Sat.
26
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Mon chemin

© N. Magister

Je t’aime mon chemin de maraude, même s’il t’arrive de me faire voir des ornières de toutes les couleurs, de celles qu’on trouve seulement sur les chemins de mulets. Je ne t’en veux pas pour tes trajets menant de fol espoir à désenchantement ou de rien à pas grand-chose, car tu rembourses tôt ou tard les titres en divins étonnements. C’est d’ailleurs toi qui m’as appris à être prêt à la surprise.


Si tu savais comme elle m’a pesé l’attente du départ pour la pérégrination au long cours entre tes berges. C’est vrai qu’elle me rendait tes perspectives radieuses mais elle s’étirait aussi indéfiniment, paresseusement comme une amante sûre de son fait attend son heure. Je ne savais pas encore qu’allées traversières, détours, chemins privés et impasses allaient jalonner ton cours. Je te croyais infini quand je te voyais rétrécir à l’horizon. Je pouvais partir comme un jeune chien fou.

Chemin faisant, tu t’es révélé interminable quand tu étais monotone, seulement, et bien trop court quand tu étais joyeux, empli de rires d’êtres aimés et qui m’aimaient. Aujourd’hui, je te trouve parfois harassant comme tout chemin qui mène à la source introuvable, facile mais sournois comme celui qui redescend vers la mère qui n’est plus. 

Chemin qui m’oblige à forcer du jarret dans tes raidillons et à me retenir aux branches dans tes descentes. Tu n’es jamais si dangereux que lorsque tu es facile. J’emprunte les empreintes dont certains t’ont marqué, celles que je devine correspondre un peu à ma pointure. Car il y a aussi celles qui se sont fourvoyées  dans des sentiers de traverse et que nul n’a jamais revues, celles, enfin, qui se sont définitivement effacées. J’ai eu la chance de ne jamais me perdre vraiment dans ce suivi emprunté.

Chemin fuyant toujours vers demain, je ne compte plus les silhouettes négligées sur ton bord, à l’époque bénie où je pensais avoir tout le temps de les revoir sur ton itinéraire hors du temps. Erreur funeste car l’on n’a pas le temps de revenir sur ses pas, jamais. Les lacets font rarement le cadeau d’un crochet aux marcheurs.

J’ai pris tes bifurcations, tes pattes-d’oie, tes cul-de-sac, d’autres chemins mal choisis dont il m’a fallu brosser la poussière abondamment. Mes souliers crottés d’argiles tenaces ont eux aussi longtemps dit d’où je venais.

J’ai également négocié tes virages en épingles à cheveux blonds, bruns ou roux qui se sont terminés dans des virages à la corde du pendu, dans des décors pleins de ronces où se sont accrochés mes habits neufs. C’est là que j’ai découvert des fossés sans concession au dessus desquels balançaient les cordes des pendus qui avaient eu moins de chance que moi.

© N.Magister

Comme elle me manque maintenant l’attente qui s’est émoussée. Et, tout bien considéré, comme tu auras finalement été bref quand je me retourne sur le tracé tortueux déjà parcouru, mon chemin.

J’ai près de moi les visages familiers aux côtés de qui je chemine, si proches que je n’ai même plus besoin de chercher leur regard pour me rassurer. La fin de toi, mon chemin, je ne l’imagine pas sans eux, sans nos hanches qui se cognent dans le balancement de la marche.


Je sais que nous arriverons un jour au belvédère où tu nous mènes, là où le point de vue s’étend très loin, apaisé et serein. Mais ce jour là, où nous ne pourrons plus arquer, même sur tes empierrements les plus praticables, fais moi la grâce, mon chemin, de m’assurer du regard que ceux qui suivent ne buttent pas sur les pierres que nous aurions oubliées.

Tous les commentaires

 je crois que les chemins  assurent la grâce de ceux qui suivent et n'oublient pas.

Tous "les petits chemins, chemins de halage, chemins de jardin" rêvent de devenir de grands chemins sans bandits et sans chemineaux.

