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28
May

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Et si le plus grand défi du Liban était l’environnement ?

Ici, c’est un véritable problème, un véritable combat de tous les jours. Jeter un papier par terre ? Pas grave. Une bouteille dans une rivière ? Normal. Ce genre de geste arrive malheureusement partout dans le monde, en France comme ailleurs. Mais ici c’est tous les jours, tout le monde, tout le temps. Certes les quartiers de la ville de Beyrouth, comme dans d'autres villes du pays d’ailleurs, sont nettoyés par des entreprises privées. Il y a très peu de déchets, « les hommes en verts présents dans tous les coins sont là pour nettoyer », n’hésitent pas à dire certains tout en jetant une canette d'une quelconque boisson gazeuse sur le sol. Mais ce n’est pas le cas partout, comme pour le littoral libanais par exemple…

 

Quant on roule en direction du sud du pays, alors que s’offre à vous la mer Méditerranée toute entière à votre droite, vous ne pouvez que constater les déchets rejetés par cette étendue bleue. Ce n’est pas de l'écume qui se dépose sur le sable. Non. Loin de là. Ce sont des centaines de papiers, sacs plastiques et autres trouvailles. En mars dernier, il y a eu un tremblement de terre qui aurait causé la "fuite" vers le large de quelque 150 tonnes de déchets. D'où provenaient-ils ? De la "montagne de Saïda", une montagne d'immondices de quelque 600 mètres cubes, de la hauteur d'un immeuble de quatre étages, où s'accumulent les détritus depuis 30 ans...

 

Et le spectacle est le même le long des routes. Vous allez me dire, le bord des autoroutes françaises n’est très joli non plus, et je vous l’accorde. Mais ici, les monticules de terre qui bordent l’autoroute sont tachetés de blanc ou d’autres couleurs. Au premier coup d’œil, on se demande ce que cela peut bien être. Puis, on fronce les sourcils, en raison du soleil, on force sur ses yeux (oui je suis un peu myope). La voiture roule à toute vitesse. Et on distingue une bouteille en plastique, puis deux, trois, quatre… et cela n’en finit pas.

 

« Le Liban est encore un pays que l’on peut préserver. Il est encore temps. Nous ne devons pas le détruire comme ce que vous avez fait chez vous, vous, les occidentaux », m’expliquait une collègue, faisant alors référence à la forêt d’immeubles présente sur les montagnes du Mont Liban. Des immeubles qui ont remplacé de nombreux arbres.

 

Mais ici, c’est tout un comportement qui est à revoir. Pour ce qui concerne les immeubles, il n’y a, du moins à Beyrouth, aucune politique de la ville. Un lopin de terre, allez hop, un immeuble. Les « buildings » poussent comme des champignons détériorant dans la même veine le patrimoine libanais. Plusieurs libanais et experts commencent d’ailleurs à tirer la sonnette d’alarme sur ce point. Mais, pour le moment, très peu semble se soucier de la nature elle-même.

 

« Nous avons d’autres problèmes », m’expliquait récemment « un jeune financier libanais travaillant à Dubaï » (c’est exactement comme ça qu’il s’est présenté !), alors que je venais de le sermonner car il avait jeté sous mes yeux un verre en plastique dans une rivière. Il m’avait alors expliqué - avec cet air qu’ont les libanais, très sûrs d’eux comme si rien ne pouvait leur arriver - qu’il avait autre chose à penser qu’à l’environnement. Comme quoi ? le pouvoir d’achat de sa famille qui chute alors que des politiciens s’en mettent pleins les poches, « une guerre à mener », « une paix à trouver »… Je pouvais alors entendre la voix de ma collègue me dire : « si tous les libanais continuent à résonner de la sorte, il n’y aura plus de Liban avant d’avoir trouvé un accord de paix avec le voisin… »

