Nous sommes des citoyens extra-ordinaires !
Ce billet est une réponse que j'ai envoyée à Nabil Enasri suite à la publication de son article sur Libération. http://www.liberation.fr/societe/01012373548-ne-laissons-pas-nos-jeunes-espoirs-au-qatar
Mon cher Nabil,
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ton article publié sur Libération que j’ai trouvé très interessant.
Si tu le veux bien j’aimerais partager avec toi ma lecture qui diffère légèrement de la tienne sur deux ou trois points.
J’ai rencontré ces jeunes dont tu parles à Dubaï, Qatar et ailleurs. Plusieurs années de suites lors de mes visites j’ai essayé de comprendre les motivations qui les ont poussés à partir. La réalité que j’ai constatée est parfois différente de ce que tu décris dans ton article. Certaines personnes sont en effet parties pour les raisons que tu évoques, mais la majorité des jeunes que j’ai rencontrés avaient une situation professionnelle et sociale très confortable en France.
La plupart du temps les arguments qui reviennent sur les motifs de leur départ sont surtout liés à la souffrance qu’ils vivent du fait du regard négatif et discriminant porté sur leur appartenance à l’Islam. Ce sont les pressions politique, médiatique culturelles et sociale qui instrumentalisent la peur de l’islam comme objet commercial pour les uns, électorale pour les autres voire dogmatique pour certains qui renvoi à ces jeunes une image dévalorisée de l’islam et donc de ce qu’ils sont, qui les a poussés à partir.
La conséquence est celle que tu décris et là je te rejoins sur le gâchis.
Néanmoins, je ne partage pas ce choix de l'exil, car en définitif c’est un choix. Ce n’est pas un choix sous la contrainte, c’est un choix de confort identitaire. Je ne le juge pas car l’épanouissement d’un individu passe d’abord par la clarification de son identité. Néanmoins je considère ce choix plus comme une fuite que comme un éxil. Et je pense que nous devons également être critiques à l’égard de nos frères. Car mon cher frère nabil, si Dieu nous a fait naître grandir et vivre, ici en France en particulier c’est par ce que nous avons une mission. Nous sommes ici chez nous, et devons-nous considérer de ce point de vue comme des citoyens extra-ordinaires. Se considérer autrement serait une mise en marge de facto de cette société dont l’élite cherche à préserver son pré carré de pouvoir. Nous ne sommes pas issus de l’immigration en tout cas pas plus que les autres français et devons-nous affranchir de l’acceptance de cette élite. Nos projets se construisent trop en réaction à l’environnement dans lequel nous nous sommes laissés enfermés, alors qu’ils devraient être construits en référence à notre patrimoine nationale et religieux. Construire « dans la référence à » et non pas « dans la réaction à » permet de s’affranchir de cet environnement créé de toute pièce.
Nous sommes cette France et c’est à nous qu’il revient de la transformer de lui apporter ce pourquoi nous sommes missionner. Nous sommes une richesse pour ce pays que nous aimons et qui malgré toutes les apparences nous aime. Affranchissons-nous du regard que porte sur nous cette élite aux aboies et qui sort ses dernières armes pour préserver son petit précarré de pouvoir et d’influence. Mais pour ça cette élite de la diversité a la responsabilité de ne pas quitter cette France, d’y rester et de construire dans l’adversité les jalons qui nous mèneront vers cette France multiculturelle, juste, solidaire et non discriminante.
Nous sommes l’antithèse du choc des civilisations parce que nous sommes porteurs de cette alchimie identitaire qui marie islam et occident. Non il n’y aura pas de guerre entre l’Islam et l’occident parce qu’ils sont désormais unis par le même sang, les mêmes valeurs et le même combat.
Enracinés dans cette double appartenance, nous sommes les bâtisseurs des ponts de la compréhension, des constructeurs de liens sociaux, des agents de la paix et de la réconciliation entre les civilisations.
C’est en ça que consiste notre mission, et c’est en ça que nous sommes des citoyens extra-ordinaires.


Tous les commentaires
Ouai, bon...
Je ne doute pas de la sincérité de l'auteur de l'article, mais je ne marche pas avec sa façon de penser.
Dire que NOUS (qui ça, nous ?...) nous aurions une mission, c'est prêter un rôle messianique à un groupe, à un peuple, or, je ne crois pas du tout, mais alors pas du tout qu'il y aurait des humains supérieurs à d'autres, des humains doués de vertus visionnaires, des humains guides des autres, ou alors il faudrait être aussi fou(s) pour le croire et le prétendre que les mosaïques, les sionistes, les fascistes, les nazis, qui, eux tous, étaient convaincus d'être, les uns les élus d'un dieu unique, les autres d'être une race (ou une civilisation) au-dessus des autres.
Et d'une.
D'autre part, l'identité personnelle existe. Soit. Oui.
