Sous les décombres de Port-au-Prince, une grande brésilienne, des milliers de gens bien
On peine à retenir ses larmes, ou on ne les retient pas, d’ailleurs, face aux images et aux écrits en provenance d’Haïti. Pour nous autres qui travaillons sur la région, les pensées volent vers les amis, et collègues, dont on est sans nouvelle, avec ce soulagement égoïste de savoir que certains, très proches, travaillaient jusqu’à il y a peu dans l’île, avant d’en partir, la larme à l’œil, fin de contrat oblige.
On ne retient pas ses larmes parce que si les tremblements de terre n’épargnent personne, ils frappent ici un peuple qui semble crouler sous les châtiments, pour des crimes qu’il n’a pas commis. Et des milliers de gens bien, qui ont posé leur valise quelques mois, années ou toute la vie, dans ce pays où la politique n’a pas de sens, mais dont le peuple est, aux dires de ceux qui y travaillent, si attachant.
Certains étaient là pour les dollars, déversés en masse par l’ONU, les ONG et les pays fondateurs. Pour eux, l’humanitaire, c’était pour payer les études des enfants, ou l’hypothèque de la maison. D’autres étaient là parce qu’ils y croyaient, à commencer par une bonne partie de la centaine de fonctionnaires de l’ONU toujours ensevelis. J’ai beaucoup d’amis à l’ONU. On y rencontre des gens médiocres. Et beaucoup de chics types. Et une grande dame : Zilda Arns.
Je ne suis pas grenouille de bénitier, mais Zilda, la créatrice de la Pastorale de l’enfant, au Brésil, est le meilleur visage de l’Eglise latino-américaine. Celui qui refuse la compromission avec les puissants et les pactes avec la dictature. Pédiatre, elle s’est d’abord fait connaître pour son nom de famille : c’est la sœur de Dom Paulo Evaristo Arns, l’ancien archevêque de São Paulo, grand nom de la lutte pour les droits de l’homme durant la dictature.
On compte par centaines de milliers les enfants sauvés par Zilda et son groupe, qui avaient pour objectif le développement intégral des enfants pauvres et, à travers eux, celui de leurs familles et communautés. Des gestes simples, comme suivre des grossesses depuis le début, peser des enfants, et apprendre aux parents à les nourrir malgré leurs faibles moyens. Aujourd’hui, ils sont plus de 260 000 volontaires à perpétuer l’action, dans plus de 4000 municipalités brésiliennes. Dans toutes ces villes, le taux de mortalité des enfants est de 60% inférieur à la moyenne nationale. Depuis, la Pastorale de l’Enfant a essaimé dans plus de vingt pays.
Zilda, à 75 ans, venait à Haïti ce mardi encourager les troupes, dépassées par l’ampleur de la tâche. Elle est morte sur le coup, tuée par une pierre. Le Brésil pleure une grande dame, une quinzaine de soldats, sans doute de nombreux fonctionnaires, et tous ces gens bien dont on ne connaît pas le nom. Haïti n’a pas fini de sécher ses larmes. Et le secrétaire général de l’ONU, le coréen Ban Ki-moon démontre une fois de plus sa médiocrité. Alors que l’organisation paye le plus lourd tribut de son histoire, il n’a pas encore prévu de se rendre sur place.


Tous les commentaires
Lamia. Oui. Pleurer avec vous. Et crier ailleurs contre l'injsutice du sort réservé à ce bout de Terre. Et hurler contre l'existence de cette sorte de "ghetto" -encore un- où des gens "se battent" pour survivre, où des gens "se jettent à l'eau (et aux requins)" pour s'échapper. Cesser de l'ignorer tranquillement. Varsovie et Gaza n'ont pas suffi. "De temps en temps la terre tremble" "Vous qui semblez d'autres moi-mêmes".
Les continents ne dérivent pas seulement de par la tectonique des plaques...
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"Aujourd’hui, ils sont plus de 260 000 volontaires à perpétuer l’action, dans plus de 4000 municipalités brésiliennes. Dans toutes ces villes, le taux de mortalité des enfants est de 60% inférieur à la moyenne nationale"
C'est déjà ça.
Mais ensuite, quand ils grandissent, peuvent-ils échapper au système qui enserre le pays ?
On peut être si tristes aujourd'hui, mais avant, et après,aussi. et révolté, aussi.
Merci en tout cas, Lamia, de nous avoir fait connaître l'action de ces volontaires.
"Des milliers de gens bien". Oui, c’est cela. Un type "bien" a récemment disparu et il a été justement salué. Les gens dont vous parlez sont "bien", différemment sans doute mais ils sont "bien". Des milliers. On pourrait d'ailleurs déplacer le curseur car, pour être "bien", point n’est besoin de travailler pour l’ONU ou dans l'humanitaire, d’être né hors de Haïti ou d'être décédé.
Ainsi, vous, Lamia, vous êtes une journaliste "bien". Ce n’est pas parce que je ne dépose pas de commentaires sur vos billets, que je ne le pense pas.
PS: un pseudo permet tout, même la maladresse.
Merci de ce gentil commentaire. La maladresse, quand elle prend cette forme, est délicatesse. Um abraço
Tant mieux que vous l'ayez reçu comme cela, c'était mon intention mais je n'étais pas certain du résultat.:o)
Bien à vous,