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May

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Juliard, émigré brésilien, retrouvé dans le massacre de Tamaulipas, au Mexique

 

Quand le téléphone a sonné, Alirio Fernando Aires a respiré avec soulagement, pensant que c’était son fils, Juliard, qui donnait finalement de ses nouvelles. Depuis son départ du logis, le 3 août, la famille était sans nouvelles. Juliard, vingt ans, tentait son rêve américain. Mais au bout du fil, le père n’a pas entendu la voix du jeune homme, mais celle d’un officiel d’Itamaraty, le ministère des affaires étrangères brésiliens. Il lui annonçait que son fils avait été identifié parmi les 72 corps retrouvés dans une ferme de l'État de Tamaulipas, près de la frontière avec les Etats-Unis. Fin août, alertée par un survivant, la police a découvert le charnier. Toutes les victimes, des migrants originaires d'Amérique du Sud et d'Amérique centrale auraient été enlevés alors qu'ils tentaient de traverser le Mexique dans un camion, pour atteindre les Etats-Unis. Leurs kidnappeurs leur auraient proposé, selon le seul rescapé, un jeune Équatorien, un travail dans des conditions éreintantes et sous-payé. Ils ont tous refusé. Les criminels, qui se seraient présentés comme appartenant au gang des Zetas, leur ont alors recouvert les yeux d’un bandage, les ont alignés contre un mur, et fusillés.

Les Zetas sont connus pour cibler les désespérés d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud qui traversent le Mexique pour atteindre les États-Unis. Ils les enlèvent pour en faire de la main-d’œuvre pour le trafic, utiliser les femmes pour des réseaux de prostitutions, en faire des travailleurs esclaves, ou extorquer des rançons aux familles. Plusieurs associations de défense des droits de l'homme donnent le chiffre de 20 000 enlèvements de migrants par an. Le gouvernement mexicain conteste. La rançon obtenue n’est pas élevée puisqu’il s’agit de pauvres : de 1500 à 5000 dollars. Mais étant donné la quantité de personnes, c’est un marché juteux. Plus de 600 000 personnes tenteraient la traversée du Mexique chaque année.

Aux côtés de Juliard, se trouvait le corps d’Herminio dos Santos, 24 ans, lui aussi originaire de l’Etat du Minas Gerais, plus précisément de la région de Governador Valadares. Cette ville, dans cet Etat pourtant riche, est devenue la principale provenance d’immigrés brésiliens. Tout a commencé dans les années 1980, avec la crise économique et la décennie perdue. Depuis, même si l’emploi a repris dans la région, la tradition du départ se poursuit. Les « passeurs » circulent à leur aise et le tarif est connu de tous : il oscille, selon l’époque et la destination entre 9000 et 15 000 dollars. La dette peut être remboursée sur deux ans, les maisons et véhicules de la famille sont pris en garantie. En cas de non paiement, les menaces de morts et les passages à l’acte sont fréquents. Juliard savait que c’était dangereux, mais pas à ce point. Le drame rappelle à quel point le rêve américain reste fort, la perspective illusoire d’un argent facile. Il souligne aussi l’inaction des autorités, que ce soit au Brésil où le trafic est toléré, au Mexique, où le gouvernement se lave les mains du sort de ces milliers de clandestins, ou aux Etats-Unis, où la seule réponse d’Obama est de poster plus de soldats à la frontière.

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Très bel article. Je ne me doutais que le Minas Gerais, pourtant riche, était un pôle d'émigration vers les États-Unis...

Cordialement

Fse

L'aspect dantesque des trains alourdis par les grappes humaines de migrants sur les toits, autour de la locomotive, entre les wagons hante le specateur le plus indifférent. Si le racket et l'extorsion sont un fait, nombreux sont cependant les Mexicains parmi les plus humbles qui aident avec leurs modestes moyens ces voyageurs du désespoir. Eux-mêmes sont les victimes des passeurs nommés coyotes qui abandonnent leurs compatriotres sans scrupules au milieu du désert de l'Arizona.

On peut vérifier ainsi le bilan désastreux du président Lula qui mettait un point d'honneur à faire augmenter le revenu des plus pauvres, pas suffisant pour leur offrir une perspective dans leur pays, devenu un véritable repaire pour trafiquants et criminels de toute sorte. La corruption est au coeur des états au Brésil et au Mexique. Ce qui est terrible, c'est que cette dernière société augmente la cruauté par les rites de sacrifice qui s'ajoute à cette ronde macabre. A quand la constitution de véritables organisations transnationales qui prendront vraiment en compte les intérêts matériels et moraux de cette "autre Amérique" y compris celle du Nord continental et la défendra bec et ongle contre cette politiques des états, car ce qui est ridicule est la présence de frontières qui empêche la création assumée de cette autre Amérique de Chico Mendes et d'Eduardo Galéano que nous attendons ! Très bon article, merci !

Il me parait pour le moins saugrenu de mêler Brésil et Mexique, de les mettre dans le même panier de la corruption et de la démagogie. Certes la corruption existe au Brésil, certes des bandes armées et des réseaux mafieux établis sèvissent a Rio et à Soa Paulo et Salvador etc..mais je peux assurer qu'ils ne sont en rien comparables avec ce qui se passe au Mexique où la mafioserie a atteint les plus hautes sphères du pouvoir politique, où depuis plusisurs décennies les gens du PRI et les bandes armées sont liés comme doigts d 'une même main, et où le PAN ne fait pas mieux. Le Mexique où le Général chargé des missions d 'eradication des trafiquants était lui même un mafioso qui utilisait les avions militaires et les aéroports et les soldats pour son propre trafic, où il y a des dizaines de milliers d 'enlévements par an et où la police, gangrenée, fait, elle aussi, partie des bandes .... Merci Laoula pour avoir pointé le problème des zetas...

 

Entièrement d'accord avec le dernier commentaire. Pour avoir travaillé à la fois au Mexique et au Brésil, je peux affirmer que la situation brésilienne est enviable vue du Mexique. Comme toujours, c'est la courbe de progrès qui compte. Steeve, Lula a permis au revenu des pauvres d'augmenter considérablement. La pauvreté a reculé de 74% au cours de ses deux mandats. Mes sources sont peu suspectes de complaisance : le dernier numéro du Monde Diplomatique. Certes, les riches s'en sortent toujours bien, comme toujours, et Lula a arbitré pour les agro-exportations en immobilisant la réforme agraire. Mais l'indice de Gini (écart riche-pauvre) a fortement diminué durant ses mandats. C'est une situation qui ne durera peut-être pas, mais le progrès est réel.

Du côté mexicain, aucun progrès social et politique depuis les années 1990. Au contraire : plus d'autoritarisme, plus de violence, à laquelle une répression inefficace fait face, pas de politique sociale. Le désespoir politique, derrière la façade bienveillante des plages et de Cancun (le Mexique a plusieurs dizaines de fois plus de touristes que le Brésil).

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