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Pékin veut en finir avec ses logements souterrains

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Héritage de la guerre froide, Pékin a son lot d'abris anti "raid aériens"construits sous de solides immeubles en centre ville. N'en déplaise à la municipalité, des milliers de travailleurs y ont trouvé refuge.

Cachés derrière de grosses portes en fonte, ces sous-sols souvent répartis en plusieurs niveaux ont été aménagés au fil des ans en logements locatifs abordables pour les travailleurs modestes de la capitale, refroidis par l'explosion des prix de l'immobilier. Pas de lumière naturelle, beaucoup d'humidité mais du chauffage et de l'espace (voir le reportage du Spiegel)

Mais après avoir fait détruire cet été la cité des fourmis de Tangjialing, soit des logements construits en lointaine banlieue par des paysans pour les jeunes cadres migrants de Pékin (l'un des trois épisodes consacrés au logement sur Mediapart en mai dernier), les autorités s'attaquent maintenant à ces logements souterrains en centre-ville jugés "non conformes".

Sans doute que les propriétaires prospères de ces chambres souterraines s'en mettaient plein les poches sans déclarer le moindre yuan au trésor public. Mais ce ne sont pas des marchands de sommeil pour autant et les locataires, encore une fois, vont en faire les frais et se retrouver à la rue. Car si je ne m'abuse, la vie est très chère à Pékin et l'on ne trouve guère de dortoirs pour ces millions d'ouvriers, serveurs, vigiles, masseurs, profs de gym, vendeurs, hôtesses d'accueil et autres travailleurs venus de tout le pays pour contenter les Pékinois à moindre coût. Je connais pour ma part une association d'aide et d'assistance juridique aux travailleurs migrants dont les locaux sont dans les sous-sols d'un hôtel de luxe. Pour y accéder, on n'emprunte pas l'ascenseur doré de l'établissement, on descend un vieil escalier métallique.

Qu'adviendra-t-il de ces locataires bientôt expulsés (pas trop vite j'espère car il fait -11°c en ce moment)? En matière de relogement, Pékin a des yuans mais manque cruellement d'idées. A part des indemnités variables pour les propriétaires quand il s'agit par exemple de raser un Hutong pour un projet de centre commercial annoncé comme étant d'intérêt public, les familles migrantes, elles, n'ont que leurs yeux pour pleurer.

En Chine, au moins 46% des recettes fiscales des gouvernements locaux (comme ici, celui de Pékin) proviennent de la vente deterrains. Une mine d'or puisque tous ces terrains urbains appartiennent aux officiels corrompus du Parti à l'Etat communiste.

Aucune envie dès lors de les sacrifier pour un programme de logements sociaux. A Pékin, ce sont donc les promoteurs les plus fortunés (voir mon portrait de Zhang Xin, redoutable patronne de Soho, le principal promoteur dePékin, dans l'édition papier de Marianne, 21 août ) qui s'octroient l'espace vital pékinois pour y construire des tours résidentielles futuristes mais totalement inabordables, en particulier pour cette fameuse classe moyenne, garante de la stabilité du régime chinois. Pas de logement en ville, voire même pas de voiture puisque la municipalité a décidé de réduire de 2/3 les nouvelles immatriculations en 2011: deux coups de canif dans le contrat de mariage entre le Parti Unique et cette génération de Chinois trentenaires peu revendicatrice mais pressée de devenir propriétaire ou d'acquérir une voiture (l'âge moyen d'achat d'une voiture neuve en Chine est de 35 ans).

De fait, des gratte-ciels vides de commerces ou d'habitants forment désormais la charmante "skyline" de la capitale. J'habite juste en face des jolies tours Soho Sanlitun et je travaille juste en face des tours de Jianwai Soho: deux étranges mini "villes fantômes" au coeur d'une mégalopole de 17 millions d'habitants.

Retrouvez en vidéo le passionnant reportage de l'intrépide Melissa Chan (@melissachan sur twitter), correspondante chez Al Jazeera English, sur la disparition annoncée des logements souterrains de Pékin.

Xin nian kuai le ;)

www.jordanpouille.com

Tous les commentaires

Illustration des droits de l'homme en amtière économiques et sociaux en Chine.

Fascinant, comme tous vos articles.

Mais celui sur Zhang Xin est illisible sur votre lien, et introuvable sur Marianne2.fr...

Merci cher Alain

Vous avez raison, l'article est introuvable sur le web. Je réfléchis à une solution et je vous tiens au courant. Bonne année 2011.

Edit du 02 janvier: le papier est lisible ici http://bit.ly/fFzyTt

Que l'Etat ne fasse pas construire de logements sociaux, c'est une chose mais pourquoi mettent-ils les gens dehors de leurs abris de 'fortune' ? Je ne doute pas qu'il y ait des prétextes avancés (lesquels ?) mais que vous semble-t-il des motivations réelles Jordan ?

 

Post-scriptum : C'est par ailleurs étonnant de devoir lire Marianne (papier je suppose) pour avoir accès à vos reportages, si vous êtes toujours journaliste à Mediapart.

Justement il n'y a pas d'autres raisons avancées que l'illégalité de ces logements, au regard du fisc.

Sinon je suis journaliste freelance: je construis une correspondance pour La Vie, Marianne et Mediapart depuis Pékin.

Cordialement

Jordan Pouille

Merci pour votre réponse et pour le lien vers votre article publié chez Marianne.

Et bonne année de découvertes en Chine.

Bonne année 2011 Jordan et merci pour tout ces reportages depuis Pékin.

Très belle année à vous Sherkan et merci pour votre chaleureux message.

Jordan

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