Je l'ai évoqué sans mettre le lien. Honte à moi. L'outrage est réparéClin d'œil.

Merci

pas de honte Jonas, cétait donné, et pas d'outrage. J'aime que les idées circulent. Enfin les belles et elles sont belles ces promenades.

Non, pas de honte, ni d'outrage, juste des échos qui résonnent dans ma tête, et auxquels je suis sensible....

o.k. grain. à bientôt.

en chemin

le pélerin

chemine 

se pèle les reins

en chemin 

s'empierrent les oublis

de la vie


nimbé de soleil

l'argile

têtu

colle

godillots

hanches en duo

duo d'anches

les anges, tout en haut

 

 

 

Ravissement des mots qui chaussent le chemin et en font une rivière tant les pierres sont de belle eau.

En écho amical, le petit bout d'un texte écrit il y a quelques temps et qui me revient : "Ce sont des champs, des champs de tournesol, de blé et de terre battue. Le chemin monte un peu. Chaque petit caillou dans lequel je bute avec mon pied me fait un mal de chien. Je suis tout seul. Je n'ai pas besoin d'aide. Je me demande si je vais pouvoir continuer. Je ne veux plus m'asseoir sur le bord de la route. Je pense que je n'ai jamais su prendre le temps..."

Faut-il y voir la marche d'un questionneur aux prises avec des chemins malaisés comme ceux de la délinquance adolescente ? En tout cas il y a de cette opiniâtreté.

Merci pour ce bout de chemin.

Non, c'était bien avant, et pourtant... c'est un chemin qui conduit peut-être là ! J'aime beaucoup "C’est d’ailleurs toi qui m’as appris à être prêt à la surprise." Merci à vous.

Et sur le chemin, parmi les ronces, se pressent de plus en plus de mûres craquantes et fondantes, si juteuses... Les murs, d'avoir écouté tant et tant de confidences, murmurent des paroles de gaieté ou de doux lamentos... Bon chemin de nuit, Jonas.

Que le chemin vous soit doux aussi, Art Monica. Que la cueillette de mûres soit abondante. Et que les murmures se fassent colère grondante.

Très beau texte et belle évocation des chemins qui nous amènent vers le plaisir de la découverte, qui nous mènent loin dans nos désirs et nos volontés !

Et toujours ce chemin qui "se trace en marchant", nous dit Antonio Machado  *  

http://blogs.mediapart.fr/blog/arthur-porto/050508/se-hace-camino-al-andar

Magnifique billet, Arthur Porto avec un bouquet de commentaires à la hauteur dont j'extrais ce petit joyau présenté par Fantie B. : "En marchant se construit le chemin, Et en regardant en arrière On voit la sente que jamais on ne foulera à nouveau. Marcheur, il n'y a pas de chemin, Seulement des sillages sur la mer."

Oui, Grain : "se sentir en harmonie avec la sienne et se dire qu'on est comme on est et que ce qu'on vit est justement notre vie" et j'ajouterais : en tenant fort ceux qui nous côtoient.

Dans presque toutes les banlieues autour de Paris, il y a un arrêt de bus qui s'appelle: "Les Quatre Chemins", les "Six routes" ou " la Patte d'oie"...

Parfois on en est là. Parfois c'est pile poil là que nous en sommes. Exactement là. Alors prendre par ici ou prendre par là ?

Ne pas hésiter. Suivre son instinct et y aller. Et ne surtout jamais calculer une chance sur combien on a de s'être trompé.

Plus tard peut-être. Et encore !

Mon chemin d'enfance dans le Limousin était bien étrange : je l'ai pris enfant avec ma tante pour la première fois : j'étais malade et elle prétendit qu'une promenade dans la forêt me guérirait. C'était l'hiver, j'avais 40 de fièvre, tout craquait de gel. Et l'éblouissement des boules rouges du houx et de celles translucides du gui que nous avons ramené à la maison !

