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L’écologie : l’offensive réactionnaire

Nous assistons à une offensive réactionnaire en règle contre les écologistes. Comparés il y a quelques jours, à Nesles (Somme), à des « terroristes » par Nicolas Sarkozy, qualifiés de « gens de nature collaborationniste » et de nazis par deux auteurs qui sont à la littérature ce que Zep et Lauzier sont à Pablo Picasso, j’ai nommé Iegor Gran et Michel Houellebecq, les écologistes français seraient une version contemporaine du nazisme, de la Collaboration (islamiste) et du terrorisme – sans oublier le stalinisme et les heures noires de Mao Tsé Toung. On ne sait ce qu’il y a de plus saisissant dans ces comparaisons : leur outrance, leur cynisme, leur mauvais goût, le mépris qu’elles révèlent des innombrables victimes des régimes totalitaires ou du terrorisme réel – ou l’ignorance abyssale de l’histoire et de ce que sont les écologistes français. Sur les accusations de terrorisme de l’ancien ministre de l’intérieur, on ne s’étendra pas tant elles semblent, on en a l’habitude, d’un grotesque achevé : M. Sarkozy continue dans la tactique de la provocation qui lui permet de détourner notre attention d’une politique consistant à « défaire méthodiquement le programme du CNR », comme le disait un certain Denis Kessler, ancien numéro deux du patronat. (Voir mon billet : Sarkozy, le doigt et la lune. »)Sur les accusations de « collaborationnisme islamiste », on donnera bien sûr raison à Michel Houellebecq, dont la lucidité n’a d’égale que la bravoure. Rappelons qu’il a tenu ses propos dans un journal israélien – et il ne faut pas avoir froid aux yeux pour oser dénoncer l’islamisme en Israël. La Collaboration, cet écrivain le sait peut-être, était une politique d’Etat mise en place par le régime de Vichy, dirigé par Pétain. Cette politique rallia une très large partie des élites politiques, militaires et économiques du pays. Il s’agissait de collaborer avec l’occupant nazi, qui venait de conquérir la quasi-totalité de l’Europe et entreprenait de purifier le Continent de ses « races inférieures ». Les Juifs d’Europe faillirent être totalement exterminés, avec l’appui zélé de l’Etat français. La xénophobie et la dénonciation des « métèques » avait été, tout au long de l’entre-deux-guerres, la passion favorite de nombre de milieux de droite. Les écologistes français représentent aujourd’hui un courant minoritaire en politique. Ils ne sont au mieux, selon les scrutins, que la troisième ou la quatrième force politique du pays. Ils comptent quatre élus à l’Assemblée nationale et sont fort loin de diriger le pays. Ils ne disposent, contrairement aux « collaborateurs » français des années 1940, d’aucun moyen de coercition : ni la police, ni l’armée, ni la justice, ni l’école ne sont sous leur autorité. Pas plus que ne sont à leur service les grandes entreprises, les médias ou les établissements bancaires. Le mouvement écologiste français a ses racines dans le mouvement associatif et dans certains courants de la gauche libertaire et de l’anarchisme. On a souvent ironisé sur son incapacité à former une organisation hiérarchique et structurée. Les écologistes français ont longtemps été déchirés par les débats internes, et leur obsession des procédures démocratiques et collégiales les ont longtemps empêchés de constituer une force politique dotée d’un leader et capable de rallier des suffrages dans les urnes. Entre ce sympathique désordre et l’ordre nouveau maréchaliste, on voit que la comparaison s’impose. Quant aux islamistes présents en France, on aimerait que M. Houellebecq en précise le nombre, la localisation, les origines, les opinions, etc. Ont-ils envahi le pays par la force ? Sont-ils armés ? Disposent-ils sur notre territoire d’un gouvernement à leur solde comme celui de Pétain était à la solde des nazis ? Ont-ils conclu un accord de collaboration avec les écologistes ? Quels sont les termes de cet accord ? Prévoirait-il, par exemple, que les écologistes, s’ils sont un jour au pouvoir, imposeront la charia aux Français puis bombarderont l’Etat d’Israël ? Qui peut douter que ce soit là le sens des combats de Daniel Cohn-Bendit, de Noël Mamère, d’Eva Joly, de Cécile Duflot ? Merci en tout cas à l’éminent représentant des lettres (de dénonciation ?) d’attirer l’attention sur ce péril imminent dont nous étions trop peu à avoir conscience. Tant que des esprits lucides nous alerteront sur les vrais dangers qui menacent, nous pourrons dormir tranquilles. Et les métèques d’aujourd’hui seront bien gardés.Venons-en maintenant