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May

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En Chine, du brut et des étoiles

Bizarrement, une marée noire chinoise est beaucoup moins sexy qu'une marée noire américaine. Nos médias s'y attardent peu; et ce n'est pas Pékin qui va s'en plaindre !

Même ici en Chine, où la couverture consacrée à la fuite de BP au large du golfe du Mexique est au moins trois fois plus élevée que celle de Dalian. Il faut dire que, dans ses recommandations hebdomadaires, le département de la propagande pékinois a demandé solennellement aux journalistes chinois ne plus s'attarder sur les conséquences environnementales de cette catastrophe écologique chinoise, alors que BP a installé une webcam pour proposer de suivre sa fuite de brut en direct: deux écoles, donc.

Comme à l'époque du tremblement de terre du Sichuan ou plus recémment de Yushu sur le plateau tibétain de Qinhai, c'est donc la célérité de nos braves sauveteurs-militaires de l'Armée Populaire de Libération qui est mise en avant sur cctv et consoeurs, et tampis si l'on voit de temps en temps des images de secouristes bénévoles retirer le goudron à mains nues ! En revanche, les téléspectateurs chinois ne découvriront pas les déroutantes images d'Al-Jazeera tournées ce matin, où l'on voit des pêcheurs nettoyer des coquillages mazoutés pour mieux les revendre à la criée.

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(REUTERS/JiangHe/Greenpeace)

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(APPhoto/Jiang He, Greenpeace)

 

Les catastrophes, poule aux oeufs d'or du cinéma chinois

D'ailleurs, notons la sortie dans 4000 salles chinoises du long-métrage "AfterShock", dédié au séisme de Tangshan de 1976 et ses 240 000 victimes. Il est l'oeuvre du Spielberg jaune, Feng Xiaogang, à qui l'on doit les douze plus gros blockbusters chinois depuis dix ans, transformant de fait son pays en deuxième marché mondial du cinéma. Sorti le 22, le film fait même pour l'instant plus d'entrées qu'Avatar ! Feng profite à fond les ballons des règles du marché local, à faire pâlir d'envie notre ancien ministre de la culture Jacques Toubon. Car seuls vingt films américains sont autorisés dans les salles chaque année + vingt films du reste du monde (Europe, Japon, Corée du Sud y compris). A ce tarif, autant dire que les distributeurs préfèrent ne prendre aucun risque et optent pour des valeurs sûres (Michael Jackson, Karate Kid, etc...). Depuis décembre, un nouveau quota a tout de même été instauré: 10 films étrangers supplémentaires sont autorisés chaque année, pourvu qu'ils soient en 3D. Pour l'instant, ce sont les Américains qui s'y engouffrent avec Avatar et plus récemment Toy Story 3.

Pour prolonger:

- Les plus "belles" photos de la marée noire de Dalian (Big Picture - Boston Globe)

- La critique d'AfterShock par Austin Ramzy, Time magazine

- La bande annonce d'AfterShock - 唐山大地震 sorti le 22 juillet:

 

 

www.jordanpouille.com- Jordan Pouille, correspondant à Pékin

Tous les commentaires

Merci beaucoup Christel car j'ai essayé 4 fois l'outil de lien et ça ne marche toujours pas :(

Greenpeace s’est rendue sur place pour y constater les dégâts et a été le témoin involontaire d’un drame... voir ici.

Dans quel état sera, à terme, la santé de ceux qui y "pataugent" ?

alors que BP a installé une webcam pour suivre sa fuite de brut en direct:

 

Oui, enfin.... en retouchant des images si j'ai bien suivi l'actu.

Tout ça pour quoi, au final ? une fuite dans le mur, un mépris total pour les populations et les conséquences sur la santé.

Je n'ai pas de mots pour dire ce que je ressens. Pauvre planète...

Je pense que tampis s'écrit plutôt tant pis.

Moi aussi !

Quelques images entraperçues je ne sais plus où sur Internet. L'horreur totale. La lutte à mains nues. Et cette chappe de silence, comme une deuxième couche pour épaissir encore la nappe de pétrole. La mort en strates....

Oui, c'est atroce et horrible pour notre futur, s'il y en un !

Il y a aussi une autre Marée Noire dont en ne parle jamais, celle du Nigeria et pourtant elle dure depuis des décennies et dans le silence total !

Ici un lien

http://www.courrierinternational.com/article/2010/06/03/les-marees-noires-oubliees-du-delta-du-niger

 

Terrifiant et excellent, merci Jordan.

Ce texte reste anecdotique. Ce type de situation est très fréquent en Chine étant donnée la rapidité du développement. Il serait plus intéressant de savoir quelles suites sont données à ces situations: sanctions, plus de contrôle... J'ai eu l'occasion de voir il y a une dizaine d'années des rivières poluées dans des villages. Aujourd'hui j'ai noté la fierté de paysans montrant la propreté de certaines de ces mêmes rivières.

Cher René Carré, une marée noire de 450 km2, même sous controle est loin d'être anecdotique et cette Chine en développement n'est pas synonyme d'un environnement plus sain, bien au contraire.

Si vous lisez l'anglais, je vous conseille vivement la lecture de l'excellent "When a billion chinese jump" de Jonathan Watts, le correspondant "environnement" en Chine du Guardian depuis 5 ans. Sorti le 11 juillet en Angleterre, son bouquin dresse un véritable audit vert de la Chine, province par province, en prenant soin de mesurer l'impact du développement économique sur la biodiversité et la santé des populations.

http://www.jordanpouille.com/2010/07/20/jonathan-watts-when-a-billion-chinese-jump/

Et force est de constater que malheureusement, les sanctions que vous évoquez, vont d'abord vers ceux qui dénoncent ces pollutions en tous genres et non vers les pollueurs (sauf vraiment quand les médias centraux relaient l'info et que les gouverneurs de province n'ont d'autre choix que de sanctionner ces industries qu'ils ont fait venir chez eux en promettant au départ d'être peu regardants sur leurs rejets toxiques). Concernant les industries polluantes, elles ont tendance désormais à être déplacées vers le centre du pays, dans les provinces peu occupées... quand au départ, elles étaient délocalisées de l'occident vers le sud du pays (guangzhou, shenzhen).

Si je peux me permettre, je vous invite à lire l'un de mes papiers "environnement" en Chine consacré à l'impact écologique de l'essor de l'industrie du panneau solaire dans le Sichuan.

http://www.lavie.fr/hebdo/2010/3374/le-cote-sombre-du-solaire-27-04-2010-5796_122.php

Sauf notables exceptions (l'exemple de la future cité écologique de Tianjin), nous ne sommes dans la plupart des provinces chinoises, qu'au début de la société de consommation et au zénith de l'industrialisation: ce qui débouche sur des pollutions sans précédent, une production de déchet par habitant plus élevée dans les villes chinoises qu'à Paris, Londres ou Berlin et une disparition des ressources (bois, eau, terres arables) malgré le détournement du fleuve Yangtze entre autres.

http://www.chinadialogue.net/article/show/single/en/3033-A-mega-project-too-far-

Bien cordialement,

Jordan Pouille, correspondant Marianne, La Vie, China Digital Times.

 

 

Bravo Jordan pour ton travail. Merci de nous tenir informés.

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