Le soir même la fièvre est tombée : ma tante a eu raison, j'étais guérie !

J'ai retrouvé ce chemin, adulte, seule puis avec des enfants. Je croyais le connaître, savoir où il allait mais pas une seule fois je ne me suis retrouvée au même endroit ! Je n'ai jamais compris ce mystère.

Lorsque j'étais seule, j'ai eu souvent le sentiment fugace et quelque peu inquiétant d'être observée par des êtres-ombres qui s'éparpillaient dans toutes les directions dans un froufroutement parfois ricanant, parfois joyeux dès que je commençais à tenter de les discerner. Excès d'imagination, sans doute mais presque tangible !

C'est dans ce chemin, au milieu de cette forêt que j'ai l'intime conviction que se trouve mon identité profonde : j'appartiens à cette terre là et je la porte en moi, même déracinée !

Beaucoup de chemins du Limousin sont bordés de pierres sèches arrachées à la terre. Je pense souvent aux ombres du passé qui sont encore bien présentes dans ce travail obscur mais qui défie le temps. Combien d'entre elles pourraient dire ce que vous dites WataYaga ?

© Jonas

Par ma foi, moun amiga, je trouve ce détournement fort plaisant et fort courtois. Aussi aurais-je mauvaise grâce à m'en dire courroucé.

Durant l'été 2009, j'ai eu le plaisir délicat de goûter ces dires de trobaritz accompagnés par des musiques et instruments d'époque en l'Eglise de Saint-Martin de Jussac.

Tant qu'on y est, WataYaga, ce ne serait pas celui-là des fois, votre chemin ?

 

Oui, cela y ressemble beaucoup, en beaucoup moins large cependant et aussi avec la petite chienne noire (elle s'appelait sarriette) de ma mère et des enfants qui s'amusaient à courir derrière de minuscules sauterelles aux ailes roses ou bleues pour les voir s'envoler.

J'ai vu les mêmes sauterelles bien plus tard dans une région méditerranéenne mais c'étaient des géantes ! On les appelle des criquets et leur stridulation embellit le pays, surtout la nuit sous un ciel d'étoile filantes....

Mais dans mon coins, ces jolies bestioles étaient plutôt silencieuses ! Pas comme les oiseaux dans les haies et les buissons !

Z'ont pas de bâtons les enfants...Nous, on en avait toujours à cause des vipères : on nous disait "quand vous traversez les fougères, ou passez au milieu des ajoncs, tapez le sol, tapez sur les pierres avec votre bâton pour que la vibration  les prévienne de votre arrivée et qu'elles aient le temps de se sauver". J'ai toujours respecté scrupuleusement cette consigne et à part une couleuvre dans l'eau, je n'ai jamais vu de serpent....

Les fougères étaient plus hautes que moi, même adulte ! Impressionnant !

Par contre des centaines de petites araignées dont on ne pouvait pas toujours éviter les toiles et plutôt que de s’emberlificoter dedans on les repoussait, non sans regret avec le bâton. Ma mère me disait que c'était signe de beau temps quand les araignées tissaient leur toile haut !

Tout cela est bien vrai, WataYaga. Sauf pour les sauterelles qui fusaient en gerbe de partout sous les pas et dont on ne voit plus beaucoup de spécimen aujour'hui. Je trouve le phénomène assez inquiétant.

Que leur est-il arrivé ? Il y a très peu d'insecticides et de désherbants dans la région. Je m'interroge.

Pas pleurer sur vos mots. Dès le dimanche matin. Pas pleurer...

Il est beau ton chemin, Jonas.

Sorry my dear hope de ne pouvoir te answer correctly in English but I have received your message five on five and i am very touched !

Alors "take Five" à mon tour!

Alors "take five "also!

And one more time for nothing , thank you M Dupral!

 Ce petit chemin, qui sent la noiset-et-teu

ce petit chemin, n'a ni queue ni tê-ê-teu...

Ce petit chemin© Micheline Presle

Newsletter
Je m'identifie