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Le temps des gagneurs

Ils sont de notre époque, ceux que l'on dit pourris. Ils sont l'adéquation parfaite aux temps qui courent jusqu'à l'essoufflement, la symbiose entre tempérament et environnement, l'accord des idées et des actes. Les héros d'aujourd'hui ne renversent pas les montagnes à l'assaut de l'ennemi, ne se battent pas dans l'ombre pour la grandeur de l'Homme, n'affrontent pas la colère publique pour la défense de la Justice ou celle de la Vérité. Nous n'avons plus de vainqueurs, nous avons des gagneurs. Bénis soient ceux qui tirent leur épingle du jeu dans le vaste merdier capitaliste. Les richissimes l'ont bien mérité: quels que soient les moyens de s'en mettre plein les poches, seul compte le magot final qui promeut le gagneur aux dépens du loser. Passe-droit, combines, relations, corruption sont devenus les seuls diplômes réellement qualifiants. L'élite est celle du trafic, dans les cités de banlieue comme dans les palais dorés. L'intelligence est mise au service de la fraude quand la bêtise est l'apanage ceux qui triment pour un petit salaire ou même pour rien, payent leurs impôts jusqu'au dernier sou, s'acharnent à potasser leurs examens, respectent les autres et l'égalité. Haro sur le baudet: qu'il sue et qu'il en bave, cet âne empli de valeurs humanistes! De la caste haute, du clan select des gagneurs, il arrive que l'un chute, trop lourdement gavé. Alors, on s'offusque de tant de malignité. On réclame une moralisation de la jungle, c'est une blague. On demande au crocodile d'avoir des scrupules, au requin de l'honnêteté, au loup de modérer son appétit. On réclame des lois qui les y contraignent. Mais c'est la jungle qu'il faut extirper, cette infamie profondément enracinée dans nos têtes. Il faut renouveler l'air du temps, qui saura ouvrir grand la fenêtre?

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04/04/2013, 07:53 | Par Gilbert Pouillart

Des fenêtres sont déjà ouvertes, Juliette...Petites, mais là. Des humains ne se soucient, ni de pouvoir, ni d'argent, au-delà de ce qu'il leur faut pour continuer de vivre. Certains, trop nombreux, parce qu'ils n'ont pas, ou précairement, ce quil leur faut pour se nourrir., D'autres, parce qu'ils ont eu cette idée stupide que "l'argent ne fait pas le bonheur", et/ou que le pouvoir est une machine à absorber celui qui croit s'en nourrir.

Ceux-là ne savent pas encore comment diffuser leurs idées stupides, sans entrer dans le jeu argent-pouvoir. Mais ce jeu est si décevant, qu'on y gagne ou qu'on y perde...

Je crois qu'on peut avoir bon espour, Juliette...et, en attendant, vivre au sein du jeu malsain, sans y entrer.; et combattre les effets malfaisants qu'il exerce, faire tout ce qu'on peut pour réduire les faims, les désastres, les guerres de toute sorte. On ne peut pas davantage, mais on le doit.

04/04/2013, 13:08 | Par Juliette Keating en réponse au commentaire de Gilbert Pouillart le 04/04/2013 à 07:53

Bonjour Gilbert,

Heureusement, vous êtes là pour ma ration quotidienne d'optimisme dont j'ai tant besoin! Il suffirait donc d'agrandir les fenêtres! Mais ça urge...

04/04/2013, 08:57 | Par WataYaga

Encore une fois d'accord avec vous sauf avec les comparaisons animalières : l'être humain dans son ignominie n'est comparable qu'à lui-même.

Il me semble qu'il y a deux logiques qui se côtoient chez les humains et que régulièrement ceux qui tentent de dominer les autres, de les déposséder d'eux-mêmes en allant jusqu'à nier leur appartenance à l'espèce humaine, voulant les transformer en outils de leur bon vouloir, veulent faire basculer ces dernier dans l'acceptation forcée de leur logique de profiteurs et les transformer en exploités consentants et plein de gratitude de l'être.

Mais jusqu'à présent ils n'arrivent pas à faire basculer des millions d'années de processus d'humanisation en abrutissement généralisé. Cependant, actuellement ils pensent avoir les moyens techniques d'y parvenir et ils s'y emploient activement, s'appuyant sur les acquis des endoctrinements passés. La question est : combien de temps cela prendra-t-il au processus de déshumanisation enclenché quand des êtres humains ont usurpé le pouvoir sur d'autres êtres humains, le justifiant par un pseudo droit du conquérant, instituant une morale de la soumission à l'ordre de brutes qu'ils ont alors établi, par une philosophie le rationalisant et des systèmes religieux en faisant une fatalité divine ?