Nous passons parfois nos existences entières à essayer de savoir quelles seraient vraiment nos intentions, nos volontés, nos plaisirs, nos désirs, nos envies, nos colères, nos intérêts, etc. Mais à moins d'être fou, nous savons qui nous sommes. Nous n'avons pas de problème d'identité individuelle (sur les 7 millions de la planète terre, combien ignorent leur nom et leur naissance, leur famille et leurs qualifications ?.. les enfants et les malades mentaux...).
Quant à l'identité religieuse : elle est d'ordre intime et privée. Aucun exil, aucun espace si grand soit-il, aucune cellule de prison ne m'empêchera de croire ou pas, d'aimer ou pas. L'identité religieuse est dans nos convictions, et pas dans les dogmes et les pratiques édictées.
Il y aurait une identité nationale ?... française, syrienne, sahraouie ?... Allons donc !... Libre aux nationalistes de vouloir convaincre les esprits fragiles et crédules, qui ont besoin de se sentir nés quelque part, qu'ils devraient grâce au lieu de leur naissance, je ne peux pas entendre dire ça sans avoir peur. Il y a eu un État comme la Côte d'Ivoire pour séparer sur les cartes d'identité les "vrais" Ivoiriens des autres... nous connaissons les suites de cette xénophobie.
Cette immense supercherie de l'identité nationale est un mythe partagé partout dans le monde par les institutions, c'est pourtant facile à démonter :
– qui a décidé de venir au monde ?...
Qui ?...
Y a-t-il un seul être humain qui ait décidé de naître ?...
Seuls les hasards de notre naissance font que nous sommes vivants. Ce n'est pas nous (nous = individus existants) ce n'est pas nous qui devrions remercier ceux qui nous ont fait naître et leur obéir aveuglément en tout point, c'est le contraire : nous (nous adultes, parents, institutions familiales et sociales) nous devons les meilleures conditions possibles aux êtres à qui nous avons donné le jour. Les institutions ont cette obligation de satisfaire aux besoins vitaux et intellectuels de chaque être vivant.
Il n'y a rien qui concerne l'identité. Rien. Qu'une illusion fumeuse entretenue par des gens dont je me méfie.
Jean-Jacques M’µ
Vous faites un peu facilement le difficile.
Cette identité nationale dont vous vous esclaffez, c'est tout simplement celle de gens incriminés pour leur origine musulmane. On ne peut nier que depuis plusieurs années règne dans notre pays une atmosphère pestilentielle. Naître musulman, c'est être a priori catalogué (je vous épargne la liste des préjugés relayés sans retenue par de nombreuses forces politiques).
Alors que vous n'adhériez pas à la rhétorique un peu messianique de notre auteur, pourquoi pas, mais elle mérite plus que ce dédain.
Oh non, Berjac, je ne dédaigne pas. J'ai donné mes raisons. Serait-ce dédain que d'argumenter pied à pied avec quelqu'un en lui répondant, en lui reconnaissant une parole discutable ?...
Je combats l'anti-islamisme de nos contemporains, j'ai moi-même longtemps aimé (et je l'aime sans doute encore aujourd"hui) une musulmane. Mais je tiens à ne pas céder aux facilités. Soutenir les Sahraouis ou les Palestiniens contre les murs d'oppression qui leur sont faits par le Maroc ou par Israël est une chose que je fais volontiers. Mais personne ne me fera croire que je serais moi avec une identité française (sic) parce que j'ai une carte d'identité dite "française".
Je souhaite la libération des peuples, oui, leur autodétermination, leur souveraineté nationale, bien entendu, et je souscris volontiers à leurs demandes de reconnaissance auprès de l'ONU et du monde entier, je me sens solidaire avec les populations, les gens que je croise, les habitants, les migrants, tous ceux qu'il m'arrive d'accompagner autant que je peux, autant que je sais, s'ils veulent bien que je les accompagne, mais personne ne me le fera faire au nom d'une quelconque identité nationale, au nom de ces institutionnalisations charriant leur lot de sectarismes, d'interdits et d'obligations au nom de dogmes pseudo-identitaires car (qui peut dire qu'il est un vrai Ivoirien, un bon Français, un Syrien de souche, etc. ?...) c'est faire le jeu des belligérants et des bellicistes, des sectaires et des intolérants.
Ce que je fais et ce que je dis, je le dis et je le fais au nom des droits d'expression et de libre circulation des personnes. Pas au service d'institutions qui ne manquent jamais de se mettre à brider les libertés, les besoins, les droits des êtres humains.
Jean-Jacques M’µ
Je n'ai pas compris les lectures de la même façon que vous. J'ai lu un témoignage sur ceux qui quittent la France parce qu'ils s'y heurtent au chômage et surtout à un regard dévalorisant sur leurs origines et la réponse selon laquelle il faut lutter ici pour changer les choses sans céder sur ses pratiques religieuses.
Bonsoir Jean-Jacques,
Je comprend votre posture bien que je ne la partage pas entièrement. Permettez-moi quelques précisions sémantiques.
