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May

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Mediapart sous une bonne étoile: Léo Ferré

Depuis ce week-end, les bureaux de Mediapart donnent sur la place Léo Ferré (1916-1993), "auteur, compositeur, interprète". Ce n'était évidemment pas voulu, mais cette heureuse initiative de la Mairie de Paris est une sorte de clin d'œil complice: on ne pouvait trouver meilleur voisinage pour une aventure de la liberté que la figure de ce poète libertaire.

Après tout, ce n'est peut-être pas un hasard. Car Léo Ferré a commencé par être journaliste. Pas longtemps, il est vrai. C'était à Monaco, où il est né: au milieu des années 1930, pendant qu'il préparait son baccalauréat de philosophie, il y fut pigiste pour Le Petit Niçois, comme critique musical. Depuis l'inauguration par Bertrand Delanoë, samedi 24 octobre, de la place et du square Léo Ferré, au milieu de notre passage Brulon qui relie les rues Crozatier et de Citeaux, son souvenir veille donc sur nous tous, les divers locataires du numéro 8. Le ciel des saltimbanques s'en est ému: sous nos fenêtres, la cérémonie d'inauguration fut arrosée de pluies généreuses – d'où la grisaille et les parapluies.

 

Bertrand Delanoë inaugure la place Léo Ferré, le 24 octobre 2009, à Paris XII°Bertrand Delanoë inaugure la place Léo Ferré, le 24 octobre 2009, à Paris XII°

 

Dans son discours, le maire socialiste de la capitale assuma l'héritage libertaire du poète et revendiqua, pour son propre compte, l'héritage de Mai 68. Attitude magnanime tant Ferré ne fut guère accommodant avec la gauche gouvernante, refusant de chanter en 1981 pour François Mitterrand, n'acceptant pas d'être fait Commandeur des Arts et Lettres en 1985 et n'hésitant pas à appeler à l'abstention à l'élection présidentielle de 1988. C'est sûr: Ferré n'était pas un anarchiste de salon ou d'occasion, mais bien de l'espèce entêtée et fidèle. Il était de ces libertaires pour lesquels l'anarchie représente une sorte d'ordre supérieur, élevant l'humanité au-dessus du désordre de la soumission. L'ordre de l'anarchie contre le désordre de la servitude. Les anarchistes donc:

 

Léo Ferré chante "Les anarchistes" (1969)

 

Tout comme le personnage, ses propres chansons et son interprétation de celles des autres, les mots de Ferré pour définir l'anarchisme, qu'il avait découvert auprès d'exilés espagnols en 1947, sortaient de l'ordinaire. En voici un aperçu, extrait d'un éditorial de son cru du Monde libertaire, en janvier 1968: "L'anarchie est la formulation politique du désespoir. [...] Une morale de l'anarchie ne peut se concevoir que dans le refus. C'est en refusant que nous créons. [...] L'anarchie, cela vient du dedans. Il n'y a pas de modèle d'anarchie, aucune définition non plus. Définir, c'est s'avouer vaincu d'avance. Définir, c'est arrêter le train qui roule dans la nuit quand il s'écartèle à l'aiguillage. Autant dire qu'on est pressé d'en finir avec l'intelligence de l'événement." Jusque dans sa définition de l'anarchie, Ferré restait donc poète. Les poètes, justement:

 

 

Préserver l'intelligence de l'événement, disait Léo Ferré... Où l'on retrouve le journalisme, ses défis et ses paris. Ce métier dont le temps est la matière première, ce temps qui passe et qui file, qui s'enfuit et s'en va, et qu'à la manière de Sisyphe nous essayons sans cesse et en vain de saisir et d'immobiliser. Avec le temps, sans doute la plus connue des chansons de Léo Ferré, sonne pour un journaliste comme une défaite: au bout du compte, cette urgence qui nous fait courir serait-elle vaine?

 

 

Dans le monde des gens dits de lettres, les poètes ont ceci de particulier qu'ils savent admirer sans compter. Plutôt que de se jalouser, ils se récitent les uns les autres. Avec Apollinaire, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine ou Aragon, Ferré fit mieux, offrant aux poèmes des autres des airs et des musiques dont ils sont aujourd'hui indissociables. Son dernier disque, en 1991, Une saison en enfer de Rimbaud. En écho à L'Armée du crime, le récent film de Robert Guédiguian, et en hommage aux résistants des FTP-MOI (MOI pour main-d'œuvre immigrée), voici par exemple le poème d'Aragon, L'Affiche rouge.

 

Tous les commentaires

Merci de rendre hommage à cet homme que je considère d'abord comme un vrai et grand poète, avant d'être, bien sur, l'anarchiste que l'on connait.