à l’autre héraut de la vérité, à l’héroïque pourfendeur d’un nouveau totalitarisme : M. Iegor Gran. Il a le grand mérite de révéler au monde ébahi que Yann Arthus-Bertrand est « le digne héritier » de Leni Riefensthal, l’égérie nazie, « sans en avoir, et de loin, précise-t-il, l’audace créative » ; et que la seule différence entre le film du premier, Home, et celui de la seconde, Le Triomphe de la vérité, c’est « la dimension planétaire du projet de propagande » de l’écologiste français. Je dois confesser que je n’ai pas vu le film de Yann Arthus-Bertrand, Home. Cela n’a pas été sans mal. Parisien, comme M. Gran, et soumis, comme lui, aux pressions staliniennes du voisinage, noyé jour et nuit sous une avalanche de propagande environnementale, menacé de finir en prison si je ne me pliais pas aux injonctions des écologistes pol-potiens, il m’a fallu trouver refuge dans les Cévennes, auprès d’un Juste ne souffrant pas du « prurit écolo », pour échapper à la Gestapo écologiste et à l’obligation de voir les « images terribles » de l’infâme Home, qui, selon Gran, portent « atteinte à la liberté, à la culture, à l’intelligence ». Gran a raison de dénoncer le « terrorisme des belles images ». On ne peut qu’avoir une pensée pour tous les innocents qui ont été, qui sont encore les victimes traumatisées à vie par la vision de la fonte des pôles ; pour le martyre subi dans leur chair par les enfants de France à cause des images de la forêt amazonienne assénées de force par le terroriste Arthus-Bertrand. N’hésitons pas à citer Gran, qui écrit, à propos du film de Leni Riefenstahl : « Au bout d’une minute, on comprend. » Nous sommes « dans l’avion du Führer. Tel le Messie, Hitler descend du ciel pour être accueilli par une foule en liesse. » Et à propos de Home, juste après : « Similitude des techniques, similitude des moyens de propagande. » Arthus-Bertrand descendant du ciel en hélicoptère, c’est Goering sortant d’un Messerschmitt, c’est Hitler à la moustache blanchie sous son harnais de photographe embarqué.Gran a bien entendu raison : peu importe le fond, l’objet, le sujet, le projet d’une œuvre, d’un livre, d’un film. Ce qui compte, c’est la technique et les moyens de propagande utilisés. Hitler aimait parler à la radio. Tout homme politique pérorant à la radio est donc un nouvel Hitler. Qu’il parle de paix ou de guerre, de tolérance ou de race inférieure, peu importe : ce qui compte, d’après Gran, c’est la technique utilisée pour le faire, et le reste se vaut. Lebensraum ou koala, lois de Nuremberg ou protocole de Kyoto, même combat !D’ailleurs, ajoute Gran à raison, méfions-nous des bonnes causes : « Il faudrait commencer par définir ce que c’est qu’une ‘‘bonne cause’’, tout de même », écrit-il dans cette prose où retentissent les grandes voix de notre littérature. « On en a connu au 20e siècle des bonnes causes, des causes excellentes ! En Russie, en Chine, au Vietnam… » Mais oui, rappelez-vous, lecteur oublieux et inculte, Staline, Mao, Ho Chi Minh. Ne trouvez-vous pas que Noël Mamère, avec sa moustache, ressemble au « petit père des peuples » ? Qu’Eva Joly a un côté Eva Braun ? Ces écologistes sont capables de toutes les ruses, de tous les déguisements pour dissimuler leurs véritables desseins : la domination planétaire, totalitaire, fasciste, exterminatrice des idées écologiques. Le GIEC, des scientifiques ? Non pas : un groupe irresponsable d’experts en catastrophe, tous émules de Lyssenko et de Mengele. La science du climat ? Pure idéologie collaborationniste. Cohn-Bendit ? Un antisémite nazi refoulé ? Comment ne pas admirer la lucidité de Gran ? Je le cite encore : « Alors oui, puisqu’il faut appeler un chat un chat, je me demande s’il n’y a pas davantage qu’une connivence sémantique entre pureté de la nature et pureté de la race. » Il a mille fois raison. Les écologistes ne peuvent plus nous mentir : derrière la protection de la nature se cache la volonté de purifier la race humaine. Bientôt, ceux qui refusent de trier leurs déchets, tous de race inférieure, seront déportés en Pologne : pourquoi croyez-vous que les écologistes ont toujours été favorables au TGV ? La solution finale n’en sera que plus facile. Appelons un chat un chat. Un grand merci, donc, à Nicolas, à Michel et à Iegor pour cette lueur – que dis-je ? cette éruption d’intelligence, de culture et de courage jetée sur les sombres desseins des sinistres écologistes et de leurs kapos et kamikazes bottés et casqués. Grâce à ces avancées de la pensée, le nihilisme contemporain n’a qu’à bien se tenir. Les Lumières sont de retour.

