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Vagabondages d'Eduardo Galeano, au nom des pauvres: "Le monde ne sera plus en guerre contre les pauvres mais contre la pauvreté"
Par l'auteur des "Veines Ouvertes de l'Amérique Latine" .
« Publier Eduardo Galeano, c’est publier l’ennemi, l’ennemi du mensonge, de l’indifférence, et surtout l’ennemi de l’oubli. Grâce à lui, on se souviendra de nos crimes. Sa tendresse est dévastatrice et sa sincérité est furieuse. »- John Berger
Essayiste, journaliste, chroniqueur, historien, poète et conteur, Eduardo Galeano, né en 1940 à Montevideo, est un clairvoyant analyste de l’histoire de l’Amérique latine. Exilé des dictatures uruguayenne et argentine, il a vécu en Espagne avant de retourner en Uruguay en 1985 où il vit aujourd’hui. Son oeuvre franchit les frontières entre les genres comme elle traverse celles des pays qu’il évoque. Dans ses écrits, la poésie, l’histoire, la politique se relaient pour donner vie à un style unique et hybride, reflet de l’inouïe richesse du monde.
D'autres vagabondages de Galeano, qui prend ici la parole pour répondre, au nom des pauvres, à la politique du FMI:
"Les Nations Unies ont proclamé de longues liste de Droits Humains, mais l'immense majorité de l'humanité n'a d'autre droit que celui de voir, écouter et se taire. Et si nous utilisons l'un des droits humains: le droit au rêve, le droit au délire, au de-là de l'infamie, l'espace d'un instant, pour deviner un autre monde possible?:
"L'air sera propre de tout poison autre que celui venant des peurs humaines"
"La TV ne sera plus le membre le plus important de la famille"
"Le gens travailleront pour vivre au lieu de vivre pour travailler"
"Les économistes n'appelèront plus niveau de vie au niveau de consommation"
"Le politicien ne croira plus que les pauvres aiment manger de promesses"
"Le monde ne sera plus en guerre contre les pauvres mais contre la pauvreté"
"Personne ne mourra plus de faim, parce que personne ne mourra plus d'indigestion"
"Les enfants de rue ne seront plus traités comme de déchets parce qu'il n'y aura plus d'enfants de rue"
"L'Education ne sera plus le privilège de ceux qui peuvent l'acheter et la police ne sera pas la malédiction de ceux qui ne peuvent pas l'acheter"
"La Sainte Eglise Catholique rectifiera les erreurs de ses Tables et le sixième commandement ordonnera de fêter le corps"
"Elle ajoutera aussi un commandement que Dieu avait oublié: "Tu aimeras la Nature parce que toi, tu fais partie de la Nature"
"La perfection continuera d'être l'ennuyeux privilège des dieux mais dans ce monde, ici bas, chaque nuit sera vécue comme si elle était la dernière et chaque jour comme s'il était le premier"
Encore d'autres vagabondages, quelques réponses (sorties de son contexte) à Ana Delicado lors d'un entretien:
"Un de mes enseignants, don Carlos Quijano, avait l’habitude de dire : « Tous les péchés ont une rédemption. Tous sauf un. Il est impardonnable de pécher contre l’espoir ». Avec le temps j’ai appris combien il avait raison."
" Il est nécessaire de récupérer la diversité pour célébrer le fait que nous sommes plus que ce qu’ils nous ont dit."
"Toute unité fondée sur l’unanimité est une fausse unité qui n’a pas d’avenir. La seule unité digne de foi est l’unité qui existe dans la diversité et dans la contradiction de ses différentes parties. Il y a un triste héritage du stalinisme qu’on a appelé "socialisme réel" tout au long du 20eme siècle, cela a trahi l’espoir de millions de personnes justement parce qu’on a imposé ce critère selon lequel l’unité c’est l’unanimité. On a confondu ainsi la politique avec la religion. On a appliqué des critères qui étaient habituels dans les temps de la Sainte Inquisition, quand toute divergence était une hérésie digne de punition. Ceci est une négation de la vie. C’est une sorte de cécité qui t’empêche de te mouvoir parce que le moteur de l’histoire humaine est la contradiction."
"En tout cas, il ne faut pas avoir peur de la vérité de la vie. Il faut la célébrer, parce que le meilleur de la vie c’est sa diversité. Le système qui domine la planète nous propose une option très claire. Il te faut choisir : mourir de faim ou d’ennui. Moi, je ne veux mourir d’aucun des deux. Le système dominant d’aujourd’hui nous impose une vérité unique, une voix unique, la dictature de la pensée unique qui nie la diversité de la vie et qui par conséquent la rétrécit et la réduit à presque rien. Le meilleur dans ce monde c’est la quantité de mondes qu’il contient(...)"
