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Le capitalisme néo-poutinien à la française

A l’occasion de l' « Assemblée » sur l'Argent et l'Ethique qui réunira à Nice du 14 au 16 février une cinquantaine de personnalités, l'hebdomadaire Marianne m'a sollicité pour participer à un débat le thème «le monde de la finance est-il soluble dans la démocratie ?» et m'a demandé d'écrire un texte introductif, résumant mon diagnostic.

C'est ce texte que l'on peut lire ci-dessous:

La confrontation à laquelle Marianne me convie face à Gilles Finchelstein sur le thème « Le monde de la finance est-il soluble dans la démocratie » me pousse à un regard critique sur moi-même. Car je dois dire que j’ai longtemps pêché par optimisme. Et, en d’autres temps, j’aurais répondu par l’affirmative, faisant valoir que les mutations du capitalisme, sa financiarisation progressive, pouvaient aller de pair avec des avancées de l’Etat de droit. Or, je crois que je me suis beaucoup trompé dans le passé sur ce sujet. Et le regard que j’ai aujourd’hui sur cette question est très différent de celui que j’avais hier.

Pour aller vite, dans mon activité de journaliste comme dans mon activité d’écrivain, j’ai chroniqué pendant près de trois décennies les mutations du capitalisme français. Et j’ai longtemps pensé que ce que nous vivions était le passage du vieux modèle de capitalisme à la Française – le capitalisme rhénan, ou si l’on préfère, le « capitalisme de la barbichette », à un nouveau modèle de capitalisme, régi par des règles anglo-saxonnes. Et dans ce basculement, j’ai longtemps vu de graves dangers sociaux : la remise en cause de logiques collectives au profit d’un système beaucoup plus individualiste. Mais je n’ai pas vu de véritables dangers démocratiques. J’ai même longtemps pensé que cette importation du libéralisme à l’américaine, si elle n’était pas seulement économique mais aussi politique, aurait au moins cet avantage de vacciner la France contre ses vieux penchants, celui de la monarchie républicaine ou du néo-bonapartisme. Cet avantage de lui faire découvrir les mérites de véritables contre-pouvoirs, à la manière de ce que sont, chacun dans leurs domaines, le Congrès américain, ou la SEC, l’autorité de tutelle des marchés.

Puis, dans un second temps, j’ai amendé mon jugement. J’ai pensé que la France vivait une mutation imparfaite. Et que le capitalisme français relevait en fait d’une variété hybride, qui avait importé du modèle anglo-saxon ce qui l’arrangeait (pour l’essentiel, les règles les plus sulfureuses, celles qui contribuent à un enrichissement des mandataires sociaux proche de l’abus de biens), mais sans importer dans le même temps les règles de la transparence et des contre-pouvoirs. Le capitalisme du Fouquet’s, dont Nicolas Sarkozy a été le champion était, à mon sens, la forme la plus aboutie de ce capitalisme hybride.

Et puis, pour finir, j’ai encore un peu changé mon regard. Car cette vision du capitalisme hybride, pour être partiellement exacte, m’est apparue encore un peu trop ingénue, par rapport aux évolutions que nous avons vécues. D’abord, parce que la finance exerce une véritable tyrannie sur les politiques publiques. Mais plus encore, pour des raisons spécifiquement françaises : parce que la mutation à l’anglo-saxonne du capitalisme français a été de pair avec une transgression de plus en plus ouverte des règles de ce que devrait être un Etat de droit.

Que l’on songe en effet au flot permanent des « affaires » qui ont éclaté ces dernières années. De l’affaire Takieddine jusqu’à l’affaire Tapie, du scandale Bettencourt jusqu’au scandale Wildenstein, et tant d’autres, elles ont toutes pour point commun une transgression des règles de l’Etat de droit. Une sorte de mithridatisation de l’Etat qui s’accoutume à ce que la loi aussi bien la morale prohibent, qu’il s’agisse de la fraude fiscale ou de l’évasion fiscale, des conflits d’intérêt ou de l’affairisme, et de tant d’autres dérèglements encore. Au point que le capitalisme français a des relents qu’il faut regarder en face et oser qualifier. Quel est le bon terme : un tantinet néo-mafieux ? Ou alors un peu poutinien ? J’hésite sur la meilleure formule mais j’ai désormais la conviction profonde que le capitalisme financiarisé à la Française s’accommode d’une démocratie nécrosée, ou même la favorise. Tant et si bien que la France n’est à mon sens clairement pas un Etat de droit.

