Sat.
26
May

MEDIAPART

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Son père est mort.

Je l'ai rencontrée ce matin dans la rue. Elle cachait ses yeux derrière des lunettes noires. La lumière du jour était magnifique et la ville se levait doucement.

Très loin de ce lieu où elle se trouvait, de l'autre côté de la terre, son père venait de mourir. On le lui avait dit la veille au téléphone.

On ne l'appelait jamais, alors, en reconnaissant la voix de sa soeur, elle avait su. Elle avait rappelé pour avoir des mots, pour se rapprocher, pour ne pas se sentir si loin,

mais il fallait laisser la ligne libre pour les pompes funèbres. Plus tard elle avait rappelé, mais on ne comprenait pas pourquoi elle voulait savoir, pourquoi ce besoin d'en parler.

Ce besoin de parler. Alors elle n'a plus appelé. Les lunettes noires c'était pour assourdir le chant trop lumineux, trop joyeux du monde, disait-elle. C'était pour veiller son père, homme

rugueux, abrupt, sauvage même, exilé, qui ne s'était couché que pour mourir. La vie allait reprendre son cours.

Il n'avait souhaité d'elle, sa fille, que quelques roses sur sa tombe. Elle les y déposerait quand elle repasserait par le pays d'enfance qui était le sien aussi.Elle avait promis.

Je sais qu'elle va tenir parole.

Tous les commentaires

Si c'est vous, derrière les lunettes noires, sachez que vous je vous embrasse. Si c'est une passante, une amie, une proche, faites le de ma part... Merci !

Merci Grain de sel, je vous serre sur mon coeur.

Joséphine, quand j'ai perdu mon père il était en Nouvelle Calédonie depuis si longtemps que je ne me souvenais même plus ni de son regard bleu ni de sa voix. J'ai oublié de pleurer quand ma soeur m'a annoncé sa mort.

Je regrette infiniment de n'avoir pas eu à cacher mes yeux derrière des lunettes noires.

mon expérience se rapproche de celle d'elisa mais l'exilé c'était moi.

Moi aussi j'espère que la passante ne soit pas vous et si tel est le cas, mes sincères condoléances.

cordialement, BC

C'est un des moments de la vie ou la distance amplifie la douleur et le vide.

De tout coeur avec vous

Je ne devrais pas lire de tel billet .

Et pourtant que d'emotion !

Une goutte sur le clavier !

Merci de votre si beau texte .

Merci à vous tous de partager ma peine. Merci beaucoup.

Là-bas, dans l'Orient éternel, un père a lu .Une larme a dû perler sur sa joue .

Merci Nadja.

@Boris

Même renversement. Il est mort, j'étais loin. Je suis revenu. Ils l'avaient laissé comme il était mort, en position foetale et en pyjama. Juste un sac en plastique à fermeture éclair. Des fois je suis violent, mais jamais autant que ça. Il s'est passé plus de quarante ans, mais je ne l'ai toujours pas ........

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