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Concept de genre : La droite populaire prêche l'obscurantisme
"On ne naît pas femme, on le devient". Cette célèbre phrase de Simone de Beauvoir (photo ci-contre), tirée de son livre "le deuxième sexe 1"- 1949 ne pouvait pas mieux introduire le sujet qui nous occupe aujourd’hui.
Fin août, 80 députés de la majorité ont adressé au ministre Luc CHATEL un courrier demandant le retrait des manuels de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) des (seules) classes Economique et Social (ES) et Littéraire (L).
Ce courrier dont les médias nationaux se sont repus, sans véritablement révéler l'enjeu du débat, a été suivi, ce lundi 12 septembre, d’une autre missive de même acabit et signée, cette fois, par 113 sénateurs de droite.
L’objet de cette offensive politico-religieuse est l’un des points du programme dont le thème est «devenir homme ou femme».
Selon le bulletin officiel, «ce thème vise à fournir à l’élève des connaissances scientifiques clairement établies, qui ne laissent de place ni aux informations erronées sur le fonctionnement de son corps ni aux préjugés. Ce sera également l’occasion d’affirmer que si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l’orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée».
Pour ces 193 parlementaires, il est inenvisageable que l’homme ou la femme se construisent en dehors de leur sexe. Pour ses signataires: «on naît femme, on naît homme» point.
L’environnement social, culturel, juridique, philosophique, biologique n’interviendrait en aucune façon dans l’identité d’un être humain. Pourtant qui peut croire, ou mieux penser, que ce n’est quand regardant son organe sexuel que chacun d’entre nous se construit ?
A la réalité biologique s’ajoute donc le contexte socio-culturel : ensemble de normes, qui, d’une civilisation à l’autre, d’une époque à l’autre, varie. Pour qualifier cela, les scientifiques parlent de concept de genre et non de théorie de genre.
En cette période pré-électorale, ne nous étonnons pas d’une telle initiative dont l’origine est à mettre au bénéfice de Christine BOUTIN et d’associations catholiques. Car c'est dès le mois de mai 2011 que Madame BOUTIN, en sa qualité de porte parole du Vatican et forte de sa croisade contre le PACS, avait ouvert la voie et avait interrogé Luc CHATEL à ce sujet. Le Vatican, soucieux de garder le monopole de sa vérité et conscient du danger que représente le concept de genre, défend non sans une certaine efficacité, l’idée d’un ordre naturel.
Le danger de cette idéologie régressive, vous l’aurez compris, est que chacun d’entre nous est déterminé de part sa seule naissance et ne peut échapper à son destin, à sa condition: «Tu es né pauvre, tu le resteras».
La droite dite populaire et ses alliés, une fois de plus, embrasse des thèses rétrogrades pour l’humanité et ce, au nom du «bon sens» qui, vous comprenez, est à mille lieux d'une démarche scientifique.
A l’émancipation de l’individu, la droite préfère le séquestrer dans des modèles pré-établis, labellisés par le Saint siège et dont l’enjeu pour la France est notamment lié à l’évolution du droit des personnes et de la famille (code civil) et à la lutte contre les inégalités. Ne nous étonnons pas dans ce cas de la recrudescence de propos homophobes ou misogynes que nous pensions, à tort, bannis du champ politique. L’obscurantisme revient à grand renfort de mauvaise foi.
La Gauche ne doit en aucune façon déserter cette question et laisser, ainsi, se propager des idées arriérées dont les auteurs s’emploieront à nous faire plier. Ne soyons pas les «Galilée» de la farce, en référence à la pièce de théâtre de Bertolt Brecht "La vie de Galilée" mais bien les porteurs de Lumière !
Laurent Bordeau
Pour plus d'informations et soutenir notamment l’institut Emilie du Châtelet vous pouvez signer la pétition accessible via son site : http://www.institutemilieduchatelet.org/


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Fausse Route
"Il serait inexact et injuste de réduire le champ des gender studies à n'être qu'un avatar de la French Theory car il s'agit avant tout d'une évolution des questions induites par les mouvements féministes... " in Gender Studies
"Dans la mouvance de la critique de Simone de Beauvoir, certaines auteurs comme Julia Kristeva, Sylviane Agacinski, Luce Irigaray ou Antoinette Fouque pensent que l'égalitarisme abstrait qui efface les différences sexuelles prolonge en fait l'androcentrisme de l'universalisme masculin. Le terme « virilisme » est parfois employé pour qualifier l'alignement des féministes sur les droits et les mœurs masculines au détriment d'une véritable promotion du féminin dans l'humanité." in Critiques du féminisme.