Et si ces dérives-là ont pollué en permanence le quinquennat Sarkozy, la gauche y succombe aussi. Ou du moins une certaine gauche, celle qui cohabite sans trop de gène avec le monde de l’argent et qui défend perpétuellement qu’il n’y a qu’une seule politique économique possible. La gauche de l’oligarchie parisienne qui a fait des affaires sous Nicolas Sarkozy et qui en fait toujours sous François Hollande. La gauche de l’oligarchie parisienne qui se moque des alternances démocratiques et qui a fait sienne le sinistre principe que Tancredi professe à l’oreille de son oncle, le Prince de Salina, dans le Guépard de Lampedusa : « Il faut que tout change pour que rien ne change ».

Tous les commentaires

01/02/2013, 11:44 | Par Serge Marq

Votre propos me rappelle les discussions que j'avais à l'orée des années 90 avec tous sortes de gens qui voyageaient pas mal, et qui pensaient alors que la crise, dont nous étions au début, finirait bien par prendre fin et révéler un bilan de la mondialisation plutôt positif.

J'étais étonné de voir la désinvolture avec laquelle ils jugeaient les effets de la dérégulation en cours. J'ignorais moi-même à quel point de retour en arrière nous plongerions.

Il n'est pas du tout sûr que le plongeon soit fini, bien au contraire. Et nous verrons à quel point ceux qui nous destinent "une nouvelle citoyenneté" (européenne, of course !) auront participé à cette mise en place régressive.

01/02/2013, 16:43 | Par POJ en réponse au commentaire de Serge Marq le 01/02/2013 à 11:44

Un exemple des pratiques qui anticipent la dérégulation :

" L’autopsie a révélé que l’ouvrier portugais de Saint-Gilles victime d’un malaise alors qu’il travaillait au noir sur un chantier, que cet ouvrier de 49 ans, Antonio Nunes Coelho, était vivant quand ses collègues sont allés l’abandonner dans un endroit peu fréquenté à Uccle. "

http://www.dhnet.be/infos/faits-divers/article/386283/l-ouvrier-portugais-etait-vivant.html

06/02/2013, 14:43 | Par Vivre est un village en réponse au commentaire de Serge Marq le 01/02/2013 à 11:44

Votre propos me rappelle les discussions que j'avais à l'orée des années 90 avec tous sortes de gens qui voyageaient pas mal, et qui pensaient alors que la crise, dont nous étions au début, finirait bien par prendre fin et révéler un bilan de la mondialisation plutôt positif.

Tout ceci s'explique aisément lorsque l'on considère la perte d'importance accordée à la réflexion en générale et à la réflexion philosophique en particulier.

Une relecture du "Contrat social" et de toutes les œuvres de commentaires sur ce chef-d’œuvre est de plus en plus vitale, me semble t-il...Bouche cousue

A bientôt.

Amitié.

01/02/2013, 11:35 | Par Hamster jovial

"le capitalisme financiarisé à la Française s’accommode d’une démocratie nécrosée, ou même la favorise."

Ce capitalisme est autant étatisé que financiarisé : une bonne partie de ses managers se recrutent dans les grands corps, l'oligarchie capitaliste est intiment liée au pouvoir dans ses carrières, nominations  etc ..., de fait ou via les participations publiques dans les entreprises. Ex. EADS, AREVA, ELF, SUEZ, Proglio, Lauvergeon, Trichet, J.-M. Messier  etcf ...

Encore un trait qui rapproche du modèle poutinien, et que vous ne soulignez pas.

06/02/2013, 14:44 | Par Vivre est un village en réponse au commentaire de Hamster jovial le 01/02/2013 à 11:35

"le capitalisme financiarisé à la Française s’accommode d’une démocratie nécrosée, ou même la favorise."

Un grand merci pour ce rappel.

A bientôt.

Amitié.

01/02/2013, 14:05 | Par Lechiffre

1) Vous confondez les notions d'Etat de droit et de Democratie. On peut avoir l'un et pas l'autre. Vous ne traitez pas le sujet

2) En fait vous parlez encore des "affaires". Mais il y en a toujours eu meme au temps du capitalisme de papa. Ou est le lien entre les affaires et l'evolution du capitalisme en France? Mystere. 

3) Ce qui se passe en france n'a rien a voir avec le capitalisme Poutinien. Celui-ci est justement caracterise par un Etat autoritaire et fort qui conserve le controle de pans strategiques de l'economie, un partenariat avec le crime organise, et un secteur de petit capitalisme tres liberal. Rien a voir avec la France.

Hors sujet et confusions. Je mets 5/20.

Vous ne faites jamais que radoter sur le Fouquet's et Sarkozy. Vous etes comme un troll officiel du site.

03/02/2013, 22:43 | Par MARIE-PASCALE FAURE en réponse au commentaire de Lechiffre le 01/02/2013 à 14:05

MR LE CHIFFRE demander à la cellule tracfin, l'augmentation du volume des affaires traitées...

 

01/02/2013, 14:33 | Par Jean-Claude POTTIER

Et si c'est le chiffre qui le dit c'est que ce doit être vrai. Ah ça mais.

