Sam.
01
Nov

MEDIAPART

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L'échalote de la course

De l'art et de la manière de se foutre de la gueule du monde, et de persister… Si une chose caractérise la politique aujourd'hui, c'est bien celle-là. Chacun se définit une vague ligne politique sans l'ombre d'un contenu, et s'y tient mordicus, sans tenir compte de la réalité qui lui fait face.

La gauche à l'eau de rose a tablé sur le "vote utile" pour se faire élire. Elle a lamentablement échoué. Hollande devance Sarkozy avec moins de 2%, et rien n'est joué pour le second tour.

La droite UMPimpste s'est lancée dans une course à l'échalote d'extrême droite pour tenter de gagner l'électorat lepeniste, et se faire élire. Elle a lamentablement échoué aussi. La grande gagnante de ce premier tour étant incontestablement la marine nationale.

Il serait quand même temps de se demander ce qui ne fonctionne pas dans ce putain de trou du cul du monde que l'on nomme la France ! 

 

 

Mais non, rien à secouer, les deux candidats prévus se retrouvent face à face pour le second tour, et l'on ne s'interroge surtout pas.

Comme beaucoup, j'ai fait quelques petites erreurs de calcul. J'ai d'abord pensé, dit et répété, qu'il y avait de fortes chances pour que la marine nationale soit présente au second tour, quel que soit le candidat face à elle. Puis je me suis dit que, quand même, les français n'étaient pas si stupides, et que leur raz le bol de la politique les conduiraient plutôt à l'abstention.

Je me suis trompé, le raz le bol politique s'est bien exprimé avec pas loin de 80% de votants, dont près de 18% pour la marine.

Mon premier calcul n'était donc pas si faux, et j'aurais dû m'en tenir à lui. Quoi d'étonnant d'ailleurs après 10 ans  d'une politique d'extrême droite camouflée sous le nom d'UMP (rappelons au passage que le 7 mai prochain, notre Vénérable fêtera le 10ème anniversaire de sa nomination comme "ministre de l'Intérieur, de la Sécurité intérieure et des libertés locales", cinq ans avant d'être élu président).

Quoi d'étonnant aussi lorsque depuis 10 ans, la gauche aux épines de roses s'est elle-même embourbée dans cette politique du tout sécuritaire, après s'être faite renvoyer au placard par un certain Jean-Marie Le Pen.

Oui, mon premier calcul n'était pas si faux, parce que, quoi qu'il en soit, avec près de 18%, la marine nationale, si elle n'est pas présente directement au second tour, y pèsera très lourd. Et, ne soyons pas aveugles, d'un côté comme de l'autre.

Quelle va donc être la stratégie lepeniste ? Peut-on déjà lire aujourd'hui. 

Tenter de faire éclater l'UMP avec l'action en sous main de son "complice" Patrick Buisson, "véritable idiot utile du lepenisme implanté au coeur du pouvoir sarkozyste" ? Comme le pense Renaud Dély dans le Nouvel Obs. Et récupérer ainsi cette frange (j'allais dire fange) de la droite extrême qui se cache sous l'étiquette de "droite populaire". C'est possible, et ce serait logique.

Mais dans ce cas, cela lui implique de faire battre Sarkozy et permettre d'élire Hollande. Ce qui est nettement moins logique. Sauf si elle table sur le fait que le socialisme à l'eau de rose ne tardera pas à montrer que ses épines sont bien de droite. 

Et c'est peut-être aussi oublier que parmi les 18% d'électeurs ayant voté Marine Le Pen, tous ne sont peut-être pas d'indécrottables racistes xénophobes (du moins, je l'espère). Mais de simples électeurs qui en ont ras la casquette des inepties politiciennes, mais qui n'en ont pas moins une conscience politique, puisqu'ils sont allés voter. Reste à savoir pour qui ils voteront au second tour.

Et c'est justement là où le bât blesse ! A gauche, comme à droite, ce sont à eux qu'il va falloir lécher le poil. Sauf que ce n'est pas à leur ras le bol que l'on va s'adresser et tenter de le comprendre, c'est au discours extrême de la marine nationale, à qui l'on va tenter d'emboîter le pas…

Et l'on aura strictement rien compris aux gens, sauf à donner encore plus de légitimité au discours extrémiste, jusqu'à finir par l'enraciner profondément.

 

 

Je me livre à un calcul tout simple et sans tenir compte des reports de voix à l'inverse (bien que certains soient possibles).

En additionnant les voix qui sont allées vers la gauche (Hollande, Mélenchon, Joly, Poutou, Arthaud), on arrive à un peu moins de 44%.

En additionnant celles qui se sont portées sur la droite, l'extrême, et le centre (Sarkozy, Le Pen, Dupont-Aignan, Bayrou - j'exclus le fantomatique Cheminade et ses 0,25%), on obtient environ 56%.

Soit un rapport pratiquement inverse à celui qui est donné aujourd'hui dans les sondages pour le second tour.

Nos deux braves candidats restants vont donc devoir aller à la pêche des reports de voix. Et avec un potentiel de reports de presque 18%, c'est évidemment dans la marinade que l'on va plonger en premier.

Toute la question, pour la gauche en rose (pour la droite, on le sait d'avance) est donc de savoir comment ils vont s'y prendre pour aller repêcher, non pas l'électorat traditionnellement lepiniste, mais les 5 ou 6% qui, au travers de ce vote mariniste, ont simplement exprimé leur ras le bol.

Vont-ils, comme d'habitude, les traiter de brebis égarées, insensibles aux joies et aux enjeux de la politique ? Mais si tel était le cas, ils ne seraient pas allés voter.

Vont-ils, comme d'habitude, continuer à se regarder le nombril en pensant qu'il est le centre du monde ? Ou vont-ils commencer à se regarder en face, et surtout en face des autres, eux qui, contrairement au reste du monde, n'ont pas grand chose à perdre dans une élection, assurés qu'ils sont d'avoir un salaire ailleurs ?

Vont-ils s'ouvrir un peu les yeux aux réalités du monde, ou vont-il simplement se vautrer dans un discours du tout sécuritaire auquel ils n'ont strictement rien à gagner, tant ceux d'en face le maîtrisent bien mieux ?

Je n'engagerai pas le pari aujourd'hui. Il nous reste 15 jours pour les voir oeuvrer. Mais je crains fort que…

A force de mimer les autruches, on finit par se prendre pour l'une d'entre elles. Qu'elle me dit ma chatte.

Et je n'ai rien à ajouter. Qu'il répond mon neveu.

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