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May

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Sur le damier


C’était un petit pion de jeu de dame pas très fixé sur sa couleur, dont le seul luxe était de se mettre en opposition face aux nuances du temps. C’est pour cette unique raison qu’il jouait blanc les jours de ciel bas, et noir les jours de grand soleil, ou noir avec la blonde, et blanc avec la brune. Il aurait bien aimé se déplacer selon son cœur mais le destin en avait décidé autrement. Il était prisonnier des choix de la dame qui le manipulait et ne connaissait que la diagonale, dite diagonale du fou en d’autres jeux. Là en l’occurrence, il s’agissait de la diagonale du pion, toujours à l’affût pour en damer un autre dans un jeu fratricide et pervers.


Il n’aimait rien tant que de se sentir saisi par les doigts graciles de sa maitresse. Enfin, celle qui exerçait son empire sur lui dans la partie en cours. Elle prenait garde de ne le glisser qu’à coup sûr pour une destination qu’elle seule connaissait. Il restait anéanti par la grâce qui redessinait son visage quand elle le poussait avec délicatesse sur les cases foncées du damier.

La concentration faisait plisser le front et mordiller la lèvre inférieure à sa maîtresse, qui ressortait de cette épreuve plus incarnate que jamais. La rage de gagne lui mettait le feu aux joues. Son désir affiché avec tant d’impudence lui conférait un charme affolant qui anéantissait notre petit pion. Elle en profitait alors pour faire de lui ce qu’elle voulait. Il se serait damé pour elle.


Il ne l’aurait avoué pour rien au monde, mais lorsque la joueuse opposée à la sienne le saisissait à l’occasion d’une prise, il défaillait presque. Car pour tout dire, être capturé procurait un délice presque aussi vertigineux que celui du siège. La ravisseuse, le glissant dans sa paume, lui faisait goûter le frais de son haleine et l’éclat de ses dents carnassières. Mais l’extase était de courte durée, car le rituel de conquête à peine consommé, et alors qu’une étrange langueur le gagnait, elle le jetait négligemment dans le fossé des capturés dont elle ne ferait même pas le compte en fin de partie.


Celle du moment lui avait bien expliqué que lorsqu’il atteindrait un jour la dernière rangée, il deviendrait dame à son tour. Il ne savait trop s’il s’agissait d’une malédiction ou d’une félicité mais, de fait, il éprouvait parfois en secret, au plus profond de lui-même, d’étranges symptômes qui étaient peut-être ceux des indices avant-coureurs d’une féminité diffuse. Ce qui ne l’empêchait nullement d’être impitoyable dans la capture d’autres pions. Chacun pour soi. La vie est ainsi faite.


Après la rafle par une dame, elles se regardaient toutes deux du coin de l’œil puis partaient, presque immanquablement, dans un duel de rires cristallins. Dans ces moments, et s’il n’était pas encore dans le camp des vaincus, il se morfondait sur sa case, ne sachant trop quelle contenance adopter. Difficile, en effet de savoir s’il s’agissait d’espièglerie ou de cruauté vraie. Était-il dédaigné ou imprenable, en sursis ou condamné ?
La partie se terminait invariablement sans qu’il n’en sache jamais rien. Car, pour autant qu’il n’y ait pas de phase de jeu en cours, et comme elles étaient de forces comparables, la fin de partie d’une dame contre l’autre, était toujours considérée comme égale.

Et lui, retrouvait les autres pions dans la mallette des jeux où tous attendaient déjà avec fièvre la prochaine partie de dames.

Tous les commentaires

Alors la blonde ? La brune ? Les blancs ? Les noirs ? Pauvre petit pion manipulé pris dans la tourmente de l'échiquier.... On en mangerait ! Ces dames sont parfois d'une cruauté ! Et ce joli petit billet joueur et troublant déguisé en forme de jeu de société est un petit bijou de tendresse et de perversité...

Bravo, vraiment, Jonas ! Comment dire "tu as un talent fou" avec l'air de ne pas y toucher ? C'est pourtant exactement ce que je voudrais exprimer !

Embarassé

Je peux sortir de la mallette ou faut que j'attende encore un peu ?

Non, vas-y, tu peux sortir.... Je te promets qu'on ne te fera pas de mal ! Et tu ne te feras pas manger, promis, petit pion inquiet.... A tous les coups, tu vas remporter la partie !

Ensorceleuse! Tu ne fais qu'accroître ma prudencePas très décidé

hum-hum....

Elle prenait garde de ne le glisser qu’à coup sûr pour une destination qu’elle seule connaissait...

re-hum hum...Tranquile

hum-hum et re-hum-hum !

Comment dire... C'est curieux. Je ne visais personne, elisa, et pourtant, je mettrais ma main au feu qu'elles croiront se reconnaître.

