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Elites, vous avez dit élites?

Il y a, chacun le constate tous les jours, un curieux hiatus entre le peuple et ses élites. Comme si un accord tacite était rompu . C'est par ce trou dans le contrat de confiance, et par ce seul trou, que s'engouffrent les populismes. Qu'est ce que cela signifie et quelle en est la cause?

L'accord reposait en grande partie sur la méritocratie qui présidait par l'intermédiaire des Grandes Ecoles au choix des élites. Le personnel politique, la Haute administration, bref les quelques uns qui dirigent, sortaient pour la plupart des ces grandes écoles -dont l'Ena, les Mines, Polytechnique etc...-dans lesquelles on n'accède que par un concours c'est à dire par la seule voie du talent et du courage.Par ailleurs ces grands commis de l'Etat, responsables des fleurons nationaux , la Poste et les Télécoms, la SNCF, Air-France, EDF et GDF, voire même Renault et d 'autres appartenaient non seulement à cette pépinière des grandes écoles mais a une administration qui ne mégotait pas sa satisfaction mais dans des normes et des parapets qui faisaient que grosso modo ces grands patrons ne gagnaient jamais, tout avantage inclus plus de 20 fois ce que gagnait leur ouvrier de base.

Cela a bien changé.Les élites d 'aujourd'hui ne sortent plus des voies méritocratiques mais des réseaux avec ici et là l'apparition de dynasties ( Bouyghes..) qui doivent plus au sang et au rang social qu'à la compétence, l'irruption des avocats d 'affaires et des avantages liés au seul rang -dont la nommination du fils du Président à l'Epad est venu nous en montrer l'évidence-et la nommination à des postes importants de personnalités choisies pour des caractéristiques qui ne sont pas liés à leur compétence ( mais a leur ethnie, leur famille et leur nom, leur appartenance politique stratégiquement utile etc......)

Bref les élites ont perdu leur légitimité.

Elles ont aussi perdu l'estime dans laquelle on les tenait.Car une grave dérive a fait des grands commis de jadis, fidèles pour le bon et le pire à l'Etat, des managers d'entreprises plus privées que publiques, obeissant de ce fait aux seuls intérets non des français mais de leurs actionnaires et partant capitalisant sur leur seul tête des revenus plus proche de 200 fois le salaire de base de leurs ouvriers que les 20 de jadis.

Plus ou moins perçus comme des mafieux gagnant des sommes pharamineuses et pharaoniques sans relation à leur capacite leur compétence leur vision leur travail leur investissement leur stratégie ces nouvelles élites ne bénéficient plus de l'estime et du respect que chacun ressentait vis a vis des anciens grands commis. La rupture est achevée . La conscience qu'une oligarchie sans contrepartie tient et tire les ficelles du pouvoir à leur seul bénéfice et/ou au bénéficce d'un parti qui les choient est maintenant courante et commune.Le redressement morale auquel nous assistons ( contre les roms errants, les putes putainant, les pauvres mendiants, les chômeurs fainéants, les pérphériques musulmans,etc..) s'inscrit ainsi dans une immoralité croissante de la classe dirigeante et des élites qui nous gouvernent, immoralité sans vergogne et incompétence sans honte qui peu à peu finissent par empuantir le climat social et politique, interdire tout débat et donner aux populismes droit de cité.La communication, cet art de la la manipulation, devient ainsi la vaseline et le masque derrière lequel se cachent tuyaux, combines, mensonges, incompétences, erreurs, magouilles, népotisme, corruption et ceci quelque soient les partis. L'entregens vaut mieux que l'idée, l'apparence plus que la connaissance, la conformité plus que l'inventivité, l'obéssance et le respect plus que la créativité et l'insolence.Nous n'avons que les élites que nous méritons, que nous acceptons car c 'est auprés d 'elles que dépendent promotions, privilèges, avantages, passe-droits qui permettent d 'acceder et d 'appartenir au sein du saint au coeur du coeur, au premier cercle.La boucle est bouclée, la bouche tue, y a rien à voir, passez votre chemin!!!!!!Beuark!

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13/05/2011, 17:23 | Par kakadoundiaye

je m'attendais à ce que cette tentative d'approche du problème des élites- qui affleure tous les jours-suscite quelques commentaires...serait-ce que l'analyse est une évidence ou que le problème est mal posé?

 

13/05/2011, 18:09 | Par Emmanuel Esliard

Je ne l'avais pas vu avant ce jour. Le divorce entre les élites et le peuple se fait sentir maintenant depuis pas mal d'années, le point de rupture se situant à mon avis le jour de la campagne 2002 où Lionel Jospin a prononcé sa fameuse phrase sur l'impuissance de l’État face à une entreprise privée.

