivons comme partout ailleurs".

Oui mais l’histoire de Vassia, Serguei, Sacha, Natalia, et les données chiffrées sont terrifiantes : 160 000 km² contaminés, 35 centimes d’euros par mois pour acheter de la nourriture "propre", 2 000 ans pour que baisse de moitié la radioactivité, Kiev, située à 110 km de la centrale, déclassée en termes de dangerosité parce que l’évacuation de plusieurs millions de personnes n’était pas envisageable. Et puis, pied de nez du destin à moins que ce ne soit une anticipation visionnaire, ce sont des sociétés japonaises qui depuis deux ans interviennent sur place pour des essais de décontamination du sol par des cultures de colza.

L’officiante, bouleversante, est la comédienne Véronique Boutroux qui est l’auteur des photos et raconte la vie des vrais gens qu’elle a rencontrés.

Une réflexion à mener alors que le président de la Commission européenne a annoncé le 18 avril un engagement supplémentaire de 110 millions d'euros pour le financement de projets de réhabilitation du site de Tchernobyl et que le bien nommé ministère ukrainien des situations d’urgence a ouvert la zone interdite, la centrale et une périphérie de 30km, au tourisme.

Tchernobyl: un des photographes se souvientLundi 25 avril 2011, 19h55

AP (article de Anna Melnichouk)

Peu après l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 26 avril 1986, le photographe Igor Kostine s'est rendu dans la zone de danger: les radiations y étaient si fortes qu'elles ont entièrement voilé ses pellicules photos. Vingt-cinq ans après, le photographe se souvient: fortement irradié, Igor Kostine aujourd'hui âgé de 74 ans a survécu, au prix de plusieurs hospitalisations et opérations de la thyroïde. Mais nombre de ses camarades, et des "liquidateurs" qu'ils accompagnaient, sont morts des suites de cancers. Lire la suite l'article

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Discussion: Ukraine

Dans les heures qui ont suivi l'explosion du réacteur numéro quatre de Tchernobyl, en Ukraine, le reporter de l'agence Novosti s'est débrouillé pour embarquer dans un hélicoptère survolant la centrale. A cet instant, les autorités soviétiques tiennent encore l'accident secret. Igor Kostine, prévenu par un informateur, est un des premiers sur les lieux.

Igor Kostine se souvient encore de la voix du pilote, à bord de cet hélicoptère au plancher recouvert d'une carapace de plomb, annonçant des niveaux de radioactivité alarmants.

"Les ruines du réacteur sont sur la droite", se rappelle le photographe. "'Cinquante mètres du réacteur, 250 Roentgen', dit le pilote. J'ai ouvert le hublot et shooté (le réacteur éventré). C'était stupide", dit-il.

Aucune image ne subsiste de ce survol, au coeur du nuage radioactif: les rayons ont surexposé les pellicules, qui deviennent noires. Neuf jours plus tard, Igor Kostine et deux autres photographes, Valery Zoufarov et Volodymyr Repik, sont autorisés officiellement à se rendre sur place. Igor Kostine accompagne les "liquidateurs", ces soldats envoyés déblayer les décombres de la centrale.

Sur le toit du bâtiment voisin du réacteur détruit, Kostine doit travailler vite. "Ils comptaient les secondes pour moi. Une, deux, trois. Quand ils annonçaient '20', je devais descendre du toit. C'était l'endroit le plus contaminé, avec 1.500 Roentgen par heure. La dose mortelle est de 500 Roentgen", a expliqué Igor Kostine à l'Associated Press. "La peur est venue après".

"C'était une autre dimension: les ruines du réacteur, les gens avec des masques", inefficaces contre les radiations, "les réfugiés. Tout ça ressemblait à la guerre", contre un ennemi "invisible, silencieux, et donc encore plus dangereux".

Les soldats, qui se relaient par équipes de huit hommes, ne peuvent pas travailler plus de 40 secondes sur le toit du bâtiment du réacteur quatre. Portant une lourde combinaison doublée de plomb, qui entrave leurs mouvements, ils ont à peine le temps de jeter quelques pelletées de débris du toit dans le trou béant creusé par l'explosion.

Anatoly Rasskazov, photographe officiel de la centrale, fut le premier à travailler sur place, prenant des clichés et réalisant une vidéo le 26 avril à midi, un peu moins de 12h après l'explosion survenue vers 1h30 du matin. Les images furent soumises à une commission spéciale le 26 avril à 23h, et saisies immédiatement par les services de renseignement, explique Anna Korolevska, directrice adjointe du musée Tchernobyl à Kiev.

La catastrophe ne fut annoncée officiellement que le 29 avril. Deux photographies seulement d'Anatoly Rasskazov ont été publiées en 1987, sans mention de leur auteur. Le photographe est mort en 2010, après des années de lutte contre le cancer et des maladies du sang, imputées aux radiations. Valery Zoufarov n'a pas non plus survécu. Il est mort en 1993 à l'âge de 52 ans, également des suites de maladies liées à l'exposition aux radiations. Photographe de l'agence de presse TASS, il a pris des clichés d'un hélicoptère survolant le réacteur, à une hauteur de seulement 25m.

Igor Kostine n'a eu de cesse, depuis 1986, de porter témoignage du calvaire des "liquidateurs", et des habitants. Il a photographié les villes et villages désertés, les enfants nés avec des malformations, les rescapés atteints de cancers ou de leucémie, la construction du "sarcophage" au-dessus du réacteur numéro quatre.

Son travail a été récompensé par le World Press Photo, prix le plus prestigieux du photojournalisme. Les images le hantent encore. "Où ai-je vu ça ? Dans un film ? Ou quand la guerre a commencé, quand j'avais cinq ans ?", s'interroge-t-il.

Vingt-cinq ans après la catastrophe, les scientifiques restent divisés sur ses conséquences sanitaires. Selon des chiffres du Forum Tchernobyl, regroupant des institutions internationales dont l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), 28 personnes sont mortes dans les jours qui ont suivi l'accident, et plus de 6.000 cas de cancers de la thyroïde ont été détectés parmi les personnes les plus exposées, en Ukraine, Biélorussie (aujourd'hui Belarus) et en Russie.

D'après l'OMS, on peut en outre s'attendre à 4.000 autres cancers mortels dans les années à venir. Mikhail Balanov, du Comité scientifique de l'ONU sur les effets des radiations atomiques, souligne que les projections sont toutefois difficiles à établir, en raison de la trop grande marge d'erreur des différentes études.

La contamination des terres et végétaux -dont les champignons et fruits des bois, très prisés en Ukraine- reste par contre une réalité, ajoute-t-il, et "pour des décennies". Environ 115.000 personnes ont été évacués des environs de la centrale après l'accident. Une zone de 30km autour de la centrale est toujours inhabitée. Dans ce sinistre périmètre, seuls vivent quelques centaines d'oubliés, habitants revenus malgré les mises en garde officielles, trop vieux ou trop las pour s'installer ailleurs.

À quelques kilomètres de la centrale, Pripyat, autrefois ville-modèle construite pour les employés et leurs famille, est aujourd'hui une ville fantôme, totalement abandonnée.

(Anna Melnichouk, pour AP)

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