l'essence même de la pédagogie autoritaire
Ce besoin de recourir à la loi pour "penser" est probablement le signe que nos esprits sont totalement soumis à une autorité supérieure qui nous empêche de penser par nous mêmes. Alain Didier-Weill peut nous aider à penser ces phénomènes par son livre "Les trois temps de la loi" :
« …par le commandement sidérant, le sujet renvoyé à ce temps originaire qui précède le temps de l’interdire est replacé dans une position originaire où, la loi n’étant pas là pour lui dire où est le bien, et où est le mal, il a à faire un acte de discrimination entre le bien et le mal qui doit être compris comme une authentique création de sa part car, en ce point de sidération, il n’y a plus aucun prêt à penser pour l’orienter éthiquement » (p.185).
« Que le moi parvienne à consentir à renoncer à cette culpabilité pour assumer, en la regardant en face, l’angoisse du non-savoir, c’est là la condition pour que le sujet puisse sortir de la sidération » (p.228).
Le premier temps de la loi est le temps de la formation, le deuxième temps le temps de la censure, le troisième temps le temps de l'épreuve. Nous ne pouvons y accéder que par le "mot d'esprit", le lapsus nous renvoyant à la première étape. Le sentiment de honte est le marqueur de la culpabilité.
http://www.psychasoc.com/Textes/les-trois-temps-de-la-loi
« Il faut penser une histoire « qui ne serait pas système, mais dur travail de la liberté » Michel Foucault, L’archéologie du savoir.
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L'histoire "dur travail de la liberté" serait le seul rempart pour l'affirmation, et contre la négation, de la face sombre de l'humain. Au lieu de cela, on grave dans les tables de la Loi ce qu'il est bon et mauvais de penser. Renvoyant ainsi davantage dans l'ombre le sombre. Où il prolifère tranquillement, ravi d'échapper à la lumière qu'il exècre. Contribution au débat sur le génocide arménien et celui sur le Front National
En effet, ce refoulement est pernicieux mais peu de personnes parviennent à y échapper. Pour mieux le "voir" il faut l'observer dans les groupes fusionnels. Il est très difficile, voire impossible, à une personne ayant un petit éclair de lucidité de laisser advenir ce qui surgit là tant le groupe fait peur.
J'en ai pris conscience lors d'une séance de travail où l'on devait chercher une photo qui représentait l'éthique pour nous. J'avais choisi une photo d'hommes de guerres armés tenant un prisonnier dans leurs mains. Ici l'éthique aurait été que l'un de ces hommes armés s'avance pour parler au nom de celui qui était prisonnier et le défende. L'air patibulaire de ces hommes enlevait toute velléité de parole différente.
Il y a un risque dans ce type de situation, c'est de mettre en jeu sa vie. Ceux qui ont osé sont pour nous des modèles qui semblent inaccessibles. Etty Hillesum est l'un des leurs comme d'autres.
Bonjour,
On retrouve le même phénomène sur les bancs du lycée. Les élèves ont tellement peur de se tromper, de n'avoir pas compris "la consigne" et d'être sanctionnés, qu'il se mettent à attendre que le prof leur prescrive exactement ce qu'ils doivent faire. Très rapidement, ils ne sont plus capables de penser par eux-mêmes et le prof s'énerve de leur manque d'autonomie.
Je suis d'accord avec vous. C'est une réelle chappe de plomb.
Eduquer un jeune serait lui permettre de dire une parole différente dans le groupe, alors que les autres risquent de ne pas être d'accord, y compris celui qui représente l'autorité. Là les jeunes apprendraient à ne pas avoir peur en se formant un esprit libre.
Je ne conçois de liberté de penser et d'exprimer que totale. Cela implique de prendre en compte tous les aspects de la pensée, d'en parcourir et d'en assumer l'ambivalence, et de la dépasser par une démarche dialectique qui ne nie, ni ne renie, rien. Pour aboutir à un choix éthique, qui ne répond ni au prescrit ni à l'interdit. Faute de cela, on sépare et on clive ce qui se contredit, on rejette aux extrêmes anges et démons, démons qui s'incarnent évidemment toujours dans les autres. Autres diabolisés qui n'en finissent plus de s'éloigner des lumières et de prospérer dans l'ombre... de chacun de nous.
J'apprécie la parole de l'Autre, et la vôtre en particulier car elle est exigeante.
Tout cela me fait penser à l'Amen que l'on dit après certaines paroles du prêtre. Il y a là une communion attendue qui est de l'ordre de la répétition.
Comment construit-on, car il doit bien avoir des "rites" pour cela, la capacité de se confronter sans s'affronter ? d'accueil de l'autre différent sans se sentir envahi ?
Certains outils existent déjà. Je pense par exemple à la CNV - communication non violente, et à la démarche TP - TS, transformation personnelle, transformation sociale. Cela suppose au moins que l'on soit d'accord pour les mettre en oeuvre.
ce site est intéressant à visiter
http://www.pacte-civique.org/Accueil