Ce divorce concerne toutes les élites, politiques, économiques, les médias, etc ...!

C'est surtout le triomphe de l'individualisme, du chacun pour sa gueule, donc de plus en plus sont désabusés, mais pas suffisamment pour se révolter, ils deviennent cyniques !

 

15/05/2011, 12:31 | Par kakadoundiaye en réponse au commentaire de Emmanuel Esliard le 13/05/2011 à 18:09

@Emmanuel,

il ne faut pas exagerer je pense l'individualisme qui serait aujourd'hui triomphant. Les grands commis de l'Etat hier appartenait à la grande bourgeoisie et prenait plus volontiers leur quartier au Ritz qu'a Formule Un.Gagner 20/40 fois plus que leurs ouvriers leur paraissaient naturel .Mais ils avaient surtout l'impression d 'appartenir à une classe responsable non élue qui s'attachaient surtout à la mise sur pied de grands projets socialement plus porteurs que l'argent.( sncf, nuclaire, ratp, tunnels,....) jusqu'au jour où la commercialisation de ces projets est devenue plus importante que les projets eux mêmes et que ces projets sont devenus hors d 'atteinte des états jusqu'ici uniques instances susceptibles d'investir les sommes demandées ( recherche, infrastructures etc..) Les grands commis de l'Etat sont devenus ainsi les porte-cotons des grands groupes financiers desquels ils dépendant entièrement et partant se sont mis à se rémunérer comme eux. Est -il normal que le patron d'une entreprise française où l'état a encore des billes gagnât 20 fois que le président de la République?

13/05/2011, 18:14 | Par ISHTAR.

 

***"Plus ou moins perçus comme des mafieux gagnant des sommes pharamineuses et pharaoniques sans relation à leur capacite leur compétence leur vision leur travail leur investissement leur stratégie ces nouvelles élites ne bénéficient plus de l'estime et du respect que chacun ressentait vis a vis des anciens grands commis. La rupture est achevée "

"une immoralité croissante de la classe dirigeante et des élites qui nous gouvernent, immoralité sans vergogne et incompétence sans honte qui peu à peu finissent par empuantir le climat social et politique, interdire tout débat et donner aux populismes droit de cité ."

Vous posez clairement de telles évidences qu'on ne peut qu'acquiescer lourdement à votre analyse kakadoundiaye... Avec de tels ingrédients, craindre... la suite.

14/05/2011, 11:55 | Par kakadoundiaye

@capucine,

évidence, il s 'agit d 'évidence effecctivement mais le propre de l'évidence, comme la lettre de Poë, est de n'être pas visible.

Certes il y a un malaise, un besoin de justice qui gonfle tous les coeurs, une situation que Joffrin par exemple dans le Nouvel Obs de cette semaine qualifie de "pre-révolutionnaire " ( il intitule son édito " 1788".Rien de moins !!!!), un écoeurement aussi voire une incompréhension quand on voit des élites comme Wauquiez par exemple dont l'itinéraire est somptueux ( Ecole Norrmale Supérieure, ENA -dont il sortit major- etc..) sortir ce qui n 'est pas une série d 'idées réactionnaires - c est son droit- mais tout simplement des conneries, des stupidités, en elles-mêmes, qu'aucune personne sérieuse un tant soit peu ne peut prendre au sérieux. Incompréhension quand la dite " réforme " des impositions conduit à un enrichissement des plus riches alors qu'elle se veut redistributive, incompréhesion quand, mêmes les lois sur la lutte contre la violence automobile, devient un ramassis de recettes éculées dont on constate chaque jour et depuis des années l'inefficacité!!!!...Qui sont ces gens comme Ghosn qui gagne 9,2 millions d' euros par an-Quasi un million par mois- alors que 50% des français ne les gagne pas en toute une vie ? Compétent? Tellement compétent qu'il les "vaudrait " - mais qui "vaut" autant que mille de ses semblables?- Et Proglio et .... les nommer tous? Que se passe t il?

14/05/2011, 12:14 | Par ISHTAR.