Messianique ne puise pas son origine dans le mot mission mais Messie. Certes dans la tradition chrétienne des missionnaires avaient pour mission de porter la parole du messie, mais messianique, missionnaire et mission sont trois termes bien différents qui participent d'une culture judéo-chrétienne qui nous est étrangère.
Il faut entendre le mot mission dans le sens du destin, celui des individus et des peuples. Prendre son destin en main l'assumer et le mener à terme. De Gaulle a eu une mission, le peuple français qui a mener la révolution a eu une mission, le peuple tunisien a une mission, nous français musulmans avons une mission.
Il y a certainement là une rencontre à faire pour mieux comprendre les systèmes de références culturels et religieux de chacun.
Non nous ne sommes pas un peuple élu, (quelle idée!) mais chaque individu ou groupe qui prend conscience de son destin et le porte jusqu'à son dessein est extra-ordinaire.
La nationalité fait référence à notre appartenance à une nation, c'est une notion juridique qui nous donnent des droits et des devoirs.
La citoyenneté est l'expression d'une appartenance à un corps social qui participe a la construction de la vie de la cité.
L'identité est bien plus complexe puisqu'elle prend en compte les deux premier éléments aux quels viennent s'ajouter d'autres paramètres individuels ( personnalité, etc) et collectifs ( culture, religion, origines, etc).
Je partage votre vision transnationale, citoyen du monde ou les frontières tomberaient au profit d'une libre circulation. Hélas, aujourd'hui les frontières sont verrouillées au nord et ouvertes au sud au gré des besoins du nord.
Enfin, être citoyen du monde implique un enracinement identitaire national, citoyen et parfois religieux stable et harmonieux. Il n'y a pas de contradiction entre les deux concepts. C'est certainement parce que vous savez ce que vous êtes et d'où vous venez que vous pouvez vous autoriser une telle assurance. Et c'est tant mieux. C'est je pense vers quoi nous devrions aspirer.
Je vous invite à lire sur les apatrides, peut être parviendrez-vous à entrevoir la nécessité fondamentale de la construction identitaire d'un individu.
La double absence de Abdelmalik Sayad, préfacé par Pierre Bourdieu étudie plus particulièrement le cas des personnes d'origine maghrébine vivant en France.
Bien amicalement.
Bonsoir Kaled,
Je vous ai lu, et bien entendu ; je connaissais les différents sens des mots autour de "mission", je n'en ferai cependant pas une religion entre nous, soit dit en passant.
C'est parce que votre texte est beau et que je me défends de sa force de séduction, que j'ai pris la liberté de le contester, et je vous remercie de n'y avoir trouvé rien là chez moi qui pourrait ressembler à un quelconque dédain.
Nous restons opposés, car je ne suis pas dans un idéal, comme vous semblez le dire, l'universalité n'est pas une utopie universalisante : c'est une réalité concrète. Plusieurs, même !...
La première, c'est la nécessité, reconnue après guerre, d'une libre circulation des personnes et des idées dans le monde, et cette nécessité s'est vue reniée avec les accords de Schengen.
La seconde est ce que vous dites, justement, des "missions" au sens de prise de conscience d'une action à mener, et qui serait plus forte que toute autre considération. Là, nous sommes tout-à-fait d'accord. Car là, dans cette prise de conscience (ou "mission"), l'internationalisme rejoint les localismes et les objectifs de décroissance (ce dernier mot est laid, j'en conviens, et proprement scandaleux aux oreilles de ceux qui n'ont jamais connu de croissance, alors disons, si vous préférez, simplicité volontaire).
La troisième réalité, est la conscience que nous partageons de la prétendue "crise" (sic) actuelle, qui peut conduire ou bien au renforcement de toutes les dictatures liées à la grande finance internationale, ou bien à des révoltes ou des révolutions simultanées et convergentes de toutes les luttes souverainistes des peuples. Nous nous devons dans l'action, dans le parti-pris et dans l'engagement.
Et c'est là que nous divergeons.
Si je vous ai bien compris, vous souhaitez défendre une fierté religieuse.
Pour ma part, je ne l'attaquerai pas. Mais je préviens ceux qui soutiennent cette position pro-religieuse qu'elle fait le jeu d'organisations religieuses plus que de la religiosité des individus. Autant je me range aux côtés de ceux-ci, autant je m'élève contre ceux-là. Et je crois (je suis sûr) que défendre les systèmes religieux, les pratiques religieuses, les structures religieuses, c'est à tout coup diviser les énergies actuelles, et c'est à coup sûr préparer le terrain à de nouveaux intégrismes, catholiques ou musulmans ou juifs, belliqueux et dont les peuples mettront des générations à se sortir.
Voilà.
Je suis convaincu que nous avons besoin, au contraire, de se concentrer tous ensemble sur l'énorme tour d'airain du fric international, actuellement maître des pouvoirs administratifs, bancaires, commerciaux, industriels, policiers et militaires.
Jean-Jacques M’µ