01/02/2013, 14:52 | Par POJ

L'état de délabrement du droit en France - de mauvais textes qui ne garantissent même pas une protection efficace contre l'esclavage ! - et l'absence de volonté politique à le faire progresser dans le sens d'un capitalisme humain (oxymore ?) est responsable de la situation.

« Les financiers ne font bien leurs affaires que lorsque l'État les fait mal.  » Talleyrand.

Nous ne sommes effectivement pas dans un Etat de droit, mais seulement dans l'apparence d'un droit, une abstraction illusoire, une imposture qui favorise les excès et les couvre. Une forme discursive de l'escroquerie totalisante, voir totalitaire. C'est très triste.

03/02/2013, 22:44 | Par MARIE-PASCALE FAURE en réponse au commentaire de POJ le 01/02/2013 à 14:52

Et oui trop de lois tuent la Morale

06/02/2013, 10:24 | Par Vivre est un village en réponse au commentaire de MARIE-PASCALE FAURE le 03/02/2013 à 22:44

trop de lois tuent la Morale

Trop de lois prise en dehors de toute notion démocratique comme celles nous imposant la dictature financière à travers la MES et le TSCG, sont tout simplement, des armes pour la dictature...Bouche cousue

A bientôt.

Amitié. 

01/02/2013, 16:10 | Par michel-lyon

 

Ethique ??? 

Qui dans le monde des affaires se soucie de cet archaïsme, de ce frein au progrès de l'humanité que seule la finance est capable de promouvoir !

Sarkozy a été le porte-étendard de la finance et, à peine écarté de l'Elysée, s'empresse dans le vaste monde du carnet d'adresse présidentiel, de draguer pour bâtir sa banque d'affaires spéculatives. Enfin, se faire enfin plein de fric.

Le zèle infatigable de Lechiffre lui vaudra bien un jour d'être nommé au poste essentiel de censeur de la presse d'opinion !

La compromission avec le nazisme du capitalisme français (il existait encore) a contraint à la Libération, de placer au coeur de l'Etat des règles claires, séparant intérêt privé et politiques publiques, respectées par la plupart des fonctionnaires. La génération des grands commis de l'Etat achève de disparaitre avec le triomphe de la finance, de sa libre circulation et le triomphe de la marchandisation des services publics.

La promotion du "partenariat public-privé", comme parcours-type de l'"élite", institutionnalisé dans la multitude d'Agences (de la Santé, du médicament...) et par la contrainte aux Universités et labos de recherche publique de faire appel aux financements privés, complète l'asservissement des cerveaux aux intérêts de la finance. L'expertise indépendante est en voie de disparition par étouffement.

Exit l'éthique. Retour au capitalisme sauvage, mondialisé! Spéculatif, erratique. Pur parasitisme.

Le gouvernement n'a aucun interlocuteur avec lequel négocier durablement : tout est remis en cause par de multiples instances d'ici et là sur le globe terrestre, et ne peut finalement que se plier sous de multiples chantages.

Lechiffre ose parler du capitalisme français aujourd'hui ! Quand les milliers de licenciés par disparition de l'entreprise ne peuvent pas identifier, ni géolocaliser, encore moins affronter l'instance qui, quelque part sur le globe, dans un quelconque paradis fiscal, a décidé la dislocation, la fermeture, la délocalisation de leurs emplois !

Depuis trente ans la finance mondialisée a appliqué le couple endettement-austérité (endettement de l'Etat au profit de la finance, austérité pour le peuple) en Amérique Latine, en Afrique, à la Grèce, à l'Espagne, à l'Irlande... en provoquant partout les mêmes catastrophes pour les peuples de ces pays.

Avec une ubuesque obstination dans la bêtise  !

Grâce à cela, diront les économistes critiques, la compétition des taux d'enrichissemnt de la finance a promu celui-ci de 4 % à 20%, concédant aux dirigeants locaux des prébendes délirantes !  Compétion des abus de biens sociaux!

Car le véritable "choc de compétitivité" est tout bêtement la compétition du taux du  profit financier sans fin, sans limite.

L'éthique de notre époque est ainsi, qui laisse l'économie réelle étique.

 

02/02/2013, 17:00 | Par pboningre en réponse au commentaire de michel-lyon le 01/02/2013 à 16:10

L’éthique n’est archaïque que pour les "rentiers", ceux qui bénéficient d’une rente de situation, qui n’a souvent rien à voir avec un comportement vertueux. Il est évident que les agences de notation en place n’ont aucun intérêt à introduire des critères éthiques dans leurs évaluations, même si de plus en plus d’investisseurs s’intéressent aux performances durables. Mais quand Christine Lagarde présente toute fière un Code d’éthique de la banque (en fait, quelques recommandations faciles à contourner sur le montant des bonus des traders), on se dit que le terme éthique est bien dévoyé, comme un faux nez.