 

*** Comment se préparent (et se sont préparées !) les annonces-test des grands penseurs de l'Elysée, comment sont distribués les rôles... Cocasse et assez minable cette "stratégie" pour tout dire... avec toujours un Fillon feu rouge qui vient donner de la voix et faire les gros yeux au pseudo-coupable.

http://panier-de-crabes.over-blog.com/article-rsa_comment-l-elysee-travaille-l-opinion-73752453.html

14/05/2011, 12:14 | Par Serge Koulberg

Si j'avais quelques nuances à apporter ce serait au sujet du passé et ce n'est pas le plus intéressant. Ce qui est intéressant c'est ce que vous décrivez de la situation actuelle, le lien entre ces élites héréditaires et le populisme, le lien entre cet élitisme des ondes et des écrans sans contrepoids de compétences, j'y ajouterais une déresponsabilisation généralisée à tous les niveaux et dans tous les domaines au profit des contrôleurs, des experts, de "l'ingéniérie" qui réduisent toutes les autres taches à des taches d'exécution. Or toute déresponsabilisation conduit à la dépolitisation.

15/05/2011, 12:17 | Par kakadoundiaye

@Serge,

de-responsabilisation, certainement. Mais elle est cosubstancielle à la forme même de notre démocratie. D'abord parce que les députés- qui ne font pas partie des élites- ne sont pas responsables de textes de lois qui "passent" devant les sénateurs et "repassent " devant eux. Un peu comme si on faisait un brouillon et que ce brouillon corrigé revenait et était soumis aux ministres, chargés des arrêtés d'application qu' ils signent ou oublient selon leur humeur et les injonctions qu'ils recoivent ..donc le tout dans un irresponsabilité complète liée aussi à la profesionnalisation de la vie politique plus marquée en France que partout en Europe. Ajoutons que les grands patrons ne sont pas soumis au devoir de résulats et que Ghosn continue a gagner 3000 euros de l'heure indépendamment des resulats du groupe Renault.Voiraussi celui qui demeure le chef d escadrille incontesté des incompétents récompensés qui après avoir conduit Airbus à la quasi faillite s'en est sorti avec gloire et une"retraite" mise à la porte de quelques millions d 'euros. Un scandale ;ils 'appelait FORGEAT .

15/05/2011, 12:55 | Par Dominique C

Peu importe quand a eu lieu le "tournant". A mon avis le processus a été continu et pendant longtemps imperceptible. Mais sans doute ce qui lui a donné l'impulsion principale, l'acceptation d'un nombre de plus en plus grands de gens, c'est cette fameuse "chute du mur" qui a ouvert les vannes de l'ultra libéralisme en économie et dans les esprits. Comme on le sait dans cette vision du monde "néo-darwinienne", les puissants "méritent" individuellement leur richesse et leur puissance, et les masses au bas de l'échelle "méritent" leur sort. (Et ce qui compte c'est aussi l'acceptation de cette vision par un grand nombre de gens)

Dès lors, dans cette idéologie, un individu qui se situe au bas de l'échelle "peut s'il veut", indépendamment de son milieu, de son histoire, des divers handicaps qui pèsent sur lui/elle. On peut donc réduire les moyens éducatifs, par exemple... puisque, même dans de mauvaises conditions, "s'il veut, il peut" (ça vaut aussi pour les enseignants!!!) De même, tous les moyens sont bons pour parvenir au sommet de quelque groupe que ce soit (entreprise, collectivité locale, état etc...). Et on met sur un piédestal celui ou celle qui a "réussi" (cf le mot célèbre de Séguéla sur ceux qui ont raté leur vie...). On confond "élites" et individus dominants.

 

 

15/05/2011, 17:29 | Par kakadoundiaye

@Dominique,

je ne crois pas que la datation de la dérive soit ausssi innoncente que cela et je ne crois pas que cela se soit effectué petit à petit. Il s 'agit en fait d'un changement complet de paradigme qui situe les Etats non comme dominants mais comme subalternes. Et ceci est important. Prenons le cas de la Françafrique par exemple. Il s 'est agi de Foccard, grand commis de l'Etat -gaullien d 'abord- dans le cadre d'une politique d 'Etat , Etat qui possédait Renault, Air France, la SNCF, EDF, GDF, l'Atome, Total ..... jusqu'à l'affaire Elf où encore se mêlaient le pouvoir entreprenarial et le pouvoir des officines d 'Etat dans leur rôle de définition soumission des pouvoirs en place. L'élite qui était aux manoeuvres était aussi aux ordres de l'Etat, d'un Etat auquel il participait avec les politiques. Aprés, les Grands groupes Bouyghes, Bollore, Areva, Elf..se moquent bien des politiques et gèrent eux mêmes leurs affaires plus ou moins privatisées. Le remplacant de Foccard, Bourgui est un homme d 'affaires, un avocat et non un énarque ou un X.

Il s 'est agi d 'un mouvement brutal et de plus en plus tous les observateurs politologues, économistes et sociologues datent ce dérapage non controlé entre 83 et 88. En pleine miterranderie. Avec Fabius dans le rôle de dénationaliseur et comme agent actif de la mondialisation française.

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