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Le feu de tout bois.

 

 

Le feu de tout bois

 

J'ai conforté le pouvoir du pouvoir, car je ne maîtrise pas l'inconnu.

Dieu est dans le ciel parmi les hélicoptères, les avions et les satellites ainsi qu'au fond du cerveau où la lumière réclame un nom.

La créer ou la découvrir n'est qu'une fantaisie. Elle est toute définie : c'est une propriété, un élan de désir, une marque déposée. Et pourtant... la liberté aurait pu être le contour de l'âme.

Se positionner pour croître. Détourner et réduire nos libertés qualitatives, se cristalliser en victimes de nos propres logiques. Liberté du non-partage, Maelström de réductions, cheval de Troie des petitesses, de l'ignorance et de l'incompréhension promues au rang de valeurs. Violences soignées par des violences. Fermeture des horizons, des chemins de traverse et des correspondances. Discipline de la raideur, forme niant son fond, cultivant, nourrissant et excitant ses monstres en colère pour mieux se faire peur et prouver par la preuve que le bien et le mal sont définitifs. Chaque chose à sa place. Notre bien cherche activement son mal.

 

Défense d’entrer-propriété privée. De l'autre côté du mur, un peu de quoi se reposer. Des chiffres ronds comme des colliers étincelant de zéros multiples masqués sous un loup bleu dans un bal charmant, cache-cash aux îles caïmans, du potentiel concentré en sommeil fiscal sous un petit parasol avec débris de glaçons.

 

Pratique pour la pratique. L'ennemi est désigné : la nuance qui menace l'immuable. Un immuable de pacotille, fantasmé, petit monde privilégié aux qualités toutes matérielles où l'on se purifie en brulant les conséquences de ses propres égoïsmes dont la noirceur se diffuse et s'étend dans tout l'espace laissé vide des essences perdues. Certaines formes rapides, devenues plus pauvres et identiques, s'élancent dans une dynamique de recherche sans fond, pur mouvement : celle de tous ces faibles qui réclament de la force. Alors on cultivera la force. Elle se nourrira d'elle-même, d'année en année, toujours plus grosse : futurs cadavres oubliés sur les champs de bataille de guerres absurdes et fratricides. La force implosera : ce n'était qu'une énergie éprise d'elle-même, comblant son vide glacial par le feu de tout bois. Holocauste au Dieu des absences.

 

L'homme (quel homme ?) transforme le monde à son image jusqu'à le dissoudre. Il ne lui restera bientôt plus que des images... Des images et des dollars qui se feront la course. Des images rongées par des images. L'homme appellera son monde aux abonnés absents avec un forfait spécial. Une grande facture universelle pleine de promesses tout de suite après la pub... En attendant le Messie, la Croissance, le tirage gagnant du loto, les princesses, les chevaux blancs, les hommes providentiels, les vaccins, la Révolution et la Finale de la coupe.

 

De quoi mon âme sera-t-elle faite ? Une âme-mémoire ayant bouffé son monde ? La plupart des essences sont nées de parents inconnus au-delà du ciel visible et des drapeaux. Gamines, encore avides d’amour et de caresses, elles venaient jouer jusque sous nos terrasses et quémander un nom. On leur a dit merde avec de petits riens. On leur a donné les dénominations en boutique, sur l’autel de la caisse pour faciliter l’effet et la digestion. Plus tard, écœurées, elles finissent par nier et se démultiplient en éclairages de basse consommation. On les jette dans la bataille, dans les arènes des experts auto-désignés en maillons faibles pour le bonheur hiérarchique des forts en force. Elles dansent, dansent et s’agitent, offrent leur cul, piétinent leur cœur palpitant... Elles le piétinent jusqu’à ce qu’il transpire de transparence, de maquillage et d’endorphines, pour que le monde fusillé de lumières artificielles change le loup en caniche, aligne les arbres et détourne les fleuves. Puis, désorientées, se cognent aux reflets de leurs collections de miroirs, elles deviennent nostalgiques et remplacent la création libre par des marbres dogmatiques, des âges d'or valeurs refuges et des prières aux images des origines comme un enfant malade appelle sa mère dans la nuit.

 

Elles dansent sur le top du top, satellites des pulsations du désir dérivé et des prières organisées. Puis on les exporte pétillantes et toutes consommées, démultipliées sur des étalages d’amour en boîte et de sourires en tube. Des sourires qui se conjuguent entre les îles, les détroits, sous le soleil et les orages pour s’échouer un jour, déchets plastiques mal décomposés dans le suc gastrique des dernières forêts primitives, denses et touffues où vivent des animaux sauvages porteurs d'émetteurs sponsorisés par des dons couverts de mousses et de limons. Des voix tendres et douces comme de la crème nous apprennent à les protéger en stéréo sur un grand écran plat, d’une définition parfaite, fabriqué dans l’autre hémisphère et embarqué sur un yacht tropical avec des « amis » (très chers) qui évacuent le stress sur fond de musiques mystiques et de massages coquins pour les générations futures dans un nuage d'avenir, d'espoir, de désir, de futur, de possible, de changement, de compétence, de papillons, d'enfants, de villages, de bons parents et autres ballons de campagne colorés du bond électoral sur la scène sécurisée en saluant la foule moderne qui trépigne et synchronise sa marche vers le synthétique bouillon primitif.

 

Creusez des sources curieuses et cultivez l'esthétique dans l'instant ouvert de la décision et de l'indécision, n'étouffez pas la respiration des idées et des qualités, tolérez la palette de leur diversité. Et pour l'évolution volontaire, réfléchie et déniaisée des potentiels, osez cultiver la paix, un peu d'amour et de partage. La violence se fatiguera alors peut-être ou, ne se prendra plus au sérieux, coeur en tambour, fleur vénéneuse, dans les cycles ouverts en sursis. Et nous verrons peut-être pointer le museau de l'amour qui viendra nous titiller et nous lui courrons après en riant dans nos forêts, dans les rues de nos villes, dans nos champs, dans nos étreintes fougueuses, sur nos océans, tout autour du monde et au delà... Et en reprenant notre souffle dans l'immensité nous nous exclamerons peut-être : Tout beau ! Que nous étions bêtes... !

 

 

 

Joël Mortensen
Traducteur de danois, de norvégien et d'anglais Chercheur en poétique et en psychologie cognitive

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Oui, nous ne sommes que des bêtes! Le savoir apporte de la lumière

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