Comment ça, qui ?

Ben, j'sais pas moi. Deux joueuses de dames, un jour, quelque part, pas forcément brunes ou blondes, peut-être rousses ou chatains.

En fait, si, je sais, c'est une fiction. Un truc complètement improbable. Pas la peine, donc, de s'échiner à touver qui. Clin d'oeil

Je trouvais simplement ta phrase très suggestive. Et ne visais personne. Je me demandais simplement...^^

Voilà, voilà... Clin d'oeil

 

"En fait, si, je sais, c'est une fiction. Un truc complètement improbable. Pas la peine, donc, de s'échiner à touver qui." Clin d'oeil

Déception, cette chute ! On en voulait encore , de ces délicieuses... dames .

Très suggestif , tout ça... Gare aux ligues de vertu !

Je compte sur vous pour me soutenir en cas de procès, netmamou. Je sens que je vais avoir besoin de toutes celles et ceux qui connaissent le jeu de dames et sont, de ce fait, bien placés pour défendre la cause.Sourire

Attention, je vais manger ta dame ! Sourire

 

M'en fous, annie, puisque c'est toi qui me ravira.Clin d'oeil

Jeux de Dames

"Celle du moment lui avait bien expliqué que lorsqu’il atteindrait un jour la dernière rangée, il deviendrait dame à son tour. Il ne savait trop s’il s’agissait d’une malédiction ou d’une félicité mais, de fait, il éprouvait parfois en secret, au plus profond de lui-même, d’étranges symptômes qui étaient peut-être ceux des indices avant-coureurs d’une féminité diffuse."

Juste avant de trébucher sur la dernière rangée, les dames demandèrent au petit pion:"Es tu prêt à te glisser dans nos vertus,avant de te glisser dans nôtre peau ? Si tu le peux,nous renverser sera ta félicité, exercer nos vertus sera ta malédiction".Et c'est ainsi qu'elles lui damnèrent le pion!

C'est bien le plus joli des commentaires ! Rire

Plus qu'un commentaire, une leçon de conduite en condition périlleuse, elisa. Et l'épilogue... pfff! désespérant !

Je m'en doutais, espoir, que vous prendriez parti pour les cruelles, mais comme d'habitude, de façon tellement espiègle que le vaincu ne se sent pas humilié.Clin d'oeil

Et puis, en cherchant bien je crois aussi discerner des "peut-être", ce qui, avec les filles, correspond presque à "promesses".Clin d'oeil

Certes,Jonas,je crois plus au "peut-être" qui force l'imaginaire ,qu'au"béni-oui,oui"qui ne force en lui que la résignation.

Je ne dis plus rienClin d'oeil

Dame ça alors, que de sous-entendus chez vos lectrices !

Evidemment ! Elles savent toutes parfaitement de quoi il s'agit. Ce n'est pas une fiction pour elles, ni un compte-rendu d'activité mais l'exécution d'un programme en cours. Notre brûlure.

Enfin, toutes ces petites choses impalpables, qui se dissolvent dès que l'on tente de les saisir et qui me la rendent essentielle, LA FEMME.

Mais Patrick, relis bien, c'est lui qui a commencé ! Non ?

OK, Grain, disons que le premier, il y a mis le doigt... Comme dirait Léo Féré, ce Jonas est" un immense provocateur". !!

Rêvons d'un damier où les pions sont remplaçés par des petits verres d'alcool.. Les blancs remplis de Téquila, les noirs contenant de la vodka d'herbe de bisons à ras bord !

Je prends les blancs, qui veut des noirs ?

De quoi ??? de Zubrowka ? Au bout d'un seul, je perds... Clin d'oeil

Avec du sel comme il se doit, la tequila ?

L'important c'est, à chaque prise, de boire cul sec !

C'est une situation tirée d'un San Antonio (les vacances de Bérurier, me semble-t-il), rien que de repenser à la narration, de ce combat des chefs, ivrognes invétérés, bois sans soif compulsifs, j'en ai mal aux côtes !!

Béru Ministre de l'Intérieur :

Campé devant le buffet, il porte toast sur toast en exécutant des cul-sec sans ostentation, non pas en s'aidant de la nuque façon von stroheim, mais en mobilisant simplement sa glotte. Il balance le verre de vodka dans sa soupe à picole : tiaff ! Avale dans la foulée. Change son verre vide contre un plein, recommence. Elle clame bien haut, l'Excellence : - je bois au Kremlin ! - Tiaff ! - je bois à Bicêtre ! - Tiaff ! - je bois au tsar ! - Tiaff ! - je bois au président Staline ! - Tiaff ! - je bois au maréchal Trotsky ! - Tiaff ! Ces homologues n'arrivent pas à le suivre." .

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