Élisabeth Badinter décrypte la tendance insidieuse d’un nouveau féminisme qui a retrouvé les accents moralisateurs du judéo-christianisme, voire la naissance d’une "bien-pensance féminine" ou – pire – une dérive d’un féminisme guerrier.
Qu’on ne se trompe pas : la guerre des sexes a toujours lieu. Élisabeth Badinter rappelle que "l’indifférenciation des sexes n’est pas celle des identités. C’est au contraire la condition de leur multiplicité et de notre liberté"
Le préjugé indifférencialiste :
il n’y a pas de différences notables entre les hommes et les femmes, du point de vue de la cognition et du comportement. «Nous» serions tous les mêmes, et nos différences, si elles se manifestent, ne sont que déterminées culturellement et socialement.
il s’agit là de l'ignorance pure et simple des enseignements des cinquante dernières années de recherches et de progrès scientifiques. En 2005, Huntington Willard, un des 250 co-auteurs de l’annotation du chromosome X, déclarait ainsi dans Nature:
«Il n’y a pas un génome humain, mais bien deux: le génome mâle et le génome femelle.»
Du berceau à la tombe, on note des différences cognitives et comportementales statistiquement significatives entre les deux sexes, et cela dès le niveau évidemment inconscient de l’expression génétique, de la production hormonale et de l’organisation neurologique.
http://www.slate.fr/story/34529/feminisme-evolution-reactions
Contra :
L'anthropologue Françoise Héritier, professeur honoraire au Collège de France, lors de l'université européenne d'été 2006, qui s'est tenue à l'université Paris VII, a ainsi soutenu que « la différence des sexes – à la fois anatomique, physiologique et fonctionnelle – est à la base de la création de l’opposition fondamentale qui permet de penser ».
L'anthropologie issue de l'hylémorphisme repose donc sur le postulat inverse de la théorie du gender. Elle rejette en cela l'explication unisexe de la personne et le dualisme entre corps et âme, que l'on trouve chez Platon, puis Descartes. Cette anthropologie considère, au contraire, que les hommes et les femmes sont fondamentalement des modes différents d'être des personnes.
ici
Françoise HÉRITIER, Masculin, Féminin. La pensée de la différence. Paris, O. Jacob, 1996.
L'hylémorphisme* s'oppose radicalement au constructivisme selon lequel tout est construit, tout est culturel et social. D'un point de vue hylémorphiste, la fameuse phrase de Simone de Beauvoir, "on ne naît pas femme, on le devient", n'a aucun sens. Le philosophe hylémorphiste dira simplement "on est femme".
*est une philosophie développée par Aristote.
Superbe billet. merci.
Le Vatican toujours prêt à défendre les régressions sociales et de la pensée est depuis quelques années (2007 ?) revenu au combat sur la scène politique.
La séparation n'est toujours pas acquise. Il va falloir mériter notre liberté.
Je vous remercie. Effectivement notre liberté n'est pas acquise. Notre mobilisation doit se prolonger dans un combat politique. Je pense qu'il est important de ne jamais baisser la garde. Notre arme : L'éducation.
Cordialement
On nous a déjà fait le coup!
"Lorsqu'on étudie le racisme nazi, on affirme qu'il repose sur une théorie scientifique fausse, lorsqu'on parle de marxisme on prétend, fort souvent, qu'il repose sur une théorie scientifique vraie. Or, dans les deux cas on se trouve en présence de deux conceptions du Monde qui ont, pas seulement mais surtout, la théorie darwinienne de la sélection naturelle pour racine commune. Dans un cas comme dans l'autre, dans le refus comme dans l'acceptation, on a affaire à des jugements de valeur qui affirment se fonder sur des jugements de réalité, on prend la science pour témoin pour se prononcer sur le bien-fondé d'une idéologie." Jean Brun
Les Rivages Du Monde : Des Vérités Muettes À La Vérité Qui Parle , Paris, Desclée, 1979, p.27,28.