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Quatre façons de faire disparaître un logo VBF

Recourir à des cadrages serrés pour masquer l'information, mettre carrément un steak devant la boite, ou poser délicatement le doigt du photographe au bon endroit : si vous devez illustrer un scandale alimentaire avec un emballage portant le label «Viande Bovine Française» (VBF) sans que ce logo apparaisse, plusieurs solutions s'offrent à vous.

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8 ou 10 steaks, quelle importance ?

Alors que l'Europe découvre du cheval dans ses lasagnes et que le Président de la République en personne se fait l'ambassadeur de la «Viande Bovine Française», il est intéressant de prêter attention à la façon dont le label «VBF» de cette filière nationale a été traité dans les images de presse, à l'occasion d'un précédent épisode de scandale alimentaire.

En juin 2011, quand éclate l'affaire des «Steaks Country» vendus par Lidl et contaminés par une bactérie E. coli, des enfants tombent gravement malades. C'est la société SEB, basée à Saint Dizier, qui a produit ces steaks. Sur l'origine de la viande, son gérant Guy Lamorlette fournit des explications assez vagues, que le porte-parole de Lidl résume ainsi à Reuters : «L'origine de la viande est variable d'une date de fabrication à l'autre. Elle peut venir d'Allemagne, d'Italie, de la France ou d'autres origines en fonctions des opportunités dont bénéficient notre fournisseur».

Les steaks n'étaient pas labellisés VBF, sinon on voit mal comment le gérant aurait pu parler aussi légèrement de l'origine fluctuante de la viande. Quant au produit rappelé, il s'agissait des boites de 1kg contenant «10 steaks» ainsi que cela est mentionné sur le site du gouvernement. Or les images qui ont servi à la presse pour illustrer la contamination sont presque toutes des photos d'un autre produit : la boite de 8 steaks de la même marque, d'un kilo également, mais labellisés VBF. Plusieurs problèmes se posent alors.

D'abord, pourquoi les photographes ont-ils opéré cette substitution ? Est-ce que le retrait a été efficace au point de rendre totalement introuvable le produit concerné? Si c'est le cas, n'aurait-il pas été judicieux de s'entendre avec Lidl ou SEB pour récupérer un emballage, afin de ne pas induire les consommateurs en erreur?

Autre pépin : comment traiter la présence du logo VBF sur une boite où il n'est pas censé être ? Face à cette question, une partie de la presse a fait le choix de masquer délibérément le logo VBF sur les clichés, tandis que d'autres titres ont au contraire laissé le logo apparent. Un an et demi après les faits, la toile a conservé la mémoire de cet épisode d’une manière qui permet aisément de constituer deux galeries distinctes : avec et sans logo VBF.

Consommateurs, à vous de choisir !

galerie n°1 : avec le logo VBF

L’agence SIPA a proposé une image globale d'une boite de 8 Steaks Hachés «Country» que France Soir a reproduite sans la tronquer :


C’est également le cas de la photo signée M. Libert / 20 minutes :

 

Encore plus explicite, l’image retenue par Europe 1 signée «MAX PPP» fait même apparaitre au premier plan le logo problématique, toujours sur une boite de 8 steaks :

 

 

galerie N°2 : sans le logo VBF

Ce cadrage en plan très serré proposé sous le copyright de France 3 Champagne-Ardenne est une solution rudimentaire mais efficace. C'est d'autant plus dommage que pour une fois, on y aperçoit la fameuse boite de 10 steaks photographiée (donc celle effectivement visée par les rappels) et non pas celle de 8. Cela aurait été intéressant de vérifier à cette occasion l'absence effective de logo VBF... Ami du web, toi qui connais quelqu'un qui connait quelqu'un qui travaille à France 3 Champagne-Ardenne, si tu arrives à retrouver l'original de cette image et à me la poster dans les commentaires, je t'offre un steak haché biologique !


De son côté, l’Express a choisi une photo AFP de François Nascimbeni, qui masque le logo VBF par la disposition élégante du produit devant son emballage, façon photographie alimentaire :


La coupe est plus radicale sur cette page du Figaro, qui tronque le bas de la boite, toujours sous la signature du même photographe pour l'AFP - on voit qu'il s'agit d'une véritable Série, au sens artistique du terme !

Enfin, quatrième et dernière possibilité, ma préférée. Elle a été mise en oeuvre par l'Union et également présentée sur le site de L'Alsace avec le crédit récurrent AFP / F. Nascimbeni. Cette solution consiste à laisser délicatement entrevoir entrevoir le second label V barré «100% muscle», qui n'a par ailleurs aucune raison d'être là puisque le produit contaminé n'avait pas cette qualité, tout en faisant en sorte que le logo VBF soit dissimulé sous un doigt bienveillant...

Cela fait donc au moins quatre façons de faire disparaître un logo VBF.



EPILOGUE


Sur cet album flickr de patricemarieantoine on trouve l'image d'une affiche Lidl de juin 2011, au moment du rappel des produits contaminés :


Cette fois c'est clair, il s'agit bien de la boite de 10 steaks (et non pas 8 steaks) et manifestement il n'y pas de logo VBF. Faute d'avoir opté pour le bon produit au départ, les photographes dissimulateurs et troncateurs seraient-ils donc les plus honnêtes ?

Poser le doigt sur un logo qui ne devrait pas se trouver là : c'est tout l'art paradoxal qu'il faut déployer pour s'approcher de la vérité en dissimulant un demi-mensonge.

Tous les commentaires

23/02/2013, 13:30 | Par winoc

plus on indique le terroir,plus on indique l'origine traditionnelle,moins vous pouvez avoir confiance!!

.10 steaks"country" sont aussi country que je suis pape.

Le véritable fromage des moines de truduc idem.

etc .

un bon produit n'a pas besoin de réclame!

j'adore le mot réclame ,et oui cela frime moins que "pub"Avare

 

 

25/02/2013, 11:59 | Par shamael

On a besoin du vrai emballage ! Avec ou sans "100 % français" ?

28/02/2013, 23:14 | Par androdiasema

Belle démonstration de ce que publicité, communication et information ne font plus qu'un infâme bouillon dans lequel nous barbotons et dont nous sortons plumés tels des dindons, un soir de réveillon, avant de finir sur la table...

01/03/2013, 08:56 | Par GMM

Ce monde est construit sur le mensonge, la dissimulation, je suis amateur de viande, je n'en mange que rarement mais quand j'achète , je vais chez un bon boucher, il connait l'origine de ses bêtes, il les paie cher, moi aussi je paie cher.

Les "jours normaux" c'est la cuisine simple, ce qui ne veut pas dire fade préparée a la maison a partir de produits frais de saisons.

Je n'achète pratiquement jamais ce qui a voyagé par avion, ou provient de cultures intensives hors terre sous serres.  

Et je retrouve le plaisir du repas de fête, celui qui n'arrive que de temps en temps, mais que l'on déguste de si bon appétit et sans aucune arrière pensée ni culpabilité. 

Au bout du compte  tout me coûte moins cher que ces infames produits de boucheries industrielles, pour assurer les repas quotidiens ces plats préparés et ces étiquettes mensongères. 

 

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