Ne vous fiez pas au sourire d'Hillary Clinton en Amérique latine!
Qu'on ne s'y trompe pas : les bonnes paroles d'Hillary Clinton durant l'investiture de l'ex-guérillero uruguayen José Mujica à la présidence de l'Uruguay ne signifient en rien que les Etats-Unis aient remis en question leur volonté hégémonique dans la région.
Uruguay, Argentine, Chili, Brésil, Costa Rica et le Guatemala : la première tournée de Mme Clinton en Amérique latine, qui ne vient avec aucune proposition concrète, a pour objectif de rasséréner les alliés (et notamment le Chili, qui vient de basculer à droite), d'isoler les pays de l'axe « bolivarien») (Equateur, Bolivie, Nicaragua, Cuba, le tout emmené par Hugo Chavez). Mission plus délicate : faire « entendre raison » au Brésil qui s'entête à considérer qu'on peut discuter avec l'Iran, et parie sur l'intégration régionale, contre le schéma antérieur de dépendance à l'égard du puissant voisin américain.
Qu'attendre de Madame Clinton ? Au cours de la première année de mandat de Barack Obama, elle a démontré qu'elle avait une opinion radicalement opposée à celle du président américain sur les questions de politique étrangère. En la choisissant, le chef d'Etat américain a cédé le département d'Etat à la fraction démocrate la plus liée à l'« establishment » américain et à ses puissants ennemis. On trouve parmi ses plus proches conseillers des figures de la communauté cubano-américaine, et des lobbyistes du complexe militaro-industriel.
Lorsqu'au Obama a annoncé au Caire, en juin dernier, une nouvelle ère de relations avec le monde musulman, Hillary s'est empressée de démentir les discours du président, en assumant publiquement un alignement total avec la politique d'expansion des colonies israéliennes. Même désaccord sur l'Iran : si Obama était en faveur de négociations concertées, elle a aussitôt opté pour l'escalade verbale et l'agcement à l'égard des pays qui ne sauraient pas, comme le Brésil, prendre une distance raisonnable.
En Amérique latine, le désaccord entre le président américain sa chef du département d'Etat tient de la caricature. Vous vous souvenez des propos généreux d'Obama lors du cinquième sommet des Amériques, à Trinidad et Tobago, promettant une relation plus respectueuse de l'autonomie des voisins méridionaux ? Ils ont été enterrés derrière la ratification de l'installation de sept bases militaires en Colombie, le maintien de la quatrième flotte de la marine américaine, qui patrouille dans les eaux sud-américaines et des caraïbes. Le blocus économique à l'encontre de Cuba n'a pas été allégé. Et ne parlons pas de ce qui ressort finalement comme un appui au coup d'Etat en Honduras. Le terme « coup d'Etat », adopté par Obama au lendemain de la manœuvre militaire, a d'ailleurs été « corrigé » par Madame Clinton.
Empêtré dans la crise économique et les difficultés à faire passer sa réforme de la santé, Obama semble avoir abandonné quelconque tentative de rénover les échanges avec le reste du monde. Prisonnier de la majorité conservatrice de son propre parti, il semble avoir délégué à sa secrétaire d'Etat la politique étrangère des Etats-Unis.
Ironiquement, les mandats du républicain Bush, par leur excès, ont profité aux gouvernements progressistes d'Amérique latine et à leur intégration. Ce n'est pas le moment de baisser la garde, au prétexte que les démocrates sont plus civilisés : en un an, Obama a réussi à perdre tout son crédit politique dans la région, la « session de rattrapage » que prétend être la tournée de Hillary Clinton n'a en fait qu'une ambition : enfoncer le clou.

Tous les commentaires
On doit comprendre qu'il n'y a aucune politique gouvernementale, qu'Obama laisse la bride sur le cou à sa ministre. Ni politique, ni solidarité.Bien décevant quant à volonté politique réel du nouveau président. Le dossier de la sécurité sociale n'explique pas tout; D'autres avant lui savaient faire appliquer leur ligne par leurs ministres d'autant plus qu'aux Etats Unis le staff qui entoure traditionnellement le président est plus aux commandes et à plus d'influence que les ministres eux mêmes dont les gens ignorent souvent le nom. S il y a eu des ministres des affaires étrangères connus et influents mais ils n'allaient pas à contre courant de la politique décidée par le président. Une fois encore : bien décevant !
je ne partage pas trop la vision sous-jacente ton article, Lamia, d'un Président gentil et d'une Ministre méchante...Les politiques doivent, passé le moment du verbe, s'incarner dans des actes..Or ces actes tardent à se réaliser et se loire. Le conflit en Afghanistan est là pour nous le prouver. Ibidem Israël qui pisse en riant sur les volontés américaines. Ibidem en AL où la Marine rôde autour du Vénézuela et de Cuba où les contraintes du blocus n'ont jamais été assouplies etc.... Bref les USA reste les USA. Et les latinos l'ont compris.
Je ne crois pas qu'Obama soi gentil, mais le moins qu'on puisse dire c'est qu'il est dépassé. Et son image positive dans le monde (pour un tas de raisons..) est mise à profit par l'aile la plus conservatrice de son parti, on ne peut que s'en désoler, et comme vous dites, je crois que les Latinos l'ont compris