Le socialisme une idée folle !
«Quiconque n'a pas une foi ou besoin de foi est une âme médiocre ; quiconque a un système ou une doctrine pour appuyer sa foi est un lourd scolastique.» Jean Jaurès
Quelle folle idée que le socialisme ! Que les hommes ne soient pas libres, on peut l’admettre, mais que n’étant pas libres ils finissent par le devenir voilà bien de quoi choquer l’espiritus rationalis…
On l’aura compris je voudrais faire référence ici au père théorique du socialisme : Karl Marx. Celui-ci, en bon héritier d’Hegel et du dialectisme transcendantal allemand (dont on ne sait, avec Michel Foucault, à quel point il s’est insinué jusqu’à nous mais qu’on comprendrait plus aisément en disant avec Guillaume d’Occam, du symbole du yin et du yang qu’il est la plus grande (et/ou la plus petite) œuvre scientifique de l’humanité, sic). Marx visait en effet à montrer, que dis-je, démontrer ! – car il prenait sa science, ainsi que ses opinions, très au sérieux – que le capitalisme courait à sa perte, que ses lois de fonctionnement finiraient en leur fin. Voici, je crois, comment comprendre le sens profond de cette entreprise intellectuelle qu’est la vie de Karl Marx (et aussi, celui de l’œuvre, pour le moins ésotérique, de son maître Hegel) : que les choses finissent en leur fin. Cette essence quelque peu tautologique du transcendantalisme allemand est l’élément premier du bagage intellectuel du jeune Marx et la dialectique multiforme du capitalisme dans la théorie arrivée à maturité, sa résultante. Partant il n’y a pas lieu de s’étonner qu’à l’histoire, ou autre chose, il y ait une fin.
Ce qui est plus étonnant c’est que ceux qui disent que Marx a tort, considèrent néanmoins qu’il y a fin de l’histoire, quand même et libérale qui est plus est. Mais seulement, ceux-là la voient dans l’avènement du capitalisme, de l’économie de marché, ou encore dans le jargon qui leur est propre, dans la démarchie ( = économie de marché + démocratie). Le socialisme actuel est pour eux, au mieux un anachronisme, au pire une erreur logique, relevant, précisément, du rationalisme constructiviste. Ainsi, dans les deux cas on reconnait à une chose, l’histoire, sa fin ; en somme c’est comme être de droite ou de gauche : on est pour ou contre l’ordre mais dans les deux cas on souhaite agir sur lui, réaliser un projet politique. Et il serait fou, de songer que la politique soit autre chose.
Si le socialisme est mort sur le plan politique, c’est donc surtout parce qu’on s’est refusé, sur le plan théorique, à considérer que le tout puisse être supérieur à la somme des parties, ou autrement dit, que la société soit plus que la somme des individus qui la composent. En terme mathématique, on dirait que l’ensemble société est à puissance finie. L’opinion d’un Durkheim de considérer les faits sociaux comme des choses, c’est-à-dire comme étant indépendantes des comportements individuels qui les sous-tendent, la volonté d’un Marx d’expliquer les manières de penser des individus plutôt par les contrariétés de la vie matérielle, étant désormais révolues. C’est en substance ce qu’un Hayek expliquait à Reagan et Thatcher, stupéfaits par tant d’érudition, que la seconde face dans la vie de tout homme d’un Tolstoï (il écrivait dans Guerre et Paix : « « Il y a deux faces dans la vie de tout homme : la vie individuelle qui est d’autant plus libre que ses intérêts sont plus abstraits, et la vie élémentaire, grégaire, où l’homme se soumet inévitablement aux lois qui lui sont prescrites. ») n’existait pas : les hommes étaient libres, un point c’est tout ; et les moutons de Panurge, des moutons.
Ainsi, de ce que nous avons dit jusqu’ici, ressort une idée assez simple, c’est la suivante : la plus grande erreur du socialisme c’est de s’être voulu scientifique, car c’est bien sur ce terrain qu’il s’est fait disqualifié. Le rêve, l’utopie socialiste s’est montrée difficilement axiomatisable, pour ne pas dire impossiblement. En cette fin de siècle scientifique, l’entreprise marxiste, toute imprégnée d’ambiguïtés et de contradictions a été abandonnée dans la majeure partie du monde ; l’Amérique latine étant exclue (para todos todo !). Les dirigeants du parti socialiste français, parti qui n’a de socialiste que le nom, ne pourront pas le nier. Eux-mêmes ne prévoient à aucun moment de se débarrasser de l’économie de marché, de la propriété privée, de l’argent et des formes multiples que revêt aujourd’hui la monnaie après une période d’innovations financières, dont on sait aujourd’hui de quoi elles sont capables. Et, à propos, qu’auraient fait nos socialistes, en supposant que Madame Royal ait été élue, face à la crise ? … pour ma part, je suppose qu’ils en auraient fait tout autant que le président effectivement élu, c’est-à-dire pas grand-chose. Entre la droite et la gauche, quant à la différence entre leur marge de manœuvre respective pour changer le monde, la vie des gens, moraliser le capitalisme ou aller chercher des points de croissance avec les dents… il y a epsilon ! Au mieux, une différence de ton dans le propos.
Mais tout cela est, je vous l’accorde, une vieille histoire, qui dans une certaine mesure, n’a rien à voir avec notre époque et nos dirigeants ou non-dirigeants actuels. Gogol se moquait déjà des ambitions humaines, propres en fait aux âmes mortes : la bureaucratie, le gouvernement d’une Grande Société, avant que d’être technocratie, était déjà inefficace et corrompue ; la véritable destinée humaine n’est pas un quelconque projet politique, scientifiquement valable, mais la sensation de l’âme du monde, la sagesse et, puisque dans la sagesse il n’y a point de logique, le socialisme devrait mieux s’exprimer en terme mystique que théorique.