Aussi, Laurent, continuez à dénoncer tous les écarts individuels de conduite qui polluent notre démocratie. Le temps des "barbichettes" est loin d’être aboli et il suffira d’une ou deux chutes pour que le système puisse être remis à plat.

01/02/2013, 17:10 | Par Lechiffre

Une bonne maniere de traiter le sujet est de voir si le capitalisme "financier" s'epanouit avec plus de democratie, ou moins.

La notion de "capitalisme financier" provient des modifications provoquees par la globalisation dans l'organisation du capital. Il n'y a pas de capitalisme financier sans globalisation.

Ainsi, dans la mesure ou le capitalisme global detruit des modes de vie traditionnels de la social-democratie (notion de carriere, developement et embourgeoisement de la classe moyenne) il cree lui-meme sa propre opposition, qui devient dirimante lorsqu'elle est majoritaire dans l'opinion pour exprimer un besoin de securite et de cohesion sociale. L'envol des revenus des 1% ou 5% qui profitent du phenomene renforce les reactions. Ainsi la pratique de la democratie conduit normalement a un changement de politique, voire de regime. On a eu une alternance en 2012.

Toutefois deux problemes peuvent se poser.

1) L'existence d'une oligarchie de fait, qui viderait de son efficacite les processus democratiques et empecherait le reequilibrage. Il est clair qu'en France aujourd'hui, malgre les fantasmes du Fouquet's, cette vision releve de la fantaisie et du conspirationnisme. Je ne crois pas non plus a la these de l'intoxication ideologique des masses par les medias

2) L'impuissance des social-democraties a se perpetuer comme avant, dans un environnement de diffusion des technologies et de circulation du capital qui rend impossibles les politiques keynesiennes de plein emploi, l'amortissement dans la duree des restructurations a coup de prestations et le maintien de la classe moyenne. 

Face a ce probleme le debat democratique consiste a definir comment le modele national doit s'adapter aux nouvelles conditions pour preserver au mieux son identite et le modele social. L'Allemagne a su le faire avec les reformes Harz, qui vues de maniere pointilliste font apparaitre des reculs, mais globalement permettent au capitaliste rhenan de sortir vainqueur.  

En France ce debat n'a ete aborde qu'au cours de la campagne presidentielle de 2012 (donc 12 ans de retard) avec les propositions de TVA sociale et d'accords de flexibilite/competitivite de Sarko. Mais le pacte de competitivite de la fin 2012 et les accords signes entre MEDEF et syndicats sont deux pas importants dans cette conception d'un modele francais adapte aux enjeux d'une economie financiarisee par la force des choses, mais qui ne doit pas detruire la societe francaise telle que ses forces democratiques la definissent. La France ne veut pas d'ultraliberalisme. mais elle accepte, visiblement, le social-liberalisme s'il assuer un minimum de securite et de cohesion.

Il reste beaucoup a imaginer pour donner un sens societal a la rigueur indispensable. J'ai ecrit la-dessus: http://blogs.mediapart.fr/blog/lechiffre/051112/donner-du-sens-l-effort-de-rigueur-et-de-competitivite-au-dela-de-la-ques

On est loin des petites affaires remuees par Mauduit dans l'espoir de garnir son tableau de chasse a l'homme.

01/02/2013, 18:04 | Par POJ en réponse au commentaire de Lechiffre le 01/02/2013 à 17:10

Les législation Harz, comme l'ANI, ne sont pas des réussites sociales, donc démocratiques, puisqu'elles excluent un groupe de population important de la vie de la société. Voir la paupérisation d'un partie importante de la population allemande et la précarisation grandissante du travail en France.

Nous sommes à l'opposé de ce qui fait l'intérêt et justifie n'importe quel modèle social.

Le but de toute société est le bien être général ; c'est-à-dire que chacun y trouve une satisfaction.

A cette effet, la Démocratie se développe dans un Etat de droit où la loi protège les faibles contre les abus. La régulation a un but d'équilibrage.

La déréglementation aboutit à rétablir la loi du plus fort dans les rapports sociaux.

L'affirmation de la loi du plus fort, le libéralisme consacre la supprématie de la liberté individuelle, supprime l'utilité d'une société, d'une nation, d'un Etat, puisque l'activité économique est orientée pour la seule satisfaction d'un petit nombre.

L'ingénérie financière a remplacé l'économie, l'étude de la création et de la circulation des richesses s'est éclipsée devant l'optimisation immédiate des profits,  qui ne fait qu'accéler le phénomène de concetration des richesses.

La globalisation, par l'effacement des collectivités au bénéfice des détenteurs du capital, confirme cette dilution du référent collectif (société, nation, patrie, ...).

L'effacement de l'Etat, le référent international, conduit à l'affaiblissement du droit et inversement. C'est à la fois l'effet recherché de la globalisation et ce qui lui a permis de s'imposer.