J'ai retenu, du poète, "La mémoire et la Mer": ICI

Nul doute que sa proximité avec Médiapart sera porteuse de "bonnes ondes"!

PS J'ai commencé à connaitre Ferré en 1950: j'avais 9 ans, mais mon père avait ses tout premiers disques: "Mr Tout Blanc"! Et je l'ai encore écouté à Sauve en juillet 1992, 42 ans plus tard!

Un très bon souvenir pour moi au Déjazet à Paris en 1989 ou 90, sais plus... Avec le temps va.......

Paris canaille, Paris tristesse, ah Paris je ne t'aime plus...

D'ailleurs y'a plus de pavé à Paris, que du béton, du bitume noir de crasse.

"Ah-dieu Léo", toi qui refusait les honneurs des officiels officiers te voilà pris au piège des récupérateurs au service de notre serpillière au trois couleurs.

Après la colère vient le désespoir.

Mais bon; on t'aime encore!

Léo Ferré reste, pour moi, "le plus grand".

J'ai pleuré un 14 juillet en apprenant sa mort.

Je l'avais découvert l'année de mes 16 ans au "Gala du Monde Libertaire" à la Mutu. Il m'a accompagné tant d'année qu'il fut un second père ou plutôt un constant repère.

J'adore, mais pour ne pas enterrer de nouveau Léo Ferré, rendons hommage aux vivants avec Planeta Eskoria...

Skap-p

PLANETA ESKORIA 

Viens, tu va connaître cette tendre humanité
C'est le jeu cruel d'un système banal
L'horreur, le plaisir, la misère, le pouvoir
La rancœur, l'amour, regarde autour de toi

 

Des peuples entiers condamnés à la faim
Des enfants obligés de se prostituer
Les guerres continuent de dévorer les innocents
Tu devras cohabiter avec le désespoir

 

Viens, tu vas connaître notre civilisation
La présomption d'égalité avec des airs de liberté
Quelle hypocrisie morale, produit du bien-être
Qu'est-ce que c'est bon de vivre si tu naîs ici

 

Des usines d'armes qui fournissent leur mort
La drogue, le grand business, reste dans la prohibition
Des barques (1) qui coulent aux portes de l'occident
Ils s'en battent les couilles de la souffrance humaine

 

Tu es sur la planète déchet
Bienvenue sur la planète déchet
Ay, Ay, Ay, GÉNOCIDE x 4

 

Quelle chance y a t-il à naître x 4

L'heure est venue de faire exploser les frontières
Qu'est-ce que vous attendez pour l'insurrection?
Le sang de tes enfants rempli notre frigo (2)
Qui est coupable de ton extermination?

 

Tu es sur la planète déchet
Bienvenue sur la planète déchet
Ay, Ay, Ay, GÉNOCIDE

 

Finis en avec la spéculation
Tire contre ton humiliation, GÉNOCIDE
Finis en avec la spéculation
Tire contre ton humiliation, GÉNOCIDE

 

et à ....

 

Rap ECOLO ;-)

Pour la traduction de Planeta Eskoria...

notes:
(1) : barques remplies d'immigrés clandestins passant du Maroc vers l'Espagne par le détroit de Gibraltar
(2) : "le sang de tes enfants" : il s'agit des animaux vivant sur la planète que l'homme tue pour se nourrir

Aimer cette France qui nous quitte, où tout s'en va... aimer jusqu'à refuser le pire, la fatalité, le besogne, le mensonge, la trahison, l'oubli...

Merci, pour l'hommage. Puisse t-il vous porter chance.

 

Comme M Philips, "La mémoire et la mer" a toujours été ma favorite, ce qui n'enlève rien à ses autres performances.

merci à Leo d' avoir existé , merci à Mediapart de lui rendre hommage.....

un vrai poéte .......J' ai découvert il y a quelques années un Cd - de sac et de cordes - textes de Léo dits par Jean Gabin ; émouvant , bien plus encore......

Merci.

Merci de prendre le temps de vous arrêter quelques instants, de vous échapper de l'actualité (quoique...), de nous offrir ce retour à l'essentiel avec Monsieur Ferré.

Bonjour et merci pour cet hommage.

Moi aussi j'aime écouter Léo Ferré. Un souvenir ému. J'étais en famille avec son ami Richard Martin qui vient de faire une grève de la faim pour défendre son théâtre, Le Toursky, sis à Marseille, lorsque celui-ci a appris la mort brutale de Léo. Léo, tu es toujours vivant dans nos mémoires et je crois que Richard a dit samedi un texte de ta composition en ton hommage.

Alors bon vent à Mediapart qui n'en sera que plus intransigeant pour défendre nos libertés, mais aussi gueuler contre la Misère.

Philippe Delvalée

Je me souviens...c'était fin 68/début 69...à Casablanca sous le règne d'Hassan II.