D’ailleurs comme l’évoquait mon arrière grand-père maternel, instituteur de campagne au début du siècle (en Ardèche, sur Mars exactement, ce qui pourrait expliquer la teneur de certains propos soutenus ici), fervent défenseur de la morale laïque, dans son testament, je cite :
« Je n’aime pas beaucoup les théologiens mais enterrez moi dans la terre du Christ car le Christ aimait les hommes. » et plus loin,
« Ne vous abaissez pas devant ceux qui ont foulé au pied la pauvre humanité »
Ça y est, j’ai presque envie de pleurer… mais n’est-ce pas cela, au fond, que le socialisme, indépendamment de toute considération politique ou théorique, ressentir la grande tristesse de la condition humaine.
En résumé:
"The sickness of mind which has caused this, and has turned men into madmen, they call "understanding the world". » (Brouwer, 1904)
Le socialisme est une idée folle, non pas en tant qu’idée du socialisme, mais en tant qu’idée en soi.
Sa plus grande erreur est de s’être voulu scientifique, d’être volonté du socialisme et être volonté tout court.
Dans la sagesse il n’est point de logique : la véritable lutte c’est de refuser de lutter ; le véritable anarchisme c’est accepter l’ordre avec indifférence, primo, puisque les choses finissent en leur fin, vouloir aller contre lui c’est déjà rentrer dans son jeu, et secundo parce que l’indifférence est le meilleur des mépris.
Enfin et surtout, comme le suggérait mon aïeul, « ne nous abaissons pas devant ceux qui ont foulé au pied la pauvre humanité ».


Tous les commentaires
Pour moi le meilleur billet que j'aie jamais lu ici, à ce jour, sur ce type de sujet, non pas en comparaison d'autres, peut-être plus érudits, mieux construits, ou plus justes dans la démonstration, mais vous êtes vivant, très cher I.Altibelli. ( commentaire à prendre au féminin, s'il y avait lieu)
Oui, beau texte, belle réflexion.
J'ai lu récemment que selon M. Valls, "le socialisme aurait été inventé au XIXè siècle pour remplacer le capitalisme".
Bien joué, non ?
La forme séduit. Sur le fond, je ne sais pas.
Après tout, ils sont fils de leur siècle tous les deux.
J'ai tendance à penser que le socialisme a été découvert, un peu comme le capitalisme. Ils sont nés ensemble... De la force des choses.
Et ils mourraient donc naturellement ensemble.
Toute opposition ne tient que sur elle même, qu'elle se comprenne, s'admette, et elle se mue en adhésion, communion, et disparaît.
Quand le capitalisme cessera de croire en lui-même, le socialisme suivra.
Les communistes étaient en voie de disparition, et voilà que le néo-libéralisme, qui n'est qu'un capitalisme sans frein, les ramène naturellement à la vie.
Parce que ce qui est sûr, c'est que la doctrine marxiste peut convaincre. On en a eu déjà la preuve, et en grand.
Il y en a bien qui croient dans les qualités de Sarkozy.
' J'ai tendance à penser que le socialisme a été découvert, un peu comme le capitalisme. Ils sont nés ensemble... De la force des choses. "
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" rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ... "
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" Quand le capitalisme cessera de croire en lui-même, le socialisme suivra. "
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excellent programme, bon ben on attend alors, pas de soucis ...
Mais... J'ai cru voir jack le cafard?
" au fur et à mesure que nous laissons briller notre lumère, nous donnons aux autres la possibilité d'en faire autant " - Ségolène au Zenith
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je vous évite la vidéo, enfin je me l'épargne à moi même, sincèrement c'est triste ... on se sent un peu impuissant, que faire ?
Mais oui, c'est bien lui, l'ignoble jack blattesque!
Kasstatupues!
(nb: vieille incantation reconnue pour se débarasser des blattes collantes, fouineuses et visqueuses)
vous avez craqué passifou, il faut vous reprendre, vous faites trop pitié, c'est pas humain ...
si je peux faire quelquechose hésitez pas, vraiment je souffre pour vous ...
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je ferais ce qu'il sera dans mes moyens, j'aimerais vraiment vous aider si je peux.
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amicalement
He oui, Hayek vieillissant rêvait de la fin du politique et par là entendait achever une certaine histoire. L'épistémologie libérale est plus "scientifique" que la socialiste c'est du moins ce à quoi mène l'histoire des idées, Hegel et Marx ont été vaincus, dépassés. En revanche en ne se donnant pas à elle même les limites qu'elle assignait à la manifestation de la volonté humaine elle s'est fourvoyée à son tour, l'ubris sans doute. Les héritiers transformant l'incapacité d'avoir autre chose que l'information de marché sur le prix par "un le marché à toujours à raison" dont le caractère tautologique est tristement manifeste dès la première lecture. Le plus tragique de tout celà c'est qu'aujourd'hui nous vivons dans un désert idéologique sans précédent depuis très longtemps et c'est probablement là où se situe le plus angoissant de notre situation actuelle. Espérons que les Indiens et les Chinois sauront se forger une doctrine et l'imposer au monde pour lui redonner un sens et une direction intelligible, c'est ainsi que les civilisations disparaissent par incapacité de se recréer à la fois conforme à leur essence et amendée dans leurs formes.