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Cameroun: l'accoutumance silencieuse à la torture et aux violations des droits humains

Cameroun: l'accoutumance silencieuse à la torture et aux violations des droits humains

Richard Djif: «Ils m’accusent de vouloir plonger le Cameroun dans le chaos»

 

Avec le recul sous une dictature comme au Cameroun, le plus cruel résiderait presque dans l'accoutumance silencieuse aux actes de torture et aux violations répétées des droits humains les plus élémentaires. C'est ce qui pourrait se déduire de la tragédie vécue par le jeune réalisateur Richard Djimeli Foufié, enlevé puis torturé pendant 12 jours sous le motif que son film aurait déplu à la tyrannie en place.

Kidnappé pour un film? (Auteur: Patrice Nganang, camer.be)

M. FOUOFIE DJIMELI Richard, membre de l’Association pour la défense des droits des étudiants du Cameroun (ADDEC) et réalisateur des films a été enlevé par des inconnus dans la nuit du 23 au 24 mars 2013 à son domicile. Sa disparition est intervenue dans un contexte où le réalisateur, en pleine promotion de son dernier film, avait reçu plusieurs messages. Le 16 mars 2013 à 00h 10, il reçoit du numéro 99 26 90 33 le message suivant : « que vos manipulateurs osent se dévoiler. Votre film est belliqueux, il devient dangereux pour la paix sociale. Gardez le dans vox vidéos clubs….si vous le passez dans les ménages vous payerez cher ou alors vous êtes aussi immortels.»

Le même jour à 9h 41 le deuxième message provenant du même numéro tombe : « Monsieur FOUOFIE DJIMELI et compagnie, votre longévité nous pose aussi un problème. Creusez notre tombe, vous y arriverez avant. »


Le 17 mars 2013 à 14h 17, le message qui suit arrive par le numéro 78 98 42 76 : « M. FOUOFIE DJIMELI, journalistes et politologues n’y pourront rien. Vous serez écrasés. Retirez cette merde de la circulation. Attention ! Attention ! Attention ! »

Le 19 mars 2013, il reçoit encore du numéro 78 98 42 76 ceci : «M. FOUOFIE DJIMELI, vous n’avez pas plus assez de temps pour courir, renoncez à la déstabilisation. Votre film est fait pour ca. Deuil signalé. »

Le 23 mars 2013, quelques heures avant son kidnapping, la teneur du message est la suivante : « M.FOUOFIE DJIMELI, ton cercueil ne sera pas de trop. Les amis de NJAWE et autres ADDEC feront le déplacement du cimetière. Le film du complot s’arrêtera et notre longévité survivra.»

A ce jour, une plainte contre inconnu pour menaces sous conditions a été déposée à M. le Procureur de la République près le Tribunal de Première instance de Yaoundé Centre Administratif le 20 mars 2013. Dans la matinée du 24 mars 2013, la police judiciaire a effectué une descente et ouvert une enquête sous une pression conjuguée de l’ADDEC et du COMICODI (organisations de la société civile camerounaise)

Retrouvé agonisant 12 jours après (Auteur: Issa-Behalal, Camer.be)

12 jours après sa rocambolesque disparition, le jeune cinéaste a été retrouvé ce matin (mercredi 03 avril 2023) au quartier Mendong de Yaoundé dans un piteux état physique. Un ouf de soulagement pour les membres de sa famille et autres activistes de défense des droits humains.

Il est 5h50 ce matin lorsque son frère aîné Apollinaire Choupo est réveillé par un coup de fil. Au bout du fil, son jeune frère richard Djif lui-même, á peine audible lui dit qu´il a été abandonné quelque part.

" je cours vite prendre ma douche pour aller á la recherche de mon jeune frère" raconte apollinaire choupo. Et de poursuivre" une fois prêt, je lance un appel en direction du numéro qui m´a réveillé. Quelqu´un décroche et m´indique le lieu où je trouverai mon jeune frère".

Au même moment, c´est un avocat et membre de la famille qui reçoit lui aussi un coup de fil de richard Djif l´informant qu´il se trouve á Mendong.

"Nous décidons de nous rendre á Mendong où nous trouvons richard dans un piteux état. Aussitôt, nous faisons appel á la gendarmerie de Mendong qui met un élément á notre disposition. D´abord, nous conduisons Richard á l´hopital de district de Biyem-Assi où une radiologie décèle une fracture grave de deux doigts. Puis, jugeant son cas préoccupant, nous décidons de le transférer á l´hôpital de la CNPS á Essos".

Depuis son internement dans ce centre hospitalier, 5 gendarmes montent la garde devant sa chambre et interdisent tout contact avec le jeune cinéaste dont on a pu constater qu´il avait perdu la notion de temps. Car, à la question de savoir depuis quand il a été enlevé, il répond "hier".

Tout est bien qui finit bien, serait-on tenté de dire puisque richard Djif est au moins en vie; cependant, les raisons de son enlèvement, l´identité de ses commanditaires, le silence des pouvoirs publics restent tabous.

Ce serait presqu'une banale histoire de torture au Cameroun de Paul BIYA! si ce n'était précisément une torture d'un être humain, qui ne doit être banalisée, sous aucun motif et dans aucun pays du Monde.

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