Je venais d'acheter un double 33 tours "Léo chante Verlaine et Rimbaud" aux Galeries Marocaines.

Je suis allé partager son déchirement de la perte de Pèpèe .Le camarade qui m'accompagnait a tenu à avoir un autographe de Léo Ferré mais n'ayant pas de papier il a sorti son passeport sur lequel Léo a fait une superbe dédicace:"Visa pour l'enfer...Thank you Satan"

Puis ce fut son dernier concert à Saint Florentin (89) en plein air, accompagné d'une bande son, un an avant sa mort .

Mes respects, Monsieur Ferré.

Bonsoir,

Cette inauguration fut en effet pour moi un moment pendant lequel est revenu dans ma mémoire des chansons et des poésies que nous ne pouvons plus guère entendre sur les ondes ou sur les plateaux de tv. Un hâvre dans nos vies urbaines trop trépidantes et trop agencées par le respect d'agendas...

Léo Férré, était bien sur libertaire, parfois de façon un peu trop caricaturale pour l'adolescent des années 80 que j'étais, mais surtout, et ce qui est plus appréciable à notre époque, non aseptisé dans ses prises de paroles et dans ses chansons et poésies.

J'espère que ce voisinage avec Léo Ferré gonfleront encore plus les voiles de la liberté qui font avancer le navire Médiapart.

Voilà plusieurs bonnes raisons que ne me font pas regretter d'avoir voté la délibération donnant le nom Léo Férré à cette place et à ce square lors du Conseil Municipal du 12ème Arrondissement.

 

Bonsoir,

Un signe peut etre ?

"La memoire de la mer"evidemment, mais aussi l interprete de Verlaine, Rimbaud,Budelaire . VIllon.......

Cette façon de crier "merde à Vauban"

et puis ....."..poêtes vos papiers"

Merci

MERCI ..........

une remarque : Leo Ferré n'a pas toujours été vieux et je suis suffisamment agé pour me souvenir d'un visage moins marqué par la douleur de vivre de sa fin de vie ; enfin, Aragon ? Non, merci. Du temps de la MOI, il était planqué à Nice et l'affiche rouge a fait partie de la "méconnaissance" par le PC du groupe à travers le mythe des 100 000 fusillés . Non, pas le soleil du Guepeou sur Ferré

guitard,

"me souvenir d'un visage moins marqué par la douleur de vivre de sa fin de vie". Je pensais plutôt que Marie avait apporté, enfin, un peu de paix de l'âme pour cet homme dans la seconde partie de sa vie. Non?

C'est une raison supplémentaire de soutenir Mediapart,un des rares espaces de liberté de la Sarkozye !

Attitude magnanime tant Ferré ne fut guère accommodant avec la gauche gouvernante, refusant de chanter en 1981 pour François Mitterrand...

Entre les Croix-de-feu et Les Camelots du roi, le torchon brûle...

Ah, Ferré, le plus grand poète-musicien du 20e siècle. Visionnaire avec son titre La Violence et l'Ennui, acharné avec ses chansons anti-fachos (Allende), solitaire et compagnon (les belles mises en musique et interprétations de Jean-Roger Caussimon) avec vue sur la mer (par exemple lorsqu'il habitait l'Anse DuGuesclin en Bretagne, qui devient une île à marée haute...

Et puis, je n'oublie pas non plus le magnifique cd de Philippe Léotard, dont sa belle interprétation de la Mémoire et la Mer.

Et puis encore, L'Opéra du Pauvre... à réécouter

Félicitations, Mediapart, pour avoir imaginé être si proche un jour de monsieur Tout Noir.

Au début des années 70, je me souviens d'avoir rencontré Léo Ferré dans un café de la rue Germain Pilon à Pigalle. Un petit bar où les travestis du quartier venaient régulièrement boire un coup et se détendre. Il était comme toi ou moi, assis dans un coin buvant un bock. On lui foutait la paix.

Ma chanson :

http://www.youtube.com/watch?v=trztHMZYn4E&feature=player_embedded#at=40

 

Merci pour cet hommage

début de années 70 , Léo Ferré á la mutu, émotions...

je ne peux choisir une chanson, seulement aujourd'hui "affiche rouge tout un symbole"

merci medipart depuis l'Espagne

Ouaip! Et "thank you, Satan!" Et puis c'est lui, Léo ferré, qui a dit : "Le drapeau noir, c'est encore un drapeau!"

(Mais "les bureaux de Mediapart" ne sont pas seulement près du square Léo Ferré ("square" carré, je ne sais pas si le mot lui convient. "Jardin", serait préférable, non? ), mais aussi à deux pas du marché d'Aligre. Ca aussi, c'est un symbole, hein?

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