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Psychiatrie en détresse

20 novembre 2008 Par JoHa

<i>Une nouvelle fois, un fait divers dramatique pose la question de la prise en charge psychiatrique en France. (...)

Ce n'est pourtant pas d'une réponse punitive dont les malades mentaux ont besoin, mais bien, à l'extrême opposé, de soins plus constants. Or, l'évolution du secteur psychiatrique, depuis vingt ans, leur dénie de plus en plus le droit élémentaire d'être soignés. La fermeture constante des lits, la pénurie de personnels infirmier et médical et l'alignement du fonctionnement de l'hôpital psychiatrique sur l'hôpital général conduisent à des carences graves en termes de soins. Tout se passe comme si la spécificité de la prise en charge psychiatrique, qui impose disponibilité et présence rassurante des personnels, était jugée caduque.

Trop de malades mentaux peuplent désormais les trottoirs des grandes villes...</i>

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A lire aussi l'article de Cécile Prieur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/11/20/la-psychiatrie-francaise-va-de-plus-en-plus-mal_1120942_3224.html#ens_id=1118398

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Et l'interview de Catherine Paulet, présidente de l'Association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/11/20/dr-paulet-une-envie-de-se-debarrasser-des-malades-difficiles-a-vivre_1120943_3224.html#ens_id=1118398

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"Tout se passe comme si la spécificité de la prise en charge psychiatrique, qui impose disponibilité et présence rassurante des personnels, était jugée caduque." Tout se passe comme un gouvernement voulait détruire tout ce qui faisait accompagnement de ceux qui en ont le plus besoin : Rased, éducation populaire, secteur psy, prisons... A quand des coupes sombres pour les handicapés ? (si ce n'est déjà fait). Merci Joha du lien sur les prisons, je suis en train de lire en ce moment des mémoires parlant des "missions" de réinsertion de la prison, et j'enrage !

Oui Fantie, vous avez raison de relever ce terme : "caduque". Car il s'agit bien de cela dans cette politique sarkozyste, soit des projets qui visent à laisser tomber de plus en plus d'êtres humains en difficulté, voire de créer les conditions qui les feront tomber...

Pour ensuite les rendre responsables de leur chute... Parfois, j'ai du mal à penser que ces gens existent, les Berlusconi, Hortefeux, Sarkozy, eux qui peuvent d'un trait ou d'un chiffre aggraver le sort de personnes déjà dans les difficultés. (je lis trop de science fiction).

Pour ensuite les rendre responsables de leur chute... Vous faites bien d'ajouter ce point essentiel à cette politique "caduque". Cependant, je dirais plutôt pour les rendre coupables de leur chute. Car ce terme - responsabilité - est un terme souvent galvaudé mais que j'apprécie car il évoque, pour moi, la réponse qu'un être humain peut fournir à ce qui lui vient d'ailleurs - que cet ailleurs soit à l'intérieur de lui-même (surprise du lapsus et comment j'y réponds) ou à l'extérieur de lui-même (comment répondre aux discours que l'on nous tient). C'est en quelque sorte mon travail de tous les jours : ouvrir un droit de réponse au parlêtre, lui donner ou lui redonner cette dignité.

Non, quand même, Sarkozy fait tout, Sarkozy fait le mal, d'accord. Mais tout de même, ce n'est pas Sarkozy, ni Hortefeux qui ont inventé l'antipsychiatrie il y a une trentaine d'année ! Les pamphlets contre la psychiatrie, ou pour sa dissolution progressive dans la société, n'étaient pas signés par des gens comme Sarkozy. Plutôt par des gens de gauche, comme Roger Gentis par exemple : "La psychiatrie doit être faite et défaite par tous." C'était le titre d'un de ses bouquins. J'étais d'ailleurs de ceux qui y croyaient... Mais bon, je me suis vite aperçu que ça ne collait pas avec la réalité. Quant à l'italie, très en avance sur nous, elle avait mis les fous dans la rue bien avant Berlusconi. Il y a 25 ans, ils étaient déjà nombreux, à Rome en tous cas, à errer dans les rues, en attendant que des religieuses s'en préoccupent, le soir venu... Non, ce qui est justement intéressant et triste à la fois, c'est que le mépris pour cette part de nous même qu'on appelle le fou, ce déni, il passe très bien les clivages politiques. Et la mise à l'école des jeunes enfants handicapés mentaux est une "idée" de gauche, promue par SR il y a quelques années, et reprise avec entrain par la droite, pour des raisons économiques évidentes. La pédopsychiatrie en détresse, ça c'est une découverte à venir... Dans combien d'années...

Cher Alain Gillis, Vous avez raison, les mêmes sirènes traversent les partis politiques dits de droite et de gauche - discours de société donc. Néanmoins, il me semble qu'il est important de rappeler qu'il ne suffit pas "d'ouvrir de nouveaux lits", encore faut-il savoir quel accompagnement on peut prodiguer aux patients et à leurs familles et laisser le temps à cet accompagnement de porter ses fruits. Nous ne sommes clairement pas dans une logique de société d'accueil de la "folie", étant entendu que créer et soutenir cette logique d'accueil reste et restera toujours une lutte : quelle société aime à entendre que la folie peut trouver abri en son sein ? Comme la seule existence de psychiatres témoigne qu'il y a de la folie, décourager l'exercice de cette spécialité médicale en vue de sa suppression progressive - si on peut appeler ça un "progrès" - est la seule tendance que je constate à ce jour. Curieusement, la demande de pouvoir parler à un(e) pédopsychiatre augmente - des psychologues, on en a déjà vu des "tas" (sic), et ça n'a rien donné.... Il s'avère ensuite souvent que les psychologues consultés ont fait des tests, préconisés quelques entretiens pour "parler à l'enfant" - lui faire entendre raison peut-être ? - et ont parfois conseillé le pédopsychiatre pour donner des médicaments, parfois aussi certain(e)s me téléphonent comme "expert" pour me demander de leur dire ce qu'ils doivent "faire"... Idem de la part des enseignants et par téléphone aussi. Du psychiatre comme appareil distributeur de prescriptions diverses et comme call-center de la misère humaine... Sur ce, je vais poster ceci sous votre dernier billet.

Tout a fait d'accord, ouvrir de nouveaux lits, ça ne suffit pas DU TOUT ! Nous ne pouvons soigner si nous ne sommes pas à la hauteur des tourments de celui qu'on met au lit... Mais je vous ai répondu sur mon blog, alors j'arrète là hein... Alain Gillis

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