"L’art de raconter est né de la peur de mourir. C’est dans les mille et une nuits. Chaque nuit, Sherazade racontait une nouvelle histoire pour un nouveau jour de vie. Mais je crois aussi que la peur de vivre est pire que la peur de mourir. Et il me semble que la question, dans ce monde-ci et à cette époque-ci, est celle-là : la peur de se souvenir, la peur d’être, la peur de changer. C’est-à-dire la peur de vivre."
"Les assassins de la planète versent de temps à autre une larme pour que l’on sache qu’ils ont un petit coeur, eux aussi. Mais c’est du pur théâtre. Ils savent bien que les modèles de vie d’aujourd’hui, qu’ils imposent, sont des modèles de mort. Je me demande vers quelle planète iront ceux choisis par le Seigneur quand ils auront fini d’exploiter la Terre jusqu’à la dernière goutte."
Entretien complet ici: http://www.legrandsoir.info/L-Amerique-Latine-exorcise-la-culture-de-l-impuissance.html


Tous les commentaires
C'est là que je l'avais écouté en live pour la première fois... Merci JN !
J'adore le lire et l'écouter, c'est la force de la parole des conteurs, des passeurs d'idées et d'images... je me retrouve dans tous ces énoncés. Malheureusement aussi dans le délit de stupidité qu'il dénonce, parfois je chante comme les oiseaux ou joue comme les enfants, mais je fais plus souvent qu'à mont tour acte volontaire(?) de stupidité.
Dans tous les cas, je reconnais à la minute 2.28, ou crois comprendre le pourquoi de mon attirance vers les us et coutumes des gens à couleur de peau noire, cela doit être donc ancestrale, certainement.
Et donc pas grand monde à la manif contre les expulsions sauvages ? On voit bien que l'essentiel est de savoir qui excommunie qui dans certain club...
"L'air sera propre de tout poison autre que celui venant des peurs humaines"
Et contre ce poison, nous sommes bien démunis, n'est-ce pas? Pourtant, l'antidote dans ce cas précis me semble tellement évident!
Encore faut-il la volonté de l'employer.
J'ignorais tout, et de l'homme, et de son œuvre, et de son rêve dont je crois reconnaître nombre des miens et de ceux des gens que j'aime et que j'admire. Je vais donc suivre votre doigt, et tant pis si je passe pour un imbécile, j'ai plus que jamais besoin de trouver d'autres astres que les désastres qui nous accablent au quotidien jusque dans les plus lointaines contrées de notre si petite planète. Merci à vous.
C'est bien ce type d'échange pour le le plaisir du partage de lectures, de rencontres, de connaissance de dossiers thématisés ou d'impressions que l'on retire d'expériences de vie ou qui nous ont marqués qui m'ont attirée dès le début vers le Club.
C'est le sentiment qu'actuellement l'on chemine vers une imposition de points de vue partiels, imposition souvent violente qui me rebute, qui m'éloigne.
Merci à vous de vos contributions intéressantes, engagées et paisibles qu'invitent à la réflexion.
La gente trabajara para vivir, en lugar de vivir para trabajar ....
Si, JN, si ....
Merci pour ces vagabondages pour moi inconnus,
Et bons vagabondages à vous itou ...
Cada noche sera vivida como si fuera la ultima, y cada dia como si fuera el primero ....
Il y en un vagabondage qui me touche aussi, c'est quand il dit:
"Un de mes enseignants, don Carlos Quijano, avait l’habitude de dire : « Tous les péchés ont une rédemption. Tous sauf un. Il est impardonnable de pécher contre l’espoir ». Avec le temps j’ai appris combien il avait raison."
Je le ressens comme un hommage à tous ces hommes et femmes que de par le monde s'essaient à la transmission de connaissances, avec les moyens et leurs imperfections propres à leur condition humaine.
Ou d'autres comme vous, Anne, qui sans perdre le sens de l'humour transmettez et répandez de l'espoir par où vous passez.
J’ose me permettre (je vois aujourd’hui tant de désastres que nous prévoyions tous, sans savoir comment arrêter cette mécanique folle que je ne voudrais pas quitter ce monde sans dire de quoi j’ai été traversé)... Sentiment de fin du monde auquel je résiste avec de moins en moins de force, je le sens bien...
J’ose donc me permettre, profitant du fil de notre discussion, cette :
Utopie collective
Les « gueux » rentrent en scène. .