Aucune religion quelque soit l'apparence qu'elle donne d'adéquation aux aspirations des populations qu'elles cherchent à berner n'échappe à cette complicité avec l'usurpation du pouvoir parce qu'elles ont toujours été son ferment et son instigateur, les religieux étant des fous possédés par leur folie qui n'avaient pas les moyens physiques d'imposer leur mégalomanie sans les brutes sanguinaires et avides.

Le pouvoir a toujours été corrompu parce qu'il est en lui-même corruption, c'est sa définition même, son essence.

Le drame c'est que la plupart des gens vivent avec la conviction que, comme les guides médiateurs et compétents de jadis révocables à tout moment, les rois, les élus d'aujourd'hui pensent en terme de bien commun et de réciprocité alors que eux ne voient que leurs avantages personnels.

Mais ceux-là mêmes sont la face visible de la lune, les marionnettes grotesques dont ceux qui croient détenir le vrai pouvoir,  celui qu'une invention sournoise leur a fourni  (la manipulation du profit  - dont ils ont rendu l'idée incontournable, comme allant de soi alors qu'elle est relativement récente et que les humains ont vécu sans pendant des millions d'années) et leur a permis de prendre avec les conséquences délétères - pour l'humanité entière que l'on voit quotidiennement à l'oeuvre, mais aussi sur la vie sur terre et sur leur propre processus d'humanisation qu'ils ont fait monstrueusement régresser.

Eux ne sont pas religieux, ils ne pensent pas que dieu est à leur côté : ils se considèrent comme les véritables démiurges de ce monde qu'ils ont le pouvoir exaltant de détruire et de manipuler à leur guise grâce aux scientifiques dont ils subventionnent les recherches et qui leur mangent dans la main avec gratitude, enfin ceux qui servent leurs intérêts, les autres étant faciles à disqualifier.

Ce qui est étonnant c'est que toute cette histoire parcourt les écrits religieux, les épopées mais qu'elle reste voilée par sa propre évidence. On nous fait lire entre les lignes, nous parle de métaphores, de paraboles, de sens cachés plus ou moins ésotériques alors même que les recettes sont là, écrites en toutes lettres et, surtout (sinon ce ne serait que littérature), appliquées à la lettre.

Ce qui me surprend c'est que l'on soit surpris de la corruption, car seuls les maladroits ou ceux qui n'ont pas assez courbé l'échine se font prendre. Les autres, ceux qui jouent les outragés tremblent qu'on découvre les cadavres dans leurs placards. (Il est à noter cependant que les hommes de droite s'en sortent toujours mieux et pour des crimes bien plus graves que la fraude fiscale ! - Enfin, tout dépend des valeurs que l'on a et si les vies humaines sont plus ou moins importantes que l'argent !)

Allons, rions un peu car il vaut mieux rire que pleurer et en ce moment je ris beaucoup ! Langue tirée

04/04/2013, 17:20 | Par Juliette Keating en réponse au commentaire de WataYaga le 04/04/2013 à 08:57

Bonjour Watayaga,

Il y a une forme d'inconscience de ceux qui ont toujours vécu dans cette caste, tellement en déconnexion avec le reste de la population qu'il lui semble fonctionner sur d'autres règles, les règles particulières des gagneurs. Certains élus ont certainement le sens du bien commun, mais il se dilue dans les campagnes électorales et tous les petits ou gros arrangements par lesquels il est nécessaire passer si l'on veut sérieusement être élu. Les incorruptibles font peur.

Question rigolade, pas mal celle du FN : offusqué le matin et piteux le soir!!! 

04/04/2013, 10:58 | Par Annie Lasorne

Les gagneurs... Comme on dit de certaines dames de petite vertu : de bonnes gagneuses ? Sourire Enfin, je crois que ce sont les proxénètes, qui emploient ce terme. Qui sont les proxo ? Là, est toute la question...

On se croirait dans un film en noir et blanc dont Audiard aurait concocté les dialogues. La fin d'une époque. Le bord de la falaise qui se rapproche en plan accéléré. Je finis par mélanger la photo couleur de Copé dans la piscine de Takieddine avec ce clap de fin de Mélodie en sous-sol où les billet arrivaient à la surface de cette même piscine sous les yeux de Gabin et Delon.

04/04/2013, 17:33 | Par Juliette Keating en réponse au commentaire de Annie Lasorne le 04/04/2013 à 10:58

Bonjour Annie,

Copé lui-même semble avoir oublié cette vieille histoire de piscine. Il pérore et donne des leçons de morale pour noyer le (gros) poisson! Qu'ils s'en aillent tous, disait quelqu'un...

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