L'oligarchie du Fouquet's, comme les autres avec lesquelles elle est liée, ne travaille pas à un " social-libéralisme " (oxymore ?) mais à la disparition des règlementations qui font obstacle à sa stratégie d'optimisation immédiate des profits.

Cette stratégie, qui s'émancipe des Etats et du droit, a banalisé la corrruption comme moyen de négociation, comme code de conduite.

Le résultat de la corruption est l'affaiblissement d'un Etat incapable d'assurer la sécurité de ses citoyens sur son propre sol, exposés aux trafics et à la violence de ceux qui s'y livrent. Le Mali en est l'exemple.

L'Afrique n'est pas un cas particulier. Voir le Mexique, ...

Le phénomène de réseaux et de lobbys qui s'exerce en Europe, aux USA suit également cette tendance à se confondre de plus en plus à du trafic d'influences.

La faiblesse de l'Etat et du droit qui le fonde favorise l'accélaration des dérives et le sentiment d'impunité. Ce sentiment d'imputnité favorise à son tour la confusion, notamment, chez les gestionnaires des intérêts publics et les encourage à se compromettre.

La privatisation des services publics, des domaines publics, des biens publics finit de vider l'Etat d'une quelconque utilité. Il n'y a alors même plus besoin de politique. Nicolas Sarkozy a été l'incarnation de la créature au service des intérêts financiers.

Il n'y a pas eu de retournement significatif de la politique ni d'affirmation bien claire de la prééminence de la société sur le financier. C'est donc que tout continue comme avant.

02/02/2013, 17:55 | Par Lechiffre en réponse au commentaire de POJ le 01/02/2013 à 18:04

Il y a eu me semble-t'il rejet de l'oligarchisation (une partie de l'oligarchie se tire, d'ailleurs) mais evidemment il y a une continuite non pas avec le Fouquet's, mais avec le Sarkozy de la TVA sociale, du "3 tiers" dans la repartition des benefices, de la taxe Tobin, etc...

tout ceci dans un contexte ou comme toujours la rupture n'est pas realiste. 

Bon an mal an le pays reorganise son modele. L'Allemagne a fait sa reorganisation, elle a perdu un peu de son modele au passage, mais c'est un moindre mal.

Que la financiarisation excessive ait un bilan cout/avamtage negatif pour les societes "avancees" c'est bien clair. Mais faut faire avec. Sinon il font sans nous.

03/02/2013, 00:43 | Par POJ en réponse au commentaire de Lechiffre le 02/02/2013 à 17:55

" Mais faut faire avec. Sinon il font sans nous. "

Ils font sans nous si le politique les laisse faire.

Le politique a le pouvoir de légiférer et de poser un cadre aux activités financières : c'est la loi, le droit, la Démocratie.

Si vous estimez que le politique n'en a plus le pouvoir, c'est que nous ne sommes plus en Démocratie.

Nous ne pouvons pas nous prononcer objectivement tant que le politique ne s'est pas prononcé pour une régularisation fiancière ni essayé de légiférer.

S'il ne le fait pas, c'est qu'il abdique de lui-même de son pouvoir, ou qu'il déserte sa responsabilité, et il est alors nécessaire de changer de politique.

01/02/2013, 19:47 | Par Pierro Juillot

Bonjour M. Mauduit.

Je suis partiellement d'accord avec votre introduction. Elle permet de développer, tant les dérives de cette financiarisation à la Française, transgressant "joyeusement" certaines limites dangereuses, au travers d'une "spéculation spectacle" mortifère, faite que de bulles éphémères..., avec ces cohortes de catastrophe inhumaines que les responsables de notre démocratie sont prêt à couvrir - l'affaire récente de l'arrivée de  Beckham pour redorer tant l'image du foot que du Qatar par exemple... - , que le dévoiement de cette démocratie par des politiques dont l'individualisme et le carriérisme n'ont comme seul but, que de profiter du pouvoir..., comme celui de l'argent...!

Néanmoins, si ce n'est qu'une vision étriquée des protagonistes de toute logique capitaliste financière..., il en est une..., corollaire..., et de taille..., qui par l'exemple pris plus haut, prend tout son sens et sa mesure. Comme elle relie inexorablement et de manière indéfectible ces deux "compères" connivents. De part son aspect émulateur, et un autre que je qualifierai plutôt d'instantanéité, la finance surtout spéculative ne peut exister que par la communication. Cette dernière est tant son arme émancipatrice de profit..., une sorte à la foi "d'oracle" et de "Cassandre" réuni..., qu'elle en est aussi son instrument factuel de pertinence..., dans l'annonce de ses records ou/et de ses "reports optimistes" de profits/"de hausse tangentiel de la baisse".... Si vous voyez ce que je veux dire. Certes cet exemple n'est pas Français... Mais n'a t-il pas inspiré une bonne part de la presse Française dite de droite..., et certains politiques..., même ceux du gouvernement actuel, après cette déclaration...? Vous aurez compris que je parle justement de la communication est celle de la presse en particulier.

