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Gens du voyage: le droit d'exister.

Dimanche, de nouvelles tensions ont éclaté entre policiers et gens du voyage, suite à un incident en région de Dijon. Cet avatar est le dernier en date d'un été explosif entre populations locales et gens du voyage. On pense également à l'actualité récente du camp de Delémont en Suisse, et bien sûr aux propos très controversés du maire de Cholet Gilles Bourdouleix, pour qui « Hitler n'en [aurait ]peut-être pas tué assez » ; autant de réactions passionnées, récurrentes et souvent disproportionnées traduisant une crispation certaine face à une constante : la très difficile cohabitation entre les derniers nomades d'Europe et les populations sédentarisées. Malgré les timides progrès des législations pour encadrer les rapports entre les communautés, la suspicion persiste notamment quant aux moyens de subsistance des gens du voyage, souvent assimilés à du pillage ou à de la délinquance.

 Pourtant, quoi de plus normal ? Dans un monde où les surfaces habitables et circulables sont totalement conquises et quadrillées par les sédentaires, quelle place reste-t-il pour un mode de vie nomade ? Le choix de ne pas s'attacher à une terre en est-il pour autant illégitime ?

 Le nomadisme, un choix de vie historiquement prépondérant

 Il convient de se rappeler que durant la majeure partie de l'Histoire, nomades et sédentaires ont cohabité.

L'Histoire de la Russie est à ce sujet assez éclairante. Nous devons tout d'abord nous souvenir qu'un des plus grands Empires créés par l'Homme le fut par des nomades : l'Empire Mongol conquis par Genghis Khan au XIIIè siècle couvrait la majeure partie du continent asiatique et de l'actuelle Russie, jusqu'aux portes de l'Europe. Et c'est précisément par la conquête des steppes, territoires vierges et base du mode de vie des mongols, que la Russie mettra fin à près de cinq siècles de domination. A contre courant du mouvement général en Europe, les souverains russes en pleine « reconquête »  édicteront d'ailleurs un code en 1649 généralisant le servage, liant ainsi le paysan à la terre et limitant fortement toute liberté de circulation.

La négation de ce mode de vie par la destruction de l'espace vital n'est pas sans rappeler la genèse des Etats-Unis d'Amérique, autre grande puissance forgée par la conquête d'immensités vierges terminée au début du Xxè, au détriment des populations indiennes autochtones ; si la mauvaise conscience de l'Amérique est aujourd'hui parquée dans des réserves, l'Europe quant à elle ne propose pas d'espaces libres pour un mode de vie alternatif à la sédentarité occidentale. Elle ne reconnaît donc plus aucune légitimité à un nomadisme historiquement craint et combattu.

Dans une perspective plus large, il est peut-être bon de rappeler que sur plus de 3,5 millions d'années d'existence de l'homme, le nomadisme a été généralement la règle. La révolution néolithique, se traduisant par la maîtrise de l'agriculture et ne datant que d'à peine plus de 10'000 ans dans les régions les plus avancées d'Asie mineure (beaucoup plus récemment en Europe occidentale), semble être à l'origine des civilisations sédentaires. Ainsi, au lieu de se déplacer au gré de ce que la terre offre, l'être humain à un moment donné de son évolution a entrepris de dominer son environnement ; la concentration des ressources dans le temps (récoltes au lieu de cueillette) et son stockage a été très tôt vecteur de puissance et de domination sur les autres hommes, ce pourquoi les premières civilisations sédentaires sont de type « palatial » et fortement hiérarchisées.

 Quelle légitimité à dominer son environnement ?

 La sédentarité traduit donc une nouvelle conception du rapport à l'environnement, basée sur la possession de la terre et le contrôle des cycles naturels et des espaces disponibles, une approche qui donne une place centrale à l'humain au détriment parfois des équilibres fondamentaux. Si le mouvement écologiste aujourd'hui tente de proposer une vision plus équilibrée du rapport de l'homme à son environnement, on voit que ses progrès sont minces et n'entravent guère la surexploitation des ressources et la dégradation du milieu environnant.

C'est également la rapport entre les hommes que la conception sédentaire de possession de la terre a profondément modifié : au Moyen-âge en Angleterre, le système de l'openfield voulait qu'on amène paître les bêtes sur l'espace commun. Marx démontre que la parcellisation de cette espace appelée enclosures est à l'origine de la concentration capitalistique donc de l'exploitation de l'homme par l'homme.

Pourtant peut-on posséder la terre ? On est en droit de considérer que celle-ci nous est prêtée par les générations passées, et que nous la devons en l'état aux hommes de demain. Dans cette perspective, il semble qu'après plusieurs milliers d'années de culture « sédentaire », le contrat ne soit plus rempli. Il est certes humain de vouloir créer et transmettre, pour prolonger la finitude de l'être au travers de l'humanité, mais ce rêve n'est possible qu'à condition de garantir un environnement viable aux générations futures, ce qui ne semble plus être le cas.

 

Ainsi, la victoire totale de la sédentarité sur le nomadisme ne la rend pas plus légitime pour autant. Elle traduit juste la tendance totalement hégémonique d'un mode de vie qui ne peut s'épanouir qu'en niant les autres approches de l'homme à son milieu, jusqu'à les considérer comme simple nuisance . Il serait peut-être intéressant de s'en rappeler afin de dépassionner les rapports entre communautés et s'efforcer de trouver un terrain d'entente respectant le droit de chacun à vivre comme il l'entend.

 

 

 

 

 

 

 

Tous les commentaires

29/08/2013, 15:41 | Par InternetDev

Oui, c'est louche que se ce soit des liberaux qui empêchent les gens du voyage de leures libertés de ne pas être sédentaire.....

C'est louche que des gens qui ouvrent les frontières aux Dumpings, les ferment au Camping.

29/08/2013, 20:46 | Par boudboud

partons tous sur les routes , pour les plus pauvres  , plus de location ,  plus  de taxe immobiliere, tout gratuit , n'est ce pas formidable !!!

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