- Un jour, Jean Rigon, un émigré italien, un maçon, m’a raconté son histoire. Ça se passait en Italie, juste après la guerre de 14. Y’avait eu plein de morts à la guerre ? et pourtant y’avait du chômage !... Parce que les patrons, les propriétaires terriens, ils s’en foutaient, ils avaient des machines et, même s’ils produisaient moins, ils vendaient tout plus cher. Alors, les ouvriers agricoles sans travail se sont organisés. Ils ont pris les livres de compte d’avant la guerre et ils sont allés voir les propriétaires terriens. « Toi, avant la guerre, t’avais 50 ouvriers, aujourd’hui t’en as 23, tu vas en embaucher 17 de plus. Toi t’en avais 80 ? t’en prends 65. Toi 20 ? t’en prends 12… » Et, à la fin, tous les ouvriers agricoles étaient réembauchés. …
Silence de tous.
- Il faudrait qu’on fasse un grand mouvement des pauvres… – Et des précaires.
- On se réunirait dans les jardins publics, on ne demanderait pas de salles, pour ne dépendre de personne. …
- Dans chaque quartier, on se monterait en comité de lutte contre les expulsions et contre les coupures de courant. …
- On se donnerait des formations pour comprendre comment fonctionne le monde, ce qu’on a besoin de savoir pour être forts. …
- On ferait un réseau pour se tenir tous au courant de ce qui se passe, de toutes nos luttes. …
- Faudrait faire un journal. …
- On s’invitera à manger partout où ils font leurs cocktails. …
- Et dans tous leurs colloques où ils parlent de nous à notre place. …
- On sera partout. Ils ne pourront plus nous oublier, nous dénier. On sera là, tout le temps, on sera là, bien visibles, fiers et sans honte. On dira tous leurs mensonges, bien droit dans les yeux. La honte, elle sera pour eux. …
- On n’ira plus voir les services sociaux, Notre silence ne sera plus à vendre. Nous chanterons notre colère. …
- Et puis, un jour, un premier mai par exemple, on commencera à marcher, d’abord sur les trottoirs des petites rues, et puis on quittera les trottoirs et on descendra sur le pavé, sur le bitume réservé aux voitures des nantis. …
- Les groupes des petites rues se réuniront aux carrefours et là, on marchera sur les avenues.…
- Et on fera un détour par les beaux quartiers. Là, on visitera. On visitera leurs maisons, leurs jardins, leurs magasins... On regardera comment ils vivent, comme on regarde les animaux au zoo. …
- On leur prendra rien, et c’est ça qui leur fera peur. …
- Puis on arrivera sur les périphériques. Et alors, tranquillement, sans se presser, on marchera…
- On marchera lentement… Lentement… On mettra le monde entier à notre vitesse. À notre lente vitesse de pauvres.
(Fabienne Brugel, Jean-Paul Ramat : LA FORCE DES GUEUX, théâtre forum, par la compagnie NAJE - Nous n’Abandonnerons Jamais l’Espoir - chez ABCéditions, Collection Les voies du dire, janvier 2011, ISBN 978-2-919539-02-4. Prix public : 10 € TTC)
Attendez-moi, je suis des vôtres ! (Failli louper ce billet !)
Moi aussi je découvre cet homme, son intelligence et son combat. J'aime beaucoup "La Sainte Eglise Catholique rectifiera les erreurs de ses Tables et le sixième commandement ordonnera de fêter le corps" ... Il serait temps !
(Pour info, c'est justement parce que ce club, comme tous les clubs, sites et forums du net, ne permet pas vraiment d'oeuvrer ensemble, que nous avons senti le besoin de nous retrouver de temps en temps. C'est ainsi qu'est né le premier séjour à la Communale, en Aveyron. De la convivialité certes, mais aussi et surtout cette envie de se serrer tous autour d'une table ou d'un feu de camp. Pour parler, et échanger, apprendre des autres, se dire que l'on n'est pas seul(e) à vomir ce monde désastreux. Et qui sait ? A s'organiser, créer des résistances... Ca fait un bien fou.)
C'est, à mon avis, tout un programme politique citoyen qui serait à notre portée si la pesanteur de notre pauvre nature ne faisait pas pencher toujours et toujours la balance du côté opposé aux possibles de cet autre monde envisagé.
Ce n'est pas une raison de baisser les bras, il faut continuer de le dire et dans les limites de notre condition humaine essayer de correspondre, tout en sachant se pardonner soi même ses propres errances ou égarements.
Et puis, je retourne monologuer avec mon aspirateur. De cette activité que je déteste, je retire souvent une saine sensation d'apaisement, quelle contradcition tout de même.
Il suffit de brancher Gloria Gaynor assez fort pendant que tu passes l'aspi... Ça marche ! Aille ouile seurvaïve !!!!