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La situation est évidement pire que telle que vous la décrivez. Sans rentrer dans le détail des dégradations durables que le comportement général de la population libanaise occasionne à la faune, à la flore, aux sols, à l'air et à l'eau de son pays, il serait bon de dépasser le simple constat. Prenez chaque problème séparément : trafic automobile monstrueux, accumulation des déchets non traités, urbanisation sauvage, gestion défaillante des nappes phréatiques en amont et des eaux usées en aval, absence de contrôle des nuisances et des pollutions diverses, destruction des écosystèmes et du patrimoine... vous y trouverez à chaque fois : - l'absence d'éducation et de sensibilisation des gens ; - l'incapacité de l'appareil d'état à établir des normes (décision) et à les faire respecter (coercition) ; - et surtout, l’inexistence des notions publiques de biens communs et de respect d’autrui. Contrairement aux apparences, le Liban est un pays pauvre, extrêmement endetté, oriental et de culture arabo-musulmane. Si une petite partie de la société a adopté des normes occidentale de comportement, le fond culturel qui détermine l’éducation de la majorité des individus est bien loin de celui que nous connaissons aujourd’hui en Europe. Ce qui est la norme comportementale à Tarbes, à Paris ou à Genève, ne l’est pas à Tripoli, à Beyrouth ou à Tyr. L’autorité, et la légitimité pour l’exercer, n’est qu’en partie fixée dans l’Etat et son appareil. Avant la création du Liban, l’autorité s’exerçant sur la région a toujours été « étrangère » (fatmide, abasside, ottomane, française), voire ennemie (ce qui a aussi été le cas plus récemment avec l’occupation syrienne et israélienne). De plus, avec la confessionnalisation du système politique depuis l’indépendance, l’Etat libanais n’a jamais pu établir sa légitimité d’une manière unanime sur l’ensemble du territoire national et auprès de toutes les communautés. L’Etat libanais est toujours resté en déficit de pouvoir. Il peine donc a prendre des décisions dans tous les domaines (l’environnement, le paysage et la santé étant évidement des sujets très secondaire dans l’échelle des préoccupations politiciennes, car elles n’ont pas une grande valeur sur le marché électoral) ainsi qu’à exercer son autorité (par l’absence de consensus général quant à sa légitimité). Au Liban, l’identité comme le sentiment d’appartenance à un groupe s’ancre avant tout dans la famille et dans la communauté confessionnelle (religieuse), des formations sociales qui, à priori, ne s’inscrivent pas dans un cadre spatial défini, donc en relation avec un environnement particulier. Le citoyen n’existe pas, car le statut de l’individu transite toujours par son appartenance confessionnelle, avec ses ramification bien connues dans le système politique. Le lieu de naissance et le domicile importent peu. On est, en définitive, chez soi, que dans son village ou dans son quartier d’origine, entre soi, au sein de sa famille et de sa communauté. Ce « en dedans », respecté et protégé, s’oppose au reste, au « en dehors », à l’ailleurs et à l’autre, ou pire, au rien, au vide que représente la ville ou la nature en tant qu’espaces non socialisés, donc situé en dehors du cadre des règles comportementales d’alliance ou de coopération qui supposent un minimum de savoir vivre ensemble et de respect du bien public partagé. Cela dit, en vous promenant un peu dans les différentes régions du Liban, vous pourrez constater que la présence de déchets jetés par les automobilistes au bord de la route, l’aménagement ou la gestion des infrastructures dépend énormément du travail des municipalités. Tout le pays n’est pas logé à la même enseigne et il y a des différences locales parfois notoires. L’état du bord des routes ou la présence ou non en nombre de panneaux publicitaires qui masquent la vue sont significatif de la gestion de l’environnement à l’échelle locale. On sent immédiatement quand on passe d’une municipalité à l’autre (pour autant que la gestion y soit différente). Cherchez ensuite à faire des corrélations avec la présence de certains drapeaux et sigles de partis politiques et de milices présentes dans ces régions... ce qui nous ramène à des affaires bien connues de France et de Navarre... ou plus récemment de Naples (gestion des déchets municipaux) et de Bâle (pollution des sols par entreposage et évacuation sauvage de déchets chimique).

Oui, il n'y a que dans le Chouf que c'est propre...Les Druzes sont-ils mieux organisés ? Sinon il y a de très belles pistes sur lebanontrail mais pour combien de temps.

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