Et..., tout comme l'anticipation de comportement dit de masse" intéressée", n'écoutant que les propositions des plus alléchantes que certains financiers peuvent émettre à renfort de grand spectacle, en sortant de nouveaux produits dérivés tendancieux et opaques..., le politique à besoin lui aussi de l'artifice pratique de la communication pour éluder certains "changements" tardant à se produire... Si tant est qu'il ai agit pour qu'ils adviennent. La presse, pas dans son ensemble bien sur,  comme les communicants ne sont ils donc pas autant connivents..., dans certaines circonstances, que cette accointance que la finance cultive avec le politique ou inversement...? Ne manque t-il pas cet aspect de ce sujet expliquant les liens entre ces deux mondes, se devant d'être séparé, dans votre introduction...?

En effet. Tant les sombres silences de cette presse peuvent être suspect..., que certaines de ses déclarations "éclairées" paraissent comme ces lumières dans la nuit noir attirant toutes sortes d'insectes. Autant cette lumière trop incandescente peut dévoiler le piège qui la compose..., autant une faible lueur ne peut que distraire...!  

 

01/02/2013, 17:33 | Par juan23

Mr Mauduit,
Dans un précédent commentaire vous faisiez référence au 'troll Lechiffre"
Apparemment vous avez touché au coeur car il vous retourne le compliment dans son commentaire de 14 heures05:
"c'est celui qui le dit qui l'est, na!"
Brassens chantait: "quand on est con on est con...".
J'ai bien dit Brassens, pas moi...

01/02/2013, 18:00 | Par Annie Lasorne en réponse au commentaire de juan23 le 01/02/2013 à 17:33

Je suis bien d'accord avec Brassens Rigolant

01/02/2013, 18:12 | Par Annie Lasorne

Quel est le bon terme : un tantinet néo-mafieux ? Ou alors un peu poutinien ?

Malheureusement je penche plutôt pour mafieux, à mon grand désespoir. Poutinien serait moins grave (un dictateur est plus facile à renverser). Nous avons bien réussi à nous débarasser de Sarkozy. Mais la gangrène est bien là et cette pieuvre mafieuse est bien étendue, avec des tentacules dans toutes les cavités. Pourrons nous l'éradiquer ? Ce sera long, très long et difficile. Je deviens de plus en plus pessimiste et crains de ne pas en voir les prémices de mon vivant.

Mais on ne va pas s'arrêter de biner et sarcler pour autant...

Aujourd'hui, une douce brise venue d'Islande, me redonne du coeur à l'ouvrage.

04/02/2013, 12:01 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Annie Lasorne le 01/02/2013 à 18:12

Maffia  -la "vraie"- et capitalistes sont depuis longtemps intimement liès. Lire les histoires des USA, de Cuba avant Castro, des années Pompidou, etc.

01/02/2013, 18:53 | Par Tobold

Chapeau pour votre courageuse (et réjouissante) autocritique, Monsieur Mauduit. Ce n'est pas pour jouer sur les mots, mais la réponse me paraîtrait plus évidente si la question était : notre démocratie est-elle soluble dans le monde de la finance ? C'est en effet elle qu'il faudrait interroger au regard de ses aptitudes à s’accommoder des pratiques financières mafieuses.

01/02/2013, 21:56 | Par Mithra-Nomadeblues_

Alors qu'Edwy Plenel nous invitait à promouvoir et recommander Mediapart, en le faisant connaître et en abonnant des amis, j'écrivais que je le déconseillais fortement, étant souvent en désaccord avec ce journal.

Eh bien moi aussi j'ai changé ! Car plus ça va, et plus je trouve sur Mediapart une parole qui se libère et des journalistes qui osent, jusqu'à prendre le risque de l'autocritique, que je salue.

01/02/2013, 21:33 | Par gaelz

L'autocritique c'est beau et rare. Et les actes qui la rendent cohérente encore plus. Votre travail dans ce journal est de cette nature. Merci, M. Mauduit.

02/02/2013, 13:43 | Par jeanphilippe condamy

bravo pour votre auto- critique,il est effectivement fort difficile mentalement parlant ,de réaliser que les autorités d'un pays réputé " démocratique " et des " droits de l'homme " n'est très souvent ( toujours ?) qu' au service  de ses propres intérêts ,intriqués avec des intérêts économiques privés et internationaux.La désillusion est immense,comparable à celles des communistes quand ils ont reconnus les forfaits du système et de Staline.Viellir n'est pas une partie de plaisir !!

