le complexe d'oedipe et le "Pouvoir"
Intéressante votre réflexion. Ici Philippe Meyer ne fait que parler du complexe d'oedipe :
"Et je voudrais juste hasarder une hypothèse qui m'est venue en lisant dans Médias [...] un excellent entretien avec Plantu, qui réfléchit à son métier et qui entre autres, parle de ce qui rend aujourd'hui l'exercice de la liberté difficile dans le métier de caricaturiste. Et qui au fond, nous incite à penser, à travers ce qu'il dit et ce qu'il raconte, que s'il y a cet acharnement et cette jubilation pour tomber sur le pape, quelle que soit la validité du motif, c'est simplement pour prendre la place. C'est pour devenir à son tour [...] où on a affaire à des gens qui ne pensent qu'à une chose qui est à devenir les nouveaux clercs de la société contemporaine, ceux qui disent quel est le bien, le beau, le juste et le vrai. Et qui d'ailleurs sont eux-mêmes de ce fait... jouissent d'une immunité et se trouvent à l'abri de toute forme de critique. »
Voici comment :
Les différentes espèces d’institutions prodiguent, à travers les discours typiques qu’elles fabriquent, les représentations symboliques d’un mythe initial (la direction des esprits) et construisent un ordre moral assumant la charge de canaliser et de récupérer à son profit la culpabilité.
Comme je l’ai compris, le complexe d’oedipe (je deviens moi-même, je grandis, en m’emparant de l’objet qui accomplirait la totalité de mon désir en occupant la place de celui qui possède l’objet, quitte à l’en chasser) est particulièrement important dans la construction de notre personnalité.
J.M.Pohier nous dit que « la psychanalyse permet de constater le rôle capital du complexe d’OEdipe dans l’élaboration des sentiments de culpabilité et d’expliquer ainsi qu’ils aient le plus souvent rapport avec la vie des pulsions : sexualité et agressivité, et plus radicalement au désir d’être soi même en s’emparant de l’objet qui accomplirait la totalité du désir et en occupant, quitte à l’en chasser, la place de celui qu’on se représente comme jouissant effectivement de la possession d’un tel objet. (Encyclopaedia Universalis, 1973, vol.12, p661-663).
Mais aussi, « que ce soit dans la pratique ou dans sa théorie, le christianisme a thématisé l’expérience du péché d’une façon qui ressemble étonnamment à première vue à l’univers fantasmatique oedipien de la culpabilité et à la mégalomanie du désir qui l’anime. Là aussi, les théâtres majeurs en sont la sexualité et l’agressivité, mais plus radicalement encore le désir d’être soi-même en se rendant identique à Dieu… et si l’on méritait la juste colère de Dieu pour avoir voulu s’emparer de ce qui lui était propre, il s’agit de se le concilier en lui faisant l’hommage du renoncement à ce, dont la satisfaction aurait obligé à le mettre en cause (sexualité, agressivité, autonomie, amour de soi-même) » (ibid).
Enfin ce qui explique le tout :
« …l’homme réel, dont la vie serait illustrée par le mythe grec du vainqueur, ne pourrait être imaginé comme réalisateur du même degré d’élévation que l’homme réel dont parle le mythe chrétien. Persée libère la femme pour l’épouser, indice clair que l’harmonie atteinte demeure celle de l’idéal grec de la juste mesure (harmonie entre le désir essentiel et les désirs multiples). Cet idéal est inférieur à l’idéal entrevu par le mythe chrétien, qui propose la dissolution de tous les désirs multiples dont l’énergie, ainsi récupérée, se concentre complètement dans le désir essentiel, le renforçant à un degré tel que l’homme ne succombe plus ni devant la séduction ni devant la menace du monde. Cette paix inaltérable, cette joie imperturbable se trouvent symbolisées dans le mythe chrétien par le « Ciel » (dans le mythe
hindou par le Nirvana).
Il est clair que cet idéal suprême, l’élévation garantissant de toute chute et rechute, dépasse de loin la force moyenne des hommes. Il désigne pourtant – pour ainsi dire – le point de visée de tout effort de sublimation, L ’IDÉAL DIRECTIF valable pour l’ensemble des hommes qui demeurent tous plus ou moins exposés au tourment de l’alternance vanité-culpabilité (élévation exaltée et chute). Cet idéal suprême est la conséquence ultime du besoin naturel d’élévation, de la poussée évolutive (du désir essentiel) qui anime tout homme a des degrés divers d’intensité. Mais ce désir essentiel se trouve être le principe d’animation de tout être vivant, assurant ainsi non seulement l’assise biologique de l’idéal suprême d’élévation et l’échelle intermédiaire des valeurs vitales), mais aussi l’épanouissement évolutif de la vie et la multiplicité concrète de ses formes existantes. » (p 130-131, Le symbolisme dans la mythologie grecque, Paul Diel, 1966, 1980, 2002, Payot).
A vous d'en tirer les conclusions.


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à voir dans le Fil Les femmes ne veulent pas redevenir des ombres 08 Janvier 2012 Par Art Monica http://blogs.mediapart.fr/blog/art-monica/080112/les-femmes-ne-veulent-pas-redevenir-des-ombres?onglet=commentaires#comment-1521816