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La Syrie et le Liban réunis ?

Oui… dans une interview réalisée par L’Orient-le Jour . Scarlett Haddad, une des figures emblématiques du quotidien libanais, a interviewé, avec des confrères français, comme elle le précise, le président syrien Bachar el-Assad. Tous les sujets sont abordés : les propos de Nicolas Sarkozy, son invitation au 14 juillet, le nouvel accord avec Israël, le rôle de la Turquie, celui de l’Iran, sans oublier le programme nucléaire iranien, le terrorisme dans la région et, bien évidemment, le Liban et la Syrie ! Ce qui m’intéresse, non pas que je me fiche du reste, c’est ce qui s’est dit sur le Liban. Phrase choc de l’interview, selon le quotidien : « Nous n’avons pas l’intention de revenir militairement au Liban »… ouf ! ça nous enlève une belle épine du pied ! En même temps avait-il grand intérêt à revenir militairement au Liban ?

 

Mais, il est facile de critiquer quand on sort une phrase de son contexte, alors reprenons l’interview et voyons d’où sort cette phrase ! En fait, la journaliste s’est inquiétée de savoir si la Syrie pouvait revenir ou non militairement au pays du Cèdre car Bachar el-Assad s’est déclaré « inquiet de l’instabilité au Liban » et a précisé que cela pouvait avoir « une influence directe sur la Syrie ». Du coup, elle s’est demandée si les tensions, qui ont d’ailleurs repris hier à Tripoli, dans le nord du pays, entre alaouites et sunnites, pouvaient être un prétexte au retour de la Syrie. Bon maintenant, on comprend un peu mieux ...

Il a donc justifié sa réponse en expliquant que le Liban n’agressera pas la Syrie et donc qu’il n’y avait aucune raison d’intervenir, même si « des politiciens à la vision limitée croient que tout problème au Liban s’étendra à la Syrie ». Selon lui, les tensions au nord du pays sont le fait « d’extrémistes qui nuisent au Liban, non à la Syrie ».

 

Interrogé sur l’armement du Hezbollah, sa réponse reflète une certaine impatience : « depuis déjà trois décennies, nous sommes accusés de tout au Liban ». Avant de poursuivre que « les armes illégales sont présentes partout dans la région, en Syrie, en Irak et ailleurs […] que tout le monde peut s’en procurer sur les marchés arabes et qu’en tant qu’Etats, nous ne sommes pas en mesure de contrôler ce trafic pour plusieurs raisons » (que nous ne connaîtrons pas !). Il revient alors sur le Liban et pose la question : « Comment peut-on transporter ces missiles (la Syrie est accusée de fournir des armes lourdes) sur des routes montagneuses, par des voies connues, d’autant qu’au Liban, il n’y a pas de soldats syriens mais un gouvernement et des services de sécurité hostiles à la Syrie, ainsi que des services du monde entier venus surveiller les frontières avec notre pays, sans oublier les avions israéliens qui photographient en permanence le secteur. Comment pourrions-nous faire passer ces missiles au nez et à la barbe de tout ce monde ? »… la question est posée !

 

Enfin, la journaliste revient sur l’assassinat de Rafic Hariri et l’enquête internationale. Bachar el-Assad est alors serein dans sa réponse : « Nous ne sommes pas inquiets et nous sommes convaincus de notre innocence ». Et d’expliquer qu’il n’a jamais été contre la constitution du tribunal international, même si beaucoup ont essayé « de prétendre que la Syrie cherch[ait] à l’entraver » et que d’ailleurs, il a « appuyé toutes les commissions d’enquête internationale ». Il a toutefois précisé que « la relation de la Syrie avec ce tribunal doit être basée sur un accord », « si on veut plus que le même niveau de coopération qui s’est établi avec les commissions [d’enquête]. [...] Une convention qui a été signée entre le Liban et l'ONU, mais pas avec la Syrie ».

 

Accusée de tous les maux au Liban, dans la région, définie comme l’axe du mal par Georges Bush, la Syrie revient pourtant en force sur la scène internationale (lire l’article de Pierre Puchot, comment la Syrie a retrouvé une place sur la scène internationale). Cette interview d’une page réalisée par l’Orient-le Jour et la future rencontre entre le président libanais, Michel Sleimane, et le président syrien, Bachar el-Assad, prévue ce week-end à Paris, reflète d'une certaine façon ce retour, gagnant ou perdant, nous le serons plus tard, de la Syrie et le possible réchauffement des relations entre ces deux voisins.

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