02/02/2013, 13:43 | Par jeanphilippe condamy

bravo pour votre auto- critique,il est effectivement fort difficile mentalement parlant ,de réaliser que les autorités d'un pays réputé " démocratique " et des " droits de l'homme " n'est très souvent ( toujours ?) qu' au service  de ses propres intérêts ,intriqués avec des intérêts économiques privés et internationaux.La désillusion est immense,comparable à celles des communistes quand ils ont reconnus les forfaits du système et de Staline.Viellir n'est pas une partie de plaisir !!

03/02/2013, 11:49 | Par jcgj

Bonjour M. Mauduit, tout d'abord bravo pour votre article établissant l'évolution de votre pensée au regard des derniers évènements (l'arrivée du Parti Socialiste au pouvoir). En effet, si l'on prend en compte la politique que le PS met en place depuis plus de 6 mois (non-renégociation du traité européen, absence de réforme bancaire d'ampleur, réforme délétère du droit du travail, absence de réforme fiscale Piketty, délaissement des salariés de Florange, Goodyear, PSA, soutien d'un ministre possiblement corrompu ...), force est de constater que ce qui fait le corps d'une politique de gauche (redistribution des richesses, établissement et défense d'un corpus de lois rendant la société plus saine et viable pour tout un chacun, éthique dans la pratique du pouvoir) n'est plus du tout assuré par le Parti Socialiste au pouvoir. Et ce ne sont pas les mesurettes symboliques (hausse dérisoire du SMIC, soit-disant plan de relance européen, taxe à 75% -retoquée depuis, mariage entre homosexuels) qui feront passer l'énorme et effarante pillule libérale. Bref, ça n'est pas un bonbon libéral amer qui passera, même emballé dans un papier rose. Ce qui m'amène à cette réflexion : Faisant le constat de la fin du PS comme parti de Gauche tout au long des articles de Mediapart -et ce dans le menu !, mais sans le nommer, comment pouvez-vous encore soutenir que le Parti Socialiste soit encore de Gauche -vous dites même La Gauche ? Plutôt que de soutenir que le PS est La Gauche, je crois qu'il serait bien plus juste d'acter ceci : Désormais, le Parti Socialiste est un parti libéral de Droite, qui se fait encore passer pour un parti de Gauche, en abusant les citoyens par sa dénomination de "Socialiste" et l'habitude nécrosée des Français -alimentée par les médias- de voter pour le PS quand on est de Gauche. Désormais, la Gauche n'est plus représentée par le PS, mais bel et bien par EELV, le Front de Gauche et consorts. CQFD

 

03/02/2013, 13:09 | Par jean ai marre

Bonjour Monsieur Mauduit , permettez que je vous félicite d'avoir confessé  vos évolutions intellectuelles en matière de capitalisme . J'ai une question : peut on parler de capitalisme à la française ? Je ne le pense pas . Le Capitalisme est universel . Les Entreprises sont toutes - Françaises et autres - gérées de la même façon . L e capitalisme s'appuit sur des idéologies économiques notanment libérale . Son principe est que toute demande doit être satisfaite .

A tel point que pour favoriser la demande, on fait susciter des besoins , ce qui s'appelle société de consomations , qui enlève tout liberté au citoyen donc antidélocratique .

Sans parler de l'ingérence de l'argent dans le choix des stratégies d'entreprise qui privent les salariés d'emplois et appauvrissent les régions !

Sans parler des agences de notation !!! Rien de démocratique dans le capitalisme , vous le constaterez en prenant de l'age .

03/02/2013, 16:36 | Par Vivre est un village

On le sait depuis Aristote ! Si la monnaie est devenue nécessaire pour échanger les produits du travail, elle rend aussi possible une substitution de la représentation monétaire à son objet réel, la valeur d'usage de ce dont les humains ont besoin pour vivre. C'est pourquoi, lorsque les Corses chassent leurs occupants génois ils se trouvent sans constitution ni monnaie, et que leur leader Paoli demande à Rousseau de leur proposer un projet de constitution, le Genevois accorde à ce problème de al représentation monétaire une attention particulière. Il commence par s'appuyer sur l'expérience helvétique :

La pauvreté ne s'est fait sentir dans la Suisse que quand l'argent a commencé d'y circuler. Il a mis la même inégalité dans les ressources que dans les fortunes ; il est devenu un grand moyen d'acquérir ôté à ceux qui n'avaient rien. Les établissements de commerce et de manufacture se sont multipliés. Les arts ont ôtés une multitude de mains à l'agriculture. Les hommes en se divisant inégalement se sont multipliés et se sont répendus dans les pays plus favorablement situés et ou les ressources étaient encore plus faciles. Les unes ont déserté leur patrie, les autres lui sont devenus inutiles en consommant et en ne produisant rien(1).