Tous les commentaires

Je ne pense pas que les lumières soient de retour. Lorsque Médiapart tend son micro à T. Ramadan, je pense plutôt que l'avenir s'annonce très sombre.

Qui sont MM. Houellebecq et et Cran?

Je suis grosso modo d'accords avec ce texte et son ironie nécessaire, mais je suis par contre outré par cette comparaison :

/// deux auteurs qui sont à la littérature ce que Zep et Lauzier sont à Pablo Picasso

Bon, Lauzier d'accord (c'est vraiment un sale type) mais bon, je trouve la comparaison tout a fait insultante pour Zep...

Mais comme sacrifier des arbres ou du papier recyclé pour éditer des livres ou des BD ne sera plus autorisé il n'y a pas à être outré non ?

On aimerait vouloir, pour le bien citoyen, que de tels textes puisse etre cites largement. Bravo a Jonas pour nous elever l'esprit. Pour etre un ardent defenseur des energies renouvelables (donc un peu "technicien-sectaire-donneur-de-lecon"), l'ecologie avant d'etre un parti pris politique, est avant tout une question de souverainete nationale et un facteur de paix, donc d'evolution de la race humaine, donc de culture.

On devrait plus souvent admirer les lignes electriques dans nos compagnes profondes. Elles illustrent un systeme qu'il faut changer.

Potentiellement ont-ils tort de poser la question ?

L'Ecologie politique a tout pour finir en intégrisme Vert comme les grandes idéologies du XXème qu'ont été le communisme et le facisme sous toutes ses formes.

Cette idéologie confine à l'extermination de l'être humain puisqu'il est finalement la cause et le responsable du problème Ecologique. Une terre moins peuplée comme avant et à ceux (les plus riches puisque les pauvres polluent et ne savent pas ce qu'est l'Ecologie) qui resteront.

A lire certains "intégristes", les listes de ce qu'il sera autorisé de faire ou de ne pas faire sont déjà prêtes quand les apparatchiks de la nouvelle Nomenclature ne se priveront pas d'utiliser les derniers avions autorisés à voler pour se rendre dans leurs Datchas en bord de plages désertes...

 

Je crois qu'on se méprend quand on dit que l'écologie est une idéologie.

L'écologie a bien sûr ses idéologues, ses intransigeants, ses puristes. Mais ils sont très minoritaires. Et les partis écologiques qui ont quelque succès, en Allemagne ou en France, ont une culture démocratique, qui peut même confiner à l'anarchisme, que n'a pas, par exemple, un parti caporaliste comme l'UMP, et qu'il n'a jamais eue.

On oublie aussi que les grandes idéologies du 20e siècle sont nées dans des pays non démocratiques : la Russie tsariste et une Allemagne où les institutions parlementaires, toutes jeunes, étaient ancrées dans une société encore profondément monarchique, hiérarchique, inégalitaire. Les réflexions de Todd sur les structures familiales sont ici intéressantes.

L'écologie, elle, s'est affirmée et vit dans des sociétés où les institutions démocratiques, si imparfaites soient-elles, sont profondément ancrées et ont une histoire. Or non seulement l'écologie n'a jamais été antiparlementaire ni antidémocratique, mais elle réclame même davantage de démocratie, davantage de décentralisation des décisions, davantage de participation de tous aux choix économiques, énergétiques et sociaux. On est très loin du gouvernement de tous pas un petit nombre.

L'écologie est une pragmatique. Elle part de constats et tente d'en tirer les conséquences pour l'évolution de la société. Ces constats, eux, relèvent de la science.

Car on ne peut balayer d'un revers de main la science. La science existe. La science ne procède pas de l'idéologie. Du moins pas la science d'aujourd'hui. Les protocoles expérimentaux, les vérifications permanentes par des équipes de pays très divers, la réfutation toujours ouverte des découvertes faites à un temps t - tout cela n'a rien à voir avec l'idéologie ni même avec l'opinion. Certes la science du climat est jeune. Elle n'en soumet pas moins ses découvertes, ses avancées, ses analyses aux mêmes protocoles, aux mêmes processus de vérification et de réfutation que la physique ou la biologie. Ce qu'elle affirme peut ne pas plaire. Mais cela est. Nous sommes ici dans le domaine des faits, non des spéculations. L'écologie comme courant politique a le mérite de tirer certaines leçons des données scientifiques actuelles. Comment, pourquoi le lui reprocher ?

Jonas: "(...)ont une culture démocratique, qui peut même confiner à l'anarchisme, que n'a pas, par exemple, un parti caporaliste comme l'UMP, et qu'il n'a jamais eue.  (...)"

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Tout à fait vrai.

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"L'écologie comme courant politique a le mérite de tirer certaines leçons des données scientifiques actuelles. Comment, pourquoi le lui reprocher ?"

Cela me paraît évident. Par démagogie, inconscience et surtout avidité.

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Comme conséquence d'une prise de conscience écologique, il convient de ne plus produire n'importe quoi n'importe comment ou gaspiller,  donc, plus question de faire du fric toujours plus de fric.. en promettant aux masses qu'on doit croître pour redistribuer les miettes.  Cf Hervé Kempf "Comment les riches détruisent la planète".

Et bien entendu, les plus de 50% d'électeurs de la droite ou de la droite extrême (hélas, quelques-uns, encore trop nombreux à "gauche"aussi) ne veulent ou ne peuvent arriver à comprendre cela.

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