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Le transbêbado, une innovation des "lois qui prennent"

Au Brésil, on distingue deux types de lois : celle qui "prennent" (pega) et celles qui ne prennent pas (nao pega). La différence ne vient pas de la qualité du vote, de l'instance qui l'impose (fédérale, régionale, municipale..), ni de la majorité des votants. A vrai dire, personne ne sait bien ce qui fait qu'une loi prend ou non. Elle est émise, puis les autorités attendent. Elles constatent parfois, désolée, que ça ne prend pas, et dans ces conditions, tout le monde a l'air de trouver qu'il ne faut pas s'acharner. "Nao pegou", "ça n'a pas pris", résume-t-on. Parfois, au contraire, la population s'émerveille elle-même de son degré de citoyenneté : il suffit à la loi d'être publiée, un brin d'information, une poignée de répression pour qu'elle semble s'imposer, comme naturelle. C'est le cas de la "loi sèche", qui interdit l'alcool au volant. Désormais, tout conducteur pris avec 0,2 grammes d'alcool dans le sens (c'est très peu, bien en dessous des normes communes, en Europe par exemple), se verra retiré son permis et devra payer une amende de 400 euros. Bien sûr, la fraude et la corruption sont apparues, mais globalement, l'immense majorité des Brésiliens, au moins dans les grandes villes, ont commencé à respecter la loi. "A lei pegou!", s'exclame-t-on au début de chaque apéritif. Le bilan, à l'issue du premier mois est très positif : chute du nombre d'accidents, de blessés et de tués sur les routes, en particulier les week-end. Mais ce n'est pas tout, la loi a eu pour effet de changer le statut du copain non-buveur. Raillé auparavant, il est aujourd'hui porté aux nues par son groupe d'amis, qui se félicite d'être en compagnie d'une "personne si saine, qui n'a pas besoin de boire pour s'amuser". Bien sûr, les noms buveurs sont désormais chauffeurs attitrés de la bande. Mais que faire quand on n'en connait point, qu'il n'a pas le permis, ou qu'il n'est pas libre ce soir ? Les bars et café rivalisent d'ingénuité pour ne pas perdre leur clientèle, après avoir vu l'effet désastreux de la loi les premières semaines. Dans les quartiers chics, les taxis se multiplient et les services de chauffeurs particuliers aussi. Dans les quartiers populaires, les grands bars louent désormais des mini-bus, capables de ramener 7 à 8 personnes à la fin de la tournée. Les plus pauvres ne sont pas en reste : on a vu apparaître le "transbêbado", une carriole portée à bout de bras par un homme, matelassée de coussins pour que le client ivre puisse commencer à plonger dans le sommeil. Le transport coûte 1 real (40 centimes d'euros). Les propriétaires précisent : quand le client est très grosn, c'est 2 reais !

Tous les commentaires

Les lois qui prennent, et les lois qui ne prennent pas : très pertinente observation des Brésiliens. Je me serais bien contenté d'ironiser par rapport à notre situation française (pour l'évacuer !), en demandant tout haut : y a-til des constitutions qui prennent, et d'autres, qui ne prendraient pas ? (qui ne nous prendraient pas dans leurs filets...) Mais la chute de votre billet est trop sérieuse, Lamia. Des pousses pousses. ça ne me fait pas rire, car j'imagine les dos brisés au bout de x années de ces "nouveaux boulots". Et je me damnde si on va en voir de plus en plus, comme ça, partout. D'ailleurs, il y a déjà les travauxde manutention à dos d'homme, partout dans le monde. (les conséquences sur les dos, ça ne fait pas les gros titres). (Mais peut-être que vous ne voyez pas la situation comme ça ...)

transbêbado, j'adore le nom... Transporteurs de saoul. Ce que j'aime au Brésil, c'est cette multitude de "petits boulots", inventés tous les jours, pour pouvoir vivre. J'ai trouvé qu'au Brésil le nombre de mendiants n'était pas très élevé, justement grâce à ces petits boulots, vendeur d'eau, de friandises, etc. . Fantie, certes, les conséquences physiques sont là, mais cela permet néanmoins à certains d'avoir du travail, et donc de quoi manger. Avoir faim tout de suite ou s'offrir un mal de dos futur, le choix est malgré tout vite fait.

Vous avez raison, Jérémie, bien sûr, le choix concret est évident, la vie et la survie d'abord. et plus, avec la joire d'inventer quelque chose par soi même pour se sortir d'affaire, , ou que quelque chose de nouveau soit accessible permettant de gagner un peu d'argent. L'image m'est revenue après avoir écrit, d'une femme de ma famille bretonne (très pauvre), au début du XXème siècle. On m'a raconté qu'elle avait eu l'idée de proposer aux gens du bourg d'aller faire leurs courses, le jour du marché, à la ville voisine. Comme elle, elle n'avait pas de cheval, elle s'était fabriqué un "transbêbado" breton (une carriole à bras!) et faisait ses huits kilomètres aller puis retour une fois par semaine. Il n'a jamais été question de son dos, quand on parlait d'elle. (Donc, pourquoi moi j'y pense ?)

Il ne faut pas prendre cette histoire de trans-bêbado trop au sérieux : quand vous ramenez un copain ivre en le portant pratiquement en fin de soirée, vous ne pensez pas pas à votre dos non ? C'est la même logique. Ce n'est pas une histoire de misère, mais de génie brésilien que je voulais raconter ici : tout le monde a le moyen de trouver une technique. A vrai dire, l'enjeu n'est pas le petit boulot du porteur, mais le gros boulot du bar (qui doit sans doute contribuer) et la joie de continuer à boire tout en ne risquant pas de finir au poste !

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