Puis Rousseau généralise son analyse :

partout où l'agent est de première nécessité la nation se détache de l'agriculture pour se jeter dans les professions plus lucratives ; l'état de laboureur est alors ou un objet de commerce et une espèce de manufacture pour les grands fermiers, où le pis-aller de la misère pour la foule des paysans. Ceux qui s'enrichissent par le commerce et l'industrie placent, quand ils ont assez gagnés, leur argent en fonds de terre que d'autres cultivent pour eux ; toute la nation se trouve ainsi divisée en riches fainéants qui possèdent des terres et en malheureux paysans qui n'ont pas de quoi vivre en les cultivant.

Plus l'argent est nécessaire aux particuliers, plus il l'est au gouvernement ; d'où il suit que, plus le commerce fleurit, plus les taxes sont fortes, et pour payer ces taxes il ne sert de rien que le paysan cultive sa terre s'il n'en vend pas le produit. Il a beau avoir du blé, du vin, de l'huile, il lui faut absolument de l'argent, il fut qu'il porte ça et là sa denrée dans les villes, qu'il se fasse petit marchand, petit vendeur, petit fripon(2).

N'est-ce pas dire, avec les mots de l'époque, que la circulation purement monétaire peut se retourner contre l'économie réelle ? Formidable actualité. Où plutôt : formidable pertinence pour notre futur, et qui nous vient de cette intelligence d'il y a trois siècle...

Source : Jean-Paul Jouary Rousseau citoyen du futur Livre de poche ISBN : 978-2-253-08924-7 Pages 69-71

(1) Projet de constitution pour la Corse, dans oeuvres politiques, Paris, Bordas, 1990, p.380.

(2) Projet de constitution pour la Corse, dans oeuvres politiques, Paris, Bordas, 1990, p.380.

Source : Mon dernier billet.

A bientôt.

Amitié.

04/02/2013, 12:02 | Par françois périgny

Je ne peux que saluer l'évolution. Mediapart aurait commencé à penser ?

04/02/2013, 14:49 | Par alain chauvet

"Il faut que tout change pour que rien ne change".

Ce que dit Monsieur Mauduit participe pleinement de ce paradoxe.

Voyons,  -que dit-il du nouveau capitalisme dit financier : pas bon.
               -que dit-il des affaires dites néo-maffieuses dans et hors de l'Etat : pas bon.
               -que dit-il du PS dit de l'oligarchie parisienne : pas bon

Au vu de tout ça que conclue-t-il ? Faut sauver l'Etat de droit. Comme si l'Etat de droit n'était pas la garantie des possédants à posséder sans partage et des gouvernants à gouverner à leur profit.

A lire de plus près, on peut constater que derrière toutes les mauvaises évolutions pointées par Monsieur Mauduit, coure l'idée subliminale d'une évolution possible (dont Médiapart serait le lieu moralisant) vers un bon capitalisme de la production, un bon Etat de la gestion et un bon Parti socialiste de gouvernement

Et voilà où l'évolué Laurent Mauduit veut " à l'insu de son plein gré " nous amener et nous fixer.

Ceci dans le cadre d'une lutte idéologique où l'idée du communisme, à nouveau en chantier sur la base du principe de l'égalité pour tous, fait face à l'idée démocratique d'une perpétuation d'un capitalisme enfin honorable et souhaitable, individualiste et libertaire.  

05/02/2013, 14:20 | Par Jacques Bolo

On pourrait retourner le compliment du Guépard à Mauduit quand on en est à regretter le capitalisme à la papa tout en étant anticapitaliste.

Ce qui se passe est simplement la mondialisation qui rebat les cartes. On peut comprendre que ceux qui avaient les bonnes soient inquiets.

Par le passé, les "crises", c'est-à-dire ce phénomène de redéfinition des bonnes places, se situaient au niveau national. Aujourd'hui, elles se situent au niveau mondial. C'est évidemment beaucoup plus aléatoire et angoissant.

On ne peut pas jouer à "si on pouvait arrêter les aiguilles".

05/02/2013, 22:18 | Par Jean Bachèlerie

Tout est dit ou presque, la crise financière et économique dans lequel le capitalisme néolibéral, celui des contre réformes sociales, de la régression économique piétine allègrement la démocratie. Il n'est pas compatible avec un approfondissement de la démocratie.

la démocratie doit partir à la conquête du champs économique et social, de l'entreprise, du champ financier en introduisant la démocratie dans le conseil d'administration des banques et établissements financiers, en accroissant les pouvoirs du comité d'entreprise, en renforçant les organismes de contrôle, qui eux aussi seraient démocratisés, en exigeant la parité dans les comités consultatifs du secteur financier, et plus encore au CCLRF, comité consultatif de législation et réglementation financière,  où règne en maître les lobbies bancaires,  et des assurances avec la complicité bienveillante des